‹ Mémoires politiquesChapitre 47 sur 106 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

La guerre civile.

La conférence de Sarnen, qui siégeait à Schwytz tandis que la Diète siégeait à Zurich, connaissant assez peu l'opinion publique en Suisse, prit cette circonstance pour un symptôme en sa faveur et voulut en proliter pour hâter les événements. Le canton des Grisons, jouant le rôle de conciliateur, avait provoqué une entrevue à Zurich entre les Etats représentés en Diète et ceux de la conférence de Sarnen. Cette conférence, acceptée par tout le monde au moins en apparence, couvrait des projets que les Sarniens méditaient sans doute depuis longtemps.

Sous leurs yeux, à SchwyLz même, s'organisait une troupe de six cents hommes qui, le 31 juillet, vint tomber à rimproviste sur Kussnacht, chef-lieu d'un des districts extérieurs. Cette troupe était suivie d'environ quinze cents hommes avec ou sans armes, qui vint inonder le village. L;i Diète avait reconnu le gouvernement de Schwytz extérieur et reçu ses députés. C'était donc à elle que cet affront était infligé, et elle le sentit. Elle ordonna aussitôt une levée de dix mille hommes, pour mettre Schwytz à la raison. A cette nouvelle, sur une sommation faite par le chancelier Am Rhyn, de Lucerne, qui avait immédiatement paru à la frontière avec des troupes de son canton, les envahisseurs de Kussnacht rentrèrent chez eux.

Cet événement, qui avait enfin donné à la Diète une énergie que le peuple suisse réclamait d'elle depuis long-

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temps, n'était pas un fait isolé. La ville de Bâle méditait en même temps une attaque contre ses anciens sujets de la campagne, et dans la nuit du 2 au 3 août, ses troupes marchaient sur Liestal, précédées des quatre cents soldats de la garnison permanente, en tout seize cerits hommes et douze pièces de canon. En passant ils mirent le feu au village de Prattelen, ce qui ne contribua pas peu à exaspérer les campagnards, qui d'ailleurs avaient été avertis par les manœuvres qu'ils remarquaient dans les communes restées fidèles à la ville. Les paysans bâlois étaient aguerris; ils avaient déjà résisté à plusieurs attaques de la ville, et malgré la forte organisation et le terrible armement des assaillants, ils les attendirent de pied ferme dans un bois en avant de Liestal. Une fausse barricade qu'on leur avait d'abord opposée et qu'on avait laissé facilement enlever donna confiance aux troupes de la ville, qui ne s'aperçurent pas même qu elles marchaient entre deux rangs de campagnards armés, embusqués dans la forêt.

Cette défense organisée par les soins de quelques officiers polonais qui séjournaient à Liestal, fut couronnée de succès. Les citadins, assaillis à la fois de trois côtés, ne tinrent pas longtemps malgré leur valeur très-réelle. Les soldats citoyens se débandèrent facilement; mais la garnison d'Etat couvrit la retraite et protégea l'artillerie, qu'elle put ramener en ville. Les campagnards poursuivirent leufS adversaires jusqu'à la Birse oh ceux-ci perdirent de cent à cent vingt hommes tués et environ deux cents blessés.

La Diète, informée de cette attaque le jour même, se décida enfin à agir énergiquement comme elle l'avait fait à l'égard des Schwytzois, à la grande satisfaction de l'immense majdrité du peuple suisse, qui assistait depuis deux ans à des tiraillements sans fin suscités par quelques égoïstes.

Le temps des demi-mesures était enfin passé et les

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hommes d'Etat comprenaient, comme le peuple le sentait depuis longtemps, qu'il fallait mettre fin à ces bravades de quelques meneurs qui , sous prétexte de conservation du Pacte fédéral, allaient fatalement amener la chute de la Confédération elle-même. La Diète rendit un décret qui dissolvait la conférence de Sarnen et somma les Etats qui la composaient de remplir leurs sièges dans son sein.

On comprendra facilement l'effet que ces événements produisirent sur les patriotes neucbàtelois, qui n'avaient que déboires depuis les malheureux événements de décembre. Notre gouvernement, que nous détestions comme on déteste toujours un vainqueur, surtout dans une lutte de politique intérieure; que nous voyions depuis deux ans pousser le canton de Neucbâtel dans les intrigues de quelques meneurs de la ville de Bàle et des magnats des petits cantons et du Valais, eux-mêmes sous l'influence du clergé catholique; que nous entendions, par l'organe du Corps législatif et de son journal, traiter la Diète d'assemblée de factieux; qui accusait les neuf dixièmes de la Suisse libérale d'être des perturbateurs de l'ordre; notre gouvernement recevait enfin une leçon : il allait reconnaître que lui seul n'était pas le maître de la Suisse et que Tappui de la diplomatie prussienne ne le garantirait pas toujours contre les conséquences de ses insolences.

Nous n'avions point alors l'idée que les événements suisses pussent nous procurer Témancipation; mais l'humiliation que subissait le gouvernement monarchique en cette occasion ne pouvait que faire sentir un jour ou l'autre à beaucoup de royalistes neucbàtelois où pouvait les conduire cette politique antifédérale, qui mettait Neuchâtel en travers de tout ce que la nation voulait tenter pour Tamélioration de son organisation politique et administrative; nous avions donc Toreille attentive à ce qui allait se passer au sein du Corps législatif convoqué pour discuter la sommation de la Diète.

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