‹ Mémoires posthumes de Odilon BarrotChapitre 14 sur 42 · IV · texte numérisé non relu

IV

114 MEMOIRES D'OBILON BASROT.

Ne devaient-ils pas aussi tenir compte de Fesprit de corps, de l'honneur de Tuniforme et du drapeau, bien autrement puissants que les simples deroirs civils sur des soldats habitués, surtout dans notre France, à tout concentrer dans le régiment, la patrie, la famille, le devoir ; et eiifin ne savaient-ils pas que, depuis la catastrophe du 24 février, tout homme portant un uniforme, en France, n'éprouvait qu'un désir, celui de prendre une revanche éclatante.

Quant à l'espoir d'une insurrection populaire, cet espoir était encore plus hasardé : après les répressions énergiques que le parti conservateur avait fait subir à toutes les insurrections, après les mesures exorbitantes prises depuis déjà trois ans pour briser les cadres dans lesquels se préparaient et se formaient les éléments insurrectionnels, espérer que ce même peuple, changeant tout à coup de sentiments, passerait de la haine à l'amour, et se ferait mitrailler pour défendre une Assemblée qui l'avait si rudement châtié, c'était en vérité vouloir se tromper soi-même. Les démocrates de la montagne pouvaient se faire de telles illusions; elles n'étaient pas permises aux conservateurs.

Aussi, pour tout homme ne fermant pas les yeux à l'évidence, il était certain que Louis-Napoléon, acculé à la dernière extrémité, forcé d'opter entre la nécessité de rentrer dans la vie privée et le coup d'État, n'hésiterait pas, et qu'il aurait tout à la fois et l'audace et la puissance nécessaires pour frapper ce grand coup.

Il eût donc été raisonnable de baser sa politique sur cette certitude ; d'autant plus qu'alors même que le coup d'État n'eût pas eu lieu, la situation n'en eût pas été meilleure pour le Parlement.

En effet, supposons que Louis-Napoléon eût attendu les bras croisés l'arrivée de cette échéance fatale où

MIKISTËRE PROVXSOIRB. U&

les deux grands pouvoirs devaient disparaître en même temps; supposons que le pays, au jour &%éj eât été- appelé à procéder à la double élection du Président et d'une nouvelle Assemblée : que serait-il arrivé?

D'abord, d'après quelle loi cette double élection se serait-elle faite? Dans la pensée des conservateurs, <î' était très-certainement d'après la loi du 31 mai; et là était déjà un premier danger.

Tout le parti républicain modéré, aussi bien que les montagnards, repoussaient cette loi, comme retirant au peuple cette universalité du suffrage que la Constitution lui avait donnée : il avait été assez souvent, assez hautement annoncé que ce droit serait revendiqué, au besoin à main armée, pour qu'une collision générale fût à peu près certaine.

Mais ce qui compliquait encore la situation et en aggravait les dangers, c'est que, dans cette revendication du suffrage universel, les bonapartistes auraient eu le même intérêt que les démocrates, et auraient fait cause commune avec eux.

Et quel aurait été le pouvoir encore debout capable de faire face à de si redoutables éventualités? Une Assemblée expirante, profondément divisée, placée dans cette alternative ou de proroger elle-même ses pouvoirs et de faire ainsi son coup d'État à son profit, ou d'abandonner le pays au milieu de la plus affreuse confusion.

Nous ne parlons pas même de cette rétractation solennelle de la loi du 31 mai, que Louis-Napoléon tenait en réserve, et qui, en dépit de tous les votes législatifs, devait faire de l'exécution de cette loi une impossibilité.

