‹ Mémoires politiquesChapitre 50 sur 106 · CHAPITRE Lin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Lin

Las notes diplomatiqiiM.

Les événements de Tannée 1833 avaient rétabli la paix intérieure dans la Confédération. La ligue de Sarnen dissoute, les cantons qui la formaient parurent soumis, et la Suisse allait se trouver pour un temps dans un état de paix parfaite. Mais l'exemple d'un peuple libre, se gouvernant avec ordre et calme à Taide d'institutions démocratiques, était trop dangereux pour que les puissances voisines le laissassent dans cet état de tranciuillité. Dès ce moment commença pour la Confédération ce que j'appellerai rère des notes diplomatiques. Pendant les six ou huit années qui suivirent, il ne s'est, je crois, pas passé six mois sans que la Confédération ait reçu soit de Tune soit de l'autre des grandes puissances, soit de plusieurs ou même de toutes collectivement, une note toujours insolente et quelquefois menaçante, qui intimidait la Diète et inquiétait la nation. Je mentionnerai les principales difQcultés qui ont donné lieu à ces notes, pour indiquer quelle fut la conduite du gouvernement de Neuchàtel dans ces circonstances.

«Tai dit qu'une tentative des patriotes allemands contre la Diète de Francfort avait jeté sur le sol suisse quelques centaines de Polonais. Le canton de Berne, sur le territoire duquel ils s'étaient réfugiés, en était assez embarrassé, parce que la France, qui leur accordait des subsides lorsqu'ils étaient tranquilles sur son sol, refusait de les recevoir de nouveau et leur avait supprimé tout secours. II.

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en était de ces malheureux comme il en est encore aujourd'hui de ceux que Tinsurrection polonaise de 1863-1864 a de nouveau amenés en Suisse. Après avoir été défaits, les soldats insurgés restent sur le sol auquel ils sont assujettis et se soumettent aux lois russes qui ne sont peutêtre pas plus dures pour eux que la domination du seigneur terrien, fût-il même polonais. Il n'en est pas de môme des officiers, qui tous ndfties et instrutis ont pu Ure dans les feuilles publiques les vœux que forment les peuples de l'Europe occidentale pour leur succès, et qui s'imaginent qu'en émigrant dans nos contrées ils seront reçus en héros.

Gela eut bien lieu ainsi en 183S ; mais au bout de quel- *que temps Tenthousiasme se refroidit. Les Polonais qiti étaient venus au mois d'avril 1833 étaient tous de nobles personnagesi ne connaissant que le métier des armes et ne se souciant pas d'en pratiquer d'autre. Ils apportaient au milieu de populations libérales, mais industrielles, leur horreur pour toute espèce de travail, leurs moeurs aristocratiques et leur brutale autorité sur les serviteurs qui les avaient suivis. Ces gens-là n'entendaient pas être venus en France puis en Suisse pour gagner leur pain. Us se seraient crus déshonorés de pratiquer un travail manuel ; mais ils recevaient sans sourciller et comme une chose due l'offrande d'un simple et quelquefois pauvre ouvrier. Le canton de Berne avait inutilement cherché à fait^ retomber les frais d'entretien de ces nobles seigneurs sur la Confédération. Pour la France, quelques mille proscrits à subventionner ne constituaient pas une charge bien lourde ; mais pour un canton suisse, cela devenait pénible.

On comprend que le gouvernement de Berne ait prêté l'oreille à toutes les combinaisons qui pouvaient le débarrasser de ces hôtes onéreux. Voici à quelle occasion il réussit à s'en défaire : une conspiration s'organisait pour tenter une révolution dans les Etats sardes ; elle avait pour chef le général Romarino, qui avait servi dans la

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rérolutioD de Potogne en 1881. Il était bien natorel que RomariDo utilisât les débris de rarmée polonaise qnî étMient sous sa main. Que le gouvernement de Berna ait tm connaissance du départ des Polonais et du but qu'ils se proposaient, cela me parait hors de doute ; mais qu'il ait trempé lui-môme dans la conspiration dans le but de se défaire des réfugiés, comme il en a été accusé, cela me parait tout à foit inadmissible. L'expédition organisée à Gtenève ayait à peine franchi la frontière que les hommes qui en faisaient partie furent dispersés; mais ils avaient par là perdu tous droits à Thospitalité, et Berne en fut déchargé.

