‹ Mémoires politiquesChapitre 82 sur 106 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

La gnerre.

Fribourg'devait être attaqué le premier. Dufour fit avancer les divisions Riiliet-Constant, Bourckhardi et Ocbsenbein, comptant ensemble vingt-cinq mille hommes. Cette ville ne tarda pas à être enveloppée, et le colonel Maillardez lui-même fut bientôt convaincu que toute résistance serait inutile. U en fitpartàravoyerFournier, chef politique du canton et l'homme le plus influent du gouvernement, qui lui répondit : Je vois bien que les moyens humains so7it insuffisants. Maillardoz répondit qu'il ne savait pas faire des miracles, et dès le 12 novembre entra en pourparlers pour une capitulation. Il n'y avait en effet rien de mieux à faire, car son corps de défense n'était que de dix mille hommes, dont la moitié se composait de Landsturm et non de soldats. Le fanatisme avait bien pu amener ces derniers sous les armes, mais il ne pouvait les maintenir dans les rangs par un brouillard froid, peu vêtus et probablement désillusionnés sur les dispositions de l'armée fédérale. Maillardoz lui-même a raconté que sous prétexte de se chauffer ils rentraient constamment en ville.

Mais avant que la capitulation fût conclue, Rilliet- Constant qui, comme les autres chefe, avait ordre de s'abstenir de toute hostilité, ne put se retenir. Voyant une redoute qui pouvait être facilement prise et quî améliorait considérablement sa position, il la fit attaquer par une brigade vaudoise et l'enleva dftns la soirée du 12 novembre. Le bruit du canon étaitentendu des royalistes

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à Neuchâtel et des patriotes sur la montagne du Val-de- Travers où ces derniers se rendaient pour écouter si les échos leur apporteraient le bruit de quelque bataille. Ce fut le seul combat que la prise de Fribourg ait occasionné. Le soir même, la capitulation était signée, et les troupes fédérales entraient dans cette ville le dimanche 14 novembre au matin.

La reddition de Fribourg causa une grande stupéfaction parmi les royalistes de Neuchâtel, qui croyaientque les troupes fédérales seraient hachées. Gela put leur faire ouvrir les yeux sur une résistance qu^ils avaient encouragée sans oaar la soutenir et s^apercevoir que tous les braves n'étaient pas dans les petits cantons. Leur désappointement fiit tel qu'ils déversèrent tout leur fiel sur le colonel Maillardoz. Les Neuchfttelois, qui avaient été heureux de se tenir en dehors de toute action, osaient traiter un brave offlderde lÂohe, parce qu'il n'avait pas fait immoler des centaines d*h(Mnmes pour satisfaire leur haine du parti radical suisse et leur amour-propre blessé. Maillardoz qui, après avoir rendu Fribourg, se retirait en France, ne fut pas même aceuoilli à Neuchâtel où quelques semaines auparavant on vantait tant son mérite.

Par la chute de Fribourg, le Sonderbund avait perdu presque tout son prestige. Dix mille hommes, c'est*à*dire le quart de ses forces totales, étaient maintenant mis hors de la lutte. Ces terribles redoutes, ces barricades, ces fours à-mines, que les soldats suisses devaient franchir étaient maintenant envisagés pour ce qu'ils valaient. Plus d'un soldat de la Cionfédération s'était imaginé que les fours à mines allaient faire sauter des bataillons entiers. Maintenant qu'on était entré à Fribourg sans qu'aucun hommeeût été surpris par ces machines infernales, on craignait beaucoup moins c^es qui pouvaient se trouver sur la route de Luoerne. Le groupe de cantons qui avaient leur centre et leur état-major militaire dans cette dernière ville comptait environ trente mille défenseurs. Pour les forces dont le

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.^épéral Dufour disposait, U n'y avait guèra à craixidre ; aussi

iii^iui-ci prit-il le^ ooiôiaes n^ur§8 qu'à Fribourg, e-est-

ii-4ire un investissement qui rendait la rés^stonee inutile et

^vitaft Teffusipu du safig. Les mouvieinepks de concenAra-

tîQA povu* arriver so^sle^nmi^ ^eLi^pern^ coxnmencèirent

.^qs^iôt apr^ la prise de Fri^urgi La divÂ^on Ochsen-

t>Q|n se tro^vajt & l'e^^rèpae droite df TarjoiiéQ fédérale

f^t Jimrcba par It#WQ^M ^ r£:ntlif>ucb. glle eut une ren-

4^ontre .assez yiyei|LT^^9sL^n(jl^tui*ipa lu^r^oises pr,^ de

.SclxupfbQim, Xf^^s Qe r^ula p^ d'qn^ semelle ; au eon-

tnix^y eUe força le oorps ennemi ^ se r^tj^er devant elle.

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rsa division de l^diy^br compl^ipent défaite.

