‹ Mémoires politiquesChapitre 51 sur 106 · CHAPITRE LIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIV

Les taqiiinMiAB réciinroqn^a.

La Constitution monarchique de Neuehâtel^ que ia Suisse avait déjà acceptée avec peine en 1814 et qui avait nécessité des stipulations spéciales dans i*aete d'admission du 19 mai 1815, était une cause continuelle de dissensions avec la majorité des cantons. Loin de chercher à se faire pardonner une situation anormale au eein de la Confédération, le gouvernement priait à tâche de se tenir dans ime opposition évidente, forte de l'appui de la diplomatie prussienne.

Ces bravades ne se bornaient pas seulement aux afTaires qui se traitaient en Diète ; elles se produisaient dans toutes les occasions oti la qualité d'Etat prussien pouvait être mise en avant.

Le service militaire, tel qu'il avait été organisé à Neuchâtel en 1820, beaucoup trop onéreux puisqu'il astreignait un nombre d'hommes triple de celui exigé par la Confédération à des dépenses de temps et d'argent considérables, avait été le grand grief des royalistes lors de la division des partis. Après les événements de 1831, on trouva beaucoup plus commode de ne pas réorganiser du tout le contingent fédéral, et cela dura jusqu'en 1834, à la pleine connaissance des autres Etats suisses; mais à cette époque Tétat-major fédéral était encore presque exclusivement composé d'anciens officiers du service étranger appartenant à la noblesse des différents cantons : la commission militaire fédérale se montra.

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par sympsthies politiques, d'une tolérance véritablement coupable envers le mauTais vouloir du canton de Neuob&tel.

La Diète venait de décider une école spéciale de tous les cadres de Tarmée fédérale; Neuchfttel protesta, sous prétexte que les finances fédérâtes et cantonales en souffriraient, et que la Diète n'avait pas le droit d'ordonner une pareille mesure. Mais le motif réel était que Neuohàtel n'avait pas le premier homme à envoyer A cette éoole. La Diète connaissant l'absence complète de tonte organisation militaire dans le canton de Neuobitel, et voulant mettre celui-ci en demeure de remplir ses de* Yoirs fédéraux, ordonna une inspection du contingent neucbfttelois. Le gouvernement protesta derechef, en fai* sant valoir je ne sais quel article de règlement militaire.

La Diète» intimidée par la protection prussienne, hésita et renvoya d'un an cette inspection, pour permettre au gouvernement de se mettre en mesure; mais quant à l'école des cadres, elle tint ferme et somma Neuch&tel de faire paraître les siens. Cette fois il fallait s'exécuter ; mais au lieu d'envoyé des cadres de troupes qui n'existaient pas, le gouvernement forma un détachement de royalistes choisis. Quoique le roi eût autorisé les troupes neucb&teloises à porter la cocarde aux couleurs de Neuchâtel et de Prusse réunies, on affubla ces militaires d'une cocarde purement prussienne. On fit mieux encore : on les obligea tous à porter la fameuse médaille créée pour récompenser les fidèles de 1831, quoiqu'un bon nombre d'entre eux fossent trop jeunes pour avoir pris une part effective à ces événements.

On peut facilement comprendre l'irritation que produisit parmi les cadres des autres cantons cette singulière façon d'agir. Le colonel HirzeK de Zurich, qui avait le commandement de récole, eut toutes les peines du monde à empêcher que les soldats neuchàtelois ne fussent attaqués et que de graves conflits ne résultassent de cette vé-

ritable provocation. La Diète fut saisie de TafiFaire, mais la crainte de la diplomatie prussienne la paralysait, et elle n'osa proposer aucune mesure contre un Etat qui prenait à tâche de se rendre impossible au sein de la Confédération.

Est-il étonnant après cela d'entendre M. de Wesdehlen, notre député en Diète à cette époque, se plaindre au Corps législatif du peu d'égards que la députation de Neuchâtel a obtenus à Zurich? Le parti royaliste cherchait à créer des embarras au reste de la Confédération; il faisait sentir en toute occasion qu'il avait la protection d'une des grandes puissances européennes; il se liguait avec tous les adversaires de la Suisse libérale, qu'ils fussent souverains étrangers ou conspirateurs intérieurs, et ensuite il venait se plaindre qu'on ne lui donnât au sein de la Diète aucune assurance quant au maintien de sa Constitution monarchique!

Cette tension devait forcément amener des représailles. Les occasions ne manquaient pas, mais les moyens de contrainte faisaient défaut. Notre ami Humbert-Droz, condamné par contumace et proscrit pour avoir signé la déclaration qui avait été trouvée chez Cugnier et avait motivé la condamnation de Petitpierre, réclamait contre une violation de la capitulation du château. Le canton de Glaris proposait que dans ses actes et dans ses rapports avec la Confédération, Neuchâtel se qualifiât seulement de canton et non pas de principauté et canton. La question de la médaille, celle de la cocarde prussienne, étaient tout autant de griefs au moyen desquels la Suisse libérale cherchait à piquer au vif le gouvernement de Neuchâtel ; mais ces coups d'épingle même n'aboutissaient à rien du tout. Les mauvais rapports en étaient rendus plus évidents, mais la majorité de la Diète étiiit constamment arrêtée soit par les dispositions du Pacte fédéral qui avait pour base la souveraineté absolue des cantons, soit par la crainte de se créer des difficultés diplomatiques avec la Prusse.

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