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L'Association patriotique.
C'est au milien de cette agitation que se forma dans le canton l'Association patriotique. Elle devait bientôt servir d'appui à ceux qui avaient trouvé la révolution toute faite, mais qui prétendaient se montrer meilleurs citoyens que tous les autres. Parmi eux Sleck se plaçait au premier rang. On remarquait ensuite un nommé Jules Mathey, négociant au Havre, arrivé dans le canton pendant la session de la Constituante ; doué d'une grande activité, il se démenait de son mieux pour faire inscrire son nom parmi les héros de la révolution. Humbert-Droz, avocat, proscrit de 1831, qui était rentré à la Chaux-de-Fonds après le 1«' mars, esprit borné, mais brave patriote du reste, critiquait hommes et choses avec amertume et semblait se poser en redresseur de torts. Il en était de même d'Ami Girard. Ce dernier, du moins, avait payé de sa personne. Tels étaient les principaux meneurs d'un parti qui se détachait de la masse des républicains pour faire opposition au gouvernement provisoire d'abord, au Conseil d'Etat ensuite. Dès le début de la Constituante, ce parti eut son plan arrêté et ses réunions spéciales. Ami Girard me fit la proposition directe d'y participer. Quoique je n'eusse pas toujours flatté le gouvernement provisoire, je lui étais reconnaissant des services rendus et, comme tous les bons républicains, je sentais que le maintien des mêmes hommes lors de la composition du gouvernement régulier était le salut de la révolution. Je
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n^aurais voula à aucun prix, pas même à celui de chef de parti qui m'était offert, créer des entraves à leur marche.
Cependant des circulaires lancées de la Chaux-de-Fonds appelèrent les citoyens à former dans chaque commune une section de TAssociation patriotique, et en peu de jours cette Association compta ses adhérents par milliers. Quelques voix s'élevèrent bien pour dire que c'était former un gouvernement à côté d'un autre gouvernement, mais elles prêchaient dans le vide. Chacun voulait avoir sa part de prépondérance dans les affaires publiques, chacun voulait délibérer et agir. Le comité de la Chauxde-Fonds fut désigné comme comité directeur du canton; grâce à cette circonstance, l'Association patriotique échappa, sous son second président, Amédor Humbert, à Tinfluence du parti Stock, et n'exerça en définitive qu'ime heureuse influence. La première présidence fut celle de l'avocat Louis Humbert-Droz. Comme toiyours, ce patriote était animé des meilleures intentions, mais cette position lui avait fait croire qu'il allait être l'arbitre des destinées du pays; il ne voulait rien moins que faire marcher le gouvernement à sa guise. Je lui ai entendu prononcer ces mots lors de la première réunion des délégués des sections qui eut lieu aux Ponts : Le gouvernement ne sera rien ; nous serons tout Le bon sens populaire a fiEiit justice de ces prétentions.
Jules Mathey était trop remuant pour que la formation de l'Association patriotique pût suffire à son activité. Pendant la session de la Constituante, il s'était établi en permanence à Neuchâtel, et stimulait et poussait les députés. Quoiqu'il ne fût pas membre de cette assemblée, il convoquait les réunions préparatoires, les présidait et faisait délibérer sur les questions à l'ordre du jour et surtout sur le projet de Constitution ; mais dans le cercle de ses intimes on agitait des projets de banque cantonale et d'autres entreprises financières. Quoi qu'il en soit, tels étaient à cette époque le zèle et l'activité des hommes de
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la Constituante, que les députés, qui avaient deux séances ofBcielles par jour, trouvaient encore le temps d'avoir deux réunions préparatoires, dont Tune prise sur les deux lieures accordées pour le dîner.
On voit que les embarras politiques ne manquaient pas. À. peine le parti royaliste était-il renversé que le gouvernement provisoire se trouvait en présence d'une opposition dont le programme et le plan étaient arrêtés. Heureusement que les capacités des meneurs n'étaient pas à la hauteur de leur ambition.
Le 12 avril, le seul député royaliste élu par la Constituante, M. Henri d'Ivernois, vint répondre pour la première fois à l'appel et soutenir les conseillers d'Etat contre les attaques dont ils étaient l'objet dans les débats. Dès ce jour il prit part aux délibérations. Avec sa bonhomie et sa finesse de gentilhomme campagnard, il sut capter la confiance de mahit républicain ardent. On ne saurait dire qu'il ait eu de l'influence sur l'assemblée; mais, par la position qu'il réussit à y prendre, on peut juger que la Constituante aurait été tout autre et ses décisions trèsh différentes si le parti royaliste mieux avisé eût participé aux élections et eût seulement élu vingt-cinq ou trente de ses hommes de talent.
Le lendemain même de l'arrivée de Lardy, le colonel Meuron se présenta au gouvernement provisoire à la tête d'une députation, et exposa que le roi les ayant autorisés à servir leur pays, ils venaient offrir leur franc et loyal concourfi ! Dans leur illusion, ces messieurs se figuraient naïvement que le pays serait trop heureux de leur ouvrir toutes les portes. Pendant deux ans, j'ai été l'adversaire du colonel Meuron dans le Conseil de la bourgeoisie de Neuchâtel; j'ai donc pu apprécier la rectitude de son jugement, sa remarquable intelligence et la netteté de ses idées, mais il m'est difficile de les concilier avec sa conduite politique en cette occasion. Si, prenant l'initiative de rémaucipation du pays que le gouvernement n'avait pas
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voulu assumer en 1831, quelques hommes importants du parti royaliste se fussent mis en avant en 1847, alors que l'on constatait unanimement que la position n'était plus tenable et s*ils eussent obtenu du r(H une renonciation à ses droits, je suis convaincu que chacun eût accepté avec joie dans ces conditions d'être gouverné même par le colonel Meuron ; mais après les circonstances qui avaient précédé et suivi la révolution, il fallait une certaine outrecuidance pour s'imaginer que les républicains allaient accepter le loyal concours d'un de leurs plus ardents adversaires. Ce concours était du reste si loyal, que neuf mois plus tard, Meuron faisait une ovation au ministre Guillebert pour refus de serment, et que lui-même refusait de prêter le serment constitutionnel et devenait l'un des chefs du parti qui proclamait que la participation aux élections était une violation du serment prêté au roi.
