II!. H
StO afÉMOlBES POSTHUMfeiil
fait est , qu'à la conférence d'Abo le prince royal a mis en avant la restitution des tles d'Aland^ petite partie de la Finlande, et que Tempereur n'a pas même voulu donner son assentiment à cette demande, disant « que cela le déconsidérerait aux yeux de la nation russe. »
Or, nous le demandons , s'il a refusé la restitution de quelques misérables îles dont la popûlation n'excède pas 15,000 hommes, comment croire qu'il aurait pu consentir à la restitution de la Finlande entière avec un million d'habitants, pays qui couvre la capitale de la Russie, donne de nombreux matelots, et forme un vrai bijou de sa couronne? Tout ce que le prince royal put obtenir d'Alexandre M l'offre de lui remettre les îles û'Oesel et de Dago , ainsi que Riga , en dépôt; mais seulement en dépôt, îles qu'il pouvait re* IM^endre quand il voudrait.
Mais s'il est peu vraisemblable que l'empereur Alexandre se fut décidé à remettre la Finlande à la Suède , il est certain qu'il n'aurait pas pris cet engagement sur la simple promeêêe de coopérer avec la Russie; et que cette coopération aurait dû être commencée ,avant l'évacuation de
la Finlande.
DU <r01fTE DE STRMK6K. 2ll
Mais ce commencement d] opération ne pou»^ vait se faire que lors de l*oqverture.de la navigation de i*43, comme la conférence d'Abo n'a ea tieu qu'au mois de septembre 1812, et que la saison était trop avancée alors pour préparer, et pour exécuter le déb^arqueinent d'une force aussi c(maidérable que celle de $0,000 bônmieB.sur te flanc de Tarmée française en Pologne^ ou sut* ses derrières en AHen>agne; or au prihtempi de AHè / rétat des choses avait entièrement dii^ngé de faee. Napoléon » au lieu d'être en marche sur Mosqow avait été refoulé jusqu'à l'Elbe , et son. ar^ raée avait été détruite. €omnaent croire que la Russie se serait résignée ^lors à céder vôloûtairemeiît la Finlande à la Suède, elle qui n'a jamais rien cédé , et qui même- après les défaites de Wagram et d'Eylau a su accjuérlr des provinces, au Heu d'en perdre* Alexandre se serait d'autant moiniî fié à une simple promesse du prince royal , qu'il 4Be méfiait toujours de lui (ce que toutes les dé-* pêches de ce temps confirment) , et qu'il se plai-^ gnait oonstammeni de la présence du chargé d'afflûres de France à Stockhohn (M. de Cabre ne partît de là que le 7 janvier 181â) et de la résidence de la princesse royale à Paris, qu'il consi-
M BÊÉSÊÙtÊBS POSTHUMES
dérait comme un Agent secret du prince royal
auprès de Napoléon.
Ce que nous venons d^émettre prouve jusqu'à
l'évidence la fausseté du reproche qu'on a fait au prince royal , de ne pas avoir demandé la Finlande au lieu de la Norwége, à son entrevue à Abo : il était clair au reste que Tempereur Alexandre devait préférer gagner la coopération de la Suède, aux dépens d'un autre ^qiCk ses propres dépens, et offrir plus tôt la Norwége que la Finlande à la Suède, Mais hâtons-nous de retourner aux mémoires du comte de Stedingk.
M. de Stedingk fut nommé feld-maréchal au mois de septembre 1811 ; le roi lui destina dès lors le commandement de Tannée, qui selon un traité conclu le 3 mars 1818 , entre la Suède d'une part, et la Russie et la Grande-Bretagne de l'autre , devait se rendre en Allemagne aussi vite que possible, pour prendre part aux opérations de laguerre conb'e Napoléon ; ce traité était ainsi <:ionçu :
l"" La Suède s'engageait à employer dans une opération directe sur le continent un corps de 80,000 hommes (au moins) qui devait agir de -concert avec les troupes russes, que l'empereur
DU COMTB DB «TBDllIGcE. 313
avait promis de mettre sous les ordres du prince royal;
2"* L'Angleterre de son côté devait concourir à la réunion de là Norwége avec la Suède , par tous les moyens, soit par ses bons ôfBces , soit par ses forces maritimes , agissant de concert avec celles de la Suède et de la Russie ;
3* La Grande-Bretagne s'engageait à fournir un million de liv, sterl. par an, payable par douzième de mois en mois ;
4* La Grande-Bretagne cédait à Sa Majesté^ le roi de Suède, au prince royal et à sa dynastie , la possession de la Guadeloupe.
Le corps d'armée suédois de 30,000 hommes devait faire partie de la grande armée du nord de TAllemagne sous les ordres du prince royal de Suède.
Cette armée se composait ^e 5 corps, savoir:
deux prussiens formant un ensemble de 50,000 hommes sous les ordres des généraux Bulow et Tauenzien, un corps russe de -20,000 hommes sous les ordres du général Winzingerode , un corps composé de troupes Hanovriennes , Mecklembourgeoises et Hanséates de 15,000 hommes sous les ordres du général Walmoden, et un
21 i MéMOlRES VOSTHOMES
corps suédois de 30,000 hommes sous les ordres du feld-raaréchal comte de Stedingk, ' '
Chef d'état-major, le lieutewant-généràl comte Adlercreutz, sous-chéfs d'état-major les géné^ raux Gustave de Lôwenhjelm et de Tawast. Le corps d'armée suédois se composait de trois divisions d'infanterie , sôus les ordres des généraux Sandels , Dôbeln et Posse et d'une division de cavalerie, sous les ordres du général Skœldebrand. Chef d*état-major de l'armée suédoise , le général comte de Bjôrnstjerna.
Le maréchal fut investi du commandement par une patente du prince royal, dont voici le contenu ;
Straisund , 32 juillet 1812.
Mon cousin ! (*)
L'organisation de l'armée alliée du nord de l'Allemagne exigeant un commandant en chef, je me fais un plaisir de vous apprendre que je vous ai nommé pour commander l'armée suédoise.
O Les rois de Suède , ainsi que les princes de leur famille, donnent le titre de cousin aux nobles du pays qui portent le titre de seigneur du royaume , titre reconnu par la paix de Wesiphalie, etdont il n*y a maintenant que douze membres.
VV COMT& OK STBMN«K. 216
Vos talentâ militaires et votre amour de la patrie ont fixé mon choix.
Votre très-affectionnë Charles-Jean.