Et le, pays se croiserait-il aussi les bras? consentirait-il lui aussi à se laisser acculer à de tels dangers ? ne saisirait-il pas avec frénésie la seule planche de

salut qui pouvait le sauver du naufrage? Déjà le cri de réélection et de prorogation des pouvoirs de Louis- Napoléon était poussé partout : il Tétait dans les conseils généraux, dans les campagnes, dans Tarmée. Ce même courant d'opinions qui, en 1849, avait emporté les masses vers Napoléon, lequel n'était alors connu que par les plus détestables antécédents, existait bien autrement énergique en 1851, car il avait pour mobile la peur et la nécessité. Est-ce le nom du général Cavaignac, ou même celui du prince de Joinville, qui, jetés dans ce courant irrésistible, eussent suffi à l'arrêter? Non ; ce courant eût tout emporté, et on aurait vu les masses donner encore une fois à Louis-Napoléon les six à sept millions de suffrages qu'elles lui avaient déjà donnés ; et alors, au lieu d'une réélection régulière, préparée, réglée par une Assemblée constituante, qui aurait eu soin de l'entourer de conditions et de garanties, c'était une ovation populaire, c'était Napoléon élevé sur le pavois par le peuple, c'était une sorte de 20 mars...

Mais l'espoir des dissidents était que l'Assemblée, armée de la lettre de la Constitution, annulerait cette élection comme illégale...

Pour concevoir un seul instant un tel espoir, il fallait bien peu connaître l'Assemblée et ignorer le travail qui se faisait depuis quelque temps dans les esprits, même au sein de la majorité, travail qui se manifestait cependant par les votes les plus récents. Je ne crains pas d'affirmer, et j'avais de bonnes raisons pour en être certain, que l'Assemblée eût, au contraire, à une grande majorité, validé la réélection de Louis-Napoléon.

Et comment aurait-elle pu faire autrement? Cette même Constitution qu'elle aurait invoquée pour annuler la réélection du Président de la République lui imposait le devoir de se retirer elle-même quelques

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jours après ce vote. Aurait-elle obéi? se serait-elle dissoute? Mais alors le même mouvement d'opinions qui avait opéré la réélection du Président aurait envoyé une Assemblée toute favorable à Louis-Napoléon. Ce que l'Assemblée dissoute avait refusé de faire, la nouvelle Assemblée Teût accompli ; elle eût validé la réélection, et, emportée par le mouvement d'opinions dont elle serait sortie, elle eût été peut-être plus loin encore.

L'Assemblée législative, en face de telles éventualités, et pour y pourvoir, se fût-elle prorogée de sa propre autorité, alors elle serait entrée dans une voie bien périlleuse!...

La Convention, en l'an III, avait fait quelque cbose de pareil, et on sait quelles luttes elle eut à soutenir, et quel en fut le dénoûment final.

S'imagine-t-on cette Assemblée législative, dont nous connaissons la composition et les profondes divisions, se constituant en Convention ou en long Parlement, ayant à lutter tout à la fois contre le sentiment populaire, qui lui était hostile, contre l'élément conservateur, qui lui avait demandé en vain la paix et la sécurité, contre l'armée, qu'elle était forcée de mettre en suspicion; et tout cela avec un pouvoir usurpé, avec un droit condamné par la Constitution?

La situation eût été violente, trop violente pour pouvoir durer; elle n'était possible qu'à la condition d'en sortir aussitôt par la restauration d'une royauté : car, pour une majorité qui avait si peu caché ses sentiments anti-républicains, faire de la république à outrance, cela n'eût pas été pris au sérieux.

Mais quelle serait cette royauté? Serait-ce celle du droit divin, ou du droit contractuel? serait-ce la restauration de la branche aînée ou de la branche cadette? La majorité sur cette question se divisait en deux fractions de force à peu près égale, qui se don-

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inéinitttnituellétMlit une eiEdosioB formelle et abscK Ive, Tune et Taslre 4e ces fractions déclarant qii*dle préférait toat, la répuliliqve et même r-emfiîre, «a triomphe de sa rivale.

*C*eât été, il faut en convenir, un beau -et édifiant spectacle à présenter an pays, que eelui de cette As^ semblée qni, après avoir usurpé une sorte de ^cta^ tut*e, n'aurait plus su qu'en faire, également impuissante àTexerceret à Tabandonner. Le long Parlement en Angleterre et la Convention en France savaient du moins ce qu'ils voulaient faire de la dictature qu'ils exerçaient, et ils avaient pour cela une unité de vues ou de passions qui pouvait les soutenir, au moins pour quelque temps, comme gouvernement. Mais cette condition manquait à la Législative, qui n'eût pas tardé à succomber sous le mépris que les avortements provoquent infailliblement. Je ne sais pas s'il ne vaut pas mieux pour elle qu'elle ait succombé sous la violence !

