‹ Mémoires posthumes de Odilon BarrotChapitre 39 sur 42 · L'OPPOSITION · texte numérisé non relu

L'OPPOSITION

Sur la question étrangère J'ai des doutes sur le point de savoir si Louis-Philippe n'a pas mieux vu et mieux apprécié la situation de l'Europe que l'opposition. Celle-ci, au moins dans sa partie influente, était parfaitement d'avis qu'il ne fallait pas prendre l'initiative de l'agression vis-à-vis de la Sainte-Alliance : que c'était bien assez de lui avoir jeté un défi par notre Révolution, en chassant la branche aînée des Bourbons. Mais elle eût accepté la couronne de Belgique pour un de ces princes et au besoin risqué la guerre pour cette acceptation.

Louis-Philippe refusa cette couronne.

Fit-il, en cela, acte de sagesse ou de timidité excessive ? Il est difficile de juger une telle question qui est subordonnée à des éventualités sur lesquelles chacun peut avoir des opinions contraires.

Si l'acceptation de la couronne offerte au duc de Nemours devait entraîner une guerre de toutes les puissances contre la France, le roi agit avec sagesse en ne commettant pas notre Révolution, malgré l'enthousiasme qu'elle avait excité au dedans et les sympathies qu'elle inspirait au dehors, avec toutes les

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forces coalisées de l'Europe entière. 11 fit mal, si cette coalition était impossible dans Tétat des esprits en Europe. — Pour moi, encore aujourd'hui, j'incline à penser que cette coalition ne se serait pas formée, et que, dans tous les cas, elle n'eût pas duré.

Ce fut un grand malheur pour Louis-Philippe, comme pour tout fondateur de dynastie d'avoir à froisser dans son début le sentiment national; comme ce fut un grand bonheur pour Guillaume, en Angleterre, de pouvoir à son avènement, jeter à Louis XIV le gage de bataille.

Quanta la question intérieure, cette même Belgique et l'exemple donné par son roi l'a jugée. La lettre du 44 mars i846 écrite par Louis-Philippe au roi des Belges, à l'occasion de l'agitation parlementaire qui s'était manifestée en Belgique, et qu'il conseillait de réprimer par la force, indique bien les deux politiques, et quant aux résultats, la Révolution de 1848 les a jugés.

(Voir la Revue des Deux-'Mondes du 15 janvier 1869.)

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