‹ Memoires posthumes du feldmarechal comte de Stedingk (volume 3)Chapitre 11 sur 13 · V MÉMOIRES POSTHUMES · texte numérisé non relu

V MÉMOIRES POSTHUMES

Votre Majesté le chagrin de ne pas pouvoir pardonner. Je supplie Votre Majesté , de me recommander auprès du baron de Ruuth*. Quand je dis moi , c'est de ma troupe que je parle. Si nous n'avions pas d'estomacs , les choses iraient à merveille. Notre cœur est content, et il ne nous manquera pas pour notre bon roi.

Je suis, etc.

CuRT v. Stedingk.

* Ministre des finances.

LETTRE DE M, DE STEDINGK AU ROI

Lovisa , ce 12 mars 1789.

Sire,

J'avais la fièvre , lorsque la nouvelle des grandes choses que Votre Majesté vient d'exécuter à la Diète , m'est parvenue dans mes déserts par le baron de Klingspor , et j'en ai été guéri. Mes pressentiments ne m'ont point trompé. Je n'ai jamais désespéré des affaires. Une longue expérience m'a prouvé que Votre Majesté n'était jamais plus grande ni plus forte, que lorsqu'elle avait de grands obstacles à vaincre. Tous les gens sensés conviennent , Sire , que vous avez saisi le

456 MÉMOIRES POSTUUMeS

seul moyen qui restait pour sauver la patrie , mais les remèdes violents ont cela de fâcheux qu'on ne peut guérir le tout, sans blesser quelque partie. Ces blessures sont trop fraîches pour ne point saigner encore longtemps , il faudra la main habile et la sagesse de Votre Majesté , pour y appliquer les remèdes les plus convenables et pour déraciner entièrement les maux qui tourmentent ce pauvre pays , depuis des siècles. Il faut surtout dans ces heureux commencements ne point recevoir d'échec de la part des ennemis, qui feront l'impossible pour se procurer quelque avantage, afin de fomenter la division. Le ton de l'armée finlandaise n'est pas tel que je voudrais qu'il fût. Elle est consternée. Elle ne soupirequ' après la paix , et c'est le fruit de la constitution militaire.

Je suis venu ici hier, pour conférer avec le baron de Klingspor*, sur les préparatifs ordonnés par Votre Majesté pour le corps du Savolax. Il n'est point encore arrivé , et je mets ce temps à profit pour charger le baron de Cederstroem , qui aura le bonheur de voir Votre Majesté , de me mettre , moi et cette lettre, à ses pieds. Le comte deMeyer-

^ Intendanl général alors, depuis feld -maréchal.

felt m'a fait entendre, que je n'avais pas de grand secours à attendre de son corps d'armée qui, par la grande mortalité , occasionnée encore par le manque de soins des oflBciers, et par l'inexpérience , se trouvait diminuée et réduite à 10,000 hommes, II faudra donc que je vive sur mes propres fonds. Rien ne manque, Sire, à mon zèle et à mon inviolable attachement à mon honneur et à mon devoir. Fasse le Ciel que mes talents et le succès y répondent. Le baron de Cederstroem me presse. Il part pour voir le meilleur des maîtres; il est né coiffé.

Je suis , etc.

CURT T. StEDINGK.

LETTRE DE M. DE I^BDINGK AU ROI

Pankula , ce 37 mars 1789.

Sire ,

Je reçois , comme une nouvelle preuve des bontés de Votre Majesté , et avec une reconnaissance infinie , la grâce qu'elle veut bien me faire de me donner le régiment du baron de Wachtmeister * , mais je suis affligé de voir un galant homme et mon ami**, se dépouiller et se priver de toutes ses ressources par obstination et par un faux point d'honneur. Ou je me trompe fort ou il s'en repen-

"^Ge régiment porta depuis le nom de Stedingk. ** Le colonel Baron de Wachtmeister.

tira bientôt. Quelque sujet de mécontentement qu'on puisse avoir , comment peut-on quitter le service quand l'ennemi est aux portes ? Les troubles domestiques ont cela d'horrible, qu'ils égarent les gens les plus sensés ; au lieu que la guerre resserre tous les liens de la société , les discordes civiles les détruisent.

Je conçois facilement, combien il doit avoir coûté à Votre Majesté d'en venir à des extrémités avec des personnes qui étaient de sa société , et d'afiliger madame la comtesse de Fersen et sa fa^ mille *. Les rois sont à plaindre , Sire , d'avoir si souvent à sacrifier leurs inclinations à la politique et à l'intérêt de l'État. Fasse le ciel que Votre Majesté puisse parvenir à concilier les esprits , et à rétablir l'ordre et la tranquillité sans être nécessité de recourir à des voies de rigueur , qui répugnent si fort à son cœur, qu'on puisse toujours dire d'elle ce qu'on a dit jusqu'à présent : Gustave a tout appris , il a tout pardonné : quelle gloire. Sire, serait comparable à la vôtre! Le plus fort est déjà passé. Vous avez toute l'autorité, vous la ferez chérir à vos sujets , et la rendrez respectable à vos

* Lors de rarrestation du comte de Fersen.

160 MÉMOIBES POSTHUMES

voisins et à vos ennemis , en donnant vos soins à l'économie et au militaire. La paix sera nécessaire à Votre Majesté pour consolider ce grand ouvrage, mais il la faut sûre et solide. Le moment d'en avoir une brillante est peut-être passé, par la folie et par la trahison de quelques malheureux. Mais quand même elle ne ferait point de conquête , il lui resterait la gloire d'avoir sauvé la Turquie , et d'avoir rompu les projets ambitieux de la Russie.

Il ne paraît point qu'elle ait encore de grande force à nous opposer. J'ai envoyé un espion jusqu'à cinq lieues de Pétersbourg , qui est revenu avanthier. Beaucoup de recrues qu'on a fait venir du fond de la Russie en Finlande, ont péri de froid et de misère, d'autres qu'on a enrôlés de gré et de force en Finlande ont, ou déserté ou remplissent les hôpitaux de Pétersbourg ou de Wiborg. Il n'y a que deux faibles bataillons de garnisonistes en ce dernier endroit. On a trié dans les régiments tout ce qu'il y avait de meilleur , pour l'envoyer en Pologne et en Turquie. Il n'y a que huit régiments vis-à-vis de moi, avec quelques troupes, que le baron de Sprengtporten a levées du côté d'Olonitz , mais par malheur ces gens sont couverts par des forteresses, par des lacs et une frontière formi-

DC COMTE DE STEDÎNGlC. 161

dable. Ils ont de grands magasins. Ils agissent au centre, et nous à une grande périphérie. Ce qui me peine infiniment , c'est qu'ils construisent force de bateaux armés, de chaloupes canonnières , et même de galères dans le lac Saimen^ ils me barreront tous les passages. J'aurai huit chaloupes de prêtes à la fin de mai , deux à Cuopio et six à Pumala. J'en fais mettre deux aijtres sur le chantier ; mais je ne sais pas encore où trouver des officiers et des marins pour les armer, parce que la flotte de Tannée en manque elle-même et qu'elle ne peut pas m'en fournir, à ce que l'on dit. Je supplie Votre Majesté de donner les ordres pour qu'on m'en donne, du moins quelques-uns. Si je ne parviens point à nettoyer le Saimen , les opérations deviendront imposisibles ici; je pourrai prendre des positions défensives , mais je ne pourrais point avancer parce que j'ai le Saimen devant moi , et qu'il faut le passer , pour pénétrer dans le pays ennemi.

Je montre les difficultés , Sire , et je n'en fais point. Je n'aspire qu'à la gloire de vous bien servir et de me montrer digne de vos bontés.

Je suis, etc.

CuRT V. Stedingk.

i62 MÉMOIRES POSTHUMES

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

Stockhobn, avril 1789.

J'ai reçu vos deux lettres, mon cher Sledingk, dont l'une m'est venue par le capitaine Vadman, et l'autre par Sandels, qui est arrivé avec le baron de Hastfer, Vous savez, sans doute, les grands événements qui se sont passés ici, et les extrémités où je me suis vu réduit. L'union qui règne contre rpoi et les trois ordres, rend tout ce que j'ai été obligé de faire légal, et j'espère que vers le 15 ou le 20 la diète sera terminée. Ce qui regarde la guerre l'est déjà. On envoie aujourd'hui une grande somme, et dans quinze jours les

fonds seront tellement établis que l'argent ne manquera plus. Je suis fort de votre avis, de ne rien tenter avant que d'ouvrir la campagne entièrement, depuia que la diète a pris une tournure décidée, et que les États réunis ont résolu de me soutenir en tout, pour forcer l'ennemi à la paix. Je crois qu'en attendant il suffit d'être sur vos gardes, mais qu'il est superflu d'escarmoucher sans rien faire d'essentiel. Mais je ne doute pas que l'on ne vous attaque, si on le peut, et si les affaires de Pologne ne font pas trop de diversion. Veillez, en attendant, sur vos troupes, et si vous apercevez du mauvais esprit chez les ofiiciers de quelque corps, tâchez de les disperser, et de mettre d'autres officiers à leur place, les temps des ménagements sont passés ; il faut marcher droit à la besogne , et écarter les malveillants. Je ne sais encore quand je pourrai rejoindre l'armée; mais dès que la diète sera finie, je me hâterai de m'y rendre. Je ne puis vous envoyer des lettres de chevalier, Essen , qui est secrétaire de l'ordre , étant à la campagne. Envoyez-moi les noms de ceux qui sont nommés et reçus, et je vous ferai expédier leurs patentes. Adieu, mon cher Stedingk. Je suis si accablé d'affaires que mon style

(6fc MÉMOIRES POSTHUMES

se ressent du travail dont je suis surchargé ; mais mon amitié et ma reconnaissance pour mes bons serviteurs ne s'en ressentira jamais.

P. S. Voyez si le régiment Wachtmeister, qui vient de vaquer, vous acconmiode. Je n'en disposerai qu'après votre réponse, il n'y a rien à débourser pour vous*

DU GOMTB DB STBDimK. 165

LETTRE DD ROI A M. DE STBDINGK

llaga,l«14 mM\n$9.

Morian veut absolument que je vous écrive pour vous assurer qu'il n'a pas été du parti de l'opposition contre moi. Je lui ai dit que je croyais cela très-inutile, et que vous connaissiez déjà ses sentiments; mais enfin pour le satisfaire, je vous écris et vous le recommande, car, outre sa fidélité, il a le désir de vous aider à battre les Russes, aussi bien qu'il m'a souvent gagné aux échecs; il a été un de ceux qui ont bien voulu avoir encore la bonté de vivre avec moi. Vous vous rappelez les temps où cela était regardé

166 UÉMOIKES POSTHUMES

comme une grande faveur ; aujourd'hui c'est tout différent. Voilà comme les jours se suivent et ne se ressemblent pas. En vérité, j'ai honte de toutes les folies que je vous écris, surtout quand vous vous attendez à des ordres importants ; mais je vous les réserve par le courrier, et je ne veux en ce moment que vous rappeler Haga et ces lieux tranquilles où nous nous promenions gaiement autrefois. Je me crois délivré des Danois, et dès que je serai sûr d'eux par de bons parchemins, je me rendrai bien vite dans vos régions chercher l'hiver et les Russes. Battez- vous bien et tenez-vous gai; ce sont les meilleurs conseils que je puisse vous donner. Je suis bien sûr que vous suivrez le premier point ; l'autre est plus difficile dans ce meilleur des mondes possibles. Adieu, bonsoir, car il est minuit.

LETTRÉ DG M. DE STBDIIIGK AU ROI

Saint-Micliei , ce 6 mai 1789.

Sire,

Le manque total d'argent me coupe bras et jambes; M. de Meyerfelt me mande la même chose* L'officier n'est point payé chez moi depuis six mois, et le soldat depuis cinq ; il est au pain et à Teau pour toute nourriture , car on ne peut donner de la viande ici au soldat que les jours de fêtes, et la seule manière possible de l'entretenir, est de lui donner du pain et de l'argent. Aucun soldat de l'univers, si ce n'est le soldat russe, n'endurerait tant de maux avec patience ; mais si ven-

168 MÉMOlKliS POSTHUMES

tre affamé n'a point d'oreilles, il a encore moins de cœur. Je ne puis pas même tirer le soldat de ses quartiers, où il trouve à vivoter avec le paysan, et le faire camper, de crainte de le faire périr faute de nourriture ; Tennemi connaît notre position, et malgré son infériorité nous brave. Je n'exagère point, Sire, je ne vois point noir. Mon attachement pour Votre Majesté me donne le courage et la force de lutter contre tant d'obstacles. Une bonne cargaison d'espèces peut les faire disparaître d'un instant à l'autre. Cette espérance, et la conscience que je fais tout ce que je puis, me rend gai et content; mais comment est-il possible. Sire, que Votre Majesté me permette de lui faire cette question, que les fonds pour la campagne à faire ne soient point encore assurés et dans ses coffres, après qu'Elle a vaincu à la Diète , et qu'Elle e^t le maître absolu de l'État? Le roi de Prusse a un trésor, le roi d'Angleterre du crédit. Un seul particulier en Angleterre et en Hollande peut avancer les fonds nécessaires pour les frais de cette campagne ; ils sont compris, à ce qu'on in'a dit, dans la dette nationale que les États ont garantie, et nous n'avons pas le sou. Cela me passe, et restera une énigme pour moi, tant que

Votre Majesté ne me fera pas la grâce de me l'expliquer.

Je crains bien que Votre Majesté ne soit pas aussi bien servie qu'EUe sert bien l'État et la patrie.

