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CHAPITRE XLV

La position après les •vénements.

Le gouveroement issu en quelque sorte des événeaieirts de 1831 eut une position bien difTérente de celles qu'ft* vait son prédécesseur. Outre qu'il était moine nombreux, par conséquent plus énergique et plus actif, il avait désormais Tappui d'une grande partie de la population, celle qui tenait fort peu i raristocratie mais soutenait le CcMDseil d'Etat comme représentant direct du roi et défenseur né du principe monarchique.

On se ferait difficilement aujourd'hui une idée des changements d'opinion que ces circonstances prodaisirent chez le plus grand nombre des royalistes neuchàtelois à l'égard des événements politiques qui se passaient en Suisse et même en Europe. Pendant la grande lutte que la branche aînée des Bourbons soutint contre les libéraux^ la presque unanimité de la population neuchàteloise avait pris parti pour le libéralisme. La révolution de Juillet, qui chassa du trône et de la France un roi parjure, fut applaudie chez nous comme un acte de justice et l'expression de la volonté d'une grande nation. Après notre malheureuse tentative, les neuf-dixièmes des royalistes^ voyant oCi avait ftalii nous mener cette révolution française, devinrent d'enragés légitimistes et soutinrent de tous leurs vœux les tentatives de soulèvement qu'entreprenait la duchesse de Berri dans la Vendée. J'ai vu> deux mois après la révolution de Juillet, un noble Neuchàtelois revenir au pays avec la cocarde tricolore, la

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moustache et les insignes de la garde nationale que la tenue civile permettait. Un an plus tard il était royaliste.

Les nouveaux principes démocratiques des cantons suisses, qui pendant les six ou huit premiers mois de 1831 étaient du goût de tout le monde, devinrent des principes anarchiques depuis que ces révolutions mettaient eu péril le principe monarchique à Neuchàtel. Les dames de la ville, qui au début de la révolution polonaise faisaient de la charpie pour les opprimés, traitèrent désormais la Pologne de grande rebelle, et tous les royalistes neuchâtelois applaudirent aux rigueurs exercées contre cette malheureuse nation. Dans quelque lieu qu'un événement politique se produisit dès lors, soit en Suisse soit en Europe, on pouvait être certain d'avance que les royalistes neuchâtelois donnaient leurs sympathies au parti rétrograde si le mouvement était purement politique, au parti ultramontain s'il avait pour fondement une lutte contre la domination du cierge catholique. Jadis, ces mêmes hommes avaient des idées élevées, quelques-uns même très-avancées, sur les principes qui doivent régir les nations.

Cet état des esprits se maintint de 18B1 à 1847, période pendant laquelle il n'y eut presque pas de politique intérieure. U est bon, cependant, de rappeler les faits qui se sont accomplis durant cet intervalle. . Les tribunaux avaient à peine repris le cours de leurs travaux après la levée de Tétat de si^, que le maire de Neuchfttel, s'avisant de revenir sur le passé, trouva dans le Journal de Nei^hâtelj toujours rédigé par notre ami Gronzalve Petitpierre, un article publié dans le courant de novembre, en réponse au fameux Où gontmi»-7ioK^, où oUona-nous? de Wesdehlen, et dans lequel il ap^ prédait à sa manière la situation. Lors de la publiacation de cet article, le gouvernement avait repris toute sa puissance ; cependant personne n'avait songé à lui faire un procès. Mais après le triomphe final, on osait

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tout, et Gonzalve fut condamné à trois mois de prisonn n'y avait pas jusqu'à la veuve du obfttelain de Yattel» qui ne profitât de la circonstance pour donner son coup d'épingle à propos d'un article qui datait de six mois, oà elle prétendit que la mémoire de son mari était offensée. Elle porta plainte, et une nouvelle poursuite fut intentée contre le pauvre journaliste, qui pourtant ne faisait pas grand mal. La cour de justice de Neucbfttel, la seule indépendante quoique bonne royaliste, trouva pourtant que c'était trop, et Gonzalve fut libéré.

