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CHAPITRE CV

Nomination du Consoil d'Etat.

Je profiterai de ce qu'on discutait dans cette assemblée préparatoire le mérite des hommes qui deTnaient composer le premier Conseil d'Etat de la république, pour dire quelques mots sur chacun d'eux. J'ai été fort bien placé pour les apprécier individuellement.

A tout seigneur tout honneur : Piaget. Caractère d'une parfaite loyauté jointe à beaucoup de bonhomie. Excellent collègue, soutenant la solidarité avec ses amis politiques. Piaget a été élevé en France, où il a fait ses études de droit; après avoir rempli TofiBcede clerc chez un avoué à Paris, il s'est adonné pendant quelque temps à Tindustrie, puis il est venu exercer à Neuchàtel la profession d'avocat dans laquelle il s'est distingué par son éloquence, sa courtoisie et ses bons procédés envers ses confrères, ainsi que par les saillies spirituelles dont il émaillait ses plaidoiries- Il a conservé jusqu'à la fin ses principes politiques de 1830. On pourrait lui reprocher ses idées un peu trop à la française. Avec le talent pratique qui faisait son grand mérite, il a su les arranger de manière à les introduire chez nous. Il n'admettait pas volontiers qu'on pût avoir de l'esprit ailleurs qu'en France.

Bon administrateur, homme d'ordre ne laissant jamais une affaire en arrière, Piaget travaillait cependant par secousses. Il manquait souvent de perspicacité politique et voyait la situation plus mauvaise qu'elle n'était réellement ; mais ce défaut se trouvait corrigé par une autre

disposition de son caractère. Manquant d'initiative, il aimait à être poussé. Pendant les deux ou trois premières années de la république, Brandt-Stauffer, et plus tard Aimé Humbert, eurent de rinfluence sur lui.

En envisageant Piaget comme indispensable au salut de la république, les patriotes n'avaient pas tort. Lui seul était capable d'organiser notre législation administrative et civile de manière à satisfaire aux besoins et de la rendre pratique sans froisser les habitudes ni même les préjugés de beaucoup de gens. Sa parfaite connaissance de la législation française lui facilita la rédaction de notre Gode. Ses mérites sérieux ainsi que sa position de président du Conseil d'Etat pendant douze ans en ont fait la personnification de la république neuchàteloise sans qu'il ait été un dictateur, comme on a voulu le faire croire en le comparant à James Fazy : Piaget n'aimait pas le pouvoir et ne menait pas. Sa popularité bien méritée a puissamment contribué à la consolidation du gouvernement. Un royaliste Ta très-bien défini en disant que c'était un parfait honnête homme.

Brandt-Stauffer. Que venait faire ce despote, cet aristocrate, dans un Conseil d'Etat républicain? Celui-ci auVait été dictateur s'il l'avait pu ; mais il était trop impopulaire pour avoir de la puissance par lui-même. Il cherchait donc à être le maître en usant de son influence sur Piaget, et encore, à cet ^ai'd, ne faut-il rien exagérer. Piaget Tavait fait entrer dans le gouvernement provisoire parce qu'il voulait que les chefs de la république fussent des gens ayant quelque chose à perdre, afin de donner de la confiance au pays dans un moment où les idées socialistes et communistes agitaient les esprits en France. Brandt, qui était riche, remplissait parfaitement ce but, et s'il se fût borné' à diriger les finances, il eût été tout à fait à sa place. Mais il n'était pas homme à se contenter d'un rôle aussi passif: son orgueil, sa soif de dominer et son goût prononcé pour les manoeuvres détournées devaient l'a-

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niener àse poser pendant quelque temps en meneur dans le Conseil d'Etat et même un peu dans le Grrand GonseiU dont il avait attiré quelques membres dans sa manche pour leur faire émettre ses propres vues, car tout en voulant dominer il était incapable d'exprimer publiquement une idée.

