MHftliiiest polfitifiie s'éveiUe
PeBdant que ce nourel impôt agitait les esprit^ dans la principauté, c'est-à-dire en mai et juin 1830, des événements de la plus haute gravité s'accomplissaient à ses portes. La lutte entre le parti libéral français et la royauté s^animant de plus en plus, aboutit enfla à la révolution de juillet et à Texil de Charles X. On était loin de prévoir Tinfluence que cet acte aUait avoir en Suisse et à Neuch&tel; cependant, le gouvernement jugea prudent de ne pas froisser les bourgeoisies, et on n'entendit plus parler de cette loi qui avait soulevé, de si justes susceptibilités.
La révolution de 1880 s'était accomplie au nom des principes libéraux et des idées démocratiques. L'installation d'une nouvelle dynastie modifia sensiblement ces tendances; un incontestable progrès s'accomplit cependant dans l'ordre politique et moral et prépara la nation à prendre elle-même la direction de ses affaires. Le premier ministère choisi par le roi-citoyen avait été plutôt oonservateur que révolutionnaire. Au bout de quelque temps, il fallut céder aux hommes qui avaient renversé la branche aînée et se rapprocher d'eux. L'avènement du ministère Laf&tte consacra ce mouvement, qui eut une grande influence au dehors et poussa les Polonais à Iji révolte contre laBussie. La Belgique avait pris l'avance et s'était également insurgée. Peu après, l'agitation se propagea dans différents cantons suisses, tandis qu'à Neuchàtel, où certainement les griefs contre le gouvernement étaient les
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plus graves, on resta parfaitement tranquille. Tout extraordinaire que puisse paraître ce fait, il s'explique cepen* dant facilement.
De 1798 à 1803, la plupart des cantons suisses s'étaient successivement soulevés contre le jiespotisme qui les tenai't sous le joug et avaient tenté d'obtenir tout ou partie de la direction de leurs affaires. Ils avaient fait Texpérience de la révolutioQ ^t en oounaisâaient la puissance. A Neuchâtel, rien de pareil n'avait jamais eu lieu, et si le peuple était quelquefois intervenu, par Tintermédiaire des corps et communautés, c'était seuiemept pour empêcher des abus et jamais pour avoir ime part de. pouvoir. Subissant l'influence des événements, comme en 1707, en 1806 et en 1814, il ne songeait nullement 4 prendre lui-même l'initiative d'un affranchissement.
Pendant le mois de décembre 1830, la révolution éclata dans plusieurs des cantons les plus importants. Partout les oligarchies ou les aristocraties qui s'étaient imposées en 1814 sous la protection du Congrès de Vienne durent faire place à des gouvernements démocratiques. La souveraineté du peuple fut substituée à la souveraineté de quelques familles. Je n'exagère rien en disant la souveraineté de quelques familles : les ressortissants du canton de Berne ne s'appelaient pas citoyens de la république de Berne, mais sujets de leurs Excellences de Berne.
Ces révolutions s'accomplirent toutes très-pacifiquement Soit entente, soit coïncidence fortuite, çUes eurent lieu simultanément. A ce moment tous les cantons ayant quelque force et quelque organisation militaire, étaient en révolution ; il n'y avait pas moyen de réclamer rassis» fance fédérale, et la substitution des nouveaux gouvernements aux anciens eut lieu sans trouble sensible; à Berne, on laissa même l'ancien gouvernement à titre de gouvernement provisoire jusqu'à la constitution du nouveau qui n'eut lieu que neuf mois après.
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Si les Neuchâtelois avaient alors eu le moiodre senti-* ment de ce qu'est la politique, ils auraient profité de la situation pour substituer le principe républicain au principe oionaroliique ; Tinteryention fédérale ne pouvait avoir lieu parce que les cantons de Berne, Fribourg, Vaud et Soleure^ qui seuls auraient pu agir, étaient eux-mêmes en révolution, et cet acte se serait accompli aussi facile* m&at que cela eut lieu en 1848. Ce fait est tellement évident, que la diète étant assemblée en janvier 1831 pour organiser Tarmée en vue d'une guerre qui paraissait pro-* chaîoe, un député lucemois, je crois, frappé de la position anoroiale du canton de Neuchàtel, invita en pleine séance les Neuchâtelois à profiter de Toccasion pour modifier leur situation politique. Ghambrier, procureur général, alors député de Neuch&tel, lui répondit, et son discours fut imprimé aux frais du gouvernement et répandu dans le pays.
