S^6 MÉMOIRES POSTHUMES
dre une chose qui n'était pas fort raisonnable et très-hasardée , mais l'envie de ne pas rester les bras croisés pendant cpie d'autres se distinguaient, peut-être aussi la crainte de m'exposer à la critique si je ne me battais pas lorsque d'autres se battent, me fit donner au hasard plus qu'il n'était de mon devoir de le faire ; mais l'ennemi , Sire, m'a épargné ce tort en venant ni'attaquer, à deux heures ce matin. Cette position est , conune Votre Majesté sait, très-mauvaise, trop étendue pour une petite troupe , embarrassée de mauvais retranchements qui ressemblent aux murs chinois, et qui nous ont fait un mal horrible quand il a fallu en déloger l'ennemi qui s'y était niché. La suite de tout cela fut qu'avant une demi-heure nous fumes entièrement cernés par les ennemis , et exposés à tout leur feu. Il semblait qu'ils craignaient que quelqu'un de nous ne leur échappât ; mais l'intrépidité et le courage des ojfficiers et de la troupe fit avorter ces projets.
Enfin , Sire , je suis flatté au delà de toute expression, de l'honneur de commander à de si braves gens, et, pour leur rendre justice, j'en devrais nommer un grand nombre à Votre Marjesté. Je ne dois pas, cependant, passer sous si-
lence , ni le colonel d'Aminoff , mon second ici , ni l'honnête Adlercreutz, qui est toujours de toutes les fêtes *. Grâces à ces messieurs , Votre Majesté conserve encore ce poste , et après quatre heures dé combat acharné l'ennemi a été repoussé avec perte et poursuivi. Malheureusement, Sire , il y en a eu deux cents de tués , parmi lesquels douze officiers. Le jeune Konou , qui aura l'honneur de remettre cette lettre à Votre Majesté , est venu de si bonne grâce me donner le conseil, pendant l'action , de charger l'ennemi avec la baïonnette de tous les côtés, que je lui ai promis sur-le-champ qu'il porterait la nouvelle de cette journée à Votre Majesté.
J'aurais besoin. Sire, de quelques médailles pour mes bats officiers et soldats. Votre Majesté n'oubliera pas les officiers, j'en suis sûr. Il ne manque à ces braves gens que l'honneur de combattre sous les yeux de leur bon maître.
Je suis , etc.
CuRT V, Stedingk.
" C'est le même Adlercreutz qui se distingua depuis par la belle défense de la Finlande, en 1808, qui fil la révolution de 1807, contre Gustave IV, qui prit part à la campagne de 1813 et 1814 comme chef d'élat-major de la grande armée du Nord de l'Allemagne , commandée par le prince royal de Suède.
2^8 MKMOIBES POSTHUMES
LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI
PardaU , ce 12 avril 1700.
Sire,
J'ai rhonneur d'envoyer à Votre Majesté, par le major d'Utfall, mes idées sur la manière d'attaquer Pumala. La prise de cet endroit me parait de la plus grande conséquence pour les opérations de cette campagne en ces cantons-ci ; elle nous ouvre un bon chemin dans le pays ennemi , facilite toutes nos conmiunications et intercepte celles des ennemis. La capture de tout le canon de ces chaloupes et de tout ce monde serait encore une très-bonne affaire. Je puis me trom-
per, Sire, et vous avez mille fois plus d'esprit que moi , mais il me semble que nous avons trop peu de forces pour les éparpiller ainsi. Au reste , Votre Majesté, comme tous les souverains du monde, est trompée souvent par les états qu'on lui présente, qui ne sont souvent qu'un ouvrage de l'imagination , et la réalité , si elle ne peut lui être agréable, lui reste cachée. C'est un reproche que je n'aurai jamais à me faire , à moins que je ne sois trompé le premier, ce qui peut m'arriver facilement.
Je suis, etc.
CuRT v. Stediingr.
LKTTRK DU ROI A M. DE STEDIiNGK.
Saiiit-xMjcIicl, le 13 avril 1790.
Je VOUS envoie ce courrier, mon cher Stedingk , pour démêler une obscurité que j'ai cru trouver dans vos deux dernières lettres, et décider de la résolution définitive à prendre. Vous me marquez par votre lettre d'hier, que dans quinze jours l'expédition pourra se faire sur Pumala , et par le plan que vous m'avez envoyé aujourd'hui , vous me marquez que l'affaire pourra se faire quatre jours après l'ordre reçu. Je souhaite donc de savoir si vous comptez les quatre jours après les quinze, ce qui ferait dix-neuf, qui nous mèneront
au 1" mai, ou si après quatre jours d'aujourd'hui vous pouvez attaquer, votre réponse décidera ma résolution définitive que je vous manderai par Utfall et Adlercreutz. Bonjour ! j'attends votre réponse pour régler ma marche.
