CHAPITRE LXXXIL La déclaration de guerre
L'enlèvement des fusils conduits à Sainte-Croix n'était pas le seul motif qui avait déterminé le Conseil d'Etat à armer. Les mesures sérieuses que prenait la Diète, maintenant qu'il y avait une majorité pour agir, annon- ^ient qu'elle ne reculerait pas devant les menaces du Sonderbund et de la diplomatie étrangère, et qu'elle ferait exécuter ses décisions même par la force.
La Diète s'était réunie réglementairement le premier lundi de juillet.. Dans chaque parti on savait à quoi s'en tenir sur les instructions des députés. Douze cantons et deux demis avaient ordre de déclarer le Sonderbund contraire au Pacte et de rendre les cantons qui le formaient responsables du reffus de le idissoudre. Les mêmes cantons avaient donné à leurs députations les pouvoirs sufSsants pour voter la guerre, si des moyens coercitifs étaient nécesaires pour mettre fin à cette alliance antifédérale. Cependant on n'ignorait pas d'autre part que plusieurs premiers députés répugnaient aux mesures de rigueur dont la nécessité devenait de plus en plus évidente; qu'en particulier Munzinger, de Soleure,et Naef, de Sain t-Gall, étaient parfaitement décidés à ne pas voter la guerre, quoique leurs instructions les y autorisassent. Cette situation était t^ès-embarrassante, car sans ces deux députations il n'y avait pas de majorité possible, et le Sonderbund, connaissant cette circonstance, allait s'en prévaloir et narguer la Suisse entière comme il le faisait depuis quelques années.
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Des semaines el des mois furent employés en négociations pour amener les cantons du Sonderbund à des concessions qui pussent éviter les maux de la guerre civile et pour déterminer les députés à user des pouvoirs qu'ils avaient en mains pour voter les mesures de rigueur. Toutes les tentatives faites dans ces deux sens ayant échoué, la question fut enfin mise à Tordre du jour de la Diète, qui sans hésitation vota la déclaration que Talliance séparée des sept cantons était contraire au Pacte fédéral et devait être dissoute. Ce fut un instant solennel Les députations des sept cantons quittèrent la salle des séances et la ville de Berne où siégeait la Diète. Dès ce moment la Suisse était divisée, et la situation prenait une gravité qui causa une grande émotion dans la nation tout entière. Cette séparation, que Ton voulût la guerre ou que Ton ne la voulût pas, ne pouvait avoir d'autre issue qu'une intervention étrangère, car il était impossible d'admettre que la Suisse pût subsister longtemps en formant deux confédérations ennemies Time de l'autre.
La position était pénible pour les hommes qui voulaient aller de l'avant. Druey, qui n'était jamais à court lorsqu'il s'agissait de trouver un expédient, imagina de substituer aux premiers députés qui ne voulaient pas la guerre, les seconds députés que Ton savait être décidés à faire usage des pouvoirs donnés à cet égard. Pour comprendre ce qui précède, il faut savoir que chaque canton était représenté' en Diète par deux députés, mais n'avait qu'une voix. Le premier député occupait constamment le siège de son canton, opérait seul pour lui, et le second n'était en quelque sorte que son secrétaire. En cas d'absence du premier député, le second prenait sa place et ses pouvoirs et en usait comme aurait pu le faire le premier.
Après le départ des députations du Sonderbund, la Diète fit une proclamation aux populations des cantons qui le composaient pour les rassurer sur la conservation de leur foi religieuse, en déclarant que la nécessité où elle se trou-
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vait de mettre uq terme à la division qui régnait entre les deux fractions de la Suisse n'avait point pour but de les gêner dans la pratique de leur culte. Elle chargea en outre des commissaires fédéraux de se rendre dans les cantons séparés pour leur donner les mêmes assurances et les ramener si possible à des concessions qui pussent éviter les maux de la guerre. Les instigateurs de cette tentative savaient parfaitement qu'elle était inutile. Les hommes influents dans les cantons du Sonderbond étaient précisément ceux qui les avaient représentés en Diète et sur lesquels toutes les tentatives de conciliation avaient échoué. Le vrai but de cette démarche était de déplacer les députés timides en les envoyant se promener à Lucerne, Schwylz, Fribourg et Sion, et de prendre des mesures vigoureuses pendant leur absence.