L'aristocratie de Berne tombée, il semblait quMl n'y eût qu'à toucher du doigt celle de Neuch&tel pour la faire choir ; mais le pays ne savait pas ce que c'était qu'agir par soi-même. Au mois de janvier cependant, une sourde agitation commença à se manifester. A Neuchfttel, quelques personnes, parmi lesquelles Favarger, qui devait plus tard vendre son talent pour une dignité, se réunirent et décidèrent la publication d*un journal mensuel, la Revue de Neiuihàiel^ en vue évidemment d'amener un changement politique dans le canton. On voit que ces révolutionnaires n'étaient pas très-ardents : le moment propice pour une révolution commençait à passer, et on publiait un petit journal mensuel pour la préparer I Le Cionseil d'Etat, qui vit sans doute bien avec qui il avait affaire, affranchit cette pubUcation de la censure : c'était une concession considérable et im pas vers la liberté de la presse. Le premier numéro fut excellent ; très-modéré dans le ton, il engageait les Neuchâtelois à ouvrir les yeux sur ce qui : e passait chez eux. Sentant le danger de telles doctrines?
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le gouvememeot le copjura en participant à la rédaction de la Revue^ et cette feuille devint insignifiante.
Toutefois lé mouvement s'accentuait, alimenté par les intérêts matériels. La paroisse de Saint-Âubin subissait encore des droits seigneuriaux à e6té des droits de TEtat; les villages de Bevaix, Cortaillod et d'autres du vignoble furent dès le début les plus ardents et voulaient s'a£francbir de la dîme sur la vendange et des droits féodaux attachés à leurs terres, qui, il faut le reconnaître, étaient en effet de lourdes charges. Je me rappelle avoir vu un brave paysan de la paroisse de Saint- Aubin venir au Valde-Travers de son propre mouvement, sans aucune espèce de mission de personne, demander notre concours pour affranchir le pays.
Au Val-de-Travers, où le châtelain de Vattel avait laissé le triste souvenir de sa récente domination, tout le monde était d'accord pour un mouvement, sans que personne se rendît bien compte de ce qu'il devait être. L'idée d'affranchir le pays de la redevance due au roi de Prusse était bien pour quelque chose dans l'agitation; mais le fond en était plus relevé. On avait subi l'oppression d'un homme pendant vingt ans, et on sentait là plus que partout ailleurs le besoin de substituer la loi à la volonté et au bon plaisir d'un homme. Au Val-de-Ruz, il y eut aussi à cette époque une sorte d'agitation, mais dans un tout autre sens ; elle fut surtout provoquée par le désir d'un affranchissement du service militaire et d'une sépa* ration de la Suisse.
Les Montagnes entrèrent les dernières dans le mouve* ment. Le Locle et la Chaux-de-Fonds avaient toigours eu des chefs de juridiction pris chez eux ; les deux qui gouvernaient alors étaient aimés de la population. Presque affranchis des redevances féodales et surtout croyant encore à l'efficacité des droits de la bourgeoisie de Valangin dont ils étaient tous membres, les montagnards sentaient moins le besoin de s'émanciper.
Qooiqae QuUemeot bruyante et sans aucune formule déterminée, Tagitatiou neuchâteloise était sérieuse. On parlait de réformes» d'abolition de redevances, d'abrogation d'ordonnances de police vexatoires, de rétablissement de certains droits en feveur du peuple, du droit de chasse surtout II n'y avait encore aucune espèce de partis : tout le monde était HbéraL On haïssait le Conseil d'Etat, sans directement songer à le renverser. Les di£férentes parties du pays étaient complètement étrangères les unes aux autres. C'était une agitation générale produite par des causes variées, toutes hostiles au gouvernement ; mais il n'y avait pas d'entente, pas de but ni de moyen déterminé et pas d'hommes à la tète de ce mouvement des esprits. Telle était la situation pendant les premiers mois de Tannée i831.
Plusieurs publications virent le jour presque simultanément Une société de jeunes gens de l'aristocratie, qui craignait l'effet produit par le premier numéro de la Revue^ fonda un autre Journal, également mensuel, sous le titre : les Feuilles Nsuchâteloises ; M. Gallot, l'homme qui voyait tout par la bourgeoisie de Neuchâtel, créa le Neuchâielois ; enfin parut le Messager de Neuchâtel, publié par un nommé Armand, Français d'origine et habitant le pays depuis peu d'années. Gallot entra dans le vif, et sans précisément soulever encore la question de la domination prussienne, il en dit suffisamment pour donner à l'agitation un caractère plus prononcé. Aussi n'obtint-il pas comme les autres l'exemption de la censure, et il dut fiûre imprimer sa feuille chez Fivaz, à Yverdon, d'où elle nous était expédiée chaque samedi par la poste. Armand lui-même dut quitter Neuchâtel et alla s'établir à Bevaix, qui était le village le plus exalté et où la présence du pubiiciste ne contribua pas à calmer l'agitation.
