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CHAPITRE LXXVIII Berce. — L'alliance des sept

Quoique le canton de Berne f&t l'un des plus prononcés dans le sens radical et Tun des plus ardents pour Texpulsion des Jésuites, le gouvernement ne pouvait traverser la crise sans secousse. L'avoyer Neuhaus avait compromis un grand nombre de ses concitoyens qui s'étaient engagés dans l'entreprise des corps francs en croyant avoir l'appui des autorités. Lorsque Tentreprise eut échoué, Neuhaus désavoua les hommes qu'il avait sinon envoyés, du moins tacitement autorisés. Il avait bien manifesté l'intention de faire marcher toutes les forces de Berne sur Lucerne afin de délivrer les prisonniers, mais la diplomatie étrangère lui fit comprendre que si la guerre s'étendait entre cantons, les puissances européennes ne le toléreraient pas et qu'une intervention deviendrait nécessaire. C'est alors que s'opéra la transaction à prix d'argent pour la libération des prisonniers.

Cette politique, qui avaft été trop entreprenante d'abord, peut-être trop timide ensuite, porta une grave atteinte à la popularité si considérable de Neuhaus. C'est donc pour lui donner tort autant que pour apporter à la Constitution bernoise des améliorations dont elle avait grand besoin, que la révision fut entreprise d'une manière entièrement pacifique. Lors de la révolution de 1831, les libéraux bernqis craignaient l'influence du patnciat sur le prolétariat, et l'élection directe des membres du Grand Conseil n'avait pas été proclamée. Les assemblées primaires, qui n'étaient

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composées que de propriétaires, ne nommaient pas même les dépatés au Grand Conseil ; elles désignaient seulement les électeurs chargés de choisir les députés. Le Grand Conseil une fois réuni, on avait encore craint qu'il ne fdt sous Tinfluence du patriciat, et pour faire passer dans son sein les hommes capables que le peuple avait écartés, il se complétait lui-même par l'élection de quarante membres ainsi nommés au troisième degré. Après que toute crainte de la puissante aristocratie qui avait dominé le canton pendant des siècles se fut dissipée, on comprit ce que de telles institutions avaient de peu démocratique. Dans les premiers mois de 1846, le Grand Conseil décréta la révision constitutionnelle par une constituante nommée directement par le peuple.

Lorsque Télection eut lieu, la popularité de Neiihaus était tellement tombée quMl ne fut élu, à la première votation, dans aucun des cercles électoraux. Ce ne fut qu'aux élections complémentaires que ses amis réusâirent à., le faire passer dans la commune de Péry, petite localité perdue dans là montagne de Diesse. D'un autre côté, Ulrich Ochsenbein, le chef de la dernière expédition des corps francs, fut élu dans plusieurs cercles à la première votation, et on vit dès ce moment qu'il allait remplacer Neuhaus comme chef de la politique du canton de Berne. Un jeune homme qui sortit de cette élection et prit bientôt une place considérable, fut Stsempfli, qui dès le premier moment laissa deviner l'homme d'Etat distingué qu'il est devenu. Ces deux nouveaux arrivés sur la scène politique du canton de Berne furent les membres prépondérants de la constituante. Après l'acceptation de la Constitution, les deux citoyens dont je viens de parler entrèrent au gouvernement; mais leur supériorité fut la cause d'une jalousie mutuelle qui les empêcha de marcher longtemps d'accord.

La révision de la Constitution n'amena aucun changement dans la politique fédérale. Berne continua d'être l'un

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des canlons les plus prononcés oontre les couvents et les Jésuites; le fait de porter: le chef des corps francs au gouvernement qui devait être Directoire fédéral Tannée suivante était significatif.