En outre de Tarmée en Allemagne « la Suède maintenait alors deux autres années, l'une sur les frontières de la Norwége , commandée par le feld-maréchal comte d'Essèn, et Tautre en Scanie, sous les ordres du feld-maréchal baron de Toll , pour observer le Danemarck. Ces trois armées formèrent un ensemble de plus de 60,000 hommes sans compter les équipages de la grande et de la petite flotte , allant à 20,000 hommes.
L'armée suédoise se compose d'hommes dont le type robuste et vigoureux est presque éteint dans le reste de l'Europe, où les armées se forment maintenant de conscrits, dans un âge trop jeune pour bien résister aux fatigues de la guerre, et au poids de l'armement.
Les chevaux de la cavalerie suédoise sont de taille moyenne, sûrs de jambes, durables et actifs; leur type est celui des chevaux du Don , dont ils descendent probablement.
L'artillerie suédoise est bonne et se distingua
216 MÉMOIRBS P0STHDMK9
aux batailles de Gross-Beereri , de Dennewitz et de Leipsig.
L'officier suédois peut-être considéré comme un des. meilleurs de l'Europe , il réunit la braypure à l'instruction, la discipline à l'honneur.
Si l'arrnée suédoise n*a pas eu l'occasion de se distinguer pendant les campagnes de 1813 et 1814, la faute en était au prince royal qui considérait cette armée comme son corip^ de réserve (*), l'heureuse issue des batailles quMl livra , fit que ce corp3 ne fut pas mis en action. II eut cependant l'occasion de se distinguer dans plusieurs affaires , con^me celles de Çossyig, Dcssau, Born- {loft , Gluckstadt, Frédricsort, et même à la bataille de Leipsig, où les Suédois furent les pre-^ piiers à forcer l'entrée de la ville.
Quoiqu'il n'entre pas dans le plan de cçs niémoires, dç rçndre compte des. opérations militaires de la campagne de 1813 , nous croyons cependant çievoir offrir un tableau de la position, des armées belligérentes , lorsque le corps suédois, commença à prendre part aux opérations.
La stratégie de cette époque avait une grandeur d'échelle comme on ne l'avait pas vue encore dans
{^) La garde de Napoléon ne tira pas un coup de fusil» pen-. dant toute la campagne de Russie en 1812.
D0 GCflITI DE STttimK. 317
{es anoales cki inonde : ce n'était (ms conune du temps de Louis XIY^ ou de Frédéric le Graod, une province qui était le théâtre de la guerre; i'Eûrope entière retentissait d'armes, les soldatsdes rives du Tage se mesuraient avec ceux des rives du Don; ceux de Naples, avec ceux de Suède, et les plaines de rAUemagne étaient devenues le rendesi-vous de tous les guerriers de T Europe.
La ligne d'opération s'étendait des bords de la Baltique jusqu'à ceux de l'Adriatique ; l'aile gauche de Napoléon s'appuyait sur deux places fortes : Hambourg,où le maréchal Davoust commandait avec 30,000 hommes, etLubeck, où le prince Frédéric de Hesse commandait 10,000 Danois, et son aile droite s'appuyait sur Vérone et Venise, où le vice--roi d'Italie avait son armée; mais Napoléon menait^ Contre toutes les règles, une autre guerre de front, c'étaiti^celle d'Espagne; il occupait la ligne du Duero avec une avant-garde à Salamanque , et avait un corps d'armée dans le royaume de Valence, à l'une des extrémités de l'Europe, tandis qu'il maintenait, à l'autre, 30,000 hommes dans la forteresse de Dantzig.
La ligne stratégique du nord pouvait se diviser en trois sections : Tune de Hambourg jusqu'aux
21^ MéMOIEBS P0STBCME8
montagnes de TErzgebirge; Tauta^e, de ces mon* tagnes jusqu'au Tyrol, et la troisième du Tyrol à l'Adriatique.
Sa grande armée était réunie dans la preim^e de ces sections , et était forte de2&0v000 hommes* Dans la seconde section t il y avait un corps de réserve à Wûrtzbourg et un corps bavarois sur rinn, ce qui portait le total de ses forces en Aile* magne à 350,000 hommes.
Le vice-roi d'Italie avait 60,000 hommes sur le* TagUamento. ^
Là ligne de l'Elbe , que Napoléon occupait dans le iiord de l'Allemagne, était avantageuse, elle formait une courbe depuis Magdebourg jusqu'à Dresde, qui, de son centre (Leipzig), n'exigeait gu'une à deux marches , pour se porter en force sur le point de l'Elbe, oii l'ennemi trouvait le passage, d'autant plus difficile, que les for-r teresses de Konigstein, Dr^e, Torgau, Wittenberg et Magdebourg le défendaient Mais Napoléon dédaigna une prudente d^ensive; il se porta en avant, fit des pointes : deux vers la Silésie, arrêtées par les batailles de Bautzen et de la Katzbach ; deux vers Berlm, arrêtées par la bataille de Gros Beereh et de Dennewitz, et
DU COMTB OB StBDIN&K. 219
deux aiitree dans les d^lés de la Bohême» dont l'une fut' arrêtée par la bataille de Kulm , et dont Tautre échoua d!eUe-même. C'est ainsi que Napoléon perdit les avantages de sa position défensive , et le fruit de sa victoire de Lùtzen.
Mais revenons à l'armée suédoise. Son avantgarde avait débarqué vers la fin du mois d'avril , le gros de Tarinée suivait successivemeht , de manière que le total (30,000 hommes (*), bien comptés ) devait débarquer avant la mi-mars.
Le prince royal ne débarqua lui-même. que le 16 mai. La position de son armée était critique. Le corps de 27,000 Prussiens qui devait être mis sous ses ordres était encore en partie en Silésie, et en partie près de Berlin , pour couvrir cette capitale. Le corps russe qui devait être mis sous ses ordres, extrêmement réduit par les fatigues de la campagne de 181 2 , était encore en Pologne, de manière qu'il n'avait que le corps suédois avec quelques nouvelles levées mecklemljourgeoises et hanovriennes de peu de force.
L'armée suédoise n'avait pour point d'appui
(*) LVmëe se composait de 27,000 hommes d'infanterie , y compris les troupes poméraniennes : de 3,000 hommes de <:ayalerie et de près de ?,000 d'artillerie et de génie.
220 MEtfOmES POStHDMBS
que la seule place de Stralsund , qui, entièrement démantelée par Tennemi, l'exposait , en cas de malheur, à être jetée dans la mer.
