‹ Mémoires;Chapitre 93 sur 137 · Celle ménagerie a été détruite par les Portugais en · texte numérisé non relu

Celle ménagerie a été détruite par les Portugais en

1736, à propos d'une de ses explorations sur les bords de l'Oyapoc, il écrivait : « Je dois vous dire en passant que nous « trouvons parmi ces peuples tant de coutumes du peuple juif, « (]u'on ne peut s'empêcher do croire qu'ils en descendent. » Dans la même lettre, le père Fauque énumère celles de leurs coutumes sur lesquelles pourrait se fonder cette étrange croyance.

De son côté, Malouet fait uneénuméralion du même genre, mais en se plaçant à un point de vue plus général et plus vrai. « On retrouve, dit-il, parmi les Indiens, l'arc des Parthes « et des Numides, le bouclier des Romains, la lance et le « javelot desGrecset des Asiatiques. » A notre sens, cette vue est plus étendue que celle qui rattacherait uniquement au peuple juif les origines des Indiens. On peut dire avec notre auteur quï/ est difficile, quand on connaît les sauvages et l'histoire ancienne, de ne /tas reconnaître quelques institutions traditionnelles communes à la grande pluralité des familles du genre humain. Mais il y a loin de cette donnée générale à la préoccupation exclusive qui veut voir le peuple juif partout, et par laquelle ont été trop facilement séduits le rabbin et le missionnaire.

A ce sujet, voici une intéressante note de M. Ferdinand Denis, que nous empruntons à son édition du Voyage de Malouet à la Guyane.

« C'est une préoccupation analogue, et dont la science mo- « derne a fait justice, qui a valu cependant au monde savant « la plus vaste collection qui ait encore été donnée sur les '< antiquités américaines. On peut s'en assurer en parcourant « quelques-uns des mémoires de lord Kingsborough : ils ont « été insérés par lui dans un livre magnifique, dont il est « l'éditeur, et qu'il a intitulé : Antiquities of Mexico, Londres, « 1830, 7 vol. in-folio. Le noble lord partageait l'idée ex- « eentiique d'Isaac Nasci, et pour la faire triompher, il n'a « pas craint, dit-on, de dépenser un capital de quinze cent < mille francs. »

Nous pourrions indiquer encore d'autres auxiliaires au système d'Isaac Nasci. Dans un livre publié à Londres en 4 833, M. Col ton veut reconnaître dans les formules du culte des Indiens le nom de Jehocah, et dans leurs chants sacrés, il croit

entendre distinctement Y Alléluia. Mais n'est-il pas permis de croire que celui qui a saisi tout cela au vol dans le chant des Indiens a cédé à quelque préoccupation , comme ceux qui, dans le son des cloches, entendent tout ce qu'il leur plaît d'imaginer?

On pourrait encore citer le récit d'un voyage du révérend Samuel Parker chez les Indiens qui habitent au delà des montagnes Rocheuses. Dans le livre qu'il a publié en 1838, sous le titre de Journey beyond the Rocky-Mountains , le révérend auteur constate, lui aussi, dans les usages des Indiens, de grandes analogies avec ceux des anciens Juifs, et dans leurs dialectes, il reconnaît des mots hébreux. Mais il y trouve aussi des mots grecs et même latins; seulement, ces divers vocables présenteraient un sens différent de celui qu'ils ont dans les langues d'où ils proviennent : ce qui contredit toute la théorie de linguistique du savant Isaac Nasci.

Vers la même époque, nous avons vu les aberrations des Mormons prendre pour point de départ l'hypothèse dune communauté d'origine entre les sauvages de l'Amérique et les Juifs. — Lorsqu'en 1827, leur fondateur, Joseph Smith, produisit ses premières révélations, il établit en manière de dogme que le continent américain avait été peuplé par une colonie partie de Babel, à l'époque de la confusion des langues, et plus tard, par un second essaim échappé à la destruction de Jérusalem, sous Sédécias. Il est permis de croire que l'imposteur avait eu quelque connaissance des idées d'Isaac Nasci et du père Fauque; quoi qu'il en soit, la question d'ethnographie, posée un peu à l'aventure par les deux érudits, recevait ainsi une solution très-inattendue.

Page 1