EPILOGUE
nos sièges ; qu'heureusement votre manteau avait arrêté le coup. »
Rien ne caractérise mieux la situation que cet épisode rappelé à haute voix à la porte du cabinet de Napoléon lui-même, par deux hommes, dont Tun était son ministre, et l'autre venait lui apporter ses loyaux conseils : ce n'était pas sans raison qu'on appelait ce revirement de la politique, une réconciliation.
L'huissier de service ayant annoncé que l'Empereur était prêt à nous recevoir, M. Emile Ollivier me demanda s'il devait entrer avec moi? Oui, certainement, lui dis-je, et je tiens beaucoup à ce que vous soyez présent à cette conférence.
L'Empereur vint à moi avec une expression de joie expansive que je ne lui connaissais pas. « Que je suis heureux de vous revoir, M. Odilon Barrot, me dit-il, vous n'êtes pas changé ; c'est comme en 1849. » — Oui, sire, mais vingt ans se sont écoulés depuis, et il n'est malheureusement au pouvoir de Votre Majesté, ni de personne de nous les rendre.
On s'assit autour du tapis vert et la conversation prit un ton plus sérieux.
Voici cette conversation reprpduite aussi exactement que mes souvenirs me permettent de le faire.
M. Odilon Barrot — Je ne saurais trop vous féliciter. Sire, du changement radical que vous apportez dans votre politique. Grâce au système que vous avez suivi jusqu'à ce jour, vous êtes arrivé à ce résultat, que, de par vos préfets, vous auriez 200,000 ennemis personnels dans le corps électoral de Paris, c'est-à-dire dans la partie la plus éclairée, et en définitive la plus influente de la France. Vous n'avez pas d'ennemis...
L'Empei^eur (se récriant). — Certainement, j'en ai.
M. Odilon Barrot. — Non, Sire, et si vous en avez, vous devez gouverner comme si vous n'en aviez pas. Le chef d'un grand Etat, n'a d'ennemis que ceux qui violent les lois du paysl... Qu'a-t-ii servi aux gouvernements qui ont précédé