‹ Mémoires;Chapitre 92 sur 137 · LESCALL1ER ET DUCHÈNE · texte numérisé non relu

LESCALL1ER ET DUCHÈNE

(Tome 1er, pape 150.)

L'allusion que fait Malouet aux idées de Lescallier et de Duchêne sur les Indiens nécessite quelques mots d'explication.

Daniel Lescallier avait été envoyé à Cayenne pour vérifier la iiosiion de Leroi de Préville, et il le remplaça comme ordonnateur. Il connaissait les colonies; il apportait dans la Guyane des vues, du zèle, mais un esprit systématique et passionné. Il prit ombrage de l'indépendance administrative dont l'ingénieur Guisan se trouvait investi dans la vallée de l'Approuague par une mesure spéciale du ministère de la marine prise sur l'avis de Malouet. On avait voulu placer l'habile ingénieur à l'abri des tracasseries locales, et lui assurer toute la latitude et la liberté d'action nécessaires pour accomplir ses grands travaux. Lescallier eut la malencontreuse idée de se mettre à la traverse de ces dispositions et de chercher à entraver les entreprises utiles de Guisan. Tout cela se passait au moment même où le maréchal de Castries venait d'adopter, pour le dessèchement des marais de Rochefort, les plans que Guisan lui avait présentés. Lescallier jouait de malheur : le maréchal de Castries, voulant approfondir les causes de sa mésintelligence avec Guisan, chargea le baron du Puget, inspecteur d'artillerie, d'aller examiner les faits sur les lieux. L'examen ne fut pas favorable à Lescallier, et il fut rappelé. On doit pourtant rendre justice à sa capacité : il possédait des notions étendues sur les ressources de la Guyane; tout en s'efforçant d'apporter obstacle aux travaux de Guisan, il s'associait aux

vues de Malouet sur le dessèchement des terres basses et sur Je peuplement des savanes. Il fit même établir dans celles du sud un parc de bestiaux, qui était en pleine voie de prospé rite lorsque M. Pomme, le directeur de cette ménagerie, juge; à propos de l'abandonner pour revenir en France *.

Daniel Lescallier a laissé plusieurs mémoires et un expos des moyens de mettre en valeur et d'administrer la Guyane: publié en 1 791 , cet ouvrage contient des données, selon toute apparence, fort hasardées, sur la possibilité de gagner les sauvages à la civilisation.

Quanta Duchêne, il suffit de dire qu'il était l'auteur d'un mémoire présenté au Gouvernement en 1790, et ayant pour objet un plan de république à former parmi les sauvages dans les montagnes de la Guyane. Malouet avait eu connaissance de ce mémoire, qui existe encore aux archives de la marine. Les républiques sauvages, comme toutes les autres, et comme toutes les formes possibles de sociétés humaines, dépendent de l'action du temps, du concours de circonstances spéciales, et il n'est pas donné aux auteurs de mémoires de les faire naître à volonté. Malouet avait vérifié sur place les chimériques conceptions du baron de Bessner, relativement aux Indiens, et l'on comprend que celles de Duchêne, et même celles de Lescallier, venues après coup, ne pouvaient exerc sur son esprit qu'une médiocre séduction.

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