J'ai maintenant ici assez de bras et d'estomacs, et Dieu veuille que je puisse les nourrir, mais peu de têtes. Le régiment de Biorneborg a un colonel septuagénaire, et un major bon enfant, mais sans expérience; le régiment de Savolax quelques bons majors et un lieutenant-colonel, qui fait la guerre à son corps défendant, et qui voit toujours noir. La raison en est que tout son bien est engagé au service, et qu'il craint la misère pour sa veuve et ses enfants, s'il venait à périr. Je voudrais que Votre Majesté dégageât son armée de cette crainte, qui est si naturelle, en établissant que tous ceux qui périraient à la guerre soient remboursés par leurs successeurs, d'une sonmie équivalente à celle qu'ils ont donnée pour le grade -qu'ils occupaient lors de leur décès. Le régiment d'Osterbotten , qui n'est arrivé qu'avant-hier à Heinola, et que je n'ai pas vu encore, n'a, pour cinq compagnies, qu'un lieutenant-colonel, M. de Nummers, que je crois bon officier sur parole, en

170 MIÎMOIRES POSTHUMES

attendant que je puisse m'en convaincre. Ehrenroth, parmi les officiers supérieurs, est le meilleur sujet que j'aie, mais il n'a pas Texpérience et l'acquit nécessaires pour conduire toute la machine. Si parmi ces balles, qui ont chacune leur adresse, il y en avait une pour moi, il n'y aurait personne ici pour mener la besogne.

J'ai manqué d'être pris l'autre jour à une reconnaissance entre Sulkava et Randasalmi , de la manière la plus ridicule et la plus bête. Tronqué par mes cartes, qui sont fausses presque toutes , quoiqu'elles aient coûté beaucoup d'argent à Votre Majesté, et par mes guides , je me trouvais au beau milieu des quartiers ennemis avec quatre dragons, monsieur de Dœbeln, d'Adlercreutz, et mon valet de chambre , qui portait mon portefeuille ; la nuit et le hasard nous sauvèrent. Cette aventure, dont l'ennemi fut instruit le lendemain, a fait donner beaucoup de coups de bâton aux Russes qui avaient été en patrouille cette nuit-là.

Mais quoique je désire que Votre Majesté puisse envoyer ici quelques officiers supérieurs pour me succéder en cas de besoin, j'espère bien de la revoir encore heureuse, tranquille, et comblée de

DU COMTB DE STEOINGK. 17t

gloire , et cet espoir fait ma consolation et mon bonheur.

Je suis, etc.

CuRT V. Stedingk.

172 MÉMOIBBS POSTHUMBS

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

Haga,le20iDail789:

Votre ofBcier, que je vous renvoie, mon cher Stedingk, vous apporte mes réponses officielles, par lesquelles vous voyez que j'ai accordé tout ce que vous demandiez. Je suis bien aise que le régiment que je vous ai offert vous convienne ; mais je serais bien fâché de vous tirer du conmiandejnent que vous avez, et dont vous vous acquittez si bien. — Je vous avertis que le comte Meyerfelt a eu ordre de commencer la campagne , et probablement vous aurez reçu Tordre de com- ^nencer en même temps de votre côté. Si je ne

DU COMTE hE ST£D1NGK. 173

me trompe, vous avez huit mille hommes auprès de vous; les Russes ne sont pas plus forts. Le prince Potemkin, qui a été fait généralissime, tire toutes les forces de l'empire contre les Turcs, et vient d'obliger l'impératrice de faire rebrousser chemin à toutes les troupes de l'intérieur, qui étaient destinées contre nous. Notre flotte sera prête à sortir à peu près au même temps que l'année passée. Le grand ouvrage de l'intérieur est achevé ici. L'acte de sûreté est publié, et le corps du sénat entièrement dissous , quoique les individus soient conservés. La pauvre France éprouve toutes les commotions de la guerre civile. L'événement du 27 avril a été violent et sanglant. Les provinces n'ont pas été plus tranquilles; enfin elle commence de gaieté de cœur, à peu près où nous sommes prêts à finir. Adieu, le porteur presse, et je ne vous écris que pour vous assurer de mon parfait contentement et de mon amitié.

17^ MÉMOIUES t»OSTBUMES

LETTRE DK M. DE STEDINGK AU ROI

Ce15iuiu 1789.

Sire ,

J'ai eu une petite affaire à Porolsami avec les Russes , dont je joins ici mon rs^[:^rt à M« le comte de Meyerfelt. Elle aurait pu être brilUnte si mon plan n'avait pas été dérangé , elle n'a été que hêTdie ; pendant que j'attaquais les Russes chez eux d'un côté , ils m'attaquaient d'un autre à Sulkava, où ils ont été repoussés. MM. d'Ehrenroth , de Huty et de Doebeln se sont fort distingués le jour de Siemoniemi. M. Doebeln est un excellent officier , je voudrais que Votre Majesté en eût beau-

BtJ COMTB DE STEDlNGK. 175

coup de pareils , mais malheureusement le noml:»*e n^en est pas grand. Je sais que Votre Majesté chérit sa nation et qu*elle voit tout ce qui la regarde avec indulgence et du bon côté ; mais je lui proteste, sur mon honneur, que Tordre et la discipline sont perdus dans son armée , et qu'il faudra du temps pour les rétablir. Tous les hommes, Sire, sont poltrons de leur nature; il n'y a que l'honneur pour l'officier et la discipline pour le soldat qui puissent leur faire braver la mort. Je supplie Votre Majesté de faire Ehrenroth colonel et Sticht major ; ils ont été sauvés tous les deux comme par miracle. Le premier eut des papiers qu'il portait dans une poche *, moulus par une balle qui entra du côté des boutonnières et sortit par le côté. I^ dernier fut sauvé d'un coup mortel par une carabine qu'il portait sur le dos et qui fut fracassée d'une manière qu'il en reçut une forte contusion. Doebein eut un cheval tué sous lui ; pour lui je supplie Votre Majesté, pour son propre intérêt, de l'attacher d'une manière avantageuse à son service , et de me le laisser ici. M. de Cedergren , capitaine du

* Sur la mamelle gauche.

1*76 MÉMOIRES POStHUMIilS

génie, le lieutenant Adlercreutz , et un jeune Stiernvall venu de mon régiment en France, se sont fort bien montrés. En tout ce n'est pas de la bravoure des officiers que j'ai à me plaindre, ce n'est que du manque de résolution et de fermeté avec le soldat dans les cas difficiles. La grâce que je demande pour MM. d'Ehrenroth et Sticht leur donnera le commandement sur beaucoup d'autres qui ne les valent pas. Votre Majesté ne voudraitelle pas permettre que je fasse distribuer une gratification de trois à quatre riksdalers aux soldats blessés, qui le sont la plupart dangereusement, et accorder un grade aux officiers blessés , je crois que cet encouragement ferait le meilleur effet. Je ne dois négliger aucun moyen pour tirer parti de ma petite troupe* Les Russes se renforcent beaucoup de mon côté , soit qu'il leur vienne du secours, soit qu'ilsdétachent du côté de Frédricksanm, vu que la grande armée ne peut point agir encore. Je crois qu'ils auraient envie de m' écraser avant l'ouverture de la campagne, ce qui n'est point impossible s'ils s'y prennent bien. Je n'ai dans un terrain de vingt-cinq lieues que deux mille hommes de troupes réglées, mal pourvues d'officiers et de bas officiers. Le reste qui monte à mille

t>U COMTE toE STEDINGK. 1^7

hommes sont des conscrits qui ne viennent que d'être assemblés et de nouvelles levées. Ce qui me gêne le plus et qui pourra faire mon malheur est la grande supériorité que les ennemis acquièrent sur le lac Saimen. Ils ont une escadre de dix vaisseaux toute prête , et une autre sur les chantiers. Je n'ai que six chaloupes à Pumala sur le chantier, dont le canon et l'attirail sont encore à Svéaborg. Les chevaux du pays sont crevés à force de transport et rien ne m' arrive ; j'en ai la fièvre d'impatience, et le ciel m'est témoin que je fais tout ce que je puis , et que je vais au delà de mes forces, mais je ne puis pas faire l'impossible. Pour l'amour de Dieu, Sire, que cette diète finisse, sans quoi il en ira de cette campagne comme de l'autre , avec cette différence que les ennemis sont plus forts. Des mécontents recommencent déjà à lever la tête, et sans argent que peut-on faire? Je n'ai plus le sou.

Je reçois à l'instant le rapport que les ennemis font mine d'attaquer à Randasalmi avec six mille hommes, à ce que l'on dit; je n'ai là que dixhuit cents à leur opposer , encore sont-ils partagés en deux endroits à quatre lieues l'un de l'autre; j'y vole, heureux si je puis sceller de

mon sang mon tendre attachement pour Votre Majesté.

Je suis , etc.

CuRT V. Stedingk.

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

Borgo, 17 juin 1789.

Mille compliments pour vos officiers et pour leur bravoure. Pour vous-même , je vous embrasse de tout mon cœur. Je ne vous écris que trois lignes ; je ferai partir dans une heure un second courrier qui vous portera des lettres officielles. Vous connaissez dès longtemps mon amitié pour vous, et votre glorieuse journée de Porosalmi ne peut que la redoubler ; je vous envoie un bataillon de Helsingois avec du canon et des obus. C'est avec un sensible plaisir que je vous ai nommé chevalier grand' croix de TÉpée. Vous êtes le pre-

mier de l'année de terre qui recevez ce grade , mon frère* fut le premier de tous qui le reçut. Puissiez-vous le porter longtemps pour la satisfaction de vos amis et la gloire de la patrie ! J*y joins un brevet de pension de mille écus, mais dont je vous prie de me garder le secret encore quelque temps. Je voudrais vous donner davantage , mais le Béarnais est pauvre , quoiqu'il ait un bon cœur. La croix et le brevet vous seront apportés par le second courrier. Je fais donner une gratification aux soldats et aux officiers. Adieu.

* Grand amiral.

LETTRE DU ROI A M. DE STEDÏNGK

Borgo , de la même date.

Voici , mon cher Stedingk , avec ce second courrier que j'expédie , une lettre en Suédois pour vous, que je vous prie de faire lire à vos officiers et aux soldats pour leur témoigner ma satisfaction. Vous avez sauvé le Savolax par votre valeur et votre bonne conduite. Quelle satisfaction pour celui qui , par sa place , son intérêt personnel et sa gloire , doit s'intéresser si vivement au succès des affaires, d'y joindre encore l'intérêt particulier qu'il a toujours pris à vous ! Les Helsingois sont en marche avec du canon pour vous renforcer.

182 MEMOIBES POSTHUMES

Nous allons aussi nous mettre en mouvement de notre côté, et, pour peu que vous puissiez résister jusqu'à la fin de la semaine , je vous promets de vous délivrer. Mandez-moi ce que vous souhaitez pour vos officiers, j'y mettrai mon bon. Aminoff, mon aide de camp, va partir pour servir sous vos ordres, son attachement suppléera à son expérience. Je frémis de l'idée que vous me faites entrevoir de votre perte ; mais conmie malheureusement il faut tout prévoir à la guerre, j'ai pensé à beaucoup de monde et j'ai été bien embarrassé ; mais je vous manderai dans peu le parti que j'aurai pris. J'espère toujours qu'il sera superflu et que j'aurai le plaisir de vous embrasser encore une fois, et de vousdhre de boucha combien je vous aime.

P. S. Dites au vieux Gripenberg que tout lui est pardonné. Quand on se bat bien et qu'on se repent de ses fautes , il serait injuste et barbare à moi de m'en souvenir.

DU COMTE DE STEDUK». h83

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

Le camp de Korois, le 1*' jaillet 1780.

•Tai reçu deux jours de suite vos courriers, mon cher Stedingk , et je vous les renvoie ensemble. L'impossibilité de vous faire tenir mes lettres, m'a empêché de vous écrire. La rentrée de l'ennemi dans le Savolax, avec des forces supérieures, aus^iuelles le corps avancé de Morian ne pouvait faire tête, puisqu'il n'avait pas reçu les renforts promis, est un grand malheur, sans doute, mais qui ne doit pas nous abattre. Vous avez défendu cette province avec courage et intelligence ; vous

iSl MéMOlftES POSTHl^MKS

avez tout récemment battu des forces supérieures; vous vous êtes retiré en ordre , et vous avez sauvé votre corps entier. C'était tout ce qu'on pouvait demander de vous, lorsque l'armée qui devait vous renforcer et vous soutenir n'était pas en état d'agir , par une suite des dissensions qui ont mieux servi nos ennemis que leurs armées. Votre réputation n'en peut souffrir, et ma confiance pour vous n'en diminuera^ pas. Il s'agit maintenant de conserver ce qui nous reste, et voici ce que je crois devoir vous recommander : 1** de ne point séparer vos forces ; 2* de harceler l'ennemi et de l'occuper, pour qu'il me laisse encore agir librement jusqu'à ce que je puisse devenir maître du poste de Hoegfors, et, s'il avance du côté de Heinola ou de Vilmanstrand , de tâcher de le suivre, pour inquiéter ses derrières. Nous avons passé le 25 la rivière avec l'armée , et , le 28, j'ai attaqué un corps de près de cinq mille hommes, qui venait de Davidstad, et , quoique nous n'en eussions que quinze cents , il a été battu , mis en déroute , et poursuivi jiwjue dans son camp. Si j'avais eu plus de cavalerie, fa victoire eût été complète. Ils se sont retranchés à Kçtipias. Le capitaine Loffman , qui vous en fera le détail , me trouva , au moment de la fin de l'ac-

I>U COMTE HE STEi>]KGK. 185

tion^ sur le champ de bataille. Nous nous sommes emparés hier de Viala , et nous marchons avec le reste de l'armée. Dès que je serai maître de Hoegfors , je marcherai à votre secours. C'est sur l'immense artillerie que je mène avec moi que je compte lé plus ; c'est elle qui m'a fait remporter la victoire à Uddismalm.Ceux qui vous apporteront cette lettre vous diront, d'ailleurs, la situation des affaires. Les troupes ici se conduisent à merveille et avec un courage très-distingué. On vous envoie de l'argent, et Armfelt vous aura déjà envoyé des officiers. Adieu , mon cher Stedingk ; ne vous laissez pas abattre, et souvenez-vous que la réputation se relève souvent par la mauvaise fortune , quand on a le courage de la braver. Remerciez de ma part les officiers de leur bonne conduite , et donnez-moi un mémoire de ce que vous souhaitez pour eux , ainsi qu'une relation de votre dernière affaire, pour la faire imprimer à Stockholm. Cette ville est pour vous ; car , pourvu qu'on se batte, on y est content. Portez-vous bien; n'ayez pas la fausse modestie de ne pas porter l'ordre que je vous ai donnée et souvenezvous de ce grand capitaine, qui disait tranquillement : « Je battis hier les ennemis, et

186 MiUOIRES FOSTHCMBS

aujourd'hui je suis battu. » Je vous envoie un chiffire, dont cependant je ne me servirai pas avant que vous ne m'ayez mandé que vous l'avez reçu.

