CHAPITRE XXXV
Les cinq questions, la presse.
Le gouvernement convoqua sur ces entreffeiles en'vifon cpinze notables du Val-de-Travers qui se réunirent an château. Parmi ceux-ci se trouvaient mon pèrô et i^xsr renaud-Besson. Sans entrer avec eux dans aucune discussion, il leur fut présenté individuellement par écrit cinq questions sur les causes du malaise dont le pays souffrait et sur les moyens d'y porter remède, avec invitation de donner, après réflexion, leur avis sur oes questions. On s'est demandé s'il n'aurait pas été tout aussi simple d^en* voyer les questions par la poste, puisqu'on ne voulait entrer dans aucune discussion immédiate), au^ lieu' de faire ainsi courir les gens pour rien. Il va sans dire que les réponses^ ne résolurent rien du tout et que^ de cette dé« marche il n'est resté que la partie ridicule. Je n'en parierais même pas ici si elle n'avait donné lieu à certain o^mmentaire qui mérite d'être rapporté. On croyait que le gouvernement, sentant l'impossibilité de ramener jamads à la fidélité et à la tranquillité les populations du Vignoble et du Val-de-Travers, avait conçu l'idée de les séparer du canton de Neuchâtel pour les joindre à celui de Vaud, et on a supposé que les délégués du Val-de-Travers étaient appelés pour être consultés sur les dispositions du Vallon à cet égard. Lorsque ces délégués se rendirent au château, on avait partout la conviction que c'était dans ce but qu'ils étaient mandés. Les uns pensaient que le gouvernement le faisait avec Tidée sincère d'y donner suite; le plus^
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grand nombre cependant n'y voyaient qu'un stratagème tendant à faire constater que le Val-de-Travers avait préféré rester prussien plutôt que de faire partie du canton de Vaud.
L'inutilité évidente des questions posées et la manière dont les délégués furent reçus et congédiés, sembleraient donner iraison à cette dernière opinion et feraient penser que le gouvernement, craignant que les délégués n'acceptas sent la proposition de séparation, s'en serait tiré en leur posant ces questions ridicules (1). En tout cas, il est assez difficile d'admettre que cette manière de faire fût sérieuse, et si les conjectures que j'ai rapportées plus haut sont tombées à faux, la présence des délégués pourrait bien avoir eu pour but de les mettre à même de constater les formidables préparatifs militaires qui avaient été faits. Certain est-il qu'on les fit passer par devant les bouches à feu qui garnissaient les barricades et qu'ils furent arrêtés par les Qui vive! répétés d'un grand nombre de sentinelles. Mon père en avait reçu une impression très-vive et me dissuadait de prendre part au mouvement qui se préparait
Jusqu'au moment de la discussion sur la convocation des assemblées primaires, on ne comptait qu'un seul journal dans la contrée. La Revue, les Feuilles et le Nettchâteloia n'avaient eu que quelques numéros : c'étaient d'ailleurs des feuilles mensuelles qui ne pouvaient avoir beaucoup d'action sur l'opinion. Le Messager, qui paraissait une fois par semaine, cessa de paraître avant le départ
(1) Depuis que j'ai écrit ce qui précède, j'ai eu l'occasion de voir une lettre originale écrite par Ancillon. ministre des affaires étrangères de Prusse, adressée à Pfuel, dans laquelle le ministre prussien combat ridée d'ane séparation du pays et l'adjonction d'une partie an canton de Vand, ce qui prouve bien que l'idée de se séparer de la portion la plus turbulente des républicains de cette époque a sérieusement existé et a sérieusement été discutée.
A-t^Ue été abandonnée parce que le gonvemament prussien n'en voulait pas, ou bien parce qu'on s'est senti assez fort pour dominer le pays tout entier? Je ne le sais ; mais ce qui est positif, c'est que l'idée est partie de Neuchâtel et a été combattue à Beriin.
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d'Armand. Restait le Journal de Neuchâtel^ rédigé par notre ami Gronzalve Petitpierre qui jusqu'alors s'était tenu beaucoup trop sur la réserve. Pendant Toccupation du château par les insurgés, la crainte de perdre ses abonnés de ]a ville le poussait non pas à blâmer la prise du château, mais à louvoyer entre les deux partis quoique son frère comptât parmi les chefs et que lui-même partageât nos idées. Les députés libéraux au Corps législatif, réunis vers le milieu d'octobre, l'engagèrent fortement à arborer enfinrson drapeau, et dès ce moment il devint l'organe avoué du parti- libéral.
La conséquence forcée de cette détermination fut la création d'un journal carrément royaliste, le Constitutionnel neitchàteloia, sous la direction de Favarger, ancien républicain des tirs fédéraux et de la réunion du Faucon au mois de février précédent, plus tard maire de Travers, devenu alors ardent coryphée du royaUsme et chancelier de la principauté.
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