‹ Mémoires politiquesChapitre 52 sur 106 · CHAPITRE LV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LV

Les cours de {«stica ; la bourgeoisie de Valangin.

Les institations dont nos pères étaient à juste titre trèsfiers dans le courant du sSècle dernier se trouvaient réduites à rétat de simples auxiliaires du gouvernement. Les événements politiques de 1881 avaient porté un coup fatal à ces institutions créées pour mettre un frein au pouvoir absolu du Conseil d'Etat : en se liguant avec lui, elles devenaient inutiles.

Je constate seulement cet état de choses sans précisément vouloir le critiquer, car il était la conséquence forcée des événements. Le principe du gouvernement ayant été violemment attaqué, les institutions qui en étaient la conséquence et même le contrôle se trouvaient attaquées avec lui; de surveillantes elles devinrent simplement auxiliaires et perdirent ainsi leur caractère protecteur du peuple pour devenir des instruments du pouvoir politique.

Mais en restant dans cet état d'instruments du gouvernaient, alors que celui-ci n'était depuis longtemps ni attaqué ni menacé, les cours de justice démontrèrent le vice de leur constitution et la nécessité de les réformer. Cette nécessité était tellement frappante, que parmi la jeunesse royaliste et parmi la noblesse même il se forma avant 1848 un parti de jeunes gens qui admettait comme programme la réforme totale de notre organisation judiciaire.

Gomme je l'ai dit, les événements de 1831 avaient jeté.

à quelques rares exceptions près, tous les justiciers dans le parti royaliste. Le gouvernement avait même eu la velléité de faire destituer quelques-uns d'entre eux qui, sans avoir pris une part directe aux événements, s'étaient un peu trop prononcés contre le principe monarchique. Le justicier Blanc, de Travers, était du nombre. Toutefois, cette institution était trop utile pour que le gouvernement pût ainsi lui faire perdre le peu d'apparence d'indépendance qu'elle eonservirft encore, et après avoir poussé l'aflEaire jusqu'aux informations et même jusqu'aux menaces, il s'arrêta.

Après 1831, toutes les nominations de justiciers ^ eurent lieu, portèrent sur des royalistes de la plus belle eau. Je connias cependant deux exceptions : Emile Bobiilier à Métiers et Grandjean à Buttes furent nommés peu avant 1848. C'étaient deux anciens patriotes dont le caractère était bien connu du ch&telain Ck)urvoisier, qui les avait mis en avant. A peine étaient-ils eu fonctions qu'ils devinrent de fougueux royalistes et firent l'un et l'autre partie des comités noirs organisés en 1847.

Gomme les cours de justice, les bourgeoisies s'étaient senties menacées en même temps que le principe monarchique et s'étaient mises au service du Conseil d'Etat Elles lui avaient rendu un immense service en 1831 et en étaient toutes fières, celle de Valangin surtout. Elles exerçaient une grande influence sur leurs ressortissants, qui se croyaient obligés d'être royalistes parce que les chefe de la corporation l'étaient et qu'il est naturel à on privilégié de soutenir un principe lorsque ce principe protège son privilège, celui-ci fÙt*U parfaitement imaginaire, comme l'était celui des simples bourgeois de Neu* chAtel ou de Valangin.

Dès cette époque, les bourgeoisies ne remplirent plus aucun rôle dans l'Etat, et pendant la dernière période de leur existence comme corporation politique on ne peut citer une seule mesure politique ou administrative où

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laor infloanee 96 soit&it sentir. Je me trompe : les bourgeoisies de Neuch&tel et de Yalangin kitervinreat pour le maintien dd leurs pnviiéges dans ia loi sut rorganisatiou d'un» aeule eour d'appel, et cetle intervention fut fetale et empêcha que rîastitulîon de la première avtorité dm pajTB fût «onvenablemenfc oiganisëe.

Par une augularikè iiKompréhmsiUe' ohes une oorporation aussi fière de ses privilèges que Tétait la bourgeoisie de Yatangiu^ le roi avait seul le droit de ftdre en* tier de nouveaux bourgeois dan» la corporation. Cette fittulté passa aux mains du Conseii d'Btat, qui en profila pour flatter rorguett de la boorgeoine en incorporant toutes las familles de Varistocratie de NeucMtel. Les Valangtaois, tout fiers de eette oombourgeoisie avec les Gbambrier, les Hontmollin, les Perregaax, ne sentirent pas que c'était po«ur les miaux diriger qu'on s*a8sociait ainsi k leurs actes politiques. Non-seulement la noblesse fat ineorporée, mais on fit de ee droit de bourgeois de Yalangin si biend^nidu pendant le diQi«bi]!tième siècle, une récompense en faveur des royalistes aélés qui avaient roodtt des services an 1831. On étendit même celle faveur à tous les Suisses d'antres cantons ainsi qu'aux étrangère qui avaient pria les armes pour défendre le gouvernement; ceux-ci reçurent à la fois une lettre de naturalisation neucb&teloise et une lettre d'incorporation dans la bourgeoisie de Yalangin.

Ainsi transformée par les hommes riches et influents de Taristocratie de Neuch&tel, par les royalistes ardents pris dans toutes les parties du pays et par une multitude d'individus auxquels on prodiguait la nationalité neuchftteloise, la bourgeoisie de Yalangin est restée d'une nullité qui tenait du ridicule. Tous les trois ans, les bourgeois s'assemblaient dans le pré destiné aux réunions. Us se divisaient par groupes pour nommer les conseils de la bourgeoisie. Pendant dix-sept ans ceux-ci n'ont rempli d'autre mission que d'aller complimenter le roi en la per-

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sonne du. président du Conseil d'Btat le jour du premier janvier. Le ConatiHonnel de Tépoque nous donnait chaque fois les discours échangés en ces occasions solennelles. Les 'bourgeois se félicitaienli de vivre sous des institutions que le meilleur des princes leur avait octroyées; le président les remerciait de leur fidélité, et les uns et les autres se séparairat réciproquement saUsfiiits.

(^pendant il fallait que, si l'occasion se présentait de renouveler le service que la bourgeoisie de Valangin avait rendu en 1831, les fidèles qui se réuniraient sous sa bannière ne fussent pas, comme la première fois, sans artillerie. Le roi, en récompense des services rendus par cette corporation, lui fit cadeau de deux pièces de quatre toutes neuves, pourvues des moyens d'attelage et des munitions nécessaires. On atteignit ainsi un double but : on flattait les bourgeois et on armait un auxiliaire. Je ne critique point : nous en avons fetit autant en 1849 et en 1856. On y igouta une simple flatterie. On fit donner à cette bourgeoisie, de la part de la reine de Prusse, une bannière qui était soi-disant tout entière brodée de sa main, notam-ment un petit coin. Les bourgeois étaient excessivement fiers de cette distinction venant d'une reine de Prusse. On verra plus tard la peine qu'ils ont eue à s'en dessaisir.

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