‹ Mémoires;Chapitre 98 sur 137 · DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE SA FAMILLE · texte numérisé non relu

DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE SA FAMILLE

(Tome Ier, page 192.)

Michel-Paul-Guy de Chabanon était né à Saint-Domingue en 1730, mais son éducation, ainsi que celle de ses frères, se lit en France, où il avait une partie de sa famille. De bonnes études chez les Jésuites semblaient le destiner à la carrière des lettres; il en fut détourné pendant quelques années par un talent précoce pour la musique, auquel il dut ses premiers succès dans le inonde et l'amitié du célèbre violoniste Saint- Georges, dont il devint l'émule après avoir été son élève. Nature inquiète et ardente, il passa dès sa jeunesse d'un mysticisme exalté à l'incrédulité philosophique de son temps; et quelques années plus tard un goût très-vif pour l'érudition remplaça sa passion pour les arts. Oubliant alors ses premiers débuts et les attraits d'un monde où il était recherché, il s'enferma dans une retraite absolue et devint à trente ans bon helléniste et membre de l'Académie des inscriptions (1760). — Pour l'amour du yrec, la docte compagnie avait reçu à bras ouverts le jeune érudit qui se présentait à elle avec le

bagage assez léger d'un discours sur Homère et d'une traduction de Pindare, ce qui lit dire à un plaisant que le chemin ilt I Académie était pavé de bonnes intentions.

Diderot et d'Alembert, devenus ses amis, le menèrent chez Mme Geoffrin, dont le salon réunissait, comme on sait, les savants, les artistes et les lettrés. — Un petit roman d'amour, dont il traça plus tard le récit1, et où se reconnaît le sensualisme sentimental et raisonneur de la Nouvelle Héloise, nous offre encore un de ces contrastes fréquents dans la vie de Chabanou, et qui relèvent la ligure un peu effacée de l'académicien. Après tous ces essais, une tentative lui restait à taire : il voulut être poëte. L'insuccès de ses tragédies d'Eponiite (1762) et d'Eudoxie (1768) tut oublié en faveur d'un zèle sincère pour les lettres et d'une bonne grâce naturelle qui lui valut encore plus d'amis que ses vers ne rencontraient de critiques. « M. de Chabanon, disent les Mémoires de Bachau- « mont, est un jeune homme de trente-cinq ans qui, après « avoir fait de bonnes études, s'est jeté dans le monde; il y a « réussi par une ligure agréable, par un esprit aisé, brillant « et facile, et surtout par un talent supérieur sur le violon. « Il a longtemps fait les délices des sociétés... »

L'Eloge de Rameau^ une E pitre sur la poésie et la philosophie eurent plus de succès. Il lit à cette occasion le pèlerinage de Iciney, où commencèrent des rapports d'amitié dont la correspondance de Voltaire conserve le souvenir. Le matin <m discutait des plans de tragédie, le soir on jouait celles du maître de la maison, et Chabanon se distinguait comme acteur, notamment dans la pièce des Scythes; mais, comme auteur, il lui manquait /e diable au corps. Aussi, quand il lisait les tirades un peu froides d'Eudoxie, Voltaire, s'agitant dans son fauteuil, lui criait : Chauffez! chauffez2!

La variété des travaux de Chabanon nuisit sans doute à leur perfection; en môme temps qu'il publiait ses traductions de Pindare et de Théocritc et plusieurs mémoires sur la mu-

1 . Tableau de quelques circonstances de ma vie ; — Précis de via liaison avec mon frère Maugris, — ouvrages posthumes de Chabanon, publiés par Saint-Ange — (Paris, 17 95, in-8°, de x-215 p.).

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