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

Uktia, le 11 Juillet 1789.

Le comte de Meyerfelt vieqt de se rendre maitre de rile de Sutula , après une furieuse canonnade. Il ne lui reste qu'à prendre Kynunenegàrd et Hœgfors, et voilà le nœud ; mai$ il foui en faire deux pour que cela tienne , comme dit Thibaut dans la comédie. £n attendant, je suis bien aise de vous savoir hors d'affaire* Je regarde comme inutile de protéger le Savolax , déjà saccagé par les Russes ; il faut avancer si Ton veut des avantages, et c'est en attaquant qu'on s'acheminera vers la paix, que

188 MéMOIBBS POSTHUMES

je ne ferai cependant que de concert avec mes alliés. II est donc nécessaire de ne pas séparer vos forces dans l'espoir de défendre une province déjà dévastée , dont les maux ne peuvent être réparés que par la paix, mais de seconder nos opérations de cecôté-<5i. Si M. de Schultz est encore dans vos contrées, il faudra marcher contre lui , l'attaquer et le battre. S'il s'est retiré , vous devez marcher sur Saint-Michel, comme vous me le proposez, sans même attendre vos chaloupes. En laissant occupé le poste de Jorois, qui couvre la Carélie , vous mettrez les magasins de cette province en sûreté. En marchant sur Savitaipal , Davidstad , ou Vilmanstrand , vous ne risquez pas d'être coupé. Vous avez votre retraite sûre par Heinola, et vous pouvez, en poussant l'ennemi , qui est entre vous et le général Kaulbars, vous joindre à sa division. Mais vous pouvez compter que l'ennemi n'osera pas vous attendre. Si Pumala n'eût pas été évacué, je me serais avancé sur Davidstad après le gain de la journée de Uddismalm ; mais , voyant l'ennemi si fort, et vous si éloigné, je n'osais pas quitter le bord de la rivière, et j'ai marché sur Frédrikshamn, pour aider le comte de Meyerfelt à reprendre Pytlis et Kymmenegàrd , ce qui a réussi

en partie. J'attends ici un renfort de six mille hommes , qui sont partis de Stockholm hier. Ce sont de très-bonnes troupes ; une superbe infanterie et des troupes allemandes les suivront immédiatement. Avec ce secours, je me trouverai plus fort que l'ennemi; en attendant, il faut faire le Fabius cunctaior^ rôle qui, comme vous le savez , m'impatiente beaucoup, et que je quitterai dès que j'en verrai le moment. Si , au lieu de marcher sur Christina et Savitaipal , vous préférez d'attaquer Pumala, pour prendre ensuite le chemin de Yilmanstrand , vous le pouvez; mais, outre que je crois l'autre chemin plus court , vous concentreriez plus mes forces en vous approchant du baron de Kaulbars , dont vous serez secondé. Je vous prié de m'envoyer la liste de ceux pour qui vous demandez des croix et des grades. Je vous répète que je suis très-économe de croix militaires, et, pour vous donner un exemple et une règle auxquels vous voudrez bien vous conformer , je vous -dirai qu'à Uddismalm, où je commandais en personne , et qui fut ma première action de guerre , où les troupes essuyèrent un feu d'enfer pendant cinq heures, je n'ai donné qu'une croix et un grade par corps , et une croix de plus aux chas-

190 M^.MOIIIES fOSTHUMES

seurs, qui s'étaient beaucoup distingués; cette croix même fut donnée à un Brunow , célèbre par le procès d' Abo , où il fut inculpé. Vous voyez par là, mon cher Stedingk, qu'il ne faut pas régler votre promotion à la française , où Ton prodigue les croix ; je ne les accorde qu'aux officiers qui se sont vraiment distingués, et aux chefs des corps qui ont donné. Pour les grades, c'est autre chose; comme c'est une affaire réelle et non d'opinion , on peut être plus libéral , mais il fout se souvenir que la guerre n'est pas finie , et qu'elle peut donner lieu à beaucoup de récompenses. Je ne puis vous procurer vos obusiers qu'après vot^e jonction ou approche du corps du général Kaolbars. Dws la dislocation de vos arrangements à Saint-M ic^ei, je fis retourner le train d'artillerie qui vous était destiné à Heinola; j'ai eu une partie ici, et le baron de Kaulbars a le reste. M. d'Essen vouô écrira à ce sujet, et M. de Klingspor sur les subsistances. J'expédie l'ordre à M* de Carpela» d'envoyer les troupes qu'il a à son frère en Canélie. • Faites bien des compliments au lieutenant-colonel Gripenberg. Voilà un bien brave hoflittie , et qui s'est distingué d'une manière bien honorable. J'ai reçu un livre publié par la conrtesse de la Motte,

DU GOlfTB DB StBOINGK. l9l

qui est la chose la plus terrible et la plus scandaleuse contre cette pauvre reine de France, qui vient de perdre le dauphin. Adieu , mon cher Stedingk ; je vous souhaite bien du succès.

192 MÉMOIRES POSTHOMBSl

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

Likalajc 15 juillet 1780

Nos troupes sont d'une consistance et d'un courage merveilleux. Je lésai vues à Uddismalm conduire leurs camarades blessés aux chirurgiens, retourner après cela tranquillement au feu, qui dura cinq heures sans discontinuer. Nous, n'avons pas besoin de serre-files, ni de personnes pour les faire avancer. A l'attaque de Likala les gardes ont manœuvré comme au Ladiegardsgerdet à Stockholm, lisent gravi une montagne en ligne, faisant feu de deux rangs et alignés comme à l'exercice. Le régiment de Kronoberg, qui les soutenait, a

DU COMTE DK STBDUIGIL. 103

fait de même : enfin il faut Tavouer, ils se sont comportés comme des gens accoutumés au feu.

Notre cavalerie, malgré qu'elle soit un peu lourde, est cependant d'une bravoure exemplaire. Je m'attends maintenant que vous marcherez sur l'enn^ni par le chemin de St. -Michel et Christina. Dès que M» de Kaulbars saura que vous vous approchez , il vous prêtera la main pour aller à Davidstad, et Yilmanstrand. Je souhaite que vous y mettiez la plus grande célérité. Quelques notions que vous puissiez en avoir, j'ai bien de la peine à me figurer que MM. de Reuterfelt et de Schultz aient plus de trois mille hommes à Randasalmi. Je commence à être tellement fait à l'amplification que les Russes ont le talent d'employer pour agrandir leurs forces, que je ne crois plus à la moitié de ce qu'on en dit. Nous en avons été dupes ici , mais nous ne le serons plus. Vous verrez par l'imprimé ci-joint, l'horrible confusion où va tomber la France. Voilà l'effet des conseils d'un ministre démocrate , citoyen d'une petite république , et qui croit que l'empire français peut être gouverné par les mêmes principes que la ville de Genève : principes qui cependant l'ont bouleversée elle-même. Le vieux Laudon , couvert des lauriers , qu'il arracha de

IM llâMOIEBS POSTHUMES

la tête triomphante du grand Frédéric, vient d'être trois fois battu par les Turcs. Il a tout d^un coiq) abandonné la Croatie , et s'est jeté par ^me marche forcée en Esclayonie. Le maréchal Haddick n'a guère été plus heureux à une reconnaissance où il a eu un cheval tué sous lui , et a pensé être pris. On assure encore qu'un autre général de l'empereur a eu un échec si considérable » qu'il a été défendu , sous pdne de la vie , d'en parler. Le Grand Seigneur, dit-on , ira à l'armée ; la neutralité du Dan^nark est sûre , et notre flotte , forte de vingt et un vaisseaux de ligne et de douze grosses frégates, est sortie avec un bon vent le 6 de ce mois, sous les ordres de mon frère. Comment se porte Morian? Faites-lui bien mes compliments, donnez-moi bientôt de bonnes nouvelles, et ne doutez pas de mes sentiments pour vous.

LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Parkumaekl , oe 2S juUtet 1789.

Sire,

Les troupes de Votre Majesté que j'ai l'honneur de commander, ont emporté hier une victoire complète sur celles du baron Schultz , postées à Puoiko-bro et Parkumaeki. Je me mis en mouvement avant-hier au soir. Le major Gahn, avec ma grosse artillerie suivit le grand chemin de Randasalmi à Puoiko-bro. Un capitaine avec deux cents hommes eut ordre de passer un gué qui m'était connu sur la droite des ennemis, et y faire une fausse attaque : moi-même je marchais avec envi-

196 MKMOIRES POSTHUMES

ron deux mille hommes, par des chemins détournés et presque impraticables, par le village de Hildula ; tournant la gauche des ennemis et portant avec moi ( au pied de la lettre ) quatre petites pièces de campagne ; je fis en même temps attaquer Laita Silda par les chaloupes canonnières. Ma marche fut lente et pénible ; je passais des chemins où cent honmies auraient pu m' arrêter, mais grâce à la Providence et au baron Schultz, je n'y trouvai de résistance qu'à un quart de lieue dMci, et Fennemi fut tourné complètement. Près de ce village étaient campés un bataillon de grenadiers et trois compagnies de chasseurs. Près de Puoiko-bro étaient le baron de Schultz et le lieutenant colonel Toll avec deux compagnies de chasseurs, de manière que toutes les forces des ennemis montaient à onze ou douze cents hommes. Les Cosaques qui avaient observé ma marche , trompés par l'allongement nécessaire de ma colonne, avaient rapporté que je marchais avec trois mille hommes par les bois. Cette nouvelle fit perdre la tête au baron de Schultz ; il donna ordre de se défendre chacun dans son poste jusqu'à l'extrémité ; et ces ordres furent bientôt exécutés ; l'ennemi occupa ce village et le village attenant, qui sont situés

sur des hauteurs ; et nous trouvâmesune résistance si opiniâtre, que le régiment d'Oster-Bottn plia malgré tous mes efforts et ceux des oificiers. Le lieutenant colonel Nummers et plusieurs oificiers de ce régiment étaient tombés dangereusement malades à Jorois. Le major, comte Oxentjerna , et quelques autres officiers furent blessés au commencement de l'affaire. Je crus un instant Taffaire perdue ; mais resta de vaincre ou de périr, et secondé par mes braves officiers , notre opiniâtreté remporta sur celle des ennemis , qui prirent la fuite , nous abandonnant leur camp, leurs canons, une prodigieuse quantité d'équipages, enfin tout ce qu'ils avaient. Si j'avais eu un peu plus de cavalerie, il n'en serait pas échappé un homme, j'avais déjà fait- plusieurs charges sur l'ennemi et même sur le village , de manière qu'ils étaient sur les dents. En attendant , le major Gahn avance contre Puoikolemo à trois quarts de lieue d'icL L'ennemi qui se voyait attaqué en front et à dos, prit le parti d'évacuer Puoiko et de se retirer sur ce village, mais il était pris, et le major Gahn fit rétablir le pont de Puoiko, et poursuivit vivement. Le baron de Schultz prit la fuite et se jeta dans un marais , d'où cependant il a trouvé moyen de s'é-

i!M hrmoihes posthumes

chapper à l'aide des paysans et dea Cosaques. Le lieutenant-colonel russe Fo// se défendit longtemps, quoiqu'il n'y avait pas de possibilité d'échapper , et ne se rendit que lorsqu'il ne lui restait plus un homme de son artillerie. Plein d'admiration pour sa valeur et pour sa conduite, je l'ai traité, lui et ses officier&, avec la plus grande distinction , et je leur ai fait rendre tous leurs effets. Votre Majesté, j'en suis sûr, pardonnera au désordre qui règne dans ma lettre. Je n'en puis plus. H faut , Sire , que je vous aime autant que je le fais, pour pou-^ voir soutenir les fatigues et les peines de toutes espèces que j'endure. Quant aux dangers , depuis la journée d'hier, où je n'ai pas eu une égratignure, je me crois invulnérable.

Je suis , etc.

CuRT v. Stedingr.

LETTRE DU Rd A M. DE STBDIIfGK.

An camp de Varala, le 35 Juillet 1789.

Le major Enchjelm est arrivé hier , mon cher Stedingk , et m'a apporté les bonnes et glorieuses nouvelles dont vous Taviez chargé pour moi : ce n'est donc plw le malhrareux Stedingk qu'on doit vous appeler, c'est le victorieux, et cela à d'autant irfus juste titre, que vous êtes les premier, après le comte de Stenbock, qui enrichissez mon ar- «enal de trophées. Vous avez sauvé le Savolax, et vous avez imprimé à mes ennemis la terreur qu'ils avaient portée dans nos provinces. Vous nommer major-général , après un exploit si bril-

200 MÉMOtEES POSTUDMBS

lant, c'est moins vous récompenser que vous mettre à même d'acquérir une nouvelle gloire. Si je n'ai pu répondre à vos deux lettres, c'est que j'ai été occupé ces jours-ci , et bien désagréablement. Depuis le succès brillant de mes affaires , et venant ^core de reprendre Hoegfors , les fautes ou lesmalheurs étranges du général K.... auraient pensé me perdre avec toute l'armée, sans la faute des ennemis et la promptitude de nos manœuvres. Je n'ai ni le temps , ni le cœur de vous en faire le détail, mais je vous l'enverrai. J'attends un renfort de Suède sous les ordres de Taube, et qui sera porté à 17,000 hommes d'infanterie, ainsi je ne m'inquiète pas infiniment de l'embarras survenu , puisque je vais par Hoegfors pénétrer sans difficulté dans le pays ennemi, et je regarde même cette position conmie avantageuse dans ce iMment, puisqu'elle occupe l'ennemi et vous laisse l^ bras libres.

