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CHAPITRE XXXVI

Le Comité dTverdon.

Depuis la sortie du château, le parti royaliste et le goti- Ternetnent s'étaient organisés; le Conseil d'Etat était maintenant un pouvoir fort et énergique : la ^valeur morttle et politique de plusieurs de ses membres, Tappui <{u^il recevait d'une partie considérable du pays, Tarrivée du général Pfiiel, qui était venu donner de la cohésion i tous les éléments dévoués au parti monarchique, le concours que lui avaient prêté les autorités fédérales et celui qu'elles ne cessaient de lui promettre, et enfin la faiblesse des libéraux, qui avaient laissé partir pour Fexil les principaux chefs du mouvement et avaient lâchement voté dans leurs communes des adresses au gouvernement, croyant avoir accompli un acte.de haute valeur en exprimant la soumission plutôt que le dévouement et la fidélité, tout cela contribuait à donner au gouvernement une très-grande force.

Cependant la masse du parti républicain persistait dans ses illusions. L'intervention fédérale, Id garantie de l'appui des confédérés obtenue par le gouvernement contre toute tentative de révolution, la formation d'un bataillon soldé, l'organisation de toute la population royaliste et son armement, les travaux de fortifications pour la défense de la ville et du château, les mesures de rigueur du gouvernement recevant leur exécution sans obstacle, rien n'intimidait les proscrits, qui voulaient rentrer dans leur patrie. On avait promis à ceux-ci le concours de corps francs, venant

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des cantons de Genève^ Vaod, Berne, etc. ; ils se figurèrent dès lors que les arsenaux de ees diviôrs CâKlons flllâtéât s'ouvrir d'enthousiasme pour fournir dés armes et àés munitions à ces corps francs, et que letar entrée sur le iierritoiref du canton de Neucbfttel sentit jusqu'à la oapiUile une marche triomphale.

Je n'exagère rien ; j*y ci^yais un peu moi-*mèM0, tant on aime à croire ce que l'on désire, et cependant j'étais, <x)mme les membres du comité d'Yverdoik, parfaitement informé de la situation nouvelle que le gouvernement fèconstitué avait créée. Cette illni^n était toile, que l'organisation des corps francs à Genève et ailleurs, leur ma!rcbe, leur arrivée, tout était réglé plusieurs joUrs à Tavance au su du gouvernemeM comme au su de chacun. La facilité avec laquelte s'était opéré le mouvement de septembre, contribuait à nous entretenir dans fies Mies espérances. Les troupes fédérales et le colonnel PorTëf lui-m^ne avaient été tellement bafoués à NetlchMel sur la fin de l'occupation, alors que ta peUr était passée et que les royalistes reprenaient confiance en eux-mètûes, que l'on croyait sincèrement que si on réussissait à s'ocb^ parer du gouvei'nemsnt et du cheMieu, ces troupes ne reviendraient plus rétablir uh gouvernement qui les avait si maiment^es.

Depuis le ^our où Bourqûin s'était pimenté chez de Pfuel, sa conduite comme chef politique prit un carafctère mystérieux qui inspirait de graves soup^ns aux membres du comité d'Yverdon. Gomm^ je l'ai dit, ce comité ti agissait pas dans l'ombre ; ses membres étaient à Yverdon avec Bourquin, d'où ils- correspondaient avec les patriotes du canton et avec les hommes qui leur promettaient du secours de la part de Confédérés d'autres cantons. Il travaillait au su et vu de toute la population d'Yverdon, qui trouvait que, pour des conspirateurs, ces gens-là parlaient beaucoup trop. Le gouvernement du canton de Vaud était informé de ce qui se passait, aussi bien que celui du canton

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deNeuch&tel, et cependant il laissait tranquillement organiser sur Textrëme frontière une attaque armée contre un canton voisin. Il y a plus» et ceci vient confirmer les soupçons qui ont depuis plané sur la conduite de Bourquin : le président du gouvernement vaudois. M. de la Harpe, et le président du gouvernement neuchfttelois, M. Pourtalès, se rencontrèrent à Yverdon, peu de temps avant rentrée des corps francs dans le canton de Neu* chàtel. lis firent appeler Bourquin, et eurent avec lui, à rhètel de Londres, une conférence qui dura plusieurs heures. Bourquin ne souffla mot au comité de cette entrevue, dont le but et le résultat resteront un mystère.

Le parti libéral était tellement aveuglé, que la soumission faite par Bourquin à Pfuel, annoncée officiellement par celui-ci, et la conférence avec Pourtalès et de la Harpe ne purent pas même lui faire perdre la foi en ce chef de hasard et sans aucune espèce de capacité. Lorsque les événements nous ont arraché nos dernières illusions, que Bourquin s'est enfui sans combattre, les 8oupçx>ns ont pris corps et Ton a coiyecturé que le gouvernemenu fortemœt organisé comme il Tétait et dans Tanxiété permanente que lui causait la présence du comité dTverdon, voulut précipiter le mouvement et que Bourquin, déjà alors traître, avait combiné avec ses adversaires Tattaque qu'il allait commander. Il est certain que si le gouvernement de Neuchâtel n'eût pas eu besoin d'une attaque pour prendre une position solide et incontestée vis-à-vis du pays, il n'aurait eu qu'à demander au gouvernement de Vaud lïnternement des six proscrits, ce qui certes n'aurait pas été r^usé, et toute tentative devenait impossible.

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