C'est ce qui eut lieu en eSet. Quatorze députés partirent pour les sept cantons séparés, et le 4 octobre 1847, pendant leur absence, la Diète vota la dissolution du Sonderbund par la force, appela à son service les contingents des cantons, et nomma Dufour général et Frey-Hérosée chef d'état-major. Aussitôt d'un bout de la Suisse à l'autre tout fut sous les armes, et lorsque les commissaires fédéraux furent de retour, leur colère devint fort heureusement aussi inutile que l'avait été leur mission. Les choses étaient trop avancées pour reculer.
La situation devenait délicate pour le gouvernement de Nèuchâtel, depuis que les mesures de rigueur étaient décrétées par la Diète. Le parti patriote était dans une véritable anxiété. En effet, la Confédération avait besoin de toutes ses forces pour annuler les préparatifs immenses qu'avait faits le Sonderbund et Tappui moral et matériel qu'il recevait de l'étranger. Nèuchâtel reçut donc Tordre de mettre les troupes de son contingent à la disposition du chef d'état-major de l'armée fédérale. Là était la difficulté dont les libéraux attendaient la solution. Nous sentions bien les avantages qui pouvaient résulter pour notre
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parti d'un refus de faire marcher le contingent, mais nous éprouvions un sentiment de honte h Tidée que Neuchâtel rechercherait la neutralité, après avoir joué un si grand rôle dans les intrigues qui avaient amené le Sonderbond à la position extrême où il se trouvait
Les sentiments du gouvernement et de tout le parti royaliste dans le conflit ne lEaisaient doute pour personne. Mais oserait- il se mettre en rébellion ouverte vis-à-vis de la Diète au moment où elle allait déployer une force militaire aussi considérable? Là était la question. En se plaçant au point de vue du gouvernement, il était difficile de prévoir de quel côté était le plus grand danger. Refuser le contingent, c'était s'exposer à une exécution armée contre Neuchâtel de la part de la Confédération, et quelles seraient pour Topinion publique dans le canton les conséquences de la présence d'une brigade fédérale d'occupation? Il est bien certain que les patriotes en prendraient occasion de relever la lète. Ils pourraient même, sous la protection des troupes fédérales, renverser le gouvernement monarchique et substituer une république démocratique à la domination du roi de Prusse. D'autre part, envoyer ses bataillons faire campagne avec les miliciens vaudois et bernois n'était pas moins embarrassant; il y avait d'abord le désagrément de n'être pas conséquent dans sa conduite politique, et le contact des jeunes gens avec les troupes fédérales pouvait amener des changement8 considérables dans leur manière de voir les choâes en politique. Une communauté de vie et de dangers, peutêtre même de gloire, mieux que tous les raisonnements du monde, leur ferait comprendre que la politique de Neuchâtel était une politique de rouerie et de spéculation, mais ne découlait pas des.sentiments d'amour pour la patrie qui doivent guider les magistrats et qui anin^aient à cette époque leurs frères d'armes des autres cantons.
Après avoir défendu pendant deux ans le Sonderbund et affirmé que Lucerne était dans son droit en appelant
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les Jésuites; après avoir depuis six ans soutenu la cause des cantons catholiques dans Taffaire des couvents, prétendu que la Diète violait le Pacte, encouragé les cantons séparés à la résistance et s'être prêté clandestinement aux envois d'armes que la France faisait à ceux-ci, il n'y avait pour le gouvernement neuchàtelois qu'une conduite conséquente à tenir : c'était de mettre toutes les forces de Neuchâtel au service, du Sonderbund et de les envoyer défendre Fribourg qui, on le prévoyait, allait être attaqué le premier
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