Chef d*une des premières maisons d'horlogerie dur canton, Brandt avait eu avec ses ouvriers la même allure despotique, qui lui valut le surnom de Gessler. S'il n'avait pas le don de la parole en public, en revanche il avait celui de l'insinuation dans le tèle-à-tête et il en usait largement. C'est par ce moyen qu'il avait acquis de Tinfluence sur les meilleurs démocrates, firandt n'aimait pas Taristocratie de Neuchâtel et il ne lui ménageait pas ses boutades orgueilleuses lorsque l'occasion s'en présentait. Lorsque je le vis pour la première fois, sa grosse figure et son ton de maître m'avaient paru couvrir une incapacité réelle : je m'étais trompé. Brandt était trèsmtelligent et avait souvent une juste idée des situations. Il écrivait bien, mais son style, comme sa parole, était toujours sentencieux et visait plutôt à imposer qu'à convaincre.

Jeanrenaud-Besson. C est celui que j'ai le mieux connu de tous. Un des côtés de son caractère sur lequel mon appréciation n'a jamais varié, c'est qu'il était et qu'il est resté jusqu'à la fin un ambitieux. Tout jeune encore, il s'était fait nommer justicier quoique la position de son père, qui exerçait les mêmes fonctions, s'y opposât U fallut une réserve spéciale du Conseil d'Etat pour qu'il pût être nommé. Sa qualité de justicier en faisait le pré* sident de la commune de Métiers. Là, comme dans la minorité du Corps législatif et dans les tirs fédéraux, il occupait la première place, et j'ai la conviction qu'il se serait abstenu s'il n'eût pu obtenir que la seconde ou la troisième. La conduite politique de- Jeanrenaud avait été très-équivoque en 1831. La place de lieutenant du chftte-

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lain était vacante, et Ton a prétendu qu'il visait à Tobtenir. Je ne saurais critiquer son abstention lors des mouvements de septembre et décembre; ils étaient si mal conduits qu'il était bien permis de ne pas se ranger sous le drapeau de Bourquin. Toutefois Jeanrenaud aurait pu se montrer moins triomphant de ï^ défaite des libéraux et mettre moins de complaisance dans ses dépositions contre les patriotes. Le fait d'avoir été appelé à déposer dans les enquêtes est une preuve évidente que les royalistes comptaient alors Jeanrenaud au nombre des leurs. Après 1831, il finit par se décider en faveur du parti libéral et se constitua le chef de la minorité au Corps l^islatif. Jusqu'à la révolution, j'avais attribué à Jeanrenaud des capacités considérables en même temps qu'une tendance à dominer, et je disais souvent à mes amis que si nous réussissions un jour à congédier le roi de Prusse et l'aristocratie, Jeanrenaud- Besson deviendrait le principal personnage du gouvernement, et que nous ne ferions que changer de maître. Je m'étais trompé : Jeanrenaud n'avait de Tambition que la vanité; il ne tenait pas à dominer, mais seulement à en avoir l'apparence. Il faut lui rendre cette justice, qu'arrivé de Naples au mois de mars 1848 avec l'idée qu'il allait être le premier personnage de la république comme il avait été jusqu'alors le premier personnage du parti libéral, il sut se mettre au second plan lorsqu'il vit que les hommes aux affaires dès le 1*^^ mars lui étaient pour la plupart très-supérieurs. Quant à ses capacités, j'ai dû considérablement modifier mon opinion. Je n'avais jamais eu l'avantage d'assister à une séance du Corps législatif, et je ne connaissais de l'éloquence de Jeanrenaud que ce que les journaux suisses rapportaient de ses discours, ainsi que les harangues qu'il avait prononcées dans les fêtes; mais je ne me serais jamais imaginé que son esprit fût aussi peu pratique et aussi peu sérieux.

Si la révolution eût abouti en 1830, il est hors de doute que Jeanrenaud serait devenu le président du gouverne-

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ment. Il aurait été bien au-dessous d'une pareille position. Je n'ai jamais vu de lui un travail administratif sérieusement élaboré. Au lieu d'apporter au Conseil des rapports exposant toutes les faces d'une question, il nous soumettait des projets informes sur lesquels il nous consultait, de sorte que le Conseil devait étudier pour lui. Il manquait complètement de plan et de logique dans ses idées, et commençait un travail sans savoir comment il le conduirait.

