‹ Mémoires posthumes de Odilon BarrotChapitre 15 sur 42 · MINISTERE FAUCHER · texte numérisé non relu

MINISTERE FAUCHER

que, pour cette fois, la formation d'un ministère parlementaire avait échoué. par la faute des chefs du parti conservateur.

A défaut de ce ministère, le président en forma un dans lequel il appela M. Léon Faucher comme ministre de l'intérieur. Si ce choix était bien calculé pour apaiser un peu les anxiétés du parlement à l'égard du retrait de la loi du 31 mai, dont Faucher était l'apôtre le plus fervent, il ne l'était pas moins bien pour continuer ce travail de division qui se faisait entre les différentes parties de l'Assemblée et qui devait un jour livrer ce parlement sans défense à la merci du chef du pouvoir exécutif. Léon Faucher était en effet l'homme le plus propre, non-seulement à entretenir l'irritation qui existait déjà entre la gauche et la droite, mais à la porter au dernier degré, et c'est précisément ce qu'il fallait pour assurer le succès de la conspiration napoléonienne.

Le nouveau ministère, et particulièrement M. Léon Faucher, qui lui donnait sa signification politique, fut vivement attaqué dès son avènement. M. de Sainte- Beuve lui reprocha de n'être que la reproduction aggravée du ministère Baroche et Rouher, contre lequel avait déjà été porté un vote de défiance; c'était, disait-il, un nouveau et plus audacieux défi jeté à l'Assemblée.

Cette attaque était injuste et exagérée ; M. Léon Faucher était de caractère à n'avoir pas les mêmes complaisances que ses prédécesseurs pour les tendances ambitieuses de Louis -Napoléon; aussi lorsqu'il déclara « que, s'il pouvait exister chez le chef du pouvoir exécutif la moindre pensée de porter atteinte à la puissance parlementaire, la tribune s'écroulerait pour l'ensevelir sous ses ruines avant qu'il y donnât son concours, » la majorité de l'Assemblée ajouta foi à ces paroles qui étaient, en effet, sincères,

et Tordre du jour sur les interpellations de M. de Sainte-Beuve fut voté par 327 votants contre 27^.

Mais la présence de M. Léon Faucher au pouvoir n'était pas de nature à détendre la situation.

Ainsi, à Toccasion d'une élection des Basses-Pyrénées, dans laquelle M. Duclercq s'était porté candidat, M. Léon Faucher avait écrit une circulaire (il était malheureux en fait de circulaires électorales), dans laquelle il recommandait au préfet de combattre à outrance tout candidat qui serait contraire à la loi du 31 mai.

Cette circulaire fut l'objet d'un très-vif débat.

La fatale loi du 31 mai est le drapeau du cabinet, s'écriait M. Emile de Girardin. Eh bien ! vous compromettez par un pareil drapeau le gouvernement lui-même. Croyez-vous que si, usant de son droit d'initiative, il apportait à cette Assemblée une loi abrogative de celle du 31 mai, elle ne serait pas votée?...

M. Emile de Girardin, qui avait d'ailleurs des rapports avec Louis-Napoléon, était-il dans sa confidence?... Quoiqu'il en soit, cette loi du 31 mai devenait, en effet, le gros embarras de la situation. Si on la maintenait comme le voulait le parti conservateur, il fallait renoncer à tout espoir d'une révision de la Constitution, et, de plus, on laissait à Louis-Napoléon l'occasion, à un moment donné, de se faire une grande popularité et de se rattacher la gauche de l'Assemblée par le retrait de cette loi.

Un grand nombre d'hommes intelligents dans l'Assemblée comprenaient ce danger et voulaient y pourvoir. Cette loi du 31 mai avait d'ailleurs dépassé de beaucoup les résulats qu'en attendaient ceux qui l'avaient le plus vivement appuyée ; on était donc généralement d'avis que des modifications assez sérieuses pour donner satisfaction au parti républicain modéré,

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