CHAPITRE LXXIV
La politique de Meacliâtel à Tégàrd des courente.
Comrue je ne m'occupe ici des événements qui s'accomplissaient en Suisse qu'autant qu'ils ont eu quelque influence sur la politique du gouyernement de Neuchàtel, je reprendrai maintenant Texamen de la conduite de notre canton dans ce conflit.
Les antécédents du gouvernement neuchâtelois devaient nécessairement le conduire dans les rangs des cantons catholiques ; c'était pour les ultramontains un allié d'autant plus précieux, que sa qualité de protestant paraissait donner un caractère d'impartialité à l'opinion émise parluî. Cependant il ne faudrait pas croire que Neuch&tel soit entré de plein saut dans la phalange catholique et qu'il n'ait pas senti où son attitude pouvait le conduire. En effet, il était dangereux de se jeter dans une coalition avec les petits cantons contre un parti qui pouvait écraser avec sa force militaire les conciliabules à venir, comme cela était arrivé en 1883 lors de la conférence de Sarnen. Neuchàtel, cette fois s'en était tiré pour la peur; mais il ne désirait pas s'exposer à des aventures qu'il n'avait évitées que par miracle, si Ton peut appeler miracle la crainte que la Diète avait des puissances étrangères.
Il semblerait, si l'on examine la conduite que Neuchàtel a tenue en Diètei dès le début et pendant tout le cours de cette longue affaire, qu'il prêtait son concours pour le rétablissement des couvents, dans le but d'accomplir un acte de justice. Cependant deux circonstances trahissent
rembarras évident dans lequel se trouvait notre gouverment, mis en demeure de supplanter ses alliés des petits cantons ou de s'aliéner une partie de la population royaliste neuchâteloise en se mettant à la remorque des Jésuites. C'est d'abord sa réponse au gouvernement d'Uri, où tout en se déclarant d^accord avec lui sur le principe, il désirait que d'autres cantons se missent en avant pour demander 1% ^^on^ofi^tUm d'un^ Qîëte est^iuNrdùiaire. C'est ensuite son attitude au Corps législatif, auquel il présenta un rapport dans lequel le gouvernement commenoait par se déparer poav(Hr protestaat
Plus que personne, je recoonai» la nécessité d'une politique commune et d'un appui mutuel entre le pouvoir administratif dt le pouvoir législatif doat se compose le gouvernement. J'admets même que le pouvoir exécatif, qui siège en quelque aorte eu permanenee, doit avoir la prépondérant ou tout au moins l'initiative de la tendance et des mesures politiques. Mais oela ûe veut pas dire que le pouvoir législatif doive toigoura suivre les yeux£Nrmé8> la route dans laquelle le conduit le pouvoir administratif^ et qu'il se croie obligé de se taire lorsque la consoienee parle. C'est cependant ce qui eut lieu de lia part du Corps législatif, qui comptait dann son sein bon nombre d'hommes intelligents qui, tout royalistes et amis du gouverne* ment qu'ils jEussent^ ne devaient pas moins comprendre que cette politique &a faveur des oouvents et des Jésuites pouvait devenir fatale aux opinions royalistes dans le pays, puisque le gouvemememt l'avait senti lui-même.
La voix des quelques patriotes qui sit^eaÂent au Corps législatif ne pouvait avoir aucun écbo» Et comment des royaUstes aucaient-ils protesté dans ime assemblée dont l'énorme msyorité n'avait, pendaiit dix ans, pas prononcé une parole ayant l'ombre d'une critique sur la politique et les actes du gouvernement, même lorsque ces actes portaient atteinte aux droij^ des bwrgeoisies, comme dans l'affaire BoreUDarmès I Aiissi, loirsquau mois de mars
1841, le gouvernement vint proposer de donner pour ins* truction aux députés neuchâtelois de voter pour le rétablissement de tous les couvents, ne s'éleva-t-il aucune voix pour dire : Garel vous nous menez dans une fausse voie.
Le concours du Corps législatif et Tabsence de toute manifestation opposante dans le canton encouragèrent le gouvernement- à persévérer dans sa ligne de conduite, qui donna cependant le signal du réveil au parti libéral.
Il n'était du reste pas possible au gouvernement de suivre une autre voie, non au point de vue du droit absolu que le Gonseii d'Etat croyait trouver dans Tartiele 13 du I^te fédéral, mais au point de vue de la politique à suivre pour maintenir le plus longtemps possible le principe Qionarchique et le pouvoir de Taristooratie. En effet, que aerait^il advenu si Neuchàtel, abandonnant les petits cantons avec lesquels il avait marché d'accord pendant dix ans, se fût tout à coup rallié aux cantons radicaux? Cette politique aurait eu ses dangers; Neuch&tel ne pou» Tait entrer dans le concert des cantons tels que Berne, Vaud, Argovie, Grenève, sans adopter qu^que peu leur principe gouvernemental, et des concessions dans ce sens pouvaient mener plus loin qu'on ne l'aurait v^oulu. Le gouvernement était donc fatalement entraîné à la suite des cantons catholiques. C'était pour lui la seule issue, conséquence inévitable de la position politique de 1814,
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