CHAPITRE XXXin
Le retour de Ptael.
Ck)min6 cela arrive toujours lorsque les partis sont fortement excités, ils se donnent réciproquement des noms ou ridicules ou injurieux. Les royalistes nous appelaient pourris; nous les traitions de bédouins. Le nom dont ils nous affublaient n'a pas dépassé les événements qui Pavaient provoqué ; celui de bédouin a survécu et n'est pas aujourd'bui complètement tombé.
L'état des esprits était tel, qu'il fallait nécessairement qu'un des partis fût vaincu. La Confédération, en faisant capituler les troupes qui occupaient le château, n'avait pas tranché la question qui divisait le pays; cette question ne pouvait rester plus longtemps indécise : il fallait que le gouvernement cédât la place ou eût raison des républicains.
Telle était la position lorsque de Pfuel vint une seconde fois en qualité de commissaire royal. Il comprit bien vite dans quelle impasse nous nous trouvions et fit savoir que si précédemment il était venu avec la main pleine de dons généreux, aiyourd'hui elle était armée d'une verge.
La conduite que le pouvoir avait tenue à la veille et pendant les événements de septembre, n'était pas de nature à donner de la confiance aux royalistes. Le personnel du gouvernement avait besoin d'éléments nouveaux et énergiques. Pfuel, qui s'en était aperçu, avait comblé quelques vides en nommant avant son départ des hommes de valeur et d'énergie, toujours pris dans la
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noblesse. Mais le nombre des vieux incapables était trop considérable pour que quelques recrues pussent donner une valeur réelle à Tensemble. Le Conseil d'Etat le sentait tellement lui-même, qu'en violation de la règle il avait laissé Sandoz-Rollin présider quinze mois consécutifs, quoiqu'il fût le plus jeune des quatre présidents. Un vieux Tribolet, l'un des présidents, n'avait pas môme su que le gouvernement était en danger et sa résidence occupée par des insurgés. Il se présenta un beau jour au cbâteau, et, surpris d'y trouver des soldats, il persistait à vouloir se rendre au conseil, prétendant que c'était le jour où il devait y assister.
Pfuel, conseillé, sans doute par les hommes énei^ques de l'aristocratie et du parti, vit bien que de pareils éléments ne seraient que des entraves et que ce corps était trop nombreux et trop vieux pour renverser le parti républicain qui ne se croyait pas vaincu. Il travailla à une refonte du pouvoir, j'allais dire du pouvoir exécutif; pour ôtre vrai, il faut dire du seul réel pouvoir qu'il y eût dans TEtat. Il obtint facilement la démission de tous les titulaires et au lieu de vingt-quatre membres, le Conseil d Etat n'en eut que sept. Pourtalès, qui avait rendu le château le 12 septembre, eut, en récompense de ce fait d'arme et en raison de sa grande fortune, la présidence du nouveau corps. Chambrier avait montré trop de talent politique dans les derniers événements pour ne pas être maintenu. Perrot fut conservé comme un des plus jeunes et pour ses capacités oratoires. Perregaux, Tune des dernières créations, y trouva sa place, non pour ses talents et son intelligence, mais pour son énergie qui était grande ; c'était, certes, une qualité dans ce moment-là. Cour voisier, le premier plébéien arrivé au pouvoir, homme de talent politique, fut aussi conservé. Enfin, il fallait récompenser le dévouement, le mérite et la volte-face de Favarger : il obtint un siège et la direction de la chancellerie. Pour satisfaire la bourgeoisie de Vaiangin, on
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fauteuil fat donné à Delachaux. La fameuse proclamation qui appelait la bourgeoisie de Valangin aux armes, au nom du trône et de Tautel, méritait une récompense: son auteur, H.-F. Calame, fut nommé secrétaire d'Etat.
Pfuel profita de l'occasion pour mettre un peu d'ordre dans l'administration. Avant cette époque, les affaires se traitaient par des rapports des chefs de juridiction ou par quelques employés spéciaux. Au moment de la réorganisation du Conseil d'Etat, il fat formé quatre dicastères : Finances, Militaire^ Intérieur, et Justice et Police. Chacun de ces dicastères avait un conseil de cinq à six membres, qui délibérait sur les objets concernant sa partie d'administration.
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