Sa droite prêtait le flanc à deux forteresses de premier ordre (Hambourg et Magdebourg), d'où l'ennemi pouvait déboucher avec <ies forces considérables, et l'exposait, si elle avançait, à être coupée de la mer et de sa ligne d'opération.
Sa gauche était exposée aux mêmes dangers; Stettin et Kustrin sur l'Oder , étaient occupées par l'ennemi, qui rendait toute opération vers ce côté difficile ou impossible.
Elle avait en face une armée formidable , qui , par deux victoires (à Bàutzen et et Lutzen) , avait reconquis l'initiative et repoussé Tarmée russeprussienne jusqu'au fond de la Silésie, tandis que , pivotant sur les places du haut Elbe (Konigstein, Dresde, Torgau et Wittenberg), Napoléon conservait une ligne d'opération plus rapprochée de ses ressourcés que celle des alliés , dont les convois avaient à traverser un pays ruiné par la guerre, et qui ne s'alimentait que du fond de la Russie.
L'armée du prince royal se trouvait encadrée entre les places de l'Elbe; derOder,'la mer et
UU COMTIK DR ST8DI9GK. iHl
Tarmée de Napoléon. I^ danger de cette position s*accrut par les démonstrations que fit le Danemark; d'une part il joignait ses forces à celles du maréchal Davoust, pour tomber sur lui, de Tautre il menaçait les provinces suédoises, limitrophes de la Norwége.
Le prince royal apprit , peu de jours après son arrivée en Allemagne, que les souverains alliés avaient conclu un armistice avec Napoléon,, (le 4 juin, àGabersdorf), qui devait durer jus^ qu'au 10. août. Il profita de cet intervalle pour proposer une entrevue à Tempereur Alexandre et au roi de Prusse , qui eut lieu , le 5 juillet , au chftteau de Tracbemberg , en Siléisie.
C'est à cette entrevue que le prince royal traça le plan de campagne, dont les résultats furent la bataille de LMpsig^ et l'évacuation de l'Allemagne par les armées françaises (^).
C'est à Trachemberg que le prince royal de Suède reçut de l'empereur d'Autriche une lettre •qui s'exprime ainsi : « J'apprends que vous êtes
Voyez le compte que Tambassadenr d^Angleteire , lord <Cathcart « rend de cette conférence , inaëré dans les actes da parlement de cette époque, et dans lequel il dit que le plan a été dicté par le prince royal Àfi Suède.
22â MÉMOIttES PO&TBDME^
avec votre armée sur le continent et dans les rangs de la coalition ; cette nouvelle m'a* décidé k m'y joindre, si l'empereur Napoléon rejette la paix que je lui ai proposée. > Et c'est à Trachemberg que l'empereur Alexandre , le roi de Prusse et le prince royal de Suède signèrent le traité d'alliance qui amena la délivrance de l'Europe du joug de Napoléon.
Le maréchal Stedingk avait accompagné le priiice royal à cette mémorable entrevue, et fut consulté, tant sous les rapports politiques (pe militaires.
La décision toute puissante de l'Autriche de joindre ses forces & celles des alliés peut être attribuée ainsi à trois circonstances : l"* à l'influence du prince royal de Sttèdè et son arrivée en Allemagne ; S*" à ce que Napoléon avait refusé les profiositions que le prince dé Metternich lui avait faites à Dresde; et 3"" aux victokes du duc de Wellington ^r l'Èbre (bataille de Vittoria), dont la nouvelle veùait d arriver au quartier général de l'empereur d'Autriche.
Le pïinçe royal et le maréchal Stedingk quittèrent Trachemberg le 8 juillet, et furent obligés de faire un détour poi\r revenir en Poméranie ,
mr COMTE DE StBmBTGK. 223
afijtt de ne pas tomber entre les mains des Français.
Aussitôt de retour en Poméranîe , l'armée suéd'ôîsè fut mise en marche pour se porter sur Berlin et Ciôuvrir cette capitale contre les tentatives de Tennemi , qui était maître de tous les débouchés defElbe, Torgau, Wîttenfaerg, Magdebourg et Eombourg. Les corps prussiens de Tauenzîen et de Bulôw vinrent se joindre à Tarmée suédoise à Berlin , ainsi que le corps d*armée russe sous les ordres du général Wrnzingerodé. Le géiiéral Hirschfeldt masquait Magdebourg, Boulon, Witténbérg, et Walmoden Hambourg. Les forteresses de rOder étaient masquées par d'autres corpÉ^ prûssiéhs.
Le corps d-àrmée suédois sous lés ordres du maréchal , le corps d'armée prussien sous les ordres du général Bulow, et le corps d'armée russe souslesordresdugénéral Winzingerode (*), étaient réunis dfevant Berlin poiir couvrir cette capitale.
La poéitîôiï de cette armée combinée était entre le Havel et là Sprée , à la hauteur de Pots-
(*) Le général comte de Woronzoff commandait ce corps en second.
234 M^ilOIRBS PaSTll0iiES
dam et de Feltow^ Elle occups^ des hauteurs (fax ont le village de Gros-Beeren sur leur fronts
Les .Russes formaient l'aile droite , les Suédois le centre, et les Prussiens l'aile gauche, la cavalerie en réserve ; l'artillerie de campagne couroU'-» nait la crête des hauteurs.
C'est dans cette position, assez forte, que Je prince royal attendait l'ennemi après la fin de l'armistice.
Le maréchal Oudinot commandait l'armée française opposée à celle du prince royal, forte de 70,000 hommes. Il prit l'offensive et déboucha sur trois colonnes des places fortes de Torgau ^ Luckau et Wittemberg , les 24 et 25 août*
La marche de ses colonnes n'était pas bien combinée , elles n'arrivèrent pas en même traips à l'attaque comme cela arrive souvent Celle du centre arrivée la première fut attaquée par ie gé* néral Biïlow et renversée par lui. Celle de gauche trouvant les Russes et les Suédois contre elle n'osa point risquer l'attaque , et <^lle de droite n'arriva qu'après l'affaire. C'est ainsi que fut gagnée cette bataille qui coûta beaucoup de monde à l'ennemi obligé de se retirer en hâte vers les mêmes forteresses dont il avait débouché peu de jours avant.
Luckau se rendit avec 1,000 hommes de garnison.
Le temps était affreux, il plut à verse pendant plusieurs jours, ce qui n'empêcha pas le maréchal Stedingk de bivouaquer à la tête de son armée , nonobstant son grand âge.
