‹ Mémoires posthumes de Odilon BarrotChapitre 33 sur 42 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

chaque session, la politique du gouvernement, ce qui, de fait, constituait déjà un commencement de représentation nationale, et était un premier pas vers le régime parlementaire; puis, la censure des avertissements préalables fut retirée; puis le droit de réunion reconnu, etc.

Malgré ces concessions successives, l'opinion marchait toujours, et le gouvernement impérial n'avait plus, pour défendre les derniers retranchements de son passé dictatorial, que deux choses sur lesquelles il comptait : le suffrage universel et la pression administrative qui lui répondait de la docilité de ce suff'rage.

Il se servit à outrance de ces deux ressorts dans les dernières élections ; circonscriptions électorales arbitraires et disposées d'avance comme le ferait un joueur qui arrangerait les cartes pour mettre toutes les chances de son côté ; menaces contre les récalcitrants ; séductions intéressées contre les indiff'érents; tricheries de toute espèce encouragées : rien ne fut négligé. Mais plus on use de ces ressorts, plus ils s'usent ; il arriva qu'aux dernières élections une minorité de 2,500,000 opposants surgissait dans les scrutins électoraux, au grand ébahissement du monde officiel, et que le contre-coup de ce résultat inattendu se faisait sentir jusque dans la nouvelle majorité bien que composée en grande partie de candidatures officielles, que, par suite, cette majorité se divisait et que le cri d'anathème au gouvernement parlementaire poussé naguère dans l'enceinte du palais Bourbon, fit place à celui du retour nécessaire à ce gouvernementy retour demandé d'abord par cent seize députés, puis par l'unanimité de la Chambre.

Napoléon n'avait pas attendu cette manifestation unanime pour reconnaître la nécessité de changer les principes de la Constitution de 1852, en la rapprochant de nos chartes constitutionnelles de 1814 et de 1830.

Une infirmité grave qui avait un instant fait craindre pour ses jours et la perspective d'une transmission prochaine de la couronne impériale à son fils, que les institutions libérales pouvaient seules rendre possible, eurent aussi leur influence sur ses déterminations.

Il avait déjà l'année précédente, essayé dans une négociation avec un des jeunes députés de Fextréme gauche, M. Emile Ollivier, de jeter les premières bases du nouveau régime parlementaire qu'il voulait inaugurer. Il reprit cette négociation après les manifestations de la Chambre.

Ce fut encore M. Emile Ollivier qui fut chargé par l'Empereur de former un ministère qui devait convertir l'empire autoritaire en empire libéral. Sa mission n'était pas facile : le mouvement d'opinion qui avait provoqué ce changement de politique était surtout dirigé contre les candidatures officielles et contre les ministres qui les avaient imposées.

Le nouveau ministre ne pouvait donc rien emprunter à cet élément : d'un autre côté, la gauche proprement dite se composait des députés qui, sans s'avouer irréconciliables, se seraient tous péremptoirement refusés à entrer dans la composition d'un ministère même parlementaire sous l'Empire.

Il ne restait donc à M. Emile Ollivier que le centre gauche, où il pût prendre ses collègues. Or, parmi les quarante ou cinquante députés composant ce groupe, les plus indiqués étaient MM. Bufi'et et Daru : leurs noms se trouvaient dans toutes les bouches, mais cette combinaison rencontrait de grandes difficultés. D'abord, il parait que ces députés étaient présentement peu agréables à l'Empereur; de leur côté, ils éprouvaient certaines inquiétudes, ils craignaient de s'engager avec une Chambre dont la majorité était hostile, sinon à leurs personnes, du moins à leurs opinions. Ils n'étaient pas d'ailleurs complètement ras-»

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