Cela faisait Taffaire de toute la diplomatie européenne; elle en prit occasion d'échanger une foule de notes diplomatiques toutes menaçantes contre la Suisse, qui laissait s'organiser sur son sol des conspirations tendant à troubler les autres Etats. Cependant les gouvernements de Vaud et de Qenève avaient fait leur possible pour arrêter Tex* pédition qui, sans cet obstacle, n'eût sans doute pas réussi, mais eût certainement causé des embarras plus considérables.

Dans ce temps, la Suisse recelait un nombre très-considérable de réfugiés de toutes les nations : Français, Italiens, Allemands et môme Suédois. Après la révolution de juillet 1830, des tentatives avaient eu lieu de tous côtés pour opérer des révolutions. La Belgique exceptée^ elles avaient toutes échoué et la France rentrait dans le concert des puissances européennes; les malheureux qui avaient osé mettre en doute la bonté du gouvernement monarchique ou les vertus du prince leur souverain, étaient réduits à se réfugier en Suisse ou en Angleterre ; la Suisse étant au centre de l'Europe, il était naturel qu'ils la préférassent comme leur présentant les moyens de correspondre avec leur patrie ou leurs familles et leur donnant plus de facilité à l'occasion pour y rentrer. La Suisse a été de tous temps le pays de l'hospitalité; mais

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ses hôtes, cette fois comme presque toujoars, se montraient peu reconnaissants. La plupart étaient des hommes de talent, quelques-uns même des personnages distingués. La liberté de la presse n'étant pratiquée que depuis un petit nombre d'années, le métier de publidste, que peu de Suisses connaissaient, était généralement laissé entre les mains des réfugiés, qui remplissaient nos journaux de leurs utopies et traitaient avec assez de mépris nos institutions cantonales et fédérales. On comprendra facilement aussi qu'ils ne se faisaient pas faute de profiter de cette situation pour attaquer les gouvernements qui les avaient proscrits.

L'hospitalité, chez les nations comme chez les individus, est un droit et même un devoir; mais ce devoir cesse dès que celui qui en est l'objet en use de manière à créer des difficultés avec les voisins de ceux qui la lui offrent.

On avait, dans quelques parties de la Suisse, donné une importance trop considérable à la plupart de ces gens. Les journaux dont on leur avait confié la direction défendaient le droit d'asUe au delà de toute limite et trouvaient des citoyens suisses pour partager ces idées. Les gouvernements étrangers n'étaient pas ménagés, ce qui leur déplaisait souverainement. Les autorités suisses auraient dû faire cesser spontanément cette situation ; mais à cette époque il n y avait en quelque sorte aucune autorité centrale de la Confédération ayant pouvoir de contraindre les cantons aux mesures qui étaient nécessaires. Les cantons eux-mdmes se conduisaient chacun selon ses sympathies, les uns tolérant tout des réfugiés, d'autres ne leur permettant pas même de résider sur leur territoire. Il fallut une pression extérieure pour mettre fin à l'influence trop considérable que prenaient dans quelques cantons les nombreux réfugiés qui s'y trouvaient.

Les Etats allemands sommèrent par note collective la Confédération de renvoyer de son sol un certain nombre de réfugiés et accompagnèrent cette sommation de la

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menace d'interrompre les relations diplomatiques avec la Suisse jusqu'à Texécution de la mesure réclamée. Cette interruption des relations diplomatiques avait pour conséquence d'empêcher aux Suisses de voyager en Allemagne, puisque les chargés d'affaires ou représentants des Etats allemands ne visaient plus les passeports pour ces Etats. L'effet en fut très-sensible, surtout dans les cantons orientaux, qui ont avec la nation allemande des rapports de voisinage et de commerce dont l'interruption devait leur causer de véritables dommages. Aussi Zurich, qui était alors Vororty chargea-t-il les cantons de donner des instructions à leurs députés sur les mesures à prendre envers les réfugiés. Les cantons qui se prononçaient pour l'expulsion ou qui ne recevaient pas de réfugiés étaient mieux traités que les autres par la diplomatie allemande ; Les mesures d'interdiction ne les concernaient pas. Neu- <}hfttel, qui était de ce nombre, n'en fut pas moins un des plus ardents pour l'expulsion en masse de tous les réfugiés qui se trouvaient en Suisse, de même qu'il avait voté pour donner toutes les satisfactions possibles à laSardaigne et aux autres puissances au sujet des fautes commises par la Suisse dans la tentative des Polonais contre la Savoie.

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