‹ Mémoires posthumes de Odilon BarrotChapitre 17 sur 42 · CHAPITRE YIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YIII

La question de la révision de la Constitution était le sujet de toutes les préoccupations; elle fut posée et discutée dans les conseils généraux. Celui du département de TAisne que je présidais émit le vœu de la révision sans opposition sérieuse; les autres conseils votèrent dans le même sens, à Texception de sept qui se déclarèrent incompétents et de dix qui s'abstinrent. En même temps des pétitions se signèrent dans toutes les communes pour demander cette révision.

Ce mouvement de Topinion était en grande partie déterminé, sans aucun doute, par la haine de la république et par le besoin d'un gouvernement qui pût rendre aux intérêts alarmés cette sécurité dont ils avaient un si impérieux besoin. L'influence, sur la masse des paysans, du nom de Napoléon et des souvenirs de l'Empire, ainsi que les menées actives des bonapartistes, y entraient aussi pour beaucoup ; mais un motif plus raisonnable et plus légitime en était le principal mobile et se retrouvait dans presque toutes les délibérations des conseils généraux : c'était le dan-

ger que faisait courir à la société la disparition au même moment des deux grands pouvoirs de TÉtat.

Et, en efiet, la durée de TAssemblée législative était de trois ans, son mandat expirait donc en mai 1852; celui de Louis-Napoléon qui était de quatre ans aurait dû se prolonger jusqu'au mois de décembre de la même année, et, par conséquent, l'Assemblée législative aurait été élue sous son influence : c'est ce qu'avait voulu éviter la Constituante. Aussi, par un décret spécial, avait-elle décidé que les pouvoirs du Président de la république seraient abrogés et expireraient en même temps que ceux de l'Assemblée ; c'était une faute énorme dont la conséquence devait être de jeter inévitablement le pays dans une profonde anxiété au moment où il se verrait exposé à se trouver sans gouvernement au milieu d'une double crise électorale ; aussi, et pour éviter ce danger, toutes les préoccupations se portaient-elles naturellement vers la révision dont l'échéance allait arriver. Le moment était donc venu de régler dans quelle forme l'Assemblée instruirait cette grande question : la soumettrait-on aux trois lectures et à l'avis préalable du conseil d'État; en interdirait-on la reproduction avant l'expiration d'une année comme pour les propositions ordinaires?

M. Moulin fit sentir que la Contitution ayant soumis la révision à des conditions spéciales de vote, on ne pouvait appliquer à ce cas les dispositions ordinaires du règlement ; et il proposa de charger une commission spéciale de soumettre d'urgence à l'Assemblée les modifications que le règlement devrait subir dans cette circonstance.

Cette proposition donna lieu à une première contradiction qui fit malheureusement pressentir que tout le parti républicain, y compris les plus modérés, voterait contre la révision. Le général Cavaignac objecta à la proposition de M. Moulin, que, « l'heure où

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