Ainsi, et dans toutes les hypothèses, celle du oo"ftp d'État comme celle du cours régulier des choses, le refus de concours par lequel M. de Maleville et «es amis avaient fait avorter ma tentative de pacification créait bien une impasse, mais c'était au profit de Louis- Napoléon! Ils se sont trompés du tout au tout, et devaient arriver fatalement au résultat diamétralement opposé à celui qu'ils se proposaient.

Mais, de mon côté, ne me faisais-je pas moi-même illusion, et ne tentais-je pas l'impossible?

Il est certain que le refus de ces messieurs a créé de fait cette impossibilité, ce ne serait donc pas à eux, dans tous les cas, à me l'objecter. Pour leur justification, il faudrait que, même avec leur plein et sérieux concours, ma tentative eût échoué par des impossibilités ne provenant pas de leur fait.

Eh bien ! voyons si ces impossibilités existaient réellement.

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Bt d'abord, me dit-on^ lorsque .L<WDS-Napol&oii nous appeUût pour /le réecncilier mvec le Parlemeat, il n'était pas ée bonne foi : il tous jsirait trompés, vous et vos collègues.

Bien que je n'eusse aucun Fessentiment personnel contre le président, j'étais cependant bien loin d'Éstre sous le charme à son é^^d ; pendant les rapports journaliers et presque intimes que j'avais eus avec lui, j'avais pu mieux le juger que personne, et je savais bien qu'il y avait dans cette âme toute l'obstination, toute la témérité d'un fataliste qui, en poursuivant une idée, croit obéir au destin. J'étais peut-être plus convaincu que personne aussi que rien ne l'arrêterait, ni les engagements solennels, ni le respect humain, ni même le danger : il avait fait ses preuves à Strasbourg et à Boulogne. Je savais qu'il ne marchanderait ni les assurances, ni les protestations les plus solennelles de son respect pour la constitution, de son horreur pour le parjure, et que le jour venu, il foulerait aux pieds, sans aucune hésitation, et serment et Constitution; je savais tout cela, et cependant j'y voyais une raison de plus, dans la situation donnée, de transiger avec lui.

Et en effet, si son désir de réconciliation avec le parlement n'était, comme on l'assurait, et comme cela était possible, qu'un jeu joué, eh bien! il ne fallait pas entrer dans son jeu et le faciliter, en refusant les avances qu'il paraissait faire. Il fallait au contraire le prendre au mot, former ce ministère sérieusement parlementaire auquel il avait consenti : que risquaiton après tout? 'de compromettre pour im avenir plus ou moins éloigné quelques hommes qui se dévouaient. Ibiis la position actuelle était sauvée, et c'est beaueoupvpie de gagner du tcfmpâ en politique.

D'ailleurs, une fois ce ministère formé et en plein exercice, les projets de coup d'État et de restauraldon

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impériale étaient forcément ajournés : plus de discours appelant rEmpire,et en tout cas, plus de revues de Satory, sous peine d'une rupture éclatante qui, cette fois, n'eût pas été subie en silence et avec résignation par le parlement.

Il y avait tout motif d'espérer qu'on atteindrait ainsi le jour de la révision ; jusque là le coup d'État n'était •pas à craindre, il était au moins suspendu par l'espérance d'une prorogation régulière d'un côté, et par une surveillance active de l'autre. Si la révision était votée, la constituante nommée pour réviser la constitution eût été désignée dans le même esprit qui avait déjà dirigé les conseils généraux dans leurs vœux de révision, c'est-à-dire favorable à la réélection du président de la république, mais en même temps disposée à profiter de l'expérience du passé pour donner au pouvoir parlementaire de nouvelles et plus efficaces garanties. Il est probable que, dans cette vue, les deux chambres eussent été adoptées et les attributions des conseils généraux considérablement augmentées. C'était là la tendance à peu près générale des esprits : l'occasion s'offrait de réparer les fautes du passé et de préparer un meilleur avenir. Ainsi l'ambition de Louis-Napoléon aurait été en partie et au moins pour un temps plus ou moins long désintéressée, en même temps que contenue.