Vous avez été trop bon et trop galant, peut-être, de rendre aux officiers russes leurs équipages que vous auriez pu partage à vos troupes. Les Rij^ses n'en usent pas ainsi. Ils brûlent de gaieté de cœur les maisons des partioeliers, ils tirent sur mes trompettes , et ils dévastent inutilement les pays

DU GOMTK DB STKDIMGK. :20l

par où ils passent Au reste , l'impératrice me refusant jusqu'au titre de roi, comme elle vient de le faire par le manifeste de M. de Mouskin , il me semble qu'il faut bannir ces galanteries des guerres de chevalier , et des Anglais contre les Français. Après cette sortie, je dirai pourtant que peut-être, à votre place , j'aurais fait comme vous. Si la galanterie n'eût pas été méritée de leur part, elle eût été digne de moi. Examinez bien les papiers du général Schultz; peut-être y trouverez vous beaucoup d'éclaircissements et de vérités , et même sur l'affaire de Hastfer. En attendant de l'argent de Stockholm , je vous en enverrai de ma caisse particulière, dès qu*elle m'arrivera de Kymmenegârd, où je l'avais fait transporter avec mes voitures. Adieu, mon cher Stedingk. Nous avons fait chanter le Te Deum pour votre victoire , et elle va être célébrée dans toute la Suède.

302 MSMOIBKS POSTBUMES

LETTRE DU ROI A M. DE STf;DINGK.

Kymmcnegard , W 29 juillet 1789.

J'ai reçu votre lettre du 24 juillet- A la manière dont vous y allez, Je ne saurai bientôt quelles récompenses vous donner. Vous battrez les Russes plus facilement que vous ne leur apprendrez à vivre. Envoyez-moi une seconde liste pour vos officiers; j'ai perdu la première. Tous les renforts sont partis de Stockholm; il n'y a que le vent contraire qui les retarde. Je vous envoie de l'argent avec ce même courrier. Nous avons, l'ennemi et moi , chacun un bout du pont de Verele. Il faudra voir combien cela durera. Je vous en-

DU GOMTf DE STBDINGK. 303

voie des jetons d'argent que j'ai fait frapper pour les distribuer aux soldats et aux bas officiers cpd ont fait quelque acte de valeur. VeuilleB y mettre beaucoup de sobriété, pour y attacha plus de prix. Lorsque, dorénavant, vous ni'enyerrez desoour* riers pour annoncer vos victoires , ayea soin, en même temps, de me mander si ces officiers se sont distingués eux-mêmes et s'ils ont mérité la croix. J'ai été incertain là-dessus h l'égard de celui que j'ai reçu. Je vous envoie copie de la relation officielle du général Michelson , de l'affaire de Kyro. Elle fait honneur à nos troupe». Cette relation n'a pas été surprise et je l'ai reçue par la voie ordinaire.

Les choses en France vont de mal en pis. Les gardes françaises et même les gardes du corps , ont fait une déclaration dans le goût de celle que fit l'armée finoise l'année dernière. On a cassé des gardes du corps. Le roi fait marcher toutes les troupes allemandes vers Paris et Versailles. Le maréchal de Broglie a été déclaré généralissime ; avec tout cela on ne sait pas quel parti le roi prendra. Tantôt il suit les avis des princes ou de la reine , et tantôt ceux de M. de Necker. Le pis, dans ces occasions désespérées, est de ne

9M MÉMOIRBS POSTaUMES

pas prendre de parti du tout, et c'est ce qui paraît que le roi de France fera. Tout cela me fait de la peine* Quoiqu'on m'ait sJ)andonné , moi le plus ancien allié de la France , à la merci de mes ennemis , je ne puis quitter l'habitude de m'intéresser à ce pays et à son roi. Un sentiment entretenu pendant quarante-trois ans ne s'efface pfts si vite. Adieu , mon cher Stedingk. Croyez que quelques désagréments qu'il y ait dans votre situation , il est plus heureux de combattre et d'acquérir de la gloire en Savolax que d'être h Paris dans ce moment.

DC COMTK DE STBDINGK. i06

LETTRE DU ROf A M. DE STEDINGK.

Kymmenegiîrd, le S août 17S9.

J'ai donné des ordres pour vos munitions et pour tout ce que vous avez demandé au comte d'Ehrensvaerd. Ici tout est tranquille. J'attends à tout moment mon renfort de Suède. La France se bouleverse déplus en plus. M. deNecker exilé, M. de Breteuil , principal ministre et président du conseil des finances, le maréchal de Broglie , ministre de la guerre, le duc de Lavauguyon , ministre des affaires étrangères , et un nouveau contrôleur général dant j'ai oublié le nom obscur. Avec tout cela , une émeute affreuse à Paris , le

âM MÉMOIRBS POSTHUMES

feu aux quatre coins de la ville , l'arsenal pillé et les annes entre les mains du peuple « le tocsin de Nôtre-Dame sonne sur les troupes du roi , les Allemands campent au Champ de Mars , livrant bataille dans la ville où il y a eu beaucoup de monde tué : voilà ce que nous apprenons aujourd'hui par la poste. Je ne sais ce qui s'est passé aux états généraux à Versailles ; c'était le moment du départ du courrier. Je crains bien qu'il n'y ait eu des scènes sanglantes , car les gardes françaises et même les gardes du corps sont démocrates.

Voilà ce qu'on fait dans la délicieuse France; voilà le fruit de la faiblesse et de l'irrésolution. Adieu, portez-vous bien! J'espère bientôt vous consoler par de bonnes nouvelles. En attendant , tenez le général Schultz cerné , et ne vous laisser pas effrayer par les cent mille rapports qu'on vous fera. Lorsque mes renforts seront arrivés , j'aurai 20,000 hommes de bonne et nouvelle infanterie.

DU COMTK DE STEDINGK. iWl

LETTRE DO ROI A M. DE STEDINGK

Kyminenegard , le 7 aoAt 1789.

N'ayant pas de nouvelles à vous mander d'ici , je puis au moins vous donner celles que je viens de recevoir de la victoire de mon frère sur la flotte russe, sortie de Cronstadt, qu'il a remportée, le 26 juillet, à 12 lieues sud-ouest de Tîle d'Oland. Il me mande qu'ayant signalé la flotte, le 25 juillet au matin , il l'avait vue se ranger en bataille , mais que le vent et le gros temps l'empêchèrent de l'attaquer. Il la vit toute la nuit jusqu'au lendemain 26 à une heure et demie , le duc

208 lléUOlRBS POSTBUMBS

engagea la bataille avec son arrière-garde qui se trouvait à la hauteur de Tennemi, et S4>rè8 six heures de combat , et que quatre vaisseaux russes fièrent désemparés, le désordre se mit dans leur flotte, et elle prit la fuite. Mon frère la poursuit à toutes voiles. C'est en la poursuivant quMl m'écrit, et fmit par me faire espérer de plus grandes nouvelles. Sa lettre est datée t du vaisseau amiral Gustave III, chassant la flotte russe entre la Courlande et TOIand. » Cette nouvelle est arrivée à Stockholm six heures après celle de votre victoire de Parkumaeki. J'apprends par un courrier de Hangoe , l'arrivée des galères et du premier transport de mes renforts de Suède. Puissiez-vous vous maintenir encore quinze jours, et tout prendra une face nouvelle. Vous ne sauriez croire l'efiet que vos succès ont produit ici sur l'armée. Vous ferez chanter le Te Deum chez vous, comme je le ferai demain ici.

Je viens de réjouir le général suédois : Je vais affliger le colonel français attaché à la reine et à la France; rien de plus affreux que ce qui s'y est passé du 12 au 15 juillet: les Invalides forcés , le canon et les armes employés contre la Bastille: cette forteresse prise

d'assaut, le gouverneur, M. de Launey, traîné par la populace à la place de Grève , décapité , sa tète portée en triomphe autour de la ville, le même traitement fait au prévôt des marchands , la formation d'une milice bourgeoise de 48,000 hommes, les gardes françaises et suisses réunis avec le j)euple ; M. de Lafayette proclamé commandant général de la milice parisienne , les cocardes bleues et rouges arborées au lieu des blanches, les États déclarant les ministres du roi et les agents civils et militaires de l'autorité responsables à la nation ; le roi , enfin , seul , accompagné de Monsieur et du comte d'Artois , allant à pied, sans suite, au milieu de l'assemblée des États, faire presque amende honorable, et demander leurs secours pour apaiser les troubles ; voilà ce qui s'est passé , et voilà comment la faiblesse, l'incertitude et une imprudente violence vont renverser le trône de Louis XVI. Des lettres de Hollande disent que Necker est rappelé. Je suis encore si affecté de ces nouvelles , que je crains que ma lettre ne s'en ressente. Adieu , mon cher Stedingk. J'attends avec crainte et impatience de vos nouvelles; mais si vous avez des revers , souvenez-vous qu'après votre retraite de 'Saint-Mi-

210 MÉMOUES POSTEUMBS

cbel, vous avez battu les Russes à Parkumaeki , et que dans peu je vous dégageai, pour la seconde fois, ce que j*espère pourtant n'avoir pas besoin deùdre.

DU COMTE DE ^YEDINGK. 2ti

LÉtTRE DE M. STBDINGK AU ROI*

Ahoiax.ce 18aoûtl78l

SlRE,

J'avais donné ordre depuis huit jours au colonel Gripenberg d'attaquer Pumala. Je croyais le moment favorable, puisque l'ennemi a eu l'imprudence de faire venir toutes ses galères ici. L'entreprise a manqué, mais elle est honorable et glorieuse. Nous avons fait des prisonniers, et enlevé deux obus de métal de huit livres aux en-nemis , avec tout leur attirail et munitions. J'envoie les deux relations de monsieur de Gripenberg en original, à Votre Majesté. La perte des

ennemis doit être considérable, mais lem*s ressources le sont aussi. Nous avons déjà détruit au delà de quatre mille hommes des troupes ennemies dans cette campagne, tués, blessés et prisonniers, et nous les voyons toujours remplacés par un nombre plus considérsJ)le. C'est la tête de rhydre. Ce n'est pas de même avec nous, nous nous affaiblissons tous les jours , même par nos succès»

Je suis, etc.

CuRT V. Stedingk.

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

Kymmenegard , le 35 août 17S0.

Je ne dois pas vous laisser ignorer ce qui s'est passé ici. La flottille russe attaqua la mienne sous les ordres du comté d'Ehrensvaerd, hier, à dix heures du matin , et la bataille dura jusqu'à neuf heures du soir sans discontinuer. J'étais alternativement dans ma chaloupe, et sur un rocher qui couvrait notre aile droite. A sept heures Tescadre russe, venant d'Aspoe, et plus forte du Rouble que la nôtre, était battue ; trois vaisseaux pris sous mes yeux, et le reste fuyant dans la plus grande confusion. — Les détroits qu'on avait

2U MÉMOIRES POSTBVMES

fermés avec des bateaux coulés, devaient empêcher l'autre escadre ennemie d'avancer sur nous, mais vers ce temps elle eut l'adresse ou le bonheur de passer les endroits fermés. Nous n'avons plus de munitions, deux de nos vaisseaux ont donné sur des fonds, et il a fallu abandonner nos prises. La nuit a séparé les combattants. Ne pouvant ainsi avancer de ce côté, je vais porter à votre secours toutes les forces qui m' arrivent de Suède. Ainsi tenez-vous ferme. Le 14 septembre je serai chez vous avec plus de dix mille hommes d'infanterie ; je fais tous les arrangements nécessaires pour cela. Je vous demande le secret. Vous en sentez l'importance.

Que dites^vous des troubles affreux de Paris et de la Frapce? Ce sont tes proscriptions de Sylla. Voil4 le baron de Bes^vàl, le duc de Lavauguyon, et le prince de Lambesc entre les mains du peuple, et le vieux maréchal de Noailles massacré dans son château.

DU COMTB DE StBDINGK. 216

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

LoTisa, U 19 septembre 1789)

Je VOUS ai écrit avant-hier, mon cher Stedingk, il ne s'est rien passé depuis. Le prince de Nassau s'est avancé hier avçc sa flottille, jusqu'à Kungshamn. La grande flotte russe est devant Porkala, et le baron d'Armfelt a débarqué aujourd'hui à Strômsby avec 8,000 hommes. Ma flottille sera prête à sortir mercredi. Je ne crains guère celle du prince de Nassau. La tempête affreuse qu'il fait, et qui, selon l'expérience dans ces parages, durera quelques jours, le rend inactif, quels que soient ses projets. Cependant ce mouvement me

ai6 MÉMOiafiS POSTHUMES

fait croire que le détachement qu'on disait envoyé contre vous, ou n'est pas aussi considérable qu'on le supposait , ou n'existe pas du tout, et que c'est un faux bruit que l'ennemi a fait répandre pour nous dégarnir ici. En tout cas, veillez à n'être pas surpris , et défendez le pays le plus que vous pourrez , en attendant que dans peu je puisse tenter une diversion.

DU COMTB DB STB01K6K. 217

LETTRE DU ROI A M* DE STËDINGK

Lovisa, le 2 octobre 1789.

Une indisposition qui m'a retenu au lit pendant deux jours , m'a empêché de répondre plus tôt à deux lettres que j'ai reçues de vous. Je vois avec plaisir, mon cher Stedingk , que vous vous maintenez encore dans votre poste. Je suis absolument de votre avis qu'il faut prendre vos quartiers de cantonnement , et même vos quartiers d'hiver , dans le pays ennemi. Je vous ordonne donc de vous en occuper , et de faire cantonner et hiverner vos troupes aussitôt que vous le croirez favorable. Votre aile droite sera renforcée par les brigades

Dalécariienne et Vermlandaise , dès qu'elles pourront cpiitter les rives d'Ingo et de Baresund qu'elles défendent contre les Russes , qui voulaient y faire des descentes pour brûler nos vaisseaux de transport. J'espère vous retrouver bientôt en bonne santé et en bonne humeur , et vous assurer de bouche, combien je suis votre affectionné ami.

