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LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI
Saint-Michel , ce 13 Janvier 1789.
Sire,
Si quelque chose peut me rassurer , dans la situation difficile et embarrassante où je me trouve , c'est la bonté que Votre Majesté daigne me témoigner, c'est sa précieuse confiance. Puissé-je y répondre , et mes forces et mes talents égaler mon tendre et très-respectueux attachement pour Votre Majesté!
Les ordres que M. de Sandels m'a apportés m'ont extrêmement surpris et affligé. J'aurais désiré qu'on eût pu éviter tout éclat dans cette affaire,
ce qui eût été très-facile. Le sénateur Sparre me mande que c'était aussi la première idée de Votre Majesté qui vaudra toujours mieux que celle de son conseil. Je vais faire ma confession à Votre Majesté, sur tout ce que je pense de la conduite du baron d'Hastfer dans ce pays-ci. Avant le commencement de la guerre , lorsque je suis venu ici, je ne trouvai point les choses préparées conrnie elles auraient dû l'être, ni le secret d'une rupture avec la Russie trop bien gardé. J'en étais fâché et inquiet , mais je n'en attribuais point la faute au baron d'Hastfer seulement. C'était au reste l'homme du monde qui répondait le mieux aux vues de Votre Majesté. Avec de la valeur et de l'esprit, il est toujours dans le cas du soldat de Philippe, qui avait perdu sa bourse. Ces personnes sont précieuses dans un État. La guerre dévenant nécessaire, notre entreprise sur Nylott le devint aussi. Le baron d'Hastfer , par sa strop grande facilité, partagea sa confiance entre Brunow et moi. Le premier voulait aller à Wîllmanstrand ; sans rejeter ce projet je crus que la première entreprise, la plus facile, serait d'occuper Nyslott dans l'état où je l'avais vu. J'espérais • pouvoir entrer de ce côté-là en Russie qui , Ny-
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slott pris , me paraissait ouverte ; il résulta de tout cela et du manque total de toute e^ce de préparatifs , ime lenteur , qui nuiât beaucoup à nos opérations. A Nyslott il y avait bien quelques petites choses à redire sur les détails , mais en gros nous ne pouvions mieux faire que nous n'avons fait, et nous prenions Nyslott sans la terrible catastro{Ae de Frédricshanm*, Les négociateurs arrivèrent, et la tête tourna des premières à Brunow et par contagion à une partie de ses oificiers. Je dois la justice au baron d'Hastfer , qu'il en était ^au désespoir. Il ne pouvait s'en tirer que par une extrême fermeté , qui n'est absolument point dans son caractère. Nous étions menacés pendant quinze jours de la hache du bourreau ou du glaive des ennemis, les secours promis n'arrivaient point, les sollicitations des parents , des amis achevèrent d'ébranler la constance de presque tout le monde. Un des malheurs du baron d'Hastfer fut qu'il avait choisi son poste à Tunansari , et non pas à Nyslott où , selon moi , il devait être. Il m'était impossible de quitter le siège un instant , dans la crainte que Brunow lèverait le piquet. Il jurait tous les jours
* Conjuration û'Anjala^ situé près de Frcdricshamn.
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ses grands dieux qu'il partirait le lendemain ; mais comme il est faible ^ et qu'il m'aimait beauccmp, je le retins par mes sollicitations et par mes prières, d'un instant & l'autre espérant, ou la reddition de la place ou du secours. Sur ces entrefaites arriva l'ordre du baron d'Hastfer de se retirer. J'en fus attéré et je dois la justice à une grande partie des officiers qu'ils en étaient au désespoir , j'en ai vu pleurer de douleur , et le major Gahn , Sire , est du nombre. Mon intention était de désobéir et de m'emparer du conmiandement , quelque difficile qu'eût été cette entreprise , ne sachant point le finois , et ne pouvant point parler aux soldats ; mais on m'en avait ôté toute possibilité. Le baron d'Hastfer nous manda dans ses ordres , qu'il quittait le poste de Tunansari* où l'ennemi se rassemblait en force, et celui-là ouvert, c'eût été une folie de tenir à Nyslott, avec les forces que nous avions. Si j'avais été avec le baron d'Hastfer , je suis sûr qu'il n'eût point signé cet ordre. Il m'en témoigna ses regrets et son repentir, à la première entrevue que nous eûmes ; il avait cru garantir par là
* Défilé très-fort au delà de Nyslolt d'où , seul , un corps russe pouvait arriver au secours de la forteresse bloquée.
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ces provinces de Tinvasion des ennemis. II est certain, Sire, qu'il fallait avoir votre courage pour songer à des conquêtes en ces temps-là. Chez moi ce ne fut qu'entêtement , obéissance et désir de wgrialer mon attachement pour Votre Majesté.
Monsieur de Garpelan m' arrive en ce moment.
Ma chambre est remplie de monde qui me persécute. Je ne finirai jamais cette lettre.
Depuis cette malheureuse retraite le crédit du baron d'Hastfer en ce pays-ci tomba, quoique son amabilité et son bon cœur lui conservèrent toujours un grand nombre d'amis. Les fidèles serviteurs de Votre Majesté se rallièrent autour de moi. Nous restâmes amis le baron d'Hastfer et moi, mais nous étions presque toujours séparés, et nous commandions en des endroits différents. Notre confiance n'était plus entière. Il m'avait fait un grand secret de son entrevue avec Sprengtporten , je la sus cependant , mais je l'attribuais à des raisons politiques, comme il fait lui-même. Votre Majesté sait le reste. Mais je ne puis m'empêcher de répéter encore ce que j'ai déjà dit plusieurs fois, que je suis intimement convaincu, que l'intention du baron d'Hastfer n'a jamais été de trahir Votre Majesté. Permettez-moi, Sire, de voussuppHer à
genoux de ne point sévir contre le baron d'Hastfer, de ne point le confondre s^vec les traîtres à la patrie, et de ne pas vous priver des services d'une personne , qui connaît les affaires de l'État les plus cachées, et qui ne manque ni de capacité ni de volonté de vous bien servir. Les croix qu'il m'a remises , ainsi que celles que Votre Majesté m'a fait la grâce de m' envoyer par Sandels seront données le 24 de janvier. Plusieurs officiers ici méritent cette grâce , parmi lesquels le choix est difficile. Les quatre personnes que j'ai nommées à Votre Majesté en auront. Sandels* a déjà eu la sienne, pour pouvoir la montrer à Stockholm. C'est un officier rempli de zèle et de valeur.
Le ciel me fait la grâce de ne point songer à la France. C'est la plus forte preuve que je puisse avoir de mon attachement pour Votre Majesté.
Qu'on anglise les Français, j'y consens, pourvu qu'on ne nous russifie point.
Je joins ici un rapport qui arriva hier au baron d'Hastfer. C'est, jecrois,MM.deKlicketEnehielm qui sont évadés. Je voudrais voir tous leurs consorts passer le même chemin , cela épargnerait à
* Depuit feld-marécha].