Que serait-il arrivé plus tard ? Je l'ignore. Louis- Napoléon aurait-il usé assez bien et assez sagement de son pouvoir prorogé pour faire naître dans le pays le besoin universel de le lui continuer, pendant sa vie, sous un titre ou sous un autre ; ou bien son ambition impatiente aurait-elle fini par recourir à la vio^ lence pour s'affranchir de toute entrave constitutionnelle? Était-il dans les destinées de la France de parcourir de nouveau ce cercle fatal où l'on voit l'Empire succédant à l'anarchie, et la monarchie con-

stitutionnelle venant ensuite réparer les fautes de Tune et de l'autre? A cet égard le champ des conjectures est ouvert : ce qui est certain, c'est qu'entre un danger actuel et inévitable, et un danger futur et simplement conjectural, il n'y avait pas à hésiter.

Dans la situation donnée, après la faute commise d'avoir choisi pour président de la république l'héritier désigné du premier empire , après qu'on avait laissé échapper l'occasion offerte lors des revues de Satory de réparer cette faute par un coup de vigueur, la seule solution raisonnable et possible était celle que je proposais.

Quant à la révision, condition principale de ce plan, était-il donc impossible de l'obtenir? On peut en juger par ce qui est arrivé plus tard, lorsque l'Assemblée a eU à se prononcer pour ou contre cette mesure ; il ne s'en est fallu que d'une cinquantaine de voix pour que le chiffre légal des trois quarts fût obtenu.

Et, cependant, combien étaient défavorables les circonstances dans lesquelles le vote eut lieu : rien n'avait été fait pour apaiser les inquiétudes et l'irritation de la majorité; rien pour rallier la gauche modérée : pas de ministère prenant énergiquement, hautement, l'initiative du débat, l'empêchant de s'égarer et le ramenant à son seul et raisonnable objet, l'amélioration de la Constitution de la république. Était-il donc si téméraire d'espérer que, si on était parvenu à faire tomber les défiances et l'irritation du parlement, tout le parti conservateur voterait la révision d'une constitution dont il avait si souvent reconnu, éprouvé et signalé les vices radicaux; en outre, au moyen de modifications faites à la loi du 31 mai, de la réduction par exemple de la durée du domicile à un an, et de l'admission des preuves du droit commun pour la constatation de ce domicile, au lieu de l'inscription exclusive sur le rôle de la

contribution personnelle et mobilière, n'y avait-il pas tout lieu d'espéreir (pie les républtcains «modérés et intelligents qui acomprenaietit bien tous les périls de la t^épublique, mais qui ne voulaient à aucun prix d'une Constituante nommée dans les conditions de ia loi du 31 mai, parce que, dans leur pensée, cela équivalait à une restauration monarchique, désintéressés désormais de ce côté par les modifications que nous venons d'indiquer, auraient voté la révision. Le général de Lamoricière m'en donnait l'assurance, il se portait fort pour ses amis ; se faisait-il illusion? On arrivait ainsi à former cet appoint d'une cinquantaine de voix nécessaire pour la révision légale.

Et quand on n'aurait pas atteint le chiffre exigé, on en aurait approché tellement que la constitution désormais frappée à mort, devenue impossible après un tel vote, la révision devenait en quelque sorte forcée, et eût été votée à une nouvelle épreuve par la presque unanimité de l'Assemblée.

Et même quand on aurait échoué dans cette seconde tentative, ne pouvait-on pas faire rapporter le décret qui avait si imprudemment rapproché les deux époques où devaient cesser les pouvoirs présidentiels et parlementaires. Et enfin, il aurait suffi à Louis-Napoléon de donner sa démission quelque temps avant l'expiration de ses pouvoirs, en annonçant dans un manifeste qu'après avoir tout tenté pour remédier par les voies régulières aux vices reconnus de la constitution et pour écarter les dangers de la disparition simultanée des deux pouvoirs, il devançait volontairement l'époque où les àiens devaient cesser et les remettait à la nation pour dénouer la situation.