LKTTRE DV ROI A Jl. DE STEDINGK.
Saint-Michel , le lli avril 1790.
Après votre lettre reçue , j'ai pris mon parti , qui est motivé surtout par la nécessité de me rendre la semaine prochaine à Sveaborg. Nous marchons cette nuit. Je vous remercie de la carte et de la note , qui nous seront d'un grand secours. Dans six jours, le baron d' Armfelt vous secondera pour votre attaque , ou plus tôt même , si vous le voulez ; nous ferons notre possible pour vous envoyer les pièces de douze , ainsi que des chirurgiens ; et pour des bandages , il doit s'en trouver à Uleaborg, d'où vous pourrez les commander. Je
joins ici vos provisions pour le régiment de Gothembourg ; je souhaite que vous puissiez longtemps posséder ce régiment , et jouir du fruit des travaux que vous avez si courageusement soutenus. Le 15 mars , le traité entre la Prusse et la Pologne a été signé à Varsovie. Tout cela paraît préparer à la guerre. Adieu, mon cher Stedingk, je vous souhaite mille succès, et sur ce, je prie Dieu , etc.
^t MÉIIOIRKS POSTHUMES
LETTHE DE M I>K STEDINGK AU ROI
Pardala, ce 15 avril 1790.
J'ai eu l'honneur de recevoir la nuit dernière par M. d'Utfall, la lettre de Votre Majesté, du 14, et j'ai expédié sur-le-champ les ordres pour faire avancer les troupes à Pertimaeki ; elles y arriveront le 20 au soir ou au plus tard le 21 , au matin : le 22 à la pointe du jour nous pouvons attaquer , si Votre Majesté l'ordonne et que le baron d'Armfelt avec 2,000 hommes puisse attaquer à temps de l'autre côté. J'avais ordonné aux troupes depuis longtemps de se pourvoir de clous afin de
pouvoir marcher sur la glace. Mais malgré toutes les recherches , les chefs n'ont pas pu se procurer le peu de fer nécessaire pour cet usage , tant il est difficile de faire la guerre dans ces déserts , et pour cette vétille, il faut cpie je change peut-être tout mon plan d'attaque de ce côté-ci.
Je joins ici deux rapports de M. d'Aminoff, et j'attends avec une inquiétude extrême des nou- -velles de l'entreprise sur Savitaipal , d'où dépend celle de Pumala. Je fais les vœux les plus ardents pour que la victoire suive partout les traces de Votre Majesté.
Je suis , etc.
Stedingk.
'250 MRMOinES POSTIIUMKi^
LbiTTHl!: DU KOI A M. DE STEDINGK.
Saint-Michel , le 10 avril 1790
Kaernakoski est pris avec deux canonsde bronze, fit un grand butin ; peu de blessés , aucun de tué. Ce sont les Dalécarliens , TawastetVegesack, qui se sont distingués le plus. Adieu. A vous le dé.
I^TTRE DU ROI A M. DE STEDINGK
IBorgo, le 7 mars 1790.
J'attends , mon cher Stedingk , que vous nous payiez le service que nous vous rendîmes Tannée passée. Les ennemis ont pénétré par Anjala, ayant surpris les batteries suédoises. Nous avons été forcé de quiter Valkiala, pour venir au secours du général Platen. Je me suis rendu ici pour monter sur la flottille qui est toute prête à sortir. Le général Pollet longeait hier la côte , il était à Keltis, et doit prendre les ennemis à dos. Votre bon ami le général Schultz avait pénétré par Hervekoski ; mais les Dalécarliens et le régiment
^58 MEMOIRES POSTHUBfES
de la Heine mère , l'ont repoussé de l'autre côté de la rivière. Mon frère est sorti le 30 avec la grande flotte pour aller dans le golfe ; voilà où nous en sommes. Vous voyez que la fortune balance, et que Pharsale n'a pas encore décidé cette grande querelle. Je souhaite qu'Armfelt fasse une diversion ; si vous ne pouvez pas à l'instant pénétrer vous-même dans le pays ennemi , mettez-vous sur la défensive et augmentez de tout ce que vous pourrez le corps d'Armfelt, pour qu'il puisse nous dégager. Dès que le vent le permettra , j'en ferai de même avec la flotte. Le baron de Wrede et M. de Carpelan ont ordre de venir vous secourir avec leurs troupes. Au reste je suis sûr que vous aurez mille mauvaises nouvelles qu'il ne faut pas croire. Vous connaissez ce pays-ci , et j*espère que vous inspirez votre propre courage aux âmes incertaines. Adieu , mon cher Stedîngk.
LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGIL
Borgo , le 9 mai i'79e.
Rien ne pouvait venir plus à propos pour me consoler dansmes contrariétés, mon cher Stedingk, que la nouvelle de vos succès. Vous avez vu par ma dernière lettre ce qui était arrivé à Anjala , et que je croyais plus fâcheux que les suites ne Tont montré. Les Russes ne feront guère de progrès ultérieurs , et leurs plus grandes forces seront jetées sur leur flottille. Lorsque les troupes du prince de Nassau seront embarquées, il faudra bien que le général Igelstroem détache de son corps pour couvrir la frontière , et aussitôt que par
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ce moyen , Armfelt se trouvera en cas d'agir , les ennemis seront obligés à le laisser faire ou à se dégarnir contre vous. En attendant , Faction du & au 5 vous fait un honneur infini , ainsi qu*à vos troupes. Je vous prie de me proposer les grftces que vous souhaitez , et je vous envoie à vousmême une épée, que vous voudrez bien troquer contre une d'or , quand elle sera faite. Vous savez trop bien vous en servir contre Tennemi, pour^ qu'un pareil présent ne soit pas bien placé entre vos mains. Puissiez-vous la porter longtemps pour mon service et votre gloire !
Le prince de Nassau a si bien persuadé à l'impératrice , qu'il nous écraserait sur mer , qu'on a négligé tout le reste. Cependant il n'aura en tout que 120 à 150 bâtiments, quand tout ce qu'on a construit à Yiborg, Pétersbourg, Cronstadt et Revel sera rassemblé ; j'en aurai 310 quand les miens seront réunis;* il y en a ici 90, sur les lieux. L'escadre de Stockholm est déjà entre Hangoe et Helsingfors, celles de Gothembourg et de Stralsund sont sorties depuis longtemps et approchent.
Mon frère est sorti avec la grande flotte le 30 du mois dernier. Avec ces moyens j'espère tenir
tête à ma superbe ennemie. Vous aurez du renfort de la Carélie par M. de Carpelan , et j*espère que vous ne vous fâcherez pas de ce que je vous ai prié de renforcer Armfelt. Il n'est pas bon de ficher un vainqueur comme vous, surtout après avoir été obligé moi-même de repasser la rivière ; mais c'est la position d' Armfelt qui exige ce renfort, puisqu'il a déjà l'entrée ouverte dans le pays ennemi , au lieu que votre position vous empêche d'y pénétrer, ayant Pumala d'un côté, et Nyslott de l'autre. J'ai fait grâce à tous les officiers du régiment de Bjorneborg , impliqués dans l'aiTaire de la conjuration d'Anjala. Je vous envoie les croix et les épées avec des pouvoirs pour recevoir les chevaliers* Adieu ^ mon chef Stedingk. Tout me dit que cette campagne sera vive et glorieuse , et qu'au bout nous aurons la paix.
P. S* A propos : vous me demandez sérieusement pardon d'avoir voulu attaquer l'ennemi à forces inégales. Mais savez-vous bien, mon dier Stedingk, que votre action du 4^ etcelledeKaernakoski du 30 , rendent cette «xcuse extrêmement superflue ?
262 MteOmBS YOSTHUMES
LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI
PardaU, ce U mai 1199,
Sire,
Qu'il me soit permis, Sire, avant tout, de mettre aux ipieds de Votre Majesté, Thommage de ma reconnaissance pour les grâces qu'elle vient de nous accorder à moi et aux officiers sous mes ordres. Cette épée , Sire , dont Votre Majesté vient de m'honorer , ne peut que me porter bonheur, et je prie le ciel qu'elle soit aussi redoutable aux ennemis de Votre Majesté, qu'elle sera toujours pour moi un gage précieux de ses bontés, et un signe heureux sous lequel j'espère de vaincre.
Je suis , etc.
GuRT v. Stedingk.
