‹ Mémoires politiquesChapitre 22 sur 106 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Loi conspiratloiis.

Tandis qne les voeux des Neachfttelois étaient transmis à trois cents lieues de distance pour faire apprécier leur opportunité, le pays s'était calmé à la surface. Il n'y avait plus guère d'autres réunions que celles des bourgeois de Neuchâtel qui habitaient hors de la ville et désiraient une autre manière de dépenser les revenus de la succession Purry. C'est dans de tels moments, alors que la tranquillité parait régner, que les mécontents ourdissent leurs manœuvres sourdes et trament des conspirations. A cette époque, des patriotes plus clairvoyants que je ne Tétais moi-même, jugèrent que rien ne sortirait de toutes ces demandes et que le fameux Corps législatif sur lequel nous comptions sincèrement ne produirait rien du tout; ils estimaient que si le pays voulait une réforme sincère dans son administration et une part sérieuse dans la direction de ses propres affaires, il fallait couper le mal par la racine et s'affranchir de la domination du roi de Prusse derrière Inquelte s'abritait le Conseil d'Etat.

Le docteur Petitpierre à Travers, te docteur Rœssinger à Môtters, H.-C. Dubois à Buttes, dont j*ai déjà parié, Alphonse Bourquin à Coroelles, Humbert-Droz, avocat à la Chaux-de-Fonds, et d'autres dont je n'ai plus le souvenir, furent les instigateurs ou plutôt les initiateurs de la conspiration. On m'avait jugé digne d'en foire partie, quoique je fusse bien jeune, ainsi que mon ami Louis Bobillier, et on chargea RoBssinger de m'avertir. J'avais eu

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ayec lui, quelque temps auparavaot, une altercation assez vive, au sujet d'Armand. Souvent nous n'avions pas été d'accord sur les moyens à mettre en œuvre ; il en était résulté entre lui d'un côté, et Bobillier et moi de Tautre, des rapports peu agréables. Rœssinger se borna à nous convier à une conférence qui devait avoir lieu à Couvet pour Torganisation d'une correspondance entre le vallon et les autres parties du pays. Sollicités par toute autre personne, nous nous serions rendus à cet appel ; mais nous n'avions pas confiance en la prudence de RoBSsinger, et nous nous tînmes à l'écart. Cette réunion fut suivie d'une autre qui eut lieu à Rocbefort et dans laquelle fut décidée la prise d*armes du 12 septembre.

Parmi les hommes qui se montraient les plus ardents contre toute l'agitation qui se produisait alors, il faut citer Galiot. Son journal, \q NeuchàteloiSy était rédigé avec esprit. C'était une raison pour que les libéraux lui en voulussent plus qu'à tout autre. Quoique son centre d'action fût la bourgeoisie de Neucbâtel, quoiquileût toujours été l'adversaire du Conseil d'Etat et lui eût fait presque seul opposition aux audiences générales, il voyait bien que le mouvement dépassait le but qu'il désirait luimême atteindre, et que si on n'y mettait pas d'entraves, les privilèges de la bourgeoisie de Neuchàtel. qu'il affectionnait, crouleraient avec ceux de la noblesse. Les citoyens qui n'appartenaient pas à la bourgeoisie le redoutaient aussi bien que les bourgeois eux-mêmes. Sa taille 1 avait fait surnommer la Girafe. A Travers, on établit un tir au passage dont la cible était une girafe ; on appelait cela tirer sur la girafe au galop.

Le publiciste neuchàtelois, qui ne manquait pas de courage, vint affronter au YaUde-Travers même la haine de ses ennemis. Il se rendit chez Jeanrenaud-Besson, où il fit appeler les principaux promoteurs du mouvement contre Ie$ institutions de la bourgeoisie de Neucbâtel, entre autres David-Louis Petitpierre. Galiot avait à peine traversé

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Ck)uyet que la nouvelle de son passage se répandit, et un groupe de cinquante à soixante individus se forma et vint le poursuivre à Môtiers. Je soupçonne fort Petitpierre d'avoir préparé cette espèce d'émeute pour exercer une pression surGallot au moment de la discussion. Je Tai vu venir au milieu de ces houzardeurs et les engager à rester tranquilles jusqu'au moment où il aurait besoin d'eux.

Gallot fit comprendre à ceux qu'il était venu visiter que c'était bien mal prendre son temps que de demander des réformes dans les moments d'agitation, que les modifications demandées seraient beaucoup mieux discutées dans une période tranquille. Je présume qu'il n'eut pas beaucoup de peine à persuader Jeanrenaud-Besson et Petitpierre. Le premier, tout brave libéral qu il fût, n'avait pas encore trouvé son pôle et n'a jamais eu la trempe bien révolutionnaire. Le second devint peu de mois après un ardent royaliste, ainsi qu'un bon nombre des houzardeurs qu'il avait amenés avec lui, entre autres Frédéric Coulin. Petitpierre affirma que Gallot avait promis toutes sortes de belles choses, et on laissa celui-ci partir tranquillement.

Il serait très-curieux de revoir toutes les demandes et propositions diverses qui son t sorties à cette époque soit des assemblées populaires, soit des assemblées de communes et môme de bourgeoisies. J'ai déjà dit que le gouvernement n'était pas seulement détesté* en raison des actes répréhensibles qu'il commettait ou des tendances despotiques qu il ne dissimulait même pas, mais encore en raison de mesures prises dans un excellent but. Il est vrai que se croyant solidement assis, il négligeait complètement les intérêts populaires, et que ses agents, dépassant toujours la volonté des maîtres, contribuaient à rendre insupportables des mesures d'ordre public. Cette circonstance amena des réclamations contre toutes les mesures de police en général. Dans le but de mettre un frein à la cherté croissante du combustible, le gouvernement avait interdit

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TexportatioD des bois, et pour en empêcher la contrebande il avait interdit dans certaines zones le voiturage des bois pendant la nuit. Il se tint au Yal-de-Ruz une réunion populaire demandant que cette défense fût rapportée. Je cite cet exemple entre beaucoup d'autres pour montrer combien le peuple neuchâtelois était novice.

Le gouvernement, qui comprenait qu'il valait mieux céder sur quelques vétilles comme celles sur lesquelles on réclamait, que de s'exposer à perdre son pouvoir en résistant à tout, fit quelques concessions. Il modifia l'ordonnance sur les auberges et cabarets en les autorisant à être ouverts jusqu'A dix heures du soir comme les auberges ayant schild. Il avait établi une surveillance assez peu efficace sur les forêts communales. Cette surveillance avait froissé quelques communes : il y renonça. Que lui importait après tout que les communes n'eussent plus de bois dans quelques années? il se faisait des amis! Il en fut de même à l'égard de l'ordonnance qui prescrivait les mesures pour empêcher la sortie des bois ; celles de ces mesures qui blessaient la bourgeoisie de Valangin furent rapportées.

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