‹ Mémoires posthumes de Odilon BarrotChapitre 9 sur 42 · IV. ii · texte numérisé non relu

IV. ii

66 MIÊMOIRSB D'ODILON BARROT.

sissait tant qu'elle pouTait rincident; la justice en fut saisie avec éclat. Alais, appelé devant le magistrat instructeur, pressé de questions, intimidé, et d'ailleurs un peu abandonné par M. Yon qui commençait à voir clair et à se douter que son agent pouvait bien l'avoir trompé, se rétracta. Puis, envoyé à l'hôpital et gardé à vue quoiqu'on prétendît qu'il était libre, ce misérable rétracta sa rétractation, affirmant de nouveau que son récit était vrai, et que, s'il s'était rétracté, c'est qu'il avait cédé à l'intimidation

Cependant, l'information judiciaire se poursuivait. M. le juge d'instruction jugea à propos de se rendre au Palais Bourbon et d'appeler à déposer devant lui les membres de notre commission : c'était une mesure inutile, au moins au point de vue judiciaire, car aucun de nous ne savait rien personnellement de ce que prétendait avoir vu Alais, et n'avait eu aucun rapport avec cet homme ; mais au point de vue politique, l'Assemblée, par cette démonstration judiciaire, se trouvait, au moins en apparence, mise en cause devant la police correctionnelle, et c'est ce qu'il importait ; nous refusâmes de répondre aux questions qui nous étaient adressées : l'instruction ne s'en poursuivit pas moins, plutôt dirigée contre le parlement et son commissaire de police, M. Yon, que contre Alais. Le rapport du juge d'instruction et la décision portée par la chambre du conseil dû tribunal, publiés avec affectation dans le Moniteur et dans tous les journaux bonapartistes, étaient de véritables plaidoyers politiques, où le parlement était impitoyablement immolé au parti bonapartiste ; on y faisait ressortir avec grand soin la crédulité du commissaire Yon, son retard h saisir la justice, ses tentatives pour soustraire Alais à l'action judiciaire, la facilité trës-suspecte avec laquelle le bureau de l'Assemblée et la commission avaient accueilli les calomnies de cet homme, etc.,

mais on n'y disait absolument rien des menées des bonapartistes, des violences de la société du Dix Décembre, des distributions d'argent, faites à TÉlysée, quoique tout cela eût été constaté, et même avoué dans l'instruction. Ce n'était pas assez encore, on suscita un des pauvres diables qu'Alais avait désignés dans son rapport, pour le pousser à intenter contre celui-ci une action en diffamation, et on lui donna pour avocat ce même Chaix d'Est-Ange, qu'il n'eût pas assurément choisi de lui-même : aussi cet avocat, comme il avait déjà fait à l'occasion de ce journal bonapartiste cité devant l'Assemblée, plaida-t-il bien moins pour son client, que contre le parlement. Bref, Alais fut condamné, l'assemblée, attaquée, bafouée, le bonapartisme présenté comme une innocente victime, le tout avec le concours, et je dirais presque la complicité de la justice, ce qui était fort peu édifiant.

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