‹ Mémoires posthumes de Odilon BarrotChapitre 32 sur 42 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Lorsque, parvenant à la fin de ces mémoires, qui retracent les nombreuses péripéties par lesquelles ont passé les institutions parlementaires de notre pays, depuis le premier essai qui en fut fait en 1814 jusqu'au coup d'État du 2 décembre 1831, je disais : « Tôt ou tard, le voulant ou ne le voulant pas, en ayant ou n'en ayant pas Tintelligence , notre pays reviendra à ces institutions qui, sont la grande nécessité des temps modernes, » j'étais bien loin de croire que cette prophétie se réaliserait si tôt.

La Constitution de 1852, que Napoléon avait donnée à la France, n'était qu'une nouvelle édition de la dictature de son oncle. Quelques concessions à l'esprit du temps en faisaient seules la différence : ainsi le Corps législatif discutait les lois au lieu de les voter silencieusement, mais dans le fond, même pouvoir absolu du chef de l'État ; des ministres non responsables et dépendant de l'Empereur seul ; interdiction aux députés de toute initiative, de toute adresse, défense môme de recevoir les pétitions des citoyens, d'amender les lois; entièrement subordonné au conseil d'État. Il n'est pas jusqu'au Sénat du premier

Empire, tombé sous le mépris du monde entier, que les faiseurs de cette époque n'aient eu le courage de ressusciter avec sa nullité, avec ses complaisances, sans oublier un banc de cardinaux, au traitement de 30,000 francs, appelés à recruter ce corps des transfuges de tous les partis.

Les citoyens déportés par fournées à Gayenne, sans jugement; la censure rétablie; la confiscation même exercée avec éclat sur les biens patrimoniaux de la famille d'Orléans : rien ne put émouvoir cette nation qui semblait avoir un parti pris de renoncer à toutes ses libertés comme à toutes ses garanties, pour s'absorber dans un seul homme.

Elle fermait les yeux sur son avilissement , pour n'avoir pas à en rougir ; elle s'irritait même contre ceux qui lui rappelaient son passé libéral, et se laissait dire de toutes parts que les révolutions qu'elle venait de traverser n'avaient pas d'autre cause que ces institutions parlementaires auxquelles il fallait renoncer pour jamais, comme à des fléaux.

Les souvenirs de l'orgie du 24 février et des saturnales sanglantes de Juin, la peur du socialisme peuvent seuls expliquer, sinon justifier, un tel phénomène.

Mais, à mesure que le temps marchait, que les générations se renouvelaient sur la scène du monde, l'impression laissée par les violences démagogiques s'affaiblissait et s'éloignait, tandis que les vices du pouvoir personnel devenaient de plus en plus manifestes et à l'intérieur et à l'extérieur : la disposition des esprits changeait.

Napoléon III était trop intéressé à étudier les mouvements de l'opinion publique, pour ne pas s'apercecevoir de ce changement. Il est, d'ailleurs, dans sa nature, ce qui le distingue profondément de son oncle, de pouvoir s'arrêter et se rétracter. Il rendit au Corps législatif le droit de discuter, au commencement de

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