A part cela, je dois déclarer quil était très-dévoué aux intérêts démocratiques et économiques. Plus honnête et l)lus brave que nous peut-être, il ne laissait pas plier les principes aux nécessités politiques. Malgré tout ce que j'ai pu dire de ses défauts, je confesse que si en apprenant à le mieux connaître je l'ai moins apprécié comme homme d'Klat, mon estime pour le citoyen s'est considérablement accrue.

Steck. Je n'ai connu Steck que depuis 1848, quoiqu'il soit né à Môtiers. A la première rencontre, il me parut ridicule. Plus tard je dus reconnaître, malgré la dureté de sa parole, qu'il avait du talent, mais je m'aperçus en même temps qu'il allait s'en servir pour satisfaire son ambition plutôt que pour le bien du pays. Son acharnement dans la question du recours contre les anciens conseillers d'Etat lui avait valu une grande popularité dans le dii-lrict deBoudry, dont il était originaire, et dans quelques communes du Val-de-Travers. Dans le but de satisfaire cette partie du canton ainsi que la fraction qui suivait Steck au Grand Conseil, Brandl-Stauflfer eut Tidée de le faire entrer au Conseil d'Etat, espérant sans doute lavoir bientôt absorbé: mais Steck ne l'entendait point ainsi, et, loin de se rendre solidaire de ses collègues, il resta isolé et son parti s'augmenta. Lors de la formation de l'Association patriotique, il n'eut pas, comme d'autres conseillers, la maladresse de la craindre et de -s'en tenir à l'écart : loin de là, il la flatta en assistant à toutes

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ses réunions. Jusque-là il était dans son droit ; mais où il commença à le dépasser, c'est lorsqu'il alla y rendre compte de ce qui se passait au sein du Conseil d'Etat, afin de se décharger de la responsabilité de mesures plus ou moins impopulaires que les gouvernements démocratiques sont quelquefois obligés de prendre. Ou comprend que de telles allures devaient rendre Steck fort désagréable à ses collègues, qui tous marchaient parfaitement d^accord.

Steck était en rapports journaliers avec Druey, qui n'ayant pas réussi à mener le gouvernement de Neuchâtel comme il menait celui deFribourg, en voulait à Piaget et surtout (i Aimé Humbert. Il encourageai t S teck dans sa manière de faire à l'égard de ses collègues et, comme pour se justifier lui-môme, il lui soufQait les mesures propres à amener dans le canton de Neuchâtel le même conflit ecclésiastique qui avait eu de si déplorables résultats dans le canton de Vaud. Pendant les dix-huit ou vingt mois que Steck a fait partie duGonseil d'Etat, il n a pas accompli un seul acte de véritable administration : il a été Tauteur d'un ou deux projets de lois inexécutables, qu'il allait montrer partout avant d'en faire part au Conseil; il a écrit de magnifiques lettres aux communes en leur faisant les plus belles promesses touchant l'instruction publique; il parcourait le canton, visitait quelques écoles, prononçait des discours aux enfants et avait soin de se faire voir en fréquentant les établissements publics et en se donnant des airs populaires. Là s'est bornée toute sa gestion dans les deux branches d'administration qui lui avaient été confiées. A sa sortie, on a trouvé son copie-lettres complètement blanc et une "seule lettre dans ses casiers. Il n'a pas tenu le moindre compte, et c'est la direction des finances qui a géré la comptabilité de son département.

Le goût populaire est parfois bizarre : Steck était fort médiocre orateur ; il avait le ton dur et l'accent allemand très-prononcé quoique le français fût sa langue maternelle. Son grand talent était de flatter les sentiments

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populaires. Toutefois Steck avait son utilité dans le Ck)Dseil d'Etat. Il était profondément craint et délesté de tout le parti royaliste, à cause des projets de destruction qu'on lai supposait La comparaison entre lui et ses collègues donnait un véritable relief à ceux-ci.

George Dubois. Homme de cœur et de dévouement autant qu'homme d'esprit. La révolution naissante fut heureuse de le posséder pour exécuter les mesures les plus délicates avec la courtoisie et les formes les plus irréprochables. George Dubois n'était pas un démocrate : il était trop gentleman et trop grand seigneur pour cela ; mais il avait trop d'esprit pour ne pas remarquer les ridicules de l'aristocratie neucbàteloise et ses absurdes prétentions; il aimait trop la Suisse pour ne pas être frappé de la lâche conduite politique que la domination prussienne faisait tenir au canton dans les Conseils. Aussi avait-il servi comme volontaire dans Tarmée fédérale contre le Sonderbund et s'était-il montré toujours l'un des plus vaillants champions du parti qui voulait raffranchissèment du pays.

