IH MÉMOIRES POSTHUMES
bels, et nous 2 riksdalers. Le secret de notre expédition de Pumala* n'a pas pu être si bien gardé qu'il n'en soit pas transpiré quelque petite chose. Ainsi les officiers se croient dévoués h la vengeance particulière de la Russie.
Quant aux opérations de guerre , je crois que toute l'attention de Votre Majesté doit être tournée en ce montent sur la flotte pour reprendre la supériorité sur mer , ou du moins pour réduire les choses à l'égalité. Toute la nation criera si le commerce est détruit et l'armée courra risque de mourir de faim. Votre Majesté ne tirera plus grand parti des troupesfmlandaises, si ce n'est pour défendre leursfoyers; ledécouragementest trop grand, et je n'aurais jamais cru un changement aussi prompt possible , comme celui que je remarque dans ces troupes depuis vingt-quatre heures. Il n'y a que la considération qu'ils ont encore pour leurs chefs qui les retient ici. On ne parle que de retraite, et sans quelques-uns d'entre nous, elle serait déjà faite.
On se plaint ici que toutes les lettres qu'on écrit
* C'était Tattaque du baron d*Hastfer, avant la déclaration de la gaerre que le roi avait ordonnée.
d'ici en Suède et à l'armée ou qui en viennent sont ouvertes et souvent égarées. Je voudrais savoir si une lettre au comte de Fersen avec une autre pour la reine de France, dont j'avais chargé notre avant-dernier courrier, ont eu le même sort; C'est un pauvre homme, il n'a jamais pu me dire s'il avait remis cette lettre à Votre Majesté, au quartier général de Hussula, ou s'il l'a mise à la poste d'Heinola.
Je finis cette longue lettre en priant le ciel de conserver Votre Majesté , de lui inspirer ce qui peut servir à son avantage et gloire, et de donner un cœur comme le mien à tous ses sujets.
Je suis, etc.
CuRT v. Stedingk.
LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK
HOffoTS, W 11 août 178S.
Je viens, mon cher Stedingk, de recevoir votre lettre du & août. J'ai bien partagé votre indignation de la lâcheté des officiers finlandais ; ma douleur est profonde de voir une nation si valeureuse se couvrir d'une honte étemelle. La ville de Stockholm a manifesté son indignation d'une manière d'autant plus énergique que la douceur et la tranquillité du peuple rendent ces sortes d'événements plus remarquables. Le peuple a insulté des officiers finlandais qui sont revenus , les a appelés poltrons , et a porté le même esprit et la
même fureur contre des personnes qui ont voulu les apaiser. J'écris à Hastfer ce qui s'est passé. Si j'avais été aussi bien secondé par tout le monde que par vous et lui , l'impératrice eût déjà demandé la paix , mais l'ascendant de sa fortune est plus fort que toutes les combinaisons possibles. Je suis content de voir S*** entrer à mon' service ; s'il se rend à votre corps, il sera le bienvenu. Dans un temps où les officiers quittent leurs drapeaux , il est bien naturel de recevoir ceux qui veulent servir.
Les troubles de France continuent. Les dix députés de Bretagne ont été mis à la Bastille , et le duc de Praslin , M. de la Fayette et un autre seigneur dont le nom m'échappe , ayant signé la requête de la noblesse bretonne , ont été privés par le roi de leurs pensions et de leurs charges. Voici des gazettes que je vous envoie. Elles ne sont pas complètes ; peut-être qu'à force de voyager il y en a quelques-unes d'égarées, mais à Nyslott j'imagine que tout ce qui vient du midi est intéressant.
LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI
Nyslott , ce 16 août 1788.
Sire,
L'obéissance âux ordres de Votre Majesté est bien douce pour moi, le cœur la dicte et la raison en est d'accord. Nous ne devons point abandonner ce poste, tant que nous pouvons nous y maintenir. Ce sentiment n'est point celui du plus grand nombre , mais je crois être sûr des officiers de mon corps , ils n'oseront point me désobéir. Je ne réponds point du régiment de Savolax, l'autorité de M. d'Hastfer ne les contiendra pas. Il est arrivé
ici, cetaprès-dlner, M. de Glansenstierna et M. de Ramsay major ; le premier est beau-frère de M. de Sprengtporten , je me défie d'eux et de leur commission. L'esprit de mécontentement gagne tout le monde, et l'abatte rent, ceux qui sont le plus attachés à Votre Majesté. Les nouvelles qui nous arrivent de toute part y contribuent. Au nom de Dieu, Sire, songez à votre sûreté et à votre conservation. Les Russes , maîtres de la mer , vont infester vos côtes et intercepter toute communication avec la Suède. Elle est remplie de mécontents, et le comte de Raoumofski qui y reste toujours , à mon grand étonnement, est un tison ardent , parmi des matières combustibles. On parle déjà de rendre la Finlande indépendante, de convoquer les États irrégulièrement et de beaucoup d'autres horreurs. Ils ne veulent point voir, ces genslà , qu'ils courent à leur perte , que la Russie les flatte pour les asservir , qu'une fois le lien rompu, qui les attache à une autorité légitime , la Russie décidera ces querelles quand elle aura eu le temps de rassembler ses forces. Ils croient qu'en se retirant du pays ennemi , et en gardant leurs frontières , la Russie ne viendra point les y troubler. QueHe illusion ! Ce qu'il y a de sûr, c'est que de la
part de Târmée finlandaise, il y a une négociation entamée avec les généraux russes.
Je suis, etc.
Stedingk.
LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK
Kymnienegard , le Itf août 1788.
Je viens de recevoir vos deux lettres, et le comte de Fersen a reçu votre paquet. Non , je ne baisserai pas la tête sous le joug de Timpératrice. Toute négociation dans ce moment est impossible que par une cour tierce , et s'il faut que je sois accablé , j'aime mieux l'être par mes sujets que par mes ennemis. Je ne regarde pas les choses comme désespérées. Il faut se tenir à Nyslott tant qu'on pourra , tout comme je tiens ici malgré tout le monde. Pour vous , mon cher Stedingk , il ne faut pas nous abandonner. La dernière des fautes
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est de désespérer de la patrie , et si vous quittez la Finlande, ce doit être pour nous amener des Allemands qui savent obéir. Les grands états ne se détruisent pas, et vous verrez que du sein des maux il sortira un bien. En tout cas Thonneur exige de rester ferme tant qu'on le pourra , et je dirai comme François I" : tout est perdu , hors l'honneur. On pense d'ailleurs trop bien en Suède, pour y avoir le mauvais esprit qui règne ici. Le comte Razoumofski est parti le 8. A la fin il a fallu qu'il obéît. On a envoyé de Lovisa de l'argent qui vous sera arrivé avant ma lettre.
LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI
Nyslott,ceiOaoûll788.
SiRE ,
Votre Majesté verra par la lettre de M. de Gûntzel , que les choses vont de mal en pis. L'ancien projet de M. de Sprengtporten , d'ériger la Finlande en république , projet si dangereux pour la Suède , si favorable à la Russie , fait tourner toutes les têtes finoises. Il y a dans la liberté un appât qui trompe les plus clairvoyants et fait sur tout le monde , ici , l'effet de la tête de Méduse. Votre Majesté ne fera plus la guerre avec ces gens-là. Je ne vois qu'un moyen , Sire , pour ar-