L'incident n'eut pas de suite. Legouveraement ne jugea pas opportun d'en faire l'objet d'une mention officielle.
L'Assemblée constituante n'avait pas seulement à s'occuper d'élaborer une Constitution. Nommée peu de jours après la révolution à côté d'un gouvernement provisoire créé par les circonstances tandis qu'elle était l'élue du peuple, elle devait nécessairement prendre en mains la direction des principales questions se rattachant à l'administration du pays. Elle prit des mesures pour faire rentrer dans le canton une plus grande quantité de numéraire, rendue indispensable pour parer à la crise financière et industrielle qui résultait de la révolution française et pesait sur l'Europe. Pendant les prenûères semaines après la révolution, les royalistes de la Sagne, de la Brévine, de la Gbaux-du-Milieu et du Locle n'avaient cessé de manifester leurs sentiments hostiles contre le nouvel ordre de choses. Afin d'éviter des mesures coûteuses et réitérées, le gouvernement |»*ovisoire fit saisir les principaux me* neurs de ces endroits et les enferma dans le chàtesH de Travers en qualité d'otages et comme garantie contre
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tous nouveaux troubles. Cette mesure eut son effet, et lorsque FAssemblée constituante fut réunie, les Qommunea elles-mêmes lui envoyèrent des députations qui. prirent l'engagement de maintenir Tordre et qui demandèrent iai mise en liberté des otages, ce qui fut accordé.
J'ai raconté comment le Cœistitutionnel neuchâteloiSy transformé en Neuchâtelois^ protégé par Tabsenee de tribunaux, avait publié contre la révolution des articles d^r nature à provoquer des désordres graves, ce qui avait motivé sa saisie à la poste. Le parti royaliste ji^ta les hauts cris, et dès que la Constituante fut réunie, il orgai* nisa un pétitionnement général demandant la liberté de la presse. Voilà comment Tesprit d'opposition trana* formait en champions de la liberté des gens qui avaient applaudi à la mise en état de siège et à la suspension de toutes les garanties en 1831 et 18331 La Constituante, jugeant que le salut public était la loi suprême, en Tabsence de toute législation sur la presse pendant la période révolutionnaire, passa à Tordre du jour sur cette manifestation qui avait réuni environ deux mille signatures. Elle servit à constater le nombre des royalistes fidèles et disciplinés.
Une question qui amena de vives discussions fut celle da savoir quelles seraient les couleurs que devait adopter la nouvelle république. Les militaires devenaient presque menaçants contre quiconque ne voterait pas simplement les couleurs fédérales arrangées de manière qu'elles ne fussent pas confondues avec celles du Valais, de Soleure, de Schwytz et de Bâle-Campagne. Mais cette opinion ne satisfaisait pas la vanité montagnarde. Courvoisier voulait qu'un signe particulier représentât le berceau de la révolution. Si Ton eût adopté les couleurs fédérales, personne ne se serait imaginé que le rouge représentait le Vignoble et le blanc les vallées intermédiaires qui pro-* duisent le blé. Ce fut George Dubois, qui ayant fait confectionner un immense drapeau aux trois couleurs, nous
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apprit que la partie inférieure et la partie moyenne du pays étaient représentées par le rouge et le blanc, et qu'il fallait y ajouter le vert, pour représenter les noirs sapins de la Montagne. L'eJBFet produit par le magnifique drapeau fournit un appoint assez faible en faveur des trois couleurs. Quant à moi, j'aurais désiré que l'on eût rappelé les signes ayant une valeur historique : les chevrons étaient un emblème en rapport avec le nom que portent la ville et le canton de Neuchâtel; ils ne représentaient aucune race princière, puisque dans la succession des diverses maisons qui ont régné sur Neuchâtel, ils avaient plutôt été adoptés par les princes comme signe neuchâtelois qu'imposés par eux comme représentant leur famille. Cet emblème était porté par les Neuchâtelois lorsque les traités de combourgeoisie les appelèrent sur les champs de bataille où l'indépendance de la Suisse fut conquise et conservée. C'était donc une faute non-seulement d'abolir les chevrons, mais de les proscrire et de faire ainsi d'un emblème qui n'était pas sans gloire le signe de ralliement des royalistes. Quant aux couleurs, il était admis depuis 1814 que celles de Neuchâtel étaient orange et rouge; c'est vêtu d'un manteau orange et rouge que l'huissier de Neuchâtel accompagnait les députés en Diète. Les drapeaux donnés en 1820 à la milice, lors de son organisation, étaient aux mêmes couleurs. C'est pour cette raison que les patriotes de 1831, lorsqu'ils occupaient le château, les avaient adoptées. Un rescrit du roi, de 1833 ou 1834, proscrivait ces' couleurs parce que, disait-il, elles avaient été souillées par les insurgés qui s'étaient emparés du château : c'était donc une raison pour en faire les couleurs de la république. Mais tous les raisonnements échouaient devant cet argument qu'à un régime nouveau il fallait des couleurs nouvelles. L'abolition des chevrons plus que celle des couleurs, est la mesure qui a surtout froissé le parti royaliste.
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