Napoléon , mécontent du maréchal Oudinot , donna le commandement de cette armée au maréchal Ney, le 4 septembre. Après avoir reçu des renforts qui portaient cette armée de nouveau à près de 80,000 hommes, ce maréchal se porta en avant, le 5 septembre, et marcha sur Juterbock. C'était en grande partie un mouvement de flanc. Le terrain était ouvert. Ney avait 12,000 hommes de cavalerie qu'il laissa en réserve , et qui devaient être peu utiles pendant la bataille. Le prince royal saisit ce mouvement de flanc avec , habileté, et fit attaquer l'armée française par les corps de Bùlow, et de Tauenzien , soutenus par ceux de Stedingk et de Winzingerode. L'artillerie suédoise, partie en avant, eut beaucoup de part au gain de cette bataille qui porte le nom de. Dennewitz, d'après un village dont les Prussiens s'étaient rendus maîtres.
Cette bataille sauva Berlin^ où Ney avait dit
iiS MÉMOIRES rOSTHtJMES
quMI dînerait le lendemain ; elle lui coûta beaucoup de monde (18 à 20,000 hommes) , et obligea les Ffânçaiâ à se retirer au delà de l'Elbe. Uarmée du prince royal fie porta en avant sur ce fleave , dont les places fortes fidrent investies.
L'armée suédoise occupait une position centrale prèd de Zerbot. Le maréchal avait, le premier, fait passer TElbe par un corps suédois à Worlitz qui se porta en avant jusqu'à Kemberg. Il fit jeter un pont de bateaux à Koslau, éleva une tête de pont pour sa défense, et fit une attap. (Jtte contre Dessau , occupé par l'ennemi.
Les Suédois s'avancèrent jusque sous les flHirailles de cette ville, braquèrent du canon à vingt pas de ses portes, et firent preuve d'une valeur digne de celle des soldats de Charles XII.
Le pnûct royal opéra le passage de l'Elbe par les ponts de Roslau et de Âacben, en mâoae temps que le général Blôcher passait ce fleuve plus haut à Wartembourg (le â octobre). Une^série de mouvements stratégiques eurent Heu alors , que nodô ne sommes pas appelé à décrire. Pendant cei^ mouvements l'armée suédoise passa la Saale à Bernburg, mais fut rappelée pour se porter à
HaHe ^ et de là à Leipzig , où le sort de cette catth pagne devait se décider. Le maréchal septuagénaire était toujoun^ à cheyat à la tête de son armée , et supportait les fatigues comme le plus jeune de ses officiers. /
Les grands événements de la bataille de Leipzig sont trop connus pour que nous ayons besoin de tesrappeler ici; nous croyons cependant devoir juirtifier le corps d*armée du maréchal Stedingk, et «pliquer les raisons qui l'empêchèrent (à l'exception, de l'artillerie qui prit une part glorieuse à la bataille dè& le matin du 18) d'arriver. sur le champ de bataille avant quatre heures de l'aprèd^ lâidi*
L'armée suédoise bivouaquait, la nilit du 17 au lôàune bonne lieued' Allemagne dertièreles corps d'armée prussiens et russes fbrniant leur réserve, sur le principe que le pririce royal avait adtopté pendant cette campagne , au gr^M tégtél des Suédois. Le maréchal n'eut Tordre de se p(»^r eu avant qu'à dix heures du matib , tandis que la bataille avait commencé à six ; il y avait deux milles d^ Allemagne pour arriver au lieu désigné parle prince royal, lés hauteurs de Plaussig.
Dans sa marche, il passa près de l'armée de
Blûcher, aux prises avee le corps da maréchaf Macdonald , au nord de Leipzig. Blûcher, fortement pressé, envoya un aide de camp au maréchal Stedingk pour le prier de s'arrêter un moment pour le soutenir dans le cas où il serait forcé par l'ennemi. Le maréchal Stedingk ne crut pas devoir refuser cette demande. Aussitôt que l'ennemi fut rejeté sur Leipzig, le maréchal continua sa marche, traversa la Partha à un gué où il ne pouvait passer que trois hommes de front , et ne put ainsi , malgré la plus grande diligence , airriver sur le champ dé bataille que vers quatre heures aprèsmidi.
Le 19 au matin , l'armée suédoise s'était tout à fait rapprochée de la ville , et occupait un de ses faubourgs, Schonfeldt; son avant-garde fut même la première qui força le passage dans l'intérieur de la ville , et se porta sur lé seul pont • qui devait servir de retraité à l'armée française. C'est rimpétuosité de cette attaque , conduite par un aide de camp du maréchal , M. de'Dobeln (tué près du pont), qui engagea l'oflScier français, placé pour la défense de ce pont, à le faire sauter, et fit perdre à l'ennemi plus de 26,000 hommes restés en arrière.
mj COHTB DB STEBlNGR. 229
Le maréchal fut nommé chevalier de l'Aigle Hoir par le roi de Prusse , pour la part qu'il avait prise , liii et son année , à la bataille de Leipzig. Ayant déjà le cordon de Saint- André de Russie et celui des Séraphins de Suède, il se trouva, chose fort rare, <5hevali€r des trois premiers ordres du nord de TEurope.
Il se montra digne chevalier des Séraphins , ordre hospitalier de sa nature, par les soins qu'il prodigua aux blessés restés à Leipzig. Il réunit dans son hôtel sept généraux français et une trentaine d'officiers de cette natian , pour les faire ^"^ panser et soigner par des chirurgiens suédois. "-i^
Le surlendemain de la bataille , le maréchal ' |
eut ordre de se porter vers le nord de l'Allemagne , avec son armée. Le prince royal jugea qu'après lï
avoir si bien fait les affaires de ses alliés, il était , / *
temps de penser aux siennes. L'armée suédoise ?;
devait se porter vers le Holstein pour forcer te roi de Danemark , qui venait de faire une déclaration formelle de guerre à la Suède, à lui ij céder la Norwége. Cette marche vers le Holstein avait au reste un but stratégique tout à fait dans l'intérêt des alliés. Le maréchal Davoust occupait encore Hambourg, avec un corps de 30,000
230 aiéVOIRES POSTIlDMES
hommes, qui , joint au:i^ Da,n<Hd, aurait pu mettre une armée de 50,000 hommes sur les derrières des alliés, qui se portaient sur le Rhin et vers la Hollande. Or c'eût été le comble de l'imprudence; il fallait marcher contre Davoust et les Danois pour assurer les opérations des alliés contre la France. L'armée suédoise délivra dans sa marche le royaume de Hanovre de ce qui y restait de Français. Elle jeta un pont sur l'Elbe , à Boizenbourg, presque à la face du maréchal Davoust, et se porta de là à Lûbeck, occupée par un Corps danois masquant Hambourg sur son passage.