L'état des esprits était poussé à rextrôme dans beute rétendue de la Gonfédératiom ; les mouvemests politiques qui avaient eu lieu à Zurich et dans le canton de Vaud en 1845, puis dans celui de Berne en 1846, indiquaient Texaltation du parti radical , exal tation qui devait en venir au point qu'aucun canton ne pourrait rester neutre. De leur côté* les cantODfi ultramontains n'étaient pas moins irrités ; les mouvements des radicaux se produisant successivement SUIT différents points de la Suisse, leur faisaient craindre qu'un jour, tout juste milieu ayant disparu, il ne se trouvât une msgorité en Diète pour expulser les Jésuites et mettre un terme aux agitations qu'ils renouvelaient sans cesse à propos des couvents d'Argovie. C'est dans ces prévisions que vers la fin de Taimée 1845 ils conclurent une alliance séparée, dont le but évident était de résister aux ordres éventuels de la Diète. Ces cantons, tous catbo* liques, étaient : Lucerne, Uri, Schwytz, Unterwald, Zoug, Fribourg et Valais. Neucbâtel, Bâle- Ville et Appenzell- Intérieur appuyaient leur politique mais ne voulurent pas entrer dans Talllance, qui fut surnommée Sonderbf^nd (alliance séparée). Par ce traité qui constituait une confédération dans la Confédération, les cantons qui en faisaient partie se promettaient secours en cas d'agression intérieure ou extérieure, lors même que le canton attaqué ne réclamerait pas ce secours. Ils établissaient un pouvoir directorial chargé de préparer les moyens de défease, et c'est en cela surtout que cette alliance était c(mtraire au Pacte fi&déral. Ce pouvoir directorial, sous le nom de conseil de guerre de l'alliance, avait à sa disposition toutes les forces des cantons séparés. Le traité ne fut pas d'abord connu du public, ni même du Directoire fédéral et des gouvernements cantonaux ; ce ne fut qu'au mois

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de mai ou juin 1846, alors que le Conseil d'Etat de Fri«bourg le soumit à la ratification du Grand Conseil, qu'il fut généralement connu et apprécié : c'était le dernier sceau mis à la division qui existait entre les cantons. Le Directoire, qui se trouvait à Zurich, en informa aussitôt les cantons et les chargea de munir d'instructions les députations à la Diète ordinaire de juillet pour ce cas d'une gravité exceptionnelle.

En effet, dès qu'une partie des cantons était liée par un pacte particulier, que ceux-ci mettaient leurs forces à la disposition d'une autorité qui n'était pas la Diète, il était évident qu'on marchait à une rupture. Dans le cas où la Diète continuerait à discuter sans aboutir à une décision quelconque, il allait arriver, par la force même des choses, que d'autres cantons formeraient une alliance semblable sous un autre drapeau politique et que l'anarchie d'abord, la guerre civile ensuite, et, pour couronner le tout, Tinlervention étrangère, s'ensuivraient nécessairement. La Diète était tellement pénétrée de la gravité de cette question, qu'elle attendit jusqu'au dernier moment de la session pour l'aborder. Les députations d'un certain nombre de cantons étaient munies d'instructions qui leur permettaient de voter non-seulement la dissolution duSonderbund, mais aussi les moyens coercitifs pour le réduire par la force. Toutefois, comme il n'y avait aucune espérance d'obtenir une majorité pour des mesures de vigueur, il fut mis seulement aux voix une proposition de Zurich qui déclarait cette alliance incompatible avec le Pacte fédéral, rendait les cantons qui la formaient responsables des conséquences de leur refus de la rompre et réservait les mesures de contrainte pour une Diète extraordinaire si cela était jugé nécessaire. Cette proposition, comme celle de Texpulsion des Jésuites, réunit seulement dix voix et deux demies, savoir : Zurich, Berne, Glaris, Soleure, Grisons, Argovie, Thurgovie, Schafifhouse, Tessin, Vaud, Bâle-Campagne et Âppenzell-Extérieur. Les sept cantons

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catholiques, Neuchâtel et Bâle-ville, formaient la contrepartie. Restaient denx cantons : Saint-Gall, qui depuis deux ans était toujours sans instructions, et Génère, qui se réservait le protocole ouvert.

Le Sonderbund comptait ainsi avec quelque assurance qu'aucune majorité ne pourrait jamais se former, et qu'armé comme il Tétait, soutenu d'une manière évidente par les puissances étrangères, il pourrait résister au reste de la Suisse et même la diriger lorsqu'on 4849 Tautorité fédérale siégerait à Luceme. Cependant le moment approchait où les deux cantons indécis allaient enfin se prononcer et jeter dans la balance le poids de deux voix rfui feraient pencher le plateau en faveur du parti de l'ordre* de la liberté et de rindépendance nationale.

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