Et, en eflPet, dans ce cas d'une démission pendant l'interrègne, le pouvoir exécutif serait resté de lait dans les mains de Louis-Napoléon, puisqu'il passait «ai vice-président Boulay (de la Meurthe) qui n'était qu'un

itf^innequin. Je ne doute pas un seul instant que la réélection du président démissionnaire aurait été votée et cela par une majorité plus forte que celle que Louis-Napoléon avait déjà oMenue; je me dou'te *pai^ davantage que cette réélection n'eût été non pas sanctionnée (un acte de souveraineté populaire n'en a pas besoin) mais, acceptée, proclamée par l'Assemblée, quelle qu'elle fût, qui aurait siégé au moment de cette manifestation de la volonté nationale.

Cette dernière ressource d'un appel à la nation n'était, dans ma pensée, qu'un remède extrême et je n'y aurais eu recours qu'après avoir tout tenté pour une révision régulière : je sentais trop combien cette révision directe par le souverain lui-même était dangereuse ; je savais tout ce qu'elle ajouterait au pouvoir de Louis-Napoléon, je n'y aurais eu recours qu'au cas de la plus absolue nécessité , et s'il n'y avait eu aucun autre moyen d'éviter une pareille so^ lution.

Au reste, j'avais pour apptïi, dans la réalisation de mes idées, l'opinion publique, les vœux des conseils généraux, le concours assuré d'une forte majorité dans le sein de l'Assemblée ; car sur le seul bruit des négociations qui précédèrent mon retour au pouvoir, une députation nombreuse et composée d'hommes considérables, appartenant aux divers côtés de l'Assemblée, était venue m'apporter une liste de plus de trois cents de leurs collègues m'assurant de leur pleine adhésion aux efforts que je tenterais en faveur d'une solution pacifique : c'était M. Mimerel, riche manufacturier de Lille, qui portait la parole pour ses collègues.

M. Carlier lui-même, le*préfet de police (il n'était pas encore remplacé par M. de Maupas) s'était mis à ma disposition ; il m'affirmait que la bourgeoisie de Paris tout entière aspirait au dénoûment vers.

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lequel je tendais : prévoyant même le cas où la démagogie s'armerait pour empêcher ce dénoûment, il me demandait quelle serait ma politique en pareille occurrence, A quoi je lui répondis que j'étais bien résolu à rester dans les voies de la légalité et de la modération jusqu'au bout, mais que si le parti démagogique prenait les armes et recommençait la lutte, alors la force déciderait entre nous, et les questions pendantes se trancheraient par l'épée. « Mais vous serez attaqué quand vous voudrez, répliqua M. Carlier, avec un sourire significatif. — Ce n'est pas ainsi que je l'entends, monsieur, lui répondis-je sévèrement. Il n'est pas toujours possible d'éviter la guerre, mais jamais je n'en prendrai l'initiative. » M. Carlier en se retirant emportait probablement une très-pauvre idée de mon habileté politique.

Tel était mon plan : que lui a-t-il manqué pour réussir? que quelques hommes voulussent bien comprendre qu'il était préférable de réviser la constitution par les voies régulières que de s'exposer à la voir brisée, soit par un nouvel acte de souveraineté populaire, soit par un coup d'État, et qu'il valait mieux modifier la loi du 31 mai soi-même, et dans une juste mesure, que de la voir rétractée tout entière et solennellement révoquée par Louis-Napoléon. Je le dis sans, colère contre les personnes, mais avec un profond sentiment d'amertume pour les conséquences funestes qui en sont sorties : c'est du côté d'où devait venir le secours qu'est venu l'obstacle , et il faut bien le reconnaître, la responsabilité de la catastrophe de 1851, comme celle de 1848, pèse en grande partie sur ceux qui, en présence d'un péril évident, n'ont su ni céder ni résister, ni faire la guerre, ni se prêter à la paix. Cette* leçon profiterat-elle à l'avenir? J'en doute. Mais si j'avais été interpellé directement à ce sujet, j'aurais été forcé de dire

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