Le prince royal fit sommer Lûbeck, où le prince Frédéric de Hesse se trouvait avec un corps de 10,000 D2|.nois et un régiment de lanciers polonais. Il av$.it avec lui , comme ehef d'étatmajor, le général français Lallemand , oITicier distingué et connu plus lard conune fondateur du champ d'asile au Texas. Cet officier dressade concert avec le chef d'état-majôr de l'armée suédoise, le général Bjornstjernâ , l'acte par lequel il. s'engageait à évacuer la pUee, très -forte encore, que les Suédois occupèrent Je soir même , après avoir fait des préparatifs pour monter à l'assaut
m eas é^ refila. L'amiéa danoise fut vivement pc^rsuivie par la c^valeri^ miédoise , qm attaqua $911 arrîère-^gfircle à Bornhoft, culbuta dans sa charge impétueuse infanterie, cavalerie et artillem 9 fit beauoQup dô prisonniers et enleva six pièces de canon k rennemi.
De l4ibeGk, l'armée suédoise^ porta en avant jt^qu'à TEider et investit cette forteresse , ainsi qy^ celles de Gluçkstadt et de Frederikwrt Les f
dfiu^ dernières de ces forteresses furent prises par les Suédois qui envahirent le Schleswig et une partie du Jutland, Ils se portèrent vers la Fionie quand la paix fut conclue entre la Suède et le Danemark, le 1/i janvier 181 &, dans la ville de Kiel- "^
C'est par oe tvùt^ de paix que le Danemark ' ' ^
céda la Norw^ à la Suède ^ but principal de la politique du prince rpyal depuis son arrivée en :
Suède.
L'union de ia Nonwége à la Suède a eu , chose V^
fort rare, des suites plus heureuses pour le pays conquis que pour le pays conquérant. La Norwégç '}
y gagna libwté , indépendance et prospérité. La i
Suède, il est vrai, ne pouvait pas gagner ces '4
avantages qu'elle possédait déjà depuis long-
232 MÉMOIRBS POSTBUMBS
temps; elle gagna celui de ne plus avoir à crain- '■ dre un ennemi derrière elle, dans le cas d'une guerre contre là Russie , ce qui anciennement • avait toujours eu lieu.
Aussitôt que la paix de Kiel fut conclue, le maréchal reçut Tordre de se porter avec l'armée suédoise sur le Rhin. Cette marche se fit sur deux, colonnes , dont l'une passa le fleuve à Dusseldorf et l'autre à Cologne. Le prince royal arriva dan& cette dernière ville le 12 février 1814, et adressa au peuple français la proclarpation suivante :
« Français !
» J'ai pris les armes par ordre de mon roi ,
pour défendre les droits du peuple suédois. Après
avoir vengé les affronts qu'ils avaient reçus, et
concouru à la délivrance de F Allemagne, j'ai
l: passé le jRAm.
» En voyant les bords de ce fleuve où j'ai si souvent et si heureusement combattu pour vous, j'éprouve le besoin de vous faire connaître ma pensée^
» Votre gouvernement a constamment essayé I' de tout avilir pour avoir le droit de tout raé-
fc
priser; il est temps que ce' système change.
» Tous les hommes éclairés forment des vœux . pour la conservation de la France; ils désirent seulement qu'elle ne soit plus le fléau de la terre.
» Les souverains ne se sont pas coalisés pour faire la guerre aux nations, mais pour forcer votre gouvernement à reconnaître l'indépendance des États; telles sont leurs intentions, et je suis auprès de vous garant dé leur sincérité.
» Fils adoptif de Charles XIII , placé par l'élection d'un peuple libre sur les marches du trône des grands Gustaves , je ne puis désormais avoir d'autre ambition que celle de travailler à la prospérité de la presqu'île Scandinave.
» Puissé-je , en remplissant ce devoir sacré envers ma nouvelle patrie, contribuer en même temps au.bonheur de mes anciens compatriotes !
» Donné à mon quartier général de Cologne , le 12 février 1814.
» Charles-Jean.»
Le maréchal reçut l'ordre de faire investir les forteresses de Maestricht et de Julierspar des troupes suédoises , et de se porter en avant sur la Meuse. Le quartier général fut établi à Liège , où
234 Mmoms * posthumes
liç prince royal avait aussi le eiepé Les évéa^ ments de la. guerre se déclarèrent si ^ite, qu'en peu de jours on vit les batailles de Crapne, d« Laon, de Bar-sur-Aube et d'Arcis se succéder Tune h Tautre et conduire les alliés de plus en plus vers Paris, tandis que Tarmée du duc de Wellington, après la victoire d'Ortbès, avait porté une de ses colonnes (celle du maréchal Beresford) sur Bordeaux et Tautre sur Toulouse.
L'armée suédoise, il çstvrai, ne ïHÎtquepeu de part à ces événements ; mais sa situation n'était pas la même que celle des alliés. L'intérêt de la Suède était bien de refouler la puissance d<e Napoléon au delà du Bbin et dans les limites des anciennes frontières de la France , mai^ non d'abattre entièrement cette puissance , qui longtemps avait été l'amie et le soutien de la Suède. Le prince royal crut ainsi rwipUr sondevoirenverssanouvelle patrie , ainsi que ses engagements envers les puissances alliées , en se bornant à investir des forteresses qui ne tenaient pas proprement à la France, et à respecter le sol qui l'avait vu naître. Le maréchai partageait d'autant plus cette manière de voir que ses anciens souvenirs l'attachaient à la France , et qu'en bon Suédois il considérait cette
manière jçl'agir comme celle qui répondait le plus à rintérêt de sa patrie.
Le quartier général du maréchal fut transféré h Bruxelles. Il y reçut la nouvelle de TabdicatioQ de Napoléon et de l'entrée des alliés à Paris.
Le pripce royal , qui se rendit dans cette capitale pour avoir une entrevue avec les souverains alliés, engagea le maréchal à s'y rendre de méfne;
Quels changements depuis qu'il avait quitté la cour de Versailles en 1787!... C'était cependant le frère de son ancien maître qui venait renouer le fil rompu par tant de catastrophes.