LErrRE DU ROI A M. DE STEDINGK,
Sur l'Âniplilon, à l'ancre, à PUkeiMu>s, près de Viborg, le 28 mai 1790.
Après ma victoire du 15 , je suis avancé jusqu'ici , et la grande flotte est sur mon aile droite. J'ai brûlé des magasins que les Russes avaient sur la côte , et fait sauter quinze pièces de 36 , qu'ils charriaient de Viborg à Frédrikshamn. Nous savons par les prisonniers que les ennemis se dégarnissent du côté de Savolax , pour tirer leurs troupes à Viborg , dont je ne suis éloigné que de 6 lieues. Je souhaite que vous poussiez du côté de Nyslott. Vous masquerez simplement la garnison , et vous vous avancerez sur Kexholm ou sur Viborg , pour vous réunir , et agir de concert avec
ièh MÉMOIRES POSTBCMES
le baron de Wrede. J*ose ajouter quMI faut ici de la hardiesse , et non de la prudence. Laissez Pumala se morfondre ; marchez en avant avec ce que vous avez , et jetez les yeux sur la carte , voyez où je suis , jugez ce que je vais tenter ^ et calculez les embarras des ennemis. En un mot soyez un général de Charles XII. Il y a des occasions où la témérité même est une vraie prudence. Je suis peu éloigné de Viborg ; j'espère avancer encore. La grande flotte suédoise est sur mon aile droite entre Cronstadt et Hogland. Si vous n'avez pas à manger , il faut le chercher dans le pays ennemi. Adieu , mon cher Stedingk , marchez en avant.
DtJ COMTE DE STEDiNGk. 265
LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK
Sur l'Ampbton , à la voUe , entre Pitkepass , Vtborg et Bjorko, à 15 lieues de Saint- Pétersbourg, le S juin 1790.
L'histoire de votre courrier est plaisante , mon cher Stedingk ; j^avais répondu à tous , excepté au vôtre , comptant le renvoyer le lendemain. Il ne se trouvait qu'un bateau , et mes aides de camp jugèrent spirituellement, que tous étant venus ensemble , ils devaient s'en retourner de même , de manière qu'à mon réveil je ne trouvai plus per*sonne, et ne pus ainsi vous répondre. Le comte de Mejerfelt a eu ordre d'envoyer la nouvelle de la bataille * à toutes les directions avec l'ordre pouf
* Bataille navale de Svensksund.
266 MÉMOIBES POSTHUMES
le Te Demi. Avec votre lettre j'en reçus une du baron de Wrede qui me mande qu'il marche pour vous joindre. J'aurais mieux aimé qu'il eût pu inquiéter les Russes sur Sordawalla et Kexholm ; mais dans l'état actuel des choses , je suis trèscontent que vous l'envoyiez au baron d'Armfelt. En formant ainsi un grand corps , nous nous réunirons à la fin. Vous voyez par la date de celle-ci que je suis bien avancé, ayant toujours la grande flotte à ma droite. Celle des Russes a paru me suivre , mais n'est forte que de dix-sept vaisseaux de ligne et de deux frégates. Celle du prince de Nassau est incognito. Nous ignorons si elle se cache à Viborg , à Cronstadt ou à Pétersbourg. Je vous suis bien obligé du renfort que vous avez donné à Armfelt. C'est me renforcer moi-même , car s'il peut dégager le Kymmene, je pourrai transporter sur les galères , des détachements de la grande armée , qui me rendraient assez fort pour faire des descentes. Vous enverrez donc ordre au baron de Wrede de joindre Armfelt. On dit que Pumala est presque évacué. J'ai tellement inquiété les ennemis sur les côtes, qu'ils ont été obligés de les garnir de troupes partout. Adieu,mon cher Stedingk. Je vous souhaite mille succès, et à nous tous la paix.
Ce pauvre roi de France s'est mis pieds et poings liés entre les mains de M. de Lafayette , et vient de signer un écrit , par lequel il s'engage à suivre aveuglément toutes ses directions» à condition qu'il lui procurera quelques prérogatives fort peu importantes en comparaison de celles dont on l'a dépouillé. C'est rendre véritablement M. de Lafayette maire du palais. Je vous envoie vingt médailles , pour les distribuer à vos bas ofBciers et aux soldats. Je crains bien que ma lettre ne se ressente des fréquentes interruptions que j'ai été obligé d'y faire , pour observer à tout instant le mouvement des flottes.