En peu de temps, Armand devint un personnage important et eut, comme tous les hommes en vue, des amis fanatiques et d'ardents ennemis. J'avoue que sans être au
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nombre des derniers, je ne comptàid pas non plus parmi fies amis. Ceux-ci se trouvaient surtout dans le Vignoble, et au Val-de-Travers dans les communes de Travers, Couvet et Buttes. A Métiers et Fleurier, on avait à l-égard de la situation générale des idées aussi avancées qne partout ailleurs; mais on n'aimait pas ce obef de parti étranger au pays, Venant on ne sait d'où, quoiqu'on lût son journal avec beaucoup de plaisir. Au Val-de-Ruz el aux Montagnes, on paraissait beaucoup moins agité et Armand ne devait non plus y servir de drapeau. Cependant il prit fantaisie à cette sorte de souveniin de visiter tous ses sujets. Voyant tous les jours ceux du Vignoble, il voulut aussi voir ceux du Val-de-Travers, et vint faire une course jusqu'à Couvet, où il arriva un samedi soir. Il fut reçu avec un enthousiasme extraordinaif'e ; on planta en sa présence des arbres de liberté, on but et festoya toute la nuit, en Thonneur de ce sauveur tombé du ciel exprès pour nous amener la liberté.
Un justicier qui plus tard devait être un chaud roya* liste, Jean-Jacques Montandon, le complimenta au nom de la population de Couvet : ce qui fit dire à Armand, dans le numéro suivant de son journal, qu'il avait été reçu par le magistrat du Val-de-Travers.
Cet engouement pour un homme qui devait si vite tom* ber n'avait rien de sérieux.
Armand était reparti le dimanche matin, et comme les arbres de liberté étaient restés plantés ou plutôt avaient été replantés, car un fervent royaliste, M. Alphonse Guyenet, en abattit un à coups de hache, les habitants des communes voisines se rendirent à Couvet pour voir les restes de la manifestation. J'y allai avec un de mes amis, Louis Bobillicr, excellent patriote avec lequel j'étais en parfaite communauté d'idées, et comme ce spectacle ridicule nous faisait sourire de pitié, nous fûmes traités d'aristocrates de Môtiers par des gens qui, devenus aussi ardents royalistes qu'ils étaient alors ardents arman-
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distes, devaient neuf mois plus tard nous traquer et nous traiter de pourris.
Le Yillage de Buttes se distinguait surtout dans le mouvement de 1831. Un nommé Henri-Constant Dubois, surnommé Vherboriste parce qu'il cueillait certaines plantes de nos montagnes qu'il vendait sous le nom de thé suisse, en était le principal promoteur. H était d'ailleurs intelligent et devait payer plus tard de sa personne. Un beau matin, nous apprenons que Buttes avait aussi planté an arbre de liberté : celui-ci au moins était de belle venue et non pas un petit sapin rabougri comme celui de Couvet Le châtelain du Val-de-Travers se rendit sur les lieux accompagné de son sautier et ât abattre cet emblème, ce qui eut lieu sans opposition.
Pareille chose s'était passée dans plusieurs villages du Vignoble, toujours sans résultat aucun. On n'attaquait nullement le gouvernement; on se bornait à lui faire sentir son mécontentement.
Il &Uait cependant que tout cela prtt un corps et finit par quelque chose de sérieux. Les bourgeois deNeuchàtel qui habitaient le Val-de-Travers se réunirent en nombre assez considérable â Couveti Leurs griefs à eux étaient d'une nature toute particulière: ce n'était point à la domination prussienne qu'ils en voulaient, ils l'auraient plutôt soutenue; le gouvernement qui siégeait au château leur était indifférent Ils étaient jaloux des bourgeois habitant la ville. Les millions de la succession Purry, les millions des anciens fonds de la bourgeoisie leur donnaient le cauchemar. La ville en profitait seule, par les emplois qu'elle avait multipliés à l'infini et par des travaux profitant aux citadins seuls. Ds envoyèrent à l'hôtel-de-ville de Neuchâtel une députation dans laquelle figurait Jeanrenaud-Besson. Cette députation, qui demandait quelques redressements, fut reçue avec de l'eau bénite de cour et il fallut se contenter de cela pour le moment.
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