Louis XVIII reçut l'amiral avec toute la: bonté d'un ancien ami ; ce fut lui qui le présenta à sa nouvelle cour et aux maréchaux de l'empire.
Le maréchal fut nommé ambassadeur de Suède à la cour de France , et chargé de prendre part aux négociations de paix qui devaient s'ouvrir à Paris. Le baron de Weterstedt lui fut adjoint dans cette négociation. Ces deux plénipotentiaires rencontrèrent beaucoup de difficultés dans Taocomplissement de cette mission , surtout pour ce qui concernait l'île de la Guadeloupe ^ que la Grande-
Bretagne s'était engagée à faire obtenir à la Suède, et que la France ne voulut pas céder.
Ces plénipotentiaires furent obligés d'y renoncer, moyennant une indemnité d'un million de . livres sterlings payé par l'Angleterre , mais pris sur les contributions françaises.
L'ambassadeur écrivit alors au prince royal une dépêche que nous reproduisons, et qui donne quelques renseignements sur cette partie des négociations (1814) qui concerne plus particulièrement la Suède.
A S. A. R, Monseigneur te prince royale de Suède,
^ ( Lettre particulière. )
« Monseigneur,
» On travaille ici nuit et jour à la paix , et cela avec une telle précipitation que l'ouvrage sera nécessairement imparfait, et donnera lieu à des discussions à venir qui ne se termineront point sans que la discorde s'en mêle. La paix entre la Suède et la France sera signée demain ou aprèsdemain, en même temps que celle des autres puissances alliées. Elle n'est pas aussi avanta-
DU COMTE VfE STBDINOK. 237
geuse qu'elle aurait dû l'être après les services signalés que Votre Altesse Royale a rendus à la cause commune ; mais c'est la meilleure que nous ayons pu obtenir, et nous nous sommes attachés surtout à maintenir, autant qu'il a été en nous , l'honneur et la dignité nationale, qui font nos seules richesses, et dont le fond$ a été augmenté' considérablement par Votre Altesse Royale, La cession de la Guadeloupe était d'une nécessité absolue ; mais, sMl faut en croire lord Casûereagh, ni la Suède ni Votre Altesse Royale ne perdront rien au change. D'après tous les renseignements que j'ai pu me procurer, Demerari , Esquebo et Berbice réunis valent mieux que la Guadeloupe , ' et dans tous les cas cette possession est plus assurée que l'autre , à laquelle la France attache un si haut prix , qu'à mon grand étonnement elle a donné Sainte-Lucie pour les 6'miife5.
» Le mal est que la négociation au sujet du dédommagement promis ne peut se terminer qu'à Londres, où lord Castlereagh va se rendre aux premiers jours.
î» Quant à la Norwége, s'il faut, pour sout mettre ce pays, l'assistance de TAngleterre et de la Russie , je crois que le roi peut y compter. Pour
238 MéHIOIBES POSTHUMES
la Prusse, ses secours seraient peut-être moins désintéressés, et s'il fallait les* acquérir par la cession de la Poméranie, que je regarde comme dévolue de nouveau h la Suède par la perfidie du Danemark , ce serait les acheter à trop haut pm. La France reconnaîtra nos droits sur la Norwége, fixais ne les garantira pas , ne pouvant point , dit M. deTalleyrand, prendre des engagwnents tendant à remettre la France en état de guerre.
» Cest après-demain que la nouvelle constitution de France sera proposée au corps législatif. On en parle divensement. En ce moment le roi peut tout; mais quand le charme de la nouveauté sera passé, il n'y àurar qu'une autorité pcépxmdé^ rante et active ou une constitution vigoureuse qui pourra réunir tous les partis et maintenir la tranquille en Fi-ance.
» Je suis avec le plus profond respect , » Monseigneur... »
Le prince r^yal lui fit la réponse suiranfe :
< Mon Gousm !
» Le roi a été très- satisfait de la manière dont vous avez conduit les négociations que Sa Majesté vous avait confiées, et je sais apprécier le zèle éclairé avec lequel vous avez tâché de combattre toutes les difficultés qu'on a fait naître, La rétrocession de la Guadeloupe et le souvenir de tant d'obligations nous donnaient le droit de nous attendre à plus de complaisance de la part du gouvernement français ; mais son oubli et sa froideur doivent être très-indifférents à la Suède. Un pays qui a lutté avec succès contre la puissance de Napoléon n'en peut craindre aucune autre.
» Le roi , dans les circonstances actuelles , voulant rapprocher de sa personne votre attachement et vos lumières, a donné l'ordre au comte d'Engestrom de vous communiquer son désir que vous retourniez en Suède. C'est avec un bien grand plaisir que je vous reverrais pour vous exprimer de nouveau les sentiments que je vous ai voués , et avec lesquels je prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne garde , étant » yoire affectionné cousin , » Charles-Jean. »
Stockholm , le 11 juillet 1814.
240 MÉMOIRES ^OSTHUMKS
Le prince royal avait quitté Paris après un .séjour très-court pour se rendre à Stockholm et de là aux frontières de la Norwége , où une armée devait être réunie pour faire effectuer le traité de Kiel ^ que le prince Christian héritier présomptif de la couronne de Danemark ( son roi actuel ) , avait tâché d'éluder en se faisant élire roi de Norwége (17 mai 1814) , ce qui était une manière de faire revivre ce royaume en Danemark lors de Favénement du prince Christian au trône de ce pays.
L'armée suédoise qui avait combattu en Allemagne sous les ordres du prince royal, avait reçu l'ordre de se porter du Brabant, où elle était lors de l'entrée des alliés à Paris, vers les frontières de la Norwége ; le mai*échal devant rester à Paris pour veiller aux intérêts de la Suède , le comnaandement de cette armée fut confié ad intérim au général Bjornstjerna , qui dirigea cette marche de plusieurs centaines de lieues. Aussitôt que cette armée fut réunie à celle du maréchal comte d'Essex, qui se trouvait là d'avance sur les frontières de la Norwége, formant un nombre de plus de 50,000 hommes sous les ordres du prince royal , le prince Christian fut sommé d'exécuter les stipulations du
btl COlitE DE STENNÛK. iii
traité de Kielj d'après iesquelles le roi de Dane-^ mark avait cédé la Norwége à la Suède. Le prince refusa; c'est alors que quatre commissaires des puissances qui avaient garanti le traité de Kiel (Russie» Angleterre , Autriche et Prusse) se rendirent au quartier général du prince Christian qui refusa de nouveau; il fallait donc en revenir aux armes. L'armée suédoise > \
passa la frontière sur plusieurs points pendant que j
la flotte suédoise , dont lé vieux roi Charles XIII avait pris lui-même le commandement, attaqua la Norwége du côté de la mer.