DU GOMTR DE STEDINGR. 219

LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Aholax, ce 10 octobre 1710.

Sire,

M. Remskj Korsakoff, pour son coup d'essai a fait un coup de mattre. La surprise que je craignais tant, vu la composition des troupes sous mes ordres , a eu lieu hier à deux heures après dîner , par un temps clair et superbe. L'ennemi qui n'avait pas bougé depuis quinze jours , commença par jeter des bombes vers midi , pour faire baisser la tête à nos sentinelles , en quoi il réussit parfaitement. Deux cents hommes étaient de garde aux batteries sur tout le front de Laita Silda , et un ba-

220 MÉMOIBES POSTHUMES

taillon du régiment de Bjorneborg campait à 250 pas des batteries de la gauche où se fit l'attaque. A la droite deux cents chasseurs étaient baraqués. J'avais été aux batteries un peu avant les deux heures, et trouvant peu d'ofiiciers au bataillon de Bjorneborg , qui par surcroît étaient presque tous des enfants, j'en fus alarmé, et j'allai à toute bride au camp du régiment de Bjorneborg , qui était campé à un demi-quart de lieue de là , pour lui faire prendre les armes , de même qu'au régiment d'Osterbothnie. Les coups de fusil commençaient au même instant, et déjà la batterie de la gauche était emportée , où il y avait trois canons , deux de trois et un de six livres qui enfilaient le port. Cette expédition avait été faite par cinquante chasseurs en deux bateaux, qui abordèrent sur le flanc gauche de la batterie et grimpèrent la hauteur rude et escarpée sur laquelle elle est assise. La garde qui devait en défendre l'approche lâcha le pied, et on ne tira pas un coup de canon de la batterie. Les ennemis tournèrent aussitôt un pont qu'ils avaient construit à la sourdine , et passant dans le plus bel ordre bordèrent toute la hauteur de la gauche , et se servirent contre nous de notre propre canon. Les

batteries de la droite, qui prenaient l'ennemi en flanc et en revers au passage du pont , et au bas de la montagne de la gauche jouèrent pendant quelque temps , mais voyant Tennemi passer en foule , nonobstant leur feu , et étant fort incommodé par le feu supérieur des batteries ennemies, Tofficier retira le canon et le mit à couvert. Tout paraissait perdu. L'ennemi fit la faute de ne pas profiter assez de ses premiers succès. Les troupes arrivèrent au trot et chargèrent l'ennemi à la débandade avec la baïonnette en poussant de grands cris. Nous reprimes la hauteur de la gauche et nos batteries. L*ennemi prit la fuite, et nous reprîmes nos canons sous le feu de vingt pièces de canon à bout portant. Les ennemis ont laissé trois cents hommes sur la place, dont quinze officiers. Les ennemis ont eu beaucoup de monde de blessé , à en juger par lès gémissements que nous avons entendus toute la nuit, et par le nombre de chariots qui allèrent entre Nyslott et Laita Silda.

CuRT V. Stedingk.

^22 MéMOlRCS POSTllCllEd

LETTRE DU RQI A M. DE STEDINGK

lAiyHiy le ik octobre 17S9.

Je viens, mon cher Stedingk, de recevoir votre lettre du 10 ; je me hâte de vous renvoyer le courrier et je pars pour vou^ rencontrer demain. J'ai ordonné au bataillon d'Ionkoping de marcher à St-Michel, afin que celui d'Elfsborg puisse vous renforcer. Le pont d'Anjala ayant été rompu par nous, et les Russes s'étant retirés de ce poste , j'ai pu détacher ces troupes du comte de Meyerfelt , mais il ne pourra être à St-Michel que le 29 de ce mois, ayant dix-huit lieues de marche à faire et des chevaux harassés. Je suis bien aise que vous ayez

DU COMTB DE STEDUfGK. ââ3

repoussé Fennemi , et je souhaite fort que vous mettiez tous vos soins à vous maintenir dans son pays. J'ai lieu de croire que la saison mettra fin aux projets du S' Korsakov , qui , je crois , est frère d'un des anciens favoris de l'impératrice. Comme les gelées commencent, j'espère qu'il ne pourra rien effectuer davantage. Il est assez extraordinaire que les Russes aient surpris une batterie en plein jour, et qu'ils l'aient attaquée à une heure où tout est en vue. Voilà comme ils firent leur attaque sur Hervekoski. Cependant vous avez eu la gloire de les repousser ; ne vous arrêtez pas en si beau chemin, et soutenez la besogne jusqu'au bout, comme je le ferai de mon côté. Je suis persuadé qu'en soutenant encore une campagne, la paix sera avantageuse comme elle l'eût été sans cette malheureuse bataille du 2k. J'espère avoir bientôt le plaisir de vous voir et de vous assurer de bouche de mon amitié.

22Ï IlÉMOlRES I^OSTBtJMEâ

LETTRE DE Bl. DE STEDINGK AtJ ROI.

Pardala, ce 10 décembre 1780.

SlRÉ,

Il vientde m'arriver un revenant de Pétersbourg; ce M. Kobin qui avait été blessé et fait prisonnier à l'affaire de Parkumaeki, a été relâché sur sa parole de ne point servir , pendant cette guerre , contre la Russie ou contre ses alliés. Il doit cette faveur au comte d'Osterman et au prince de Nassau, qui Ta chargé, de même que la princesse Fée , d'aller me trouver et de me dire bien des belles choses de leur part ; ce prince est en grande faveur à Pétersbourg depuis l'affaire du 24 août.

DU GOMTB DE STRDINGK. 225

Tous les soldats et matelots qui ont assisté à cette affaire ont eu une médaille de la grandeur d'une pièce de 32 schellings» qu'ils portent à la boutonnière avec un ruban rayé jaune et noir. L'impératrice est prodigue de récompenses envers les officiers et les troupes qui servent contre l'armée de Votre Majesté ; les moindres actions sont récompensées comme de grands faits d'armes, de manière que cela donne beaucoup de jalousie à l'armée qui sert contre les Turcs, qui n'est pas si bien traitée , quoique conmiandée par le favori. Il n'est question à Pétersbourg que de grand armements; on veut frapper de grands coups la campagne prochaine en Finlande, pour terminer une guerre qui commence à leur peser. On fait revenir une division de Tarmée qui sert contre les Turcs , qu'on regarde conmie aux abois ; mais on dit en même temps que la peste , qui fait de grands ravages dans l'armée turque, empêche toute opération ultérieure de ce côté-là tant qu'elle dure. On soupire tout bas après la paix ; mais on ne croit pas Votre Majesté disposée à la faire deins l'espérance d'entraîner la Prusse en cette guerre , ce qu'on redoute fort. L'argent est rare à Pétersbourg et ne s'obtient qu'en payant un agio considérable-

^6 MÉMOIBES POSTHUMES

mais les billets de banque circulent en abondance, et, malgré la cherté des vivres et des marchandises, le luxe va son train. Une nouvelle conscription dans tout Tempire doit produire quatre-vingt mille recrues pour le mois de janvier prochain. Il n'a pas été question de la moindre révolution à Pétersbourg. Le peuple y est dans l'ivresse des succès de l'invincible Catherine contre les Turcs. L'impératrice a été indisposée pendant quelque temps, et ne quitte guère son appartement. La grande duchesse attire sur elle les regards du public , et se voit appelée à la succession par les vœux secrets de l'armée et des grands de l'empire. Les troupes qui ont filé vers Pétersbourg ont été mises dans des quartiers d'hiver commodes et fort étendus même jusqu'à dix lieues au delà de Pétersbourg. De ce nombre est un beau régiment de cavalerie qu'ltobin y a vu passer ; les gardes qui sont revenus avec l'escadre du prince de Nassau , sont fort amaigris et fort blêmes de leur campagne, composés d'ailleurs d'hommes faibles et de recrues. Ce bulletin qui n'est pas encore fini vient d'être interrompu de la manière du monde la plus agréable ; un extra-poste m'apporte la lettre de Votre Majesté du 25 novembre. C'est la première que

j'ai reçue depuis son départ du Savolax, et elle m'a fait plaisir comme si c'était la première que j'avais reçue d'elle de ma vie. Je ne sais ce que je dois y admirer le plus, ou la bonté de Votre Majesté, ou la justesse de ses raisonnements, ou le charme de son éloquence.

Sans doute, Sire, il est glorieux de vivre dans l'histoire , et en s'attachant sur les pas de Votre Majesté, on peut espérer de passer à la postérité, comme la bordure d'un beau tableau qu'elle enserre; mais de même que les grands exploits, l'histoire expose les grands revers , et un jour a souvent terni cinquante années de gloire ; il suffit à la mienne que Votre Majesté soit contente de moi. L'éloge de la bouche d'un grand homme fait taire Tenvie et les détracteurs , c'est le quos ego de Neptune.

Je suis occupé en ce moment à passer les troupes en revue. Le temps ne permet pas encore de penser à Pumala.

Je suis, etc.

CuRT V. Stedingk.

328 MRMOIRKS POSTHUMES

LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Pardala, ce 18 décembre 1789.

Sire»

M. de Jaegerhorn est gros de projets, il veut que je les appuie auprès de Votre Majesté à laquelle il m'a dit les avoir envoyés dès le mois d'octobre. Je me souviens de Descartes qui ne demandait que de la matière et du vide , pour créer un monde. Le grand art à la guerre consiste à saisir les occasions , il faut toujours être prêt à tout et la lance en arrêt , comme on nous peint les preux chevaliers de jadis dans les carrefours ou sur les pontslevis de leurs châteaux. Votre Majesté connaît trop

bien son armée , l'étendue des quartiers qu'elle occupe, pour croire à la célérité, le secret, la ccmibinaison des moyens , le concours de toutes les parties que demande un projet de la nature de celui de Jaegerhom.

Je suis revenu malacte de St-Michel, où j'ai passé le régiment de lonkoeping en revue ; mais comme je n'ai ni médecin ni remèdes, j'espère guérir bientôt.

Je suis, etc.

CuRf V. Stedingk.

LETTRE DE M, DE STEDINGK AU ROI

Sahit41icbel, ce 10 fé>Tler H90..

SiRK,

M. de Jaegerhorn est arrivé ici Te 5 et m'a remis la Fettre que Votre Majesté m*a fait la grâce de m' écrire le 20 janvier. Je vous proteste , Sire , que je suis sans rancune envers qui que ce soit. Mon cœur n'est point fait pour haïr. Si j'ai eu des ennemis, Votre Majesté m'a prouvé qu'ils n'ont pas pu me nuire auprès d'elle. C'est une obligation que je leur ai, et qui sert bien Votre Majesté est sûr de ma reconnaissance et de mon amitié.

Il faut tenter la fortune à la guerre, sans s'y

ab£^ndonner, et ne pas se livrer tellement à un projet qu'on ne puisse pas en prendre un autre. Celui de Votre Majesté est sage et bien conçu ; Wilmanstrand est un point central pour les ennemis , il n'y a que des raisons majeures qui l'ont pu faire négliger par les généraux de Votre Ma-

il ne l'a jamais été par les ennemis; si l'on s'en empare, cela sera beaucoup de gagné; si on le manque il faut e^érer qu'on pourra se soutenir au delà des défilés qui sont bien difficiles à franchir pendant l'été; mais Votre Majesté est trop clairvoyante pour ne pas voir tout ce qui peut déranger une surprise de cette nature faite de si loin (car il y a huit lieues d'ici *) dans un pays et dans un climat comme celui-ci. J'en demande pardon aux mânes des grands rois que Votre Majesté me cite , mais aucun d'eux n'a rien fait d'aussi hardi , cela n'en est que plus tentant; cependant une chute de neige, un déserteur instruit, une indiscrétion parmi dix ou douze personnes qui sont dans le secret , un froid de 32 degrés, comme nous en avons quelquefois, peuvent tout gâter.

* Vingt-qnalrc lieues de France.

33â MÉMOIUS F08THUMBS

La plus grande difficulté qui se trouve aux opérations d'hiver en ce pays-ci, c'est le manque de villages et de maisons, et l'extrême besoin qu'on en a.

Quoi qu'il arrive , la présence de Votre Majesté lèvera des obstacles, et nous fera tenter l'impossible. Tout ce dont je la supplie très-humblement^ c'est de ne point regarder la surprise de Wibnanstrand comme assurée , et de ne pas trop compter sur la fortune et sur la faiblesse des ennemis. C'est le propre des grands hommes de croire tout possible ; l'ardeur de Gustave-Adolphe avait besoin , d'être tempérée par la glace de son chancelier , et il est aussi agréable de gagner plus qu'on n'a compté , que le contraire est fâcheux.

On dit, Sire, qu'on va rayer du tableau tous les officiers français qui ne rejoignent pas leur corps au mois de mars prochain. Si ce malheur m'arrive, je perdrai 18,000 francs de revenu, et le fruit de vingt années de service. Il n'y a rien , Sire , que je ne consente à perdre pour un maître chéri, mais au moment de perdre mon existence en France, mon cœur gémit; j'étais fier du titre de Français que j'avais acquis , en l'unissant à celui de Suédois; faut-il donc que ce ne soit plus une

même chose! Et vous-même, Sire, n'y a-t-il plus rien dan^ votre cœur qui plaide pour cette belle France, quoiqu'elle ait à présent le transport au cerveau ; hélas , je l'aime encore assez pour aller me noyer avec elle, si mon devoir efmon attachement pour Votre Majesté ne me retenaient aux lieux où je suis.

Je suis, etc.

CuBT V. Stedingk.

â3b MlHOIftES POSTHUMES

LETTRE DU ROI A M. i)E STEDINGK.

Stockholm , ce 2 mars 1790.