]ytais ces, hv^x\» n'intimidaient perajpnne et la division

•Qç^s^nt>?Wi ^ wAvAd que Iqs affres C^vjsiQns de Varmée

/é^r^lCp pjpUEçwvait le but que Jia Diàte \m Avail q^igoé

en 9e rappracbant gra4uellBpient du point de ralliement

>^Qf^^f.^D, qui é^t (iUçeTne. A deyjc liwes de cette viUe,

.sur le bord de la Reuss, Tar^u^ du ^nderbund voulut

ji^ moins livrer bataille ; mais ses forcer .^ent trop peu

Mçoi^idérables, et ^Igrô les redoutas et Tartillerie sur les-

guelLeç elle s'appviyait, elle fut obligi^ d'a^Metudonner le

cli^mp de bataille. Le lendemain, Luceme capitula comme

l>v^i^ fait Fribourg, en Uvxant la ville et en déclarant que

nçe cantoj^ se retirait de Talliance séparée. Il y eut un vrai

vd^ordre à l'entrée à Luçerne. Toutes les troupes vou-

la^i^t ipénétrer 4^ns la ville, et l'on peuts'imagiqer ce que

fi^t cette aggloméi;atipn de cinquante mille hommes dads

vffi si peMt endroit.

Apcte ren4,cée dfis troupes de la Confédération, il arriva Jl L^^rffle ce gui était d^â arrivé àFribourg. Une assem- 4#9 .populaire de^ citoyeps adversaires du parti vajlncu

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se forma et proclama la déchéance du Grand Conseil et du Conseil d'Etat, nomma un (gouvernement provisoire et celui-ci fit convoquer les collèges électoraux pour nommer une assemblée constituante. C'était ici la souveraineté de Tensemble du peuple suisse substituée à la souveraineté du peuple lacernois ; c'était la destruction de la souveraineté cantonale. Il aurait été certes bien préférable que le peuple lucernois eût mis lui-même à la porte un gouvernement qui avait compromis la Confédération en compromettant le canton de Luceme lui-même. Mais en proclamant * les vrais principes de la démocratie, cette constituante a permis au peuple de Luceme de reprendre dans un temps donné l'exercice de sa souveraineté, et la révolution faite en son nom sous la protection des troupes fédérales n'avait point violenté ses idées, puisque depuis cet événement il a conservé des hommes ayant les mêmes principes politiques que ceux qui prirent alors la direction des affaires. Il faut dire en outre que, dans le moment où les troupes fédérales entraient à Luceme, le gouvernement que présidait Siegwart-MuUer était en fuite, que ses membres allaient être mis en accusation par la Confédération ellemême et qu'il y avait nécessité de constituer promptement un pouvoir civil quelconque.

Il serait dififtcile de justifier au même degré ce qui s'est passé à Fribourg. Dans ce canton, Tinfluence des prêtres est plus grande encore que dans aucune autre contrée de la Suisse. Le mode électoral qui fut employé sous la protection des troupes fédérales était loin d'être exempt de reproches. Les élections eurent lieu par mains levées sur la place publique et l'appréciation de la majorité ne fut pas toujours faite avec impartialité. Le Grand Conseil issu de cette élection élabora une nouvelle Constitution^ la mit en vigueur sans la soumettre à la sanction du peuple et se déclara en fonctions pour neuf années. Cet abus a valu au gouvernement issu de ce mouvement politique plusieurs attaques armées, qu'il repoussa tantôt

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avec le secours des troupes vaudoises tantôt à l'aide d'un €orps de défense permanent, tenu presque constamment en éveil. A l'expiration du mandat dont il avait lui-même fixé la durée, ce gouvernement se vit désavoué par la presque unanimité du canton.

Zoug était tombé avant Lucerne ; il ne restait donc plus alors que des débris du Sonderbund. Schwytz,Uri et Unterwaldacceptèrent des capitulations par lesquelles ils s'engageaient à se retirer de l'alliance séparée et furent occupés parles troupes fédérales. Une assemblée populaire proclama dans ces cantons une révolution qui n'eut d'autre conséquence que de ramener les hommes du Sonderbund au bout d'un petit nombre d'années. Il restait cependant le Valais, qui ne laissait pas que de causer quelque inquiétude. Ce canton n'avait pas des forces bien considérables à opposer à l'armée fédérale ; mais il fallait y pénétrer par un passage étroit où un petit nombre de défenseurs pouvaient faire beaucoup de mal aux assaillants. Ce point c'est Saint-Maurice, que la Confédération a fortifié dès lors. Ces craintes furent vaines. Le Valais se soumit comme les autres cantons devant la brigade 8Curz, qui faisait partie de la division Rilliet-Constant. En moins d'un mois la partie active de cette campagne était terminée et tous les membres de l'alliance antifédérale avaient fait en même temps leur soumission et leur révolution cantonale.

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