La guerre ne fut point de longue durée ; les Norwégiens, inférieurs en force , se retirèrent de tous côtés ; les forteresses norwégienncs parmi lesquelles on compta d'abord Frédérikshall ou Charles XII avait péri, furent prises l'une après l'autre , et la campagne finit par une amnistie et une convention conclue à Moss par le général Bjornstjerna, d'une part, et quatre commissaires norwégiens , de l'autre. Le iftor ihing (diète) fut convoqué à Christiana , où les commissaires suédois se rendirent pour traiter définitivement de l'union des deux pays sur des bases libérales et généreuses^
ni. 16
342 BfriMOIRES POSTHCMBS
Le fiiince Christian quitta la Norwége pour retourner en Danemark, après que le stor thing eut dûment enregistré la déclaration de son désistement des droits et des pouvoirs dont il avait été précédemment investi par le stor thing de Norwége, aloris réuni dans la petite ville d*Eidswold.
C'est ainsi que se termina cette levée de boucliers que le prince Christian avait faite en Norwége ; Tarmée suédoise retourna dans ses foyers , et le roi Charles XIII fut roi de Suède et de Norwége non^-seulement de juré ; mais aussi de facto. C'était à la politique saine et élevée du prince royal Charles- Jean que cet acte était principalement dû ; il annonça ce grand événement au maréchal parla lettre àuivante:
« Mon coDsm !
» Je vous annonce que nous avons enfin recueilli te fruit de nos travaux : la grande aflaîre de la Norwége est heureusement terminée. Hier le stor thing a unanimement élu et proclamé Sa Miajesté roi de Suède et de Norwége. J'ai voulu êt4*e le premier à vous faire part de cette heureuse nouvelle , et il m'est facile de juger du plaisir
DU mAKTE Bfi 9TEDITOK. 2kÈ
qu'elle vous causera , car Je connais votre Mta-r chement au roi et à ia patrie , et les sentiments que vous m'avez voués personnellement,
» Sur ce, je prie Dtleu qu'il vous ait , mon cousin 4 en sa sainte et digne garde , étant
» Votre bien affectionné cousin,
» Charles Jean. »
A mon quartier général de Frederickshall , le 5 novembre 181/i.
Le maréchal , de retour de son ambassade de Paris, ne s'occupa plus d'affaires politiques et resta au sein de sa famille pendant une dizaine d'années, puis fut de nouveau appelé par son roi sur le grand théâtre du monde.
Il fut nommé ambassadeur extraordinaire , pour assister au couronnement de l'empereur Nicolas troisième, empereur da Russie, qu'il avait vu couronner à Moscou ; il y trouva pour collègues tout ce que l'Europe avait de plus distingué ; c'étaient : le duc, de Hesse-Hombourg de la part de l'Autriche, le duc de Devonshire de la part de la
3il
MliMOIllES POSTHUMES
Grande-Bretagne, le duc de Raguse de la part de la France, etc....
Nous joignons les dépêches qu'il écrivit à la cour pendant cette ambassade , dépêches qui ne manquent pas d'intérêt dans ces circonstances.
DU COMTB DB STSDINGK. Stô
A S. EXC. M LE COMTE DE WETTERSTEDT
Saiot-Péterebourg , 1« 22 mii (3 Jnin) S 826.
Monsieur lb comte !
Partis de Dahiarp (*) le 29 mai à deux heures après midi 9 nous avons mouillé à la rade de Gronstadt 'le 1" juin à six heures du matin, après la navigation la plus heureuse. J'ai infiniment à me louer du commandeur Améen, ainsi que de tous les officiers de la frégate , et je suis convaincu que le roi a dans le premier un marin expert et habile > et dans le reste des ofiiciers des sujets distingués»
(*) Près de i)tockhôIiu.
âi6 MéllOlRES POSTMiJMeS
M. le baron de Palmstjerna (*) ayant reçu assez tard Tavis de mon arrivée, m'a envoyé M. de ïersmeden dès le soir, et il est arrivé lui-même hier matin de très-bonne heure , avec le consul général Sterky, sur un bateau à vapeur qui nous a amenés ici vers onze heures avant midi. A la rade de Gronstadt, nous avons trouvé une escadre de trois vaisseaux de ligne et de six frégates , prête à mettre à la voile. L'amiral Graeno , qui la commandait , est venu à notre bord pour me féliciter sur mon arrivée. Peu de temps après , la frégate s' étant approchée du pont, le vice-amiral Karapka a montré la même attention. Enfin me voilà bien établi dans la maison de M. le baron de Palmstjerna, qui me comble d'égards et de politesses. Le commandant de Pétersbourg^ le lieu- Unant général M. Baschautskyy m'a envoyé un aide de camp pour m'offrir une garde d'un offi-. cier et vingt-cinq hommes que je n'ai pas acceptés; néanmoins deux sentinelles ont été placées à ma porte. Aujourd'hui M. le baron de Palmstjerna écrit à Son Excellence le comte de Nesselrode , pour s'informer quand elle voudra me recevoir; et
(*) Envoyé extraordinaire et ministre picnipolcntiaire de Suède et de Norwége à la cour de Russie.
DU COMTE DE STEDlNfil^^ 2'»7
la poste partant avant midi , il ne me reste plus qu'à prier Votre Excellence de me mettre aux pieds du roi, et de présenter à Sa Majesié ilies très-humbles remercîments d'avoir rendu mon voyage aassi facile et ausi^* agréable que possible. J'ai l'honneur d'être avec les sentiments de la plus vive amitié et de la plus grande considération , etc. , etc.
3^8 . MÉMOIIIBS POSTHUMES
A S. E]ÇC. M. LE C01IT6 DE WETTEaSTBOT,
Saiut-Pétfirsbourg, le 36 mai ( 7 juin) 1890,
t Ma dernière dépêche était du S juin. Je m'at-
I tendais à être bien reçu ici, ayant l'honneur de
|\ représenter un souverain connu par ses hauts
r. faits et ses éminentes qualités ; mais je n'osais
t ^ espérer qu'après une si longue absence, je re^
î:/- trouverais chez mes connaissances et amis tant
|r de bonté , de cordialité qu'ils me témoignent.
