CHAPITRE LXXVn La oriBe TaadoiBe
Indépendainmônt des corps francs et des Jésuites, la révolulion vaudoise excitait fortement Topinion publique. La masse de la population de ce canton avait soutenu le mouvement; mais la partie assez importante qui donnait dans le méthodisme religieux y était hostile. Les sectes dissidentes, qui avaient des réunions dans presque toutes les villes, formaient une opposition inquiétante, et d'un autre côté le nouveau gouvernement ne poursuivait pas avec assez de vigueur les rassemblements qui se formaient partout pour troubler ces réunions. Loin de là, lorsqu'une réunion avait donné Lieu à une émeute, on prenait les méthodistes à partie en leur attribuant la première cause du trouble et en leur interdisant de nouvelles réunions, et cela au mépris des principes les plus élémentaires de la liberté. J'ajouterai toutefois que les méthodistes mettaient une certaine ostentation à braver les émeutes qu'ils provoquaient et les considéraient comme des persécutions, ce qui redoublait l'exaspération de leurs adversaires; une conduite plus prudente de leur part aurait mis le gouvernement dans tous ses torts. J'ai entendu des amis de méthodistes vaudois, et leur langage à l'égard de Druey et du nouveau gouvernement ne s'accordait guère avec le pardon des offenses qu'ils avaient sur les lèvres.
C'est au milieu de cette lutte qu'un Grand Conseil constituant avait été nommé ; il élabora une Constitution qui ne présentait pas de grandes améliorations sur celle de
1882, déjà très-libérale; mais à un autre gouvernement il &Ilait un autre instiument. Cette nouvelle Constitution devait être soumise à la sanction du peuple vaudois, et pour cela il fallait que celui-ci eût connaissance de ses dispositions et qu'elle lui fût expliquée. C'est ce que fit le Grand Conseil dans une publication ou proclamation qui devait être lue au prône de chaque église un dimanche donné.
Une pareille prescription peut paraître singulière à Neuchâtel, où TEgiise ne reçoit de TËtat que de Targent. Dans canton de Yaud, FE^glise nationale n'avait aucune indépendance. Encore aiyourd'bui, le gouvernement administre les affaires ecclésiastiques comme il administre les aflEedres civiles. Les pasteurs sont sous sa discipline comme tous les autres employés de TEtat, et il r^te même des questions de croyance, de dogme et de liturgie. Il y a quelque vingt ans, le Grand Conseil vaudois avait été tout agité de la question du maintien de la confession de foi helvétique. Au mois de décembre 1864, il a encore prononcé sur la question du psautier. Ces rapports, qui font de Tautorité une sorte de gouvernement tbéocratique, sont un héritage de la domination bernoise sur le pays. A l'époque de la Réformation, Taristocratie de Berne avait adopté cette forme beaucoup plus par politique que par conviction. Elle avait chassé le clergé catholique pour s'emparer des dîmes qu'elle perçut à son profit et pour s'attribuer l'autorité qu'il avait sur les âmes en se mettant elle-même au-dessus du clergé protestant afin de le di* riger.
Lorsque le pays de Vaud, après avoir secoué le joug de Berne et vécu pendant quelques années sous le désordre de la république helvétique, fut mis en mesure de se constituer en canton indépendant, il eut bien assez à se défendre contre les prétentions de Berne sans chercher à améliorer les rapports entre l'Eglise et l'Etat, et il adopta telle qu'il la connaissait la forme que Berne avait pra-
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tiquée chez lui pendant près de trois siècles. C^éftait donc en vertu d'nne autorité qu'il exerçait depuis la Réforma^ tion que le .pouvoir civil du canton de Vaud avait donné ordre à tous les pasteurs de lire en chaire la proclamation qui recommandait la nouvelle Constitution à la sanction dfu peuple.
Mais si autrefois les pasteurs étaient politiquement d'accord avec le gouvernement, il n'en était plus de même depuis la révolution du 14 février. Un grand nombre d'entre eux appartenaient aux sectes méthodistes et te^ naient ces réunions particulières qui avaient amené ées troubles etquelegouvernement avait interdites. Il ne leur était donc pas possible de lire eux-mêmes en chaire une proclamation recommandant l'acceptation d'une Constitution qai consolidait la révolution de février et maintenait ses auteurs au pouvoir. Un certain nombre d'entre eux refusèrent et furent suspendus de leurs fonctions ; les pasteurs du canton de Yaud prirent parti pour eux et démissionnèrent en masse, à quelques exceptions près. L'embarras qui s'ensuivit fut grand de part et d'autre. Les pasteurs démissionnaires fondèrent l'Eglise libre qui, persécutée pendant bien des années, finit cep^i^Eant par résister. Toutefois, beaucoup de ministres sans fortune durent subir des privations, malgré les secours qu'ils reçurent non -seulement des conservateurs vaudois, mais encore de ceux de Grenève, Neuchâtel, Berne, Bâle, etc. Le gouvernement de NeuchAtel leur fit un don de 13,000 livres courantes.
De son côté, le gouvernement vaudois avait à pourvoir auL service religieux dans quelques centaines de paroisses; nais Druey n'était pas homme à rester longtemps embarrassé. Il portait un goitre assez yohimineux qui gâoail son étocution; mais dans ses moments de bonne humeur il l'appelait la sacoche aux expédients. C'est dom aux expé^ dients que le gouvernement eut recours n fit mi a;^ aux ministres de l'Eglise réformée de tous les pays, et fl
s'en présenta un certain nombre, qui furent répartis tant bien que mal dans les différentes cures du canton, de manière que chacun d'eux pût en desservir trois, quatre et même cinq. On comprend que beaucoup de ceux qui se présentèrent se trouvaient peu dignes de fonctions pareilles; d'autres avaient des mœurs et un langage étrangers qui n'étaient pas de nature à édifier les fidèles; mais ils durent forcément être acceptés, et d'ailleurs les esprits étaient excités; les partisans de la révolution suivaient l'Eglise nationale desservie comme je viens de le dire; les conservateurs fréquentaient l'Eglise libre, lorsqu'on lui permettait de tenir ses assemblées. Cet état de choses s'adoucit insensiblement.
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