Doué d'une intelligence qui Tavait fait remarquer lorsqu'il faisait ses études à Paris, au point que, malgré sa qualité d'étranger, il fut admis comme interne à l'Hôtel- Dieu, Dubois était très-instruit, ce qui ne l'empêcha pas d*être un médiocre administrateur ; il n'a pas su organiser convenablement le département militaire, qui lui était échu; aussi ne jouissait-il que de peu d'estime de la part des officiers du contingent; ceux qui étaient membres du Grand Conseil lui faisaient une opposition acharnée, entre autres Girard.

Quoique homme d'esprit, sa vanité s'éveillait facilement ; il faisait volontiers étalage des personnes haut placées avec lesquelles il avait eu des relations. Il s'était mis dans l'idée de se faire nommer colonel ; il avait même fait à ses frais une école militaire à Lausanne et coupé sa magnifique barbe parce qu'elle n'aurait pas cadré avec l'uniforme.

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Dubois ne dissimulait; aucun de ses sentiments. Ck)mme la plupart de ses collègues, il avait vu de mauvais œil la création de TAssociation patriotique, et son animosité contre elle se manifestait jusqu'au sein du Grand Conseil, ce qui lui attira la haine de ceux qui la dirigeaient et l'amena bientôt à se retirer.

Au demeurant, Dubois était Tun des hommes les plus aimables que j'aie jamais connus. Il s'attirait l'affection de tous ceux qui rapprochaient.

L.-£. Montandon. Esprit chicaneur par goût, celui-ci n'avait de commun avec Dubois que sa haine pour l'Association patriotique. Il se trouvait à la Chaux-de-Fonds le lo' mars, au moment de la constitution du gouvernement provisoire, et comme il représentait seul le Val- de-Travers et qu'il s'offrit lui-même, cela lui ouvrit la porte du Conseil d'Etat.

Il était travailleur et ne manquait pas d'intelligence ; mais sa mesquinerie l'empêchait d'être bon administrateur. Il marchandait sur les fournitures de bureaux, et ne s'apercevait pas des concussions de certains employés de son département. En ville, l'aristocratie ne donnait plus rien à gagner à ceux qui manifestaient leurs opinions en faveur de la révolution ; il semblait qu'en compensation les travaux exécutés par TËtat dussent au moins être confiés à des entrepreneurs républicains. Montandon ne comprenait pas cela, et pour quelque minime différence sur les prix, les plus zélés royalistes étaient chargés des travaux.

Montandon était l'ennemi le plus ardent de Steck; les mauvais rapports existant entre eux se manifestaient jusqu'au sein du Grand Conseil, où Montandon n'avait pas Tavantage. Il mettait en train une quantité de travaux avant d'avoir obtenu les crédits nécessaires et ne consultait pas même ses collègues. C'est pour un fait de ce genre et à la suite d'une querelle avec Piaget pour une chose assez futile qu'il a jugé à propos de se retirer du Conseil d'Etat, où personne ne l'a regretté.

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Aimé Humhert, Professeur à Berne en 1848 après avoir rempli un poste analogue dans le canton de Vaud, il était arrivé à la Ghaux-de-Fonds au moment de la révo- ^ lution, dans les circonstances que j'ai indiquées précédemment. Il se fit aussitôt remarquer par son intelligence, et devint le secrétaire du gouvernement provisoire. Pendant la session de la Constituante.» il joua le rôle d'un homme supérieur, et c'est avec plaisir que les députés qui suivaient la politique prudente du gouvernement provisoire le virent entrer dans le Conseil d'Etat. Une fois aux affaires, il se montra aussi bon administrateur qu'adroit politique. Malheureusement, pendant les premières années, comme Piaget, il subit trop Tinâuence deBrandt- Stauffer, et lorsqu'il s'en affranchit, ce dernier devint son ennemi.