Quoique gouverneur de la principauté ut touchant de ce fait un assez beau traitement, Pfuel n'en continuait pas moins son service dans Tarmée prussienne. Il venait chaque année passer quelques semaines à Neucbàtel, prenait son magot et repartait. Dans les premiers tempe, ses séjours à Neucbàtel étaient plus fréquents et plus longs; sur la fin, à peine venait-il chaque année pendant quelques jours.

Vers la fin de l'été 1832, Pfuel se trouvait à Neucbàtel. Les patriotes étaient tranquilles; toute la politique consistait en un échange de paroles, quelquefois amères, le plus souvent plaisantes, entre les hommes de chaque parti. Le gouvernement pouvait jouir en paix de la situation : son ciel était bleu et serein ; sll s'élevait parfois de légères brises, elles ne ridaient pas même l'azur de son lac, et cependant cela l'inquiétait et lui rappelait qu'un orage avait eu lieu, et que ce qui s'est vu peut se revoir. Tantôt c'étaient quelques paroles imprudentes jetées par quelqu'un de ces incorrigibles patriotes, le bruit des pétards, la vue des feux allumés le 12 septembre; tantôt une société de musique qui, se rendant sur le Doubs, arborait, oh! quel crime, un drapeau fédéral I Ces velléités, seuls signes de vie que donnât désormais le parti patriote, étaient réprimées avec une rigueur extraordinaire. Enquêtes, poursui>tes, prison se succédaient, et le pauvre diable ainsi atteint ne recommençait pas de sitôt.

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Cependant, il parait que fe gouvernement pr»t^ cesJé^ gèros" démonstk^ations bien^au série«ix, car il profita de la. pk*ésence de Pfliel poiir passer une revue deB âdèlctt €it ^mulei* leur zète. Je ne sais quel en futile résultat aiHeurs^ mai» aiu Valide-Travers elle neful autre choâe qu'une excitation à^la haine des citoyena les uns contre les autre». Bite: eut' lieu ài Gk^uivet; tout ce qui élait capable de të»ir Mît fusil figurait dans tes rangs. Les royalistes trop â^é^ fuv^eat également passés en revue et harangués sôus lai qualification de notables. Pi tous Pfuel tint ce Joli tangage^ e» parlant des patriotes : Mctrchez*leufr sur lespiedif! Poiur peu que les royalistes eussent été disposés à se rapprocher des libéraux, non pas au point de vue politique, mais ait pointât vue des rapports sociaux, une pareille recommandation venant d^une teileboucfae était bien propre à^Tem'^ pécher et à' exciter de plus en plus 1« haine entre lès partis d)§jà suffisamment attisée.

Pfuel, qui ne devait prendre à nos affaires qu'un intérêt fort secondaire, qui s^étftit d^abord^ présenté à Neuchâtel avec des vues élevées et concilHatrices, qui avait tréb-bien compris, j'en aS la convictIon< que ceux qui voulaient Témancipation n'avaient pas tous les torts, Pfuel élait le dernier duquel on aurait attendu une pareille excitation à la haine entre citoyens. l\ faut, pour le comprendtie, se rappeler qu -étant venu avec diss pouvoirs qui lui permettaient de tout faire ou au moins de tout écouter, les patriotes* n^avaient ni osé ni su lui exprimer le fond de leur pensée, et qu'à peihe soa^ départ effectué, ils avalent insulté a la majesté royale de laquelle il relevait en envahissant le^ château et cherchant follement à> secouer Tau-torité du pi^ince qu'il représentait. La lutte ayant recommencé s^rés son retour, les patriotes, en l'attaquant, 9'eh étaient feiit un ennemi décidé à venger Tinsulte fttite à la Prusse sa patrie par ceux qui avaient tenté de soustraire' une: province, si petite qu'elle Mt, à l'autorité de son rd.

Une circonstance qui explique les allures>que cettiomme

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a conservées à Tégard des patriotes neuchâtelois pendant tout le temps qu'il a exercé ou plutôt revêtu les fonctions de gouverneur, c'est que Pavarger avait sur lui une influence considérable, et que s'il ne lui a pas dicté les paroles excitantes que j'ai rapportées plus haut, il a dû tout au moins lui en inspirer Tidée.

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