Je vois par vos lettres et les rapports du comte de Hamilton , que les ennemis se renforcent du côté de Pumala. Je ne crois pas que c'est crainte de notre attaque, mais que c'est de ce côté-là que la campagne doit s'ouvrir, quoique je doute qu'ils pensent à la commencer avant le départ des neiges et des glaces, d'autant plus que, selon les avis de Pétersbourg , les commandements des armées viennent d'être décidés. Le comte de Soltikoff, que vous avez connu à Spa, commandera contre nous, ayant sous ses ordres Je prince d'Anhalt Bern-

DU COMTE DE STBDINGK. â3&

bourg et le général Igelstrom. Le prince de Nas-^ sau commande la flottille, ayant avec lui un corps de troupes séparé sous le général Numsen, et taai cela indépendant de M. de Soltikoff. Vous juges combien un conmiandement ainsi séparé doit nuire au succès des opérations. De là je présume aussi que Soltikoff agira vers le Savolax et ses cantons , et que le prince de Nassau suivra la côte. Mais les généraux qui doivent commander, sont encore à Tannée du prince Potemkin ; ainsi il leur faudra du temps pour venir, et Tarmada du prince de Nassau ne pourra agir avant la belle saison. Si l'ennemi se renforce de votre côté , c'est donc apparemment pour être plus sûr de Pumala ; ou si les mouvements qu'on dit qu'il a faits , et qui l'ont éloigné de Kymmene sont vrais, il paraît que c'est pour tirer ses troupes plus près de Pétersbourg , afin d'être à portée d'en détacher en Livonie, où les mouvements du roi de Prusse donnent de l'inquiétude. D'ailleurs ils n'auront pas de renfort, le prince Potemkin ayant non^seulement refusé de détacher un seul régiment de son armée , mais demandant encore de nouveaux secours pour feii-même.

Toutes ces considérations , et encore d'autres

236 MÉMOIBBS POSTHUMES

que je ne puis vous communiquer en ce moment, m'affermissent dans la résolution de précipiter l'ouverture de la campagne , et de préve^ nir, par une attaque brusque, le rassemblement des forces ennemies. Je vous exhorte donc à mettre tous vos soins à cet objet; comme il y a eu un peu de contradiction dans les rapports de Savolax et de Borgo , j'envoie le baron Otto de Wrede pour m'éclaircir entièrement. J'espère qu'il me rapportera des connaissances parfaites de tout, après lesquelles je volerai pour vous joindre. Les affaires de l'Empereur s'embrouillent de plus en plus, et celles de la France vont encore plus mal. On a encore fait faire à ce pauvre roi une démarche fausse et honteuse , qui ne le délivrera pas plus de sa prison, et qui achève de lui faire perdre le peu de considération dont il jouissait parmi le petit nombre de partisans qui lui restait, et qui l'a totalement abandonné. Je gémis comme vous sur le sort de cette pauvre France , et je vous assure que mes anciens sentiments ne sont pas éteints ; mais je les conserve au roi de France, à la France, et non pas plus au roi des Français qu'à l'assemblée démagogue du soi-disant peuple français, qui n'est qu'un peuple de cannibales. Pour ce qui

VOUS regarde personnellement dans ce pays , vous n'avez encore rien à craindre de votre absence ; ce qu'on vous a écrit n'est pas vrai. On n'a encore rien statué sur les régiments allemands , et j'écris à mon ambassadeur de veiller à vos intérêts pendant que vous veillez aux miens. Mais quand même ces régiments ne seraient pas supprimés, il faudra vous attendre à un long retard de payement , les finances étant dans le plus affreux désordre. Vous vous plaignez de n'avoir pas eu part de mes desseins , lorsque j'eus le plaisir de vous voir cet autopfine ; mais le plan n'a été formé qu'après mon retour à Borgo, et il était nécessaire de concentrer la formation des magasins dans un seul endroit, pour que les prix ne fussent pas enchéris par plus de concurrents. Le faible hiver que nous avons eu a sans doute retardé les transports, et c'est l'article des foins qui est le plus embarrassant. Ne peut-on pas nourrir les chevaux en Savolax avec du blé ; comme les Iswoïschiki russes nourrissent les leurs à Pétersbourg ? Vous savez sans doute la mort du sénateur Stockenstroem ; il avait quatre-vingt-douze ans. Les prisonniers de Fredrikshof vont bientôt être jugés; à vue de pays , Haestsko paraît le plus coupable , et Hast-

238 MÉMOULBS POSTHUMES

fer le plus déshonoré. Le baron de Taid)e est toujours fort mal de sa contusion. Je vais m'informer de la vacance que vous me demandez pour votre chirurgien.

DU COMTB DE STBDIN6K.

LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROL

SaSotMlcbel , ce 10 mars 1788.

Sire,

L'arrivée du baron de Wrede était , pour moi , ce qu'est l'apparition d'un saint pour un pauvre ermite dans les déserts , une communication avec tout ce qu'il aime et qu'il révère. Votre Majesté , quoique dans un grand éloignement , juge à merveille des événements de ce canton-ci. L'ennemi n'a pas eu le dessein de nous attaquer du côté de Pumala , et, après y avoir rassemblé beaucoup de troupes et s'y être morfondu quelque temps, étant entassé d'une étrange manière , il en a fait filer

â&O MÉMOIRES POSTHUMES

une partie au delà du Voxen, ou pour Pètersbourg, ou pour faire la navette, et le reste, qui, d'après mon calcul , ne fait pas deux mille hommes , est à Pumala et aux environs. Dieu veuille que le roi de Prusse, qui est autant intéressé à cette guerre que qui que ce soit , veuille un peu moins aimer ses maîtresses, son repos et son trésor, qu'il se décide à prendre le parti que l'intérêt et l'honneur lui dictent. En tous les cas, le dessein de Votre Majesté de prévenir les ennemis et d'ouvrir la campagne avant le départ des glaces , est conforme à ses véritables intérêts. Le baron de Wrede lui dira ce qui a été fait ici pour remplir les vues de Votre Majesté. Toutes les troupes destinées pour l'expédition seront rendues à Kanyasniami et aux environs, le 21 de ce mois. Nos magasins sont fournis pour environ trois, mois ; il y a même un peu de fourrage. J'ai pris un arrangement qui nous procurera des chevaux de trait, sans que nous ayons à^les nourrir jusqu'à ce qu'on s'en serve. Nous pouvons même compter un peu sur les magasins des ennemis , si l'entreprise réussit. Le moment de son exécution dépend du temps qu'il fera, c'està-dire du hasard. Jusqu'à présent, il n'y a eu rien de perdu. Il est tombé plus de neige ces derniers

DtJ COMTE 1)E STEbINâK. 2Ï1

quin2ie jours que pendant tout l'hiver, ce qui rend l'entreprise impossible pour le moment. Cela peut changer dans huit jours, plus tôt plus tard, mais, ce que je me fais fort d'assurer, c'est que les glaces, qui sont d'une épaisseur extraordinaire cette année , porteront jusque vers la fin d'avril. Nous avons toute glace d'ici là où nous voulons aller. M. de Wrede m'a fait entendre que la présence de Votre Majesté était nécessaire à Stockholm. Elle l'est partout, s'il m'est permis, Sire, de dire mon avis. Je prendrai la liberté de conseiller à Votre Majesté de ne partir de Stockholm que pour pouvoir être rendu ici vers le 20 ou 25 d'avril, de donner ses ordres à celui qu'elle voudra charger de la tentative projetée de se rendre sur les lieux ici, et de saisir le premier moment favorable pour l'exécuter ; si elle réussit il faut qu'au même moment l'armée du Kymennepénètre dans le pays ennemi , et s'approche de Wilmanstrand en ne laissant qu'un corps d'observation du côtéd'Abborforsspour couvrir le Nyland. Si elle manque, ou l'officier chargé de l'entreprise sur Wilmanstrand pourra se maintenir au delà des défilés aux environs de Savitaipal, et en ce cas il faut encore que l'armée du Kymenne l'appuie et le seconde, ou s'il

âV2 MÉMOIBES POSTHUMES

est obligé de se retirer d'où il est venu , l'armée restera dans ses quartiers. M. de Jaegerhorn croit que, Wilmanstrand pris, Pumala sera évacué, cela ne me parait pas démontré. Il resterait toujours aux ennemis tout le pays entre le Saimen, le Vuoxen, le Ladoga, et le Puruvesi ; c'est plus qu'il ne faut pour se soutenir, quand même on f^ait une diversion du côté de Sordevalla , par la Garélie : en tous les cas , jusqu'à la prise de Pumala , il faut laisser des troupes pour contenir l'ennemi à Pumala et h Nyslott J'attends les ordres de Votre Majesté, et je mettrai mon bonheur à les bien e^écut^.

Je suis, etc.

CuRT V, Stedingk.

DU COMTB DE STEBINGK. 2'»3

LETTRE DU RO! A M. DE STEDINGK

Borgo, le 3 avril 17tt0*

Je suis arrivé ici, mon cher Stedingk, hier au soir, et je compte aller vous voir mardi ou mercredi. J'espère vous trouver en bonne santé et les glaces sûres , comme vous m'en avez répondu, jusqu^au 2k avril. Badinage à part^ je veux voir par moi-même si nous ne pourrons pas déloger ces maudits Moscovites de Pumala. Les arrangements sont pris pour faire une campagne vigoureuse. Comme le baron d'Armfelt sera probablement arrivé, vous appren-

W* MÉMOIRES POSTHUBIES

drez de lui les bonnes nouvelles que nous avons de Gonstantinople. Je n'ose les confier au papier. Je vous prie de ne pas douter de mes sentiments.

LETTRE DE M. DE STEDINGK AD ROI

Pertlminekl , ce ^ avril 1700.

Sire,

La lettre de change que Votre Majesté m*a fait la grâce de tirer sur moi est bien loin d'être acquittée , et ne le sera vraisemblablement jamais. De la manière qu'elle y va elle ne laissera rien à faire à ses généraux, mais l'ennemi a fourni au petit nombre des troupes de Votre Majesté qui sont ici, une occasion de signaler leur valeur et aux officiers de se couvrir de gloire.

Je dois avant tout demander très-humblement pardon à Votre Majesté , d'avoir voulu entrepren-

8^6 MÉMOlftES POSTHUMES

dre une chose qui n'était pas fort raisonnable et très-hasardée , mais l'envie de ne pas rester les bras croisés pendant que d'autres se distinguaient, peut-être aussi la crainte de m'exposer à la critique si je ne me battais pas lorsque d'autres se battent, me fit donner au hasard plus qu'il n'était de mon devoir de le faire ; mais l'ennemi , Sire, m'a épargné ce tort en venant m'attaquer, à deux heures ce matin. Cette position est , comme Votre Majesté sait, très-mauvaise, trop étendue pour une petite troupe, embarrassée de mauvais retranchements qui ressemblent aux murs chinois, et qui nous ont fait un mal horrible quand il a fallu en déloger l'ennemi qui s'y était niché. La suite de tout cela fut qu'avant une demi-heure nous fûmes «itièrement cernés par les ennemis , et exposés à tout leur feu. U semblait qu'ils craignaient que quelqu'im de noifê ne leur échappât ; mais l'intrépidité et le courage des officiers et de la troupe fit avorter ces projets.

Enfin , Sire , je suis flatté au delà de toute expression, de l'honneur de coimnander à de si braves gens, et, pour leur rendre justice, j'en devrais nommer un grand nombre à Votre Majesté. Je nç dois pas , cependant, passer sous si-

lence , ni le colonel d'Aminoff , mon second ici , ni r honnête Adlercreutz, qui est toujours de toutes les fêtes *. Grâces à ces messieurs , Votre Majesté conserve encore ce poste , et après quatre heures de combat acharné l'ennemi a été repoussé avec perte et poursuivi. Malheureusement, Sire , il y en a eu deux cents de tués , parmi lesquels douze officiers. Le jeune Konou , qui aura l'honneur de remettre cette lettre à Votre Majesté , est venu de si bonne grâce me donner le conseil , pendant l'action , de charger l'ennemi avec la baïonnette de tous les côtés, que je lui ai promis sur-le-champ qu'il porterait la nouvelle de cette journée à Votre Majesté.

J'aurais besoin, Sire, de quelques médailles pour mes bas officiers et soldats. Votre Majesté n'oubliera pas les officiers, j'en suis sûr. Il ne manque à ces braves gens que l'honneur de combattre sous les yeux de leur bon mattre.

Je suis , etc.

CURT V. StBMNGK.

* Cest le même Adlercreutz qui se distingua depuis par la belle ^tèfense de la Finlande, en 1608 , qui fH la révolution de 1807, contre Gustave IV, qui prit part à la campagne de 1813 et 1814 comme chef d'élat-major de la grande armée du Nord de rAllemagne, commandée par le prince royal dc^uède.

248 MÉMOIRES POSTHUHES

LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Pardala , ce 12 avril 1790.

SiRE,

J'ai l'honneur d'envoyer à Votre Majesté, par le major d'Utfall, mes idées sur la manière d'attaquer Pumala. La prise de cet endroit me paraît de la plus grande conséquence pour les opérations de cette campagne en ces cantons-ci; elle nous ouvre un bon chemin dans le pays ennemi , facilite toutes nos communications et intercepte celles des ennemis. La capture de tout le canon de ces chaloupes et de tout ce monde serait encore une très-bonne affaire. Je puis me trom-

DU COMTB DE STBDINGK. 24^9

per, Sire, et vous avez mille fois plus d'esprit que moi , mais il me semble que nous avons trop peu de forces pour les éparpiller ainsi. Au reste, Votre Majesté, comme tous les souverains du monde, est trompée souvent par les états qu'on lui présente, qui ne sont souvent qu'un ouvrage de l'imagination , et la réalité , si elle ne peut lui être agréable, lui reste cachée. C'est un reproche que je n'aurai jamais à me faire , à moins que je ne sois trompé le premier, ce qui peut m' arriver facilement.

Je suis, etc.

CuRT v. Stedingk.

250 MÉAIOIRES POSTHUMES

LETTRE DU HOI A M. DE STEDINGK

Sahit-Mjchel , le 13 avril 1790.