Nous tous, républicains neuchâtelois, et principalement ceux qui étaient chargés de la direction des affiBdres, nous parlions beaucoup trop de nos plans, de nos projets et même de nos intrigues politiques. Humbert avait le défaut contraire. Il ne se livrait pas facilement et cachait même à ses collègues le but qu'il voulait atteindre ; bien des choses dont les membres du Conseil auraient dû être informés sont restées entre lui et Piaget. Pour ma part, je ne m'en plains pas : avec notre besoin impérieux de communiquer nos impressions, il valait mieux ne pas savoir certaines choses que de ne pouvoir en conserver le secret.

Humbert avait les qualités et les défauts des diplomates : son tact politique était très -fin ; cependant quelquefois il hasardait un peu trop. Les pièces qui sortaient de sa plume, toiûours rédigées avec distinction, se sentaient quelque peu de la réserve de son caractère ; il était fait pour rédiger des notes diplomatiques. Sa parole en pubUc était lente, et même quelquefois embarrassée, surtout dans l'improvisation ; cette circonstance a fait exagérer dans le public ce qu'on savait de son caractère : lorsqu'il

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cherchait ses expressions, il semblait chercher le moyen de dissimuler sa pensée.

C'était un aimable collègue : un moment d'entretien avec lui laissait une impression agréable. Il avait de l'esprit, de l'entrain, et tous ceux qui ont eu des relations avec lai et que la politique n'a pas aigris ont conservé à son égard des sentiments affectueux.

Après Ttissemblée préparatoire mentionnée dans le commencement de ce chapitre, on pouvait être assuré que les sept personnages sur lesquels je viens de porter mon jugement seraient nommés. En effet, au premier tour du scrutin, tous sortirent. Piaget obtint Tunanimité, Jean. renaud-Besson un chiffre approchant ; Dubois resta d'une douzaine de voix en dessous de l'unanimité; Stock, Brandt et Humbert de vingt à vingt-trois voix, et Montandon de vingt-neuf voix. Lorsque le résultat du vote fut proclamé) tous les députés pensèrent que la Uste ayant été dressée d'avance au château même, les élus seraient satisfaits comme eux. Mais ils comptaient sans l'immense orgueil de Brandt qui, ayant vingt voix de moins que Piaget et Jeanrenaud, en était profondément froissé, lui surtout qui s'imaginait que sMl n'était pas là pour conduire Piagek tout irait à la dérive.

Après avoir demandé un moment d'entretien, les élus me firent appeler et m'annoncèrent qu'ils n'acceptaient pas leur nomination. J'avoue que je n'y compris rien, et au premier moment je crus à une catastrophe politique. En s'expliquant. je m'aperçus qu'il n y avait d'autre mal que la vanité froissée de l'un d'eux et que pour tout réparer, il fallait procéder à un nouveau tour de scrutin.

Pendant que je m'entretenais avec les sept sur la meilleure manière de présenter l'affaire aux députés afin qu'elle ne parût pas trop ridicule, quelques af&dés de ces messieurs percouraient les salies et annonçaient que tous les élus refusaient leur nomination, mais que si Brandt obtenait un nombre plus considérable de voix à un nou-

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Toaii tour de scrutin, tout serait pour le mieux. Il fat donc procédé à une nouvelle votation, et les sept sortirent de nouveau. Brandt eut treize voix de plus qu'au premier tour : ce résultat obtenu, les conseillers acceptèrent «t furent assermentés.

Il faut avouer que si la vanité de Brandt était satisfaite, elle se contentait de bien peu. Cette étrange comédie jouée par les hommes qui allaient être les premiers magistrats de la république manquait complètement de dignité. Si Brandt n'eût pas eu un grand ascendant sur if Q t , et par lui sur les autres membres, elle n'eût certes pas eu lieu. Pendant le scrutin, Brandt, qui siégeait près de moi comme vice-président du Grand Conseil, chercha à me faire comprendre qu'il avait besoin de la presque unanimité pour donner à son associé une raison valable du peu de secours qu'il allait lui prêter dans la direction de leurs affaires commerciales.

La nomination du Conseil d'Etat mettait fin à l'état provisoire, et dès lors nous entrions dans le régime des lois et de la Constitution.

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