Je VOUS envoie ce courrier, mon cher Stedingk, pour démêler une obscurité que j'ai cru trouver dans vos deux dernières lettres, et décider de la résolution définitive à prendre. Vous me marquez par votre lettre d'hier, que dans quinze jours l'expédition pourra se faire sur Pumala, et par le plan que vous m'avez envoyé aujourd'hui , vous me marquez que l'affaire pourra se faire quatre jours après l'ordre reçu. Je souhaite donc de savoir si vous comptez les quatre jours après les quinze, ce qui ferait dix-neuf, qui nous mèneront

DU GOMTB DE STEDtNGK. 251

au 1*' mai, ou si après quatre jours d'aujourd'hui vous pouvez attaquer, votre réponse décidera ma résolution définitive que je vous manderai par Utfall et Adlercreutz. Bonjour ! j'attends votre réponse pour régler ma marche.

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

SainUMIcbel , le 14 avril 1700.

Après votre lettre reçue , j'ai pris mon parti , qui est motivé surtout par la nécessité de me rendre la semaine prochaine à Sveaborg. Nous marchons cette nuit. Je vous remercie de la carte et de la note , qui nous seront d'un grand secours. Dans six jours le baron d'Armfelt vous secondera pour votre attaque , ou plus tôt même , si vous le voulez ; nous ferons notre possible pour vous envoyer les pièces de douze , ainsi que des chirurgiens ; et pour des bandages , il doit s'en trouver à Uleaborg, d'où vous pourrez les commander. Je

joins ici vos provisions pour le régiment de Gothembourg ; je souhaite que vous puissiez longtemps posséder ce régiment , et jouir du fruit des travaux que vous avez si courageusement soutenus. Le 15 mars, le traité entre la Prusse et la Pologne a été signé à Varsovie. Tout cela paraît préparer à la guerre. Adieu, mon cher Stedingk, je vous souhaite mille succès, et sur ce, je prie Dieu , etc.

â5i MÉMOIRES t>OSTHlJMËS

LETTRE DE M! DE STEDINGK AU ROI

Pardala, ce 15 avril 1700.

SlRE^

J'ai eu rhonneur de recevoir la nuit dernière par M. d'Utfall, la lettre de Votre Majesté, du Ift, et j'ai expédié sur-le-champ les ordres pour faire avancer les troupes àPertimaeki ; elles y arriveront le 20 au soir ou au plus tard le 21 , au matin : le 22 à la pointe du jour nous pouvons attaquer , si Votre Majesté l'ordonne et que le baron d'Armfelt avec 2,000 hommes puisse attaquer à temps de l'autre côté. J'avais ordonné aux troupes depuis longtemps de se pourvoir de clous afin de

DU COMTE DE STEDINGK. 2ô5

pouvoir marcher sur la glace. Mais malgré toutes les recherches, les chefs n'ont pas pu se procurer le peu de fer nécessaire pour cet usage , tant il est difficile de faire la guerre dans ces déserts , et pour cette vétille, il faut que je diange peut-être tout mon plan d'attaque de ce côté-ci.

Je joins ici deux rapports de M. d'Aminoff, et j'attends avec une inquiétude extrême des nouvelles de l'entreprise sur Savitaipal , d'où dépend celle de Pumala. Je fais les vœux les plus ardents pour que la victoire suive partout les traces de Votre Majesté.

Je suis , etc.

Stedingk.

LETTBË DU ROI A M. DE STEDINGK

Sslint-Michel, le 16 avril 1790

Kaernakoski est pris avec deux canonsde bronze^ et un grand butin ; peu de blessés ^ aucun de tué. Ce sont les Dalécarliens , TawastetVegesack, qui se sont distingués te plus* Adieu. A vous le dé*

PU ÇOUTB DE STRpiNaK. 857

J.PTTIIE DU ROI A M. DE STEDINGI^.

9orgo« le 7 niart 1796.

J^attends , mon cher Stedingk , que vous nous payiez le service que nous vous rendîmes Tannée passée. Les ennemis ont pénétré par Anjala, ayant surpris les batteries suédoises. Nous avons été forcé de quiter Valkiala, pour venir au secours du général Platen. Je me suis rendu ici pour monter sur la flottille qui est toute prête à sortir. Le général Pollet longeait hier la côte , il était à Keltis, et doit prendre les ennemis à dos. Votre bon ami. le général Schultz avait pénétré par Hervekoski ; mais les Dalécarliens et le régiment

^58 MÉMOIRES POSTHtMHd

de la Reine mère , l'ont repoussé de l'autre côté de la rivière. Mon frère est sorti le âO avec la grande flotte pour aller dans le golfe ; voilà où nous en sommes. Vous voyez que la fortune balance, et que Pharsale n'a pas encore décidé cette grande querelle. Je souhaite qu'Armfelt fasse une diversion ; si vous ne pouvez pas à l'instant pénétrer vous-même dans le pays ennemi , mettez-vous sur la défensive et augmentez de tout ce que vous pourrez le corps d'Armfelt, pour qu'il puisse nous dégager. Dès que le vent le permettra , j'en ferai de même avec la flotte. Le baron de Wrede et M. de Carpelan ont ordre de venir vous secourir avec leurs troupes. Au reste je suis sûr que vous aurez mille mauvaises nouvelles qu'il ne faut pas croire. Vous connaissez ce pays-ci , et j*espère que vous inspirez votre propre courage aux âmes incertaines. Adieu , mon cher Stedingk.

DU COMTE DE STEDfNGK. 259

LETTRE DU ROI A M. DE STBDINGIL

Borgo , le 9 mai l'790.

Rien ne pouvait venir plus à propos pour me consoler dansmes contrariétés, mon cher Stedingk, que la nouvelle de vos succès. Vous avez vu par ma dernière lettre ce qui était arrivé à Anjala , et que je croyais plus fâcheux que les suites ne l'ont montré. Les Russes ne feront guère de progrès ultérieurs, et leurs plus grandes forces seront jetées sur leur flottille. Lorsque les troupes du prince de Nassau seront embarquées, il faudra knen que le général Igelstroem détache de son corps pour couvrir la frontière , et aussitôt que par

MÉMOIRBS POSTHCMBS

ce moyen , Armfelt se trouvera en cas d*agir , les ennemis seront obligés à le laisser faire ou à se dégarnir contre vous. En attendant, Faction du & au 5 vous fait un honneur infini , ainsi qu'à vos troupes. Je vous prie de me proposer les grâces que vous souhaitez , et je vous envoie à vousmême une épée, que vous voudrez bien troquer contre une d'or , quand elle sera faite. Vous savez trop bien vous en servir contre l'ennemi, pour qu'un pareil présent ne soit pas bien placé entre vos mains. Puissiez-vous la porter longtemps pour mon service et votre gloire !

Le prince de Nassau a si bien persuadé à l'impératrice , qu'il nous écraserait sur mer , qu'on a négligé tout le reste. Cependant il n'aura en tout que 120 à 150 bâtiments, quand tout ce qu'on a construit à Viborg, Pétersbourg, Cronstadt et Revel sera rassemblé; j'en aurai MO quand les miens seront réunis; il y en a ici 90, sur les lieux. L'escadre de Stockholm est déjà entre Hangoe et Helsingfors , celles de Gothembourg et de Stralsund sont sorties depuis longtemps et approchent.

Mon frère est sorti avec la grande flotte le âO du mois dernier. Avec ces moyens j'espère tenir

tête à ma superbe ennemie. Vous aurez du renfort de la Carélie par M. de Carpelan , et j'espère que vous ne vous fâcherez pas de ce que je vous ai prié de renforcer Armfelt. Il n'est pas bon de fâcher un vainqueur comme vous, surtout après avoir été obligé moi-même de repasser la rivière ; mais c'est la position d' Armfelt qui exige ce renfort, puisqu'il a déjà l'entrée ouverte dans le pays ennemi , au lieu que votre position vous empêche d'y pénétrer , ayant PUmala d'un côté , et Nyslott de l'autre* J'ai fait grâce à tous les officiers du régiment de Bjorneborg , impliqués dans l'affaire de la conjuration d'Anjala. Je voUs envoie les croix et les épées avec des pouvoirs pour recevoir les chevaliers* Adieu ^ mon cher Stedingk. Tout me dit que cette campagne sera vive et glorieuse , et qu'au bout nous aurons la paix*

P. S. A propos : vous me demandez sérieusement pardon d'avoir voulu attaquer l'ennemi à forces inégales. Mais savez-vous bien, mon cher Stedingk^ que votre action du 4 ^ et celle de Kaernako^ki du 30 , rendent cette excuse extrêmement superflue ?

26*2 MÉMOIRBS POSTHUMES

LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Pardala, ce 14 mal 1700,

Sire,

QuMlme soit permis, Sire, avant tout, de mettre aux pieds de Votré^ Majesté, Thommage de ma reconnaissance pour les grâces qu'elle vient de nous accorder à moi et aux officiers sous mes ordres. Cette épée , Sire , dont Votre Majesté vient de m'honorer , ne peut que me porter bonheur, et je prie le ciel qu'elle soit aussi redoutable aux ennemis de Votre Majesté, qu'elle sera toujours pour moi un gage précieux de ses bontés, et un signe heureux sous lequel j'espère de vaincre.

Je suis , etc.

CuRT v. Stbdingk.

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

Sur l'Âmphlon, À l'ancre, à Pitkei>A3s, près de Viborg, le 28 mai 1790.

Après ma victoire du 15 , je suis avancé jusqu'ici, et la grande flotte est sur mon aile droite. J'ai brûlé des magasins que les Russes avaient sur la côte , et fait sauter quinze pièces de â6 , qu'ils charriaient de Viborg à Frédrikshamn, Nous savons par les prisonniers que les ennemis se dégarnissent du côté de Savolax , pour tirer leurs troupes à Viborg , dont je ne suis éloigné que de 6 lieues. Je souhaite que vous poussiez du côté de Nyslott. Vous masquerez simplement la garnison , et vous vous avancerez sur Kexholm ou sur Viborg , pour vous réunir , et agir de concert avec

26^ MéHOlBES POSTHUMES

le baron de Wrede. J'ose ajouter qu'il faut ici de la hardiesse , et non de la prudence. Laissez Pumala se morfondre ; marchez en avant avec ce que vous avez , et jetez les yeux sur la carte , voyez où je suis , jugez ce que je vais tenter , et calculez les embarras des ennemis. En un mot soyez un général de Charles XII. Il y a des occasions où la témérité même est une vraie prudence. Je suis peu éloigné de Viborg ; j'espère avancer encore. La grande flotte suédoise est sur moii aile droite entre Cronstadt et Hogland. Si vous n'avez pas à manger , il faut le chercher dans le pays ennemi. Adieu , mon cher Stedingk , marchez en avants

DU COMTB DB STlDlNGE. M5

LETTRE DU ROI A M< DE STEDINGK

Sur rAmpbion , à la Yotle , entre Pftkepass < VIborg et BJorko, à 15 lieues de Saint- Pétersbourg, le 8 Juin 1790.

L'histoire de votre courrier est plaisante , mon cher Stedingk ; j'avais répondu à tous , excepté au vôtre, comptant le renvoyer le lendemain. Il ne se trouvait qu'un bateau , et mes aides de camp jugèrent spirituellement, que tous étant venus ensemble , ils devaient s'en retourner de même , de manière qu'à mon réveil je ne trouvai plus personne , et ne pus aiiisi vous répondre. Le comte de Mejerfelt a eu ordre d'envoyer la nouvelle de la bataille * à toutes les directions avec l'ordre pouf

* Bataille navale de STensksuiid.

24ë MÉMOniS POSTBVIfBS

le Te Deum. Avec votre lettre j'en reçus une du baron de Wrede qui me mande qu'il marche pour vous joindre. J'aurais mieux aimé qu'il eût pu inquiéter les Russes sur Sordawallaet Kexholm ; mais dans l'état actuel des choses , je suis trèscontent que vous l'envoyiez au baron d'Armfelt. £n formant ainsi un grand corps, nous nous réunirons à la fin. Vous voyez par la date de celle-ci que je suis bien avancé, ayant toujours la grande ftotte à ma chrorte. Celle des Russes a paru me suivre, mais n'est forte que de dix-sept vaisseaux de ligne et de deux frégates. Celle du prince de Nassau est incognito. Nous ignorons si elle se cache à Viborg , à Cronstadt ou à Pétersbourg. Je vous suis bien obligé du renfort que vous avçz donné à Armfelt. C'est me renforcer moi-même , car s'il peut dégager le Kymmene, je pourrai transporter sur les galères , des détachements de la grande armée , qui me rendraient a$se5^ fort pour faire des descentes. Vous enverrez donc ordre au baron de Wrede de joindre Armfelt. On dit que Pumala est presque évacué. J'ai tellement inquiété les ennemis sur les côtes, qu'ils ont été obligés de les garnir de troupes partout. Adieu,mon cher Stedingk. Je vous souhaite mille succès, et à nous tous la paix.

D0 COMTE DE STEDINGE. 267

Ce pauvre roi de France s'est mis pieds et poings liés entre les mains de M. de Lafayette , et vient de signer un écrit , par lequel il s'engage à suivre aveuglément toutes ses directions, à condition qu'il hii procurera quelques prérogatives fort peu importantes en comparaison de celles dont on l'a dépouillé. C'est rendre véritablement M. de Lafayette maire du palais. Je vous envoie vingt médailles , pour les distribuer à vos bas officiers et aux soldats. Je crains bien que ma lettre ne se ressente des fréquentes interruptions que j'ai été obligé d'y faire , pour observer à tout instant le mouvement des flottes.

268 MÉMOIRIS POSTUUMBS

LETTRE DU ROI A M DE STEDINGK

bjorkosund , le Juin 1790.

Gyllenram qui m'a remis votre lettre, mon cher Stedingk, vous dira que je me porte bien , et que j'ai été remercier aujourd'hui mes houssards et mes dragons de s'être bien battus contre les dragons de Plezkow, à 50 verstes* de Pétersbourg, J'ai appris aujourd'hui que Savitaipal est pris par les nôtres, et que le baron d'Armfelt y a été blessé. Ma sensibilité l'a emporté sur toute considération de dignité , et j'ai écrit moi-même au

* Dix lieues de France.

comte de Soltikoff, pour le prier de faire passer par le plus court chemin , une lettre ouverte pour Armfelt, et que je puisse avoir de ses nouvelles, LMnquiétude terrible que je donne aux ennemis sur les côtes , les obligera à se retirer vers la capitale et cela facilitera vos opérations qu'il faut, je crois , pousser àprésentà lamanièredeCharlesXII. J'ordonne au baron de Wrede de se rendre à la brigade d' Armfelt, pour en prendre le commandement, en cas quMl soit grièvement blessé. Je vous félicite de la victoire de vos chaloupes canonnières. Je ne connais pas d'arme plus dangereuse. Ici nous avons attaqué avec ces chaloupes des frégates et un vaisseau de ligne, qui ont perdu leurs mâts et leurs vergues. Je vous renvoie votre mémoire. Il est impossible de refuser , quand la demande et le motif sont aussi nobles que les vôtres. Adieu, mon cher Stedingk. Je vous souhaite mille prospérités , et de pouvoir vous rencontrer de ce côté-ci de Viborg.

270 MRMOIRBS POSTHlraiRS

LETTRE DE M. DE STElMIfGK AU ROI.

Joiia,él0JuUletl700.

Sire,

Ma joie ne peut pas s'exprimer de voir Votre Majesté sortie, à. son honneur et gloire, dupas dangereux où son grand courage Tavait engagé*. J'ignore* et je compte pour rien les per^ qp'elle a pu faire à cette occasion. De sa personne dépend le salut de l'État, c'est une vérité dont ses ennemis mêmes sont d'accord, et quand à de si

* Le roi était entré avec la flotte dans le golfe de Fiborg^ où elle avait été bloquée ; ce n*est qu^avec une perte considérable qu'elle a pu sortir de ce golfe.

»0' COMTE DE SVB0HI6K. â7t

grands intérêts se joint le tendre attachement qu'elle m'a inspiré depuis mon enfance, il ne m'est pas possible de ne pas frémir en voyant Votre Majesté toujours prête à se dévouer pour le bien public, et à se précipiter dans le gouffre, pour sauver Rome, Malgré ces justes inquiétudes, je n'ai point partagé, Sire, la terreur où votre absence, la supériorité des forces ennemies et le prétendu blocus que Votre Majesté vient d'essuyer avaient plongé une grande partie des chefs et de l'armée. J'ai compté sur César et la fortune, mais je désirerais de tout mon cœur, que Votre Majesté y comptât un peu moins, qu'elle voulût bien ne pas croire possible tout ce que son courage lui fait imaginer tel.

Je suis , etc.

CuRT V. Stedingk.

872 MteOimBS POSTOUMBS

LETTRE DU ROI A M, DE STEDINGK

Svlnsksund, le 14 jaUlel 1790.

Vous savez sans doute déjà, mon cher Stedingk , par le comte de Mejerfelt, comment je me suis relevé de l'échec que les Russes se vantaient tant de nous avoir fait éprouver à notre sortie de la rade extérieure de Viborg. C'est une rude leçon donnée à la jactance du prince de Nassau , et pour ne pas tomber dans le même défaut que lui, je laisserai à M, de Charpentier à vous dire ce qu'il a vu : 300 officiers et 6,000 hommes prisonniers, plus de 50 vaisseaux , 1,400 canons : voilà, en peu de mots, le résultat de la bataille du

9 juillet. Je m'attends cependant à une nouvelle bataille , car le prince de Nassau ne voudra pas en rester à cette défaite. Si le bon Dieu favorise encore nos armes, je pourrai abandonner la mer et songer à la terre. En attendant, il faut bien prendre patience. Je n'en ai guère, car je souhaite ardemment la paix ; mais elle est difficile ; car quand je suis battu, je ne veux pas la faire , et le même sentiment anime l'impératrice. Cependant , si la flotte anglaise qu'on nous annonce, arrive , et si les Prussiens , comme des prisonniers nous le disent, sont déjà entrés en Courlande, il me semble que la paix est immanquable. Adieu. Je vous souhaite du bonheur , et vous prie de saisir le premier moment favorable , car je suis convaincu que les Russes ne sont pas aussi forts qu'ils cherchent à le faire croire.

LETTRE DE M. DE STEDINGK AD ROI

Pertimaeki, ce 23 juillet 1790.

Sire,

Monsieur de Charpentier , qui m*a apporté la lettre de Votre Majesté, du 1&, est un bien mauvais nouvelliste. Il n'a pas pu m'apprendre le moindre détail sur la glorieuse journée du 9*, mais j'en connais assez pour savoir que de ce jour dépendait le destin de la Suède, qu'il fixe pour toujours la réputation militaire de Votre Majesté , et qu'il doit lui valoir auprès de la postérité le titre de

* Bataille de Swensksund.

sauveur et de conservateur de la patrie. Jamais auaei te Te Deum n'a été chauté de meilleur cœur que le nôtre d'avant-hier. Nous avons fait beaucoup de bruit, et notre joie a éclaté de toutes les manières que le séjgur de Pertimaeki veut bien pennetU^.

Je fais des vœux , et j'espère que la victoire acconipagnera partout les pas de Votre Majesté, et que le prince de Nassau soi-disant deviendra par vos soins le plus poli de tous les princes.

Je suis , etc.

CuRTv. Stedingr.

Gustave III avait déployé une grande énergie à cette occasion , et s'était montré héros à la force du terme. Lors du désastre de sa flotte à la sortie du golfe de Wiborg, et quand tout le monde avait perdu courage, et considérait que le Roi se--

276 MÉMOIBES POSTHCMRS

rait obligé de se retirer avec sa flotte jusqu'en Suède, il s'arrêta à peu de lieues de Tendroit où il avait éprouvé cet échec (à Swensksund^ sur la côte de Finlande, près de Sweaborg, dans un archipel de rochers), et déclara à ses amiraux et officiers , tout étonnés de sa fermeté, qu'il n'irait pas plus loin, et qu'à Swensksund on lui élèverait \m monument ou une tombe. Il mérita le monument qui reste encore à lui élever.

La bataille de Swensksund contre une flotte supérieure à celle des Suédois, et où celle-ci captura cinquante-trois vaisseaux, avec quatorze cents canons de gros calibre, et fit prisonniers trois cents oIBSciers, quatre cents sous-ofliciers, et près de six mille hommes, est une victoire tellement éclatante par ses résultats, qu'on n'en trouve même pas de semblable dans les annales du monde.

Une paix honorable en fut le grand avantage pour la Suède, qui après trois campagnes contre la Russie couronna l'œuvre par ce coup d'éclat.

Si le Roi avait commencé cette guerre légèrement , c'est à sa grande énergie et à son grand courage que la Suède doit le bonheur de s'en être tirée si bien , surtout lorsqu'on se rappelle que le Danemark était venu se joindre à la Russie

comme puissance auxiliaire, et que nous nous trouvions ainsi entre deux feux , attaqués de toutes parts, et sans un seul allié.

M. de Stedingk contribua aux résultats de cette guerre par la résistance opiniâtre qu'il oflfrit à l'ennemi pendant trois campagnes successives, et sur une ligne d'opération déplus de cent cinquante lieues de France. Son frère, l'amiral Stedingk, eut une part non moins glorieuse à cette guerre.

Comme c'était lui qui commandait la flotte suédoise sous les ordres du Roi, à la bataille de Swensksund, et comme c'était lui encore qui ouvrit avec son vaisseau le passage à travers la flotte russe, quand celle des Suédois avait été enfermée dans le golfe de Viborg; il le fit d'une manière d'autant plus éclatante et même chevaleresque, qu'après avoir déjà percé la flotte nisse il rentra de nouveau dans le golfe, à travers les feux croisés de plusieurs vaisseaux de ligne pour venir au secours des autres vaisseaux suédois , et à leur tête perça une troisième fois la flotte russe, tout étonnée d'une manœuvre aussi hardie. C*étaient ainsi les deux frères Stedingk, qui, après le Roi, étaient les véritables héros de cette guerre.

Nous approchons maintenant d'une nouvelle

phase de la vie de M. de Stediûgk , celle de sa carrière diplomatique , noû moins honorable pour lui que celle de ses armes. Elle fut amenée , sans son désir, par la lettre suivante du Roi.

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

Au camp de Verele^ le 13 août 1790.

Monsieur de Bury m*a apporté votre lettre, mon cher Stedingk. Au lieu de vous autoriser aux opérations que vous me projetez, j'ai une proposition bien différente à vous faire. C'est de me dire s'il vous conviendrait d'accepter l'ambassade de Saint-Pétersbourg. Elle sera très-agréable , vu lé nouvel ordre que vont prendre les choses entre les deux cours, et comme vous avez de la douceur, beaucoup d'usage d'une grande cour, et que vous avez eu l'honneur de battre les Russes, vous serez également aimé et considéré. Je me ferai en

même temps un vrai plaisir de réparer en quelque manière ce que vous perdez par la suppression de vos pensions en France, elle séjour que vous ferez à la cour de l'impératrice ne me privera pas du plaisir de vous voir souvent. Tout ce que je viens de vous dire vous prouve que nous approchons du moment de la paix ; cependant, hier elle était presque rompue de nouveau, mais il faut espérer que tout s'arrangera au mieux. Cependant je vous demande le secret le plus absolu , et une prompte réponse à ma proposition. Je dois ajouter que, sans être convenu de la trêve, elle est tacitement établie entre nous ; ainsi vous ferez de même observer une parfaite tranquillité entre vos avant-postes. Le 25 juillet, la paix a été signée entre le roi de Hongrie et le roi de Prusse. Le ïoi de Hongrie rend toutes ses conquêtes aux Turcs, et une partie de la Gallicie à la Pologne. Le roi de Prusse renonce à ses prétentions sur Dantzick, et abandonne les Belges. Vous m'avouerez que l'empereur Léopold n'est pas un ambitieux de premier ordre, et qu'il professe dans toute son étendue une des vertus chrétiennes, l'humilité. Adieu , dans peu je vous donnerai de mes nouvelles.

DU COMTE DE 9TBD1NOK. 281

LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Pertimaeki, ce 15 août 1700.

SlRE,

Rien n*est plus flatteur, mais aussi rien n'est plus embarrassant que la proposition que Votre Majesté vient de me faire au sujet de la mission de Pétersbourg. J'avoue que je suis effrayé en portant la vue sur la carrière tortueuse et pénible dans laquelle Votre Majesté veut me faire entrer. Je crains de n'avoir ni la force ni l'adresse qu'il faut pour la parcourir. Je me suis aperçu souvent que Votre Majesté avait trop bonne opinion de moi. Né faible , sensible , paresseux , je

282 MBMOIRBS POSTHUMES

n'avais aucune des qualités qu'il fallait pour les grands emplois, et mon goût m*a toujours porté vers la tranquillité et vers les vertus douces et faciles. Le sort qui se joue de la destinée des hommes m'a souvent mis en opposition avec moimême , et si un sentiment profond de l'honneur m'a fait supporter quelquefois des fardeaux considérables, cela n'a été qu'en épuisant mon peu de vigueur et mes forces. A présent. Sire, que vous allez rendre la paix à la Suède et mettre le comble à votre gloire , je n'aspirais qu'à jouir tranquillement de' vos bienfaits, qu'à revoir mes amis en France, qu'à partager le reste de mes jours entre le bonheur de voir Votre Majesté, de l'entendre, de m' éclairer par ses lumières, et celui de cultiver l'amitié des personnes auxquelles je suis tendrement attaché depuis longtemps. Au lieu de cette vie paisible et heureuse , Votre Majesté veut me transporter à la cour de cette Czarine superbe, qui se repaît de guerres, de faste et d'adulations, à cette cour où l'on trouve tout , excepté ce qui rend la vie heureuse. Ne vaudrait-il pas mieux , Sire , y envoyer un jeune homme , sémillant , vigoureux, riche, amoureux des plaisirs, qui possédât ces talents agréables de la persuasion dont il

ne me reste plus la moindre teinture. Voilà, Sire, mon sentiment, que je soumets à la pénétration de Votre Majesté , à ses bontés, •et j'ose dire à son amitié pour moi. Si , apl^ cela , elle persiste à vouloir m'exiler de sa cour, de la France, de ma patrie , je dirai Seigneur y ta volonté soit faite , et moyennant un secrétaire qui fasse les affaires, un bon maître d'hôtel , qui fasse aller la maison , et une bourse bien remplie, j'irai prœnener ma figure antique à la cour de la puissante impératrice, mais sans ces trois points, l'ambassade ira mal. Je ne sais pas quel traitement le baron de Nolken a eu à Pétersbourg , mais je sais qu'il s'y est ruiné. Si Votre*Majesté voulait me donner quelqu'un qui prît tout mon revenu, qui payât la dépense de ma maison , et qui me donnât un petit écu par jour pour mes menus plaisirs , je serais fort content. J'attache un grand prix à n'être point dérangé , à ne pas avoir de dettes ; en cela , comme en tout le reste, bien différent de plusieurs grands hommes de ma connaissance ; et puisque me voilà sur l'article de la dépense, je demande la permission de représenter à Votre Majesté que mon traitement en France monte à 12,000 livres , et à prè& de 4,000 livres de pension ; qu'en obtenant le

grade de maréchal de camp qui me revient de droit par mon ancienneté , ce traitement me reste en entier quand même je ne serais pas employé. Mais si je quitte le service, il me revient toujours la moitié de, mon traitement ou 6,000 livres , et ma pension que la très-économique assemblée nationale, malgré ses vertiges, ne pourra jamais m'ôter * ! Que j'ai en outre trois années de bon, ou près de 50,000 livres, et que tout cela court grand risque de devenir à rien , si je ne puis point aller en France pour mettre ordre à mes affaires. Il serait fâcheux de perdre un revenu et une sonmie si considérable ; il le serait encore davantage , d'aller s'abîmer de dettes sur les bords glaci!i.ls.du Neva. Je suis sûr que d'une manière ou d'autre , Votre Majesté me préservera de ce malheur, et je répète en toute confiance , ma prière de tous les jours: Seigneur^ tavelante soit faite!

Je suis, etc.

CuRT V. Stedingk.

* Quelle erreur!

DU COMTB DE 9TBDINGK. 285

Page 1