I J*ai reçu le même accueil de Son Excellence
r M. le comte de Nesselrode qui m'a reçu avant-
ai '
f\- hier, et j'attends les ordres de l'empereur pour
^r* ma première audience. Sa Majesté Impériale fait
> ^ - son séjour alternativement à l'île de Télaguîne, à
^ ■ Zarskoselo, et à Péterhoff, et ne vient en ville de
DU GOMTB DB STBDIN6K.
grand mâtin que pour voir manœuvrer les troupes. Il y a quatre jours que Sa Majesté ma fait Thonneur de m'envoyer son aide de camp de service , pour s'informer de ma santé et me faire dire qu'elle me recevrait avec plaisir.
Le duc de Devonshire est arrivé hier.
Les cadets suédois et norwégiens ,[|au nombre de cinquante , ont débarqué avant-hier avec leurs oflSciers pour voir ce qu'il y a de plus remarquable , et par les soins du consul général M. Sterky, dont je ne puis assez louer le zèle et l'intelligence , sont logés et nourris pour le prix modique ^de deux roubles par jour pour chaque cadet et de cinq pour chaque officier.
Rien ne transpire encore sur le temps précis du couronnement , mais on prévoit qu'il ne pourra avoir lieu qu'après les six semaines de grand deuil et vers le 19 (6) d'août. Si ces conjectures se réalisent, je pourrai être de retour ici au commencement du mois de septembre , et la frégate revenant vers le même temps, si Sa Majesté n'en dispose autrement , mon retour en Suède aurait lieu avant l'équinoxe, temps des orages. Cette manière de voyager serait infiniment plus commode et moins coûteuse que toute autre.
250 MÉMOI&fiS POSTHUMES
A S. EXC. M. LE COMTE DE WETTERSTEDT
Saini-Pélersbourg, le 4 (14) Juin 1836.
Ma dernière dépêche était du 26 mai (7 juin) et celle de Votre Excellence du 28 mai.
L'empereur est revenu en ville et a couché , à ce que Ton dit» au palais Anitschkoff. Il y a apparence que j'aurai bientôt mes audiences , retardées par Tabsence de Sa Majesté Impériale et par le travail immense auquel l'empereur se livre sans relâche , Tinstruction concernant les autours de rémeute du 26 décembre étant achevée.
Le moment est arrivé ou le jugement sera prononcé par une commission composée , à ce que Ton croit , du grand conseil, du sénat , et du synode.
DU GOMTB DE STBMNiSK. 251
L'impératrice mère va revenir de Moscou pour assister aux funérailles de S. M. l'impératrice Elisabeth. Le grand-duc Michel est revenu avant-hier, et le prince royal de Prusse, troisième fils du roi , est attendu un de ces jours.
La frégate qui m'a amenée ici , et la corvette , auront mis en mer pour leur croisière si le vent Ta permis. Une partie des officiers de l'équipage ^ et tous les cadets suédois et norwégiens qui ont passé sept jours à Pétersbourg , sont retournés à Cronstadt avant-hier. Le gouverneur de Pétersbourg], M. de Kutusoff , leur a facilité tous les moyens de voir ce qu'il y avait de plus remarquable, et quelques jours avant leur départ, il est arrivé un o^e de l'empereur au général Paul Suchtelen , nommé récemment quartier-maître général , de choisir un officier qui devait les accompagner, et leur montrer sans ej^ception tout ce qu'ils désimient voir.
^2 MKMOIBBS POSTHDMKS
A S* £XC. M. LE COMTE DE WËTTËRSTEDT
Saint-Péterabourg, le (21) juin 1826.
Ma dernière était du 5 (17) juin.
Mon audience , qui m'avait été annoncée pour dimanche, n'a eu lieu que lundi dernier, second jour de la Pentecôte (vieux style). C'est au palais de l'empereur dans l'Ile de Télaguine, en audience privée , que LL. MM. IL m'ont reçu. L'ac* ceuil que l'empereur m'a fait ne m'a laissé rien à désirer. Sa Majesté a gagné infiniment , pour la taille et la figure , depuis que j'ai eu l'honneur de lui faire ma cour à Paris. Que Votre Excellence se figure un bel homme, dans la plénitude de la jeunesse et de la vigueur, avec
1>U COMTE DE STfiDINGK. 253
la conscience de ses grands moyens , et avec un air si franc , si ouvert , si loyal , qu'il inspire au premier abord une confiance illimitée , et elle aura le portrait de Tempereur. Avant d'avoir pu lui adresser la parole. Sa Majesté m'a embrassé avec la plus grande bonté. Lui ayant témoigné le prix que le roi attachait à son amitié et la part que Sa Majesté prenait à la nouvelle perte que la maison impériale venait de faire par la mort de l'impératrice Elisabeth, l'empereur a répondu dans les termes les plus amicaux ,, les plus expressifs , à tout ce qui concerne notre auguste souverain ; et quant au deuil dans lequel la Russie vient de nouveau d'être plongée , Sa Majesté Impériale a rappelé les différents sujets de douleur et d'inquiétude qui l'avaient affligée depuis sept ou huit mois. Lui ayant observé que ces malheurs avaient contribué à sa gloire personnelle , elle a répondu avec une modestie admirable qu'elle n'avait rien fait que tout aqtre qui portait l'uniforme (montrant son habit) n'aurait fait à sa place. Enfin , je ne finirais point si je voulais rapporter tout ce que cet entretien avait d'intéressant et d'aimable. Lui ayant demandé la permission de présenter les personnes de ma suite , l'empereur
25i MéMOtftBS POSTHUMES
est sorti avec moi »et a adressé la parole à chacune d'elles. Après cela on m'a conduit chez l'impératrice, qui a répondu avec beaucoup de grâce à tout ce que je lui ai dit de la part du roi , et qui s'est informée particulièrement de ce qui concernait notre princesse royale, ses couches, ses relevailles. Ensuite elle a fait entrer ceux qui m'accompagnaient, que j'ai eu l'honneur de lui présenter, et auxquels elle a fait un accueil très-gracieux.
Le même jour l'ambassade d'Angleterre a eu ses audiences.
L'enquête qui regarde les détenus pour crime de trahison, qui sont au nombre de 120, étant finie, la commission chargée du jugement définitif a commencé ses séances. On a divisé les coupables en trois classes, d après le plus ou le moins de leur culpabilité , et il n'est pas probable que le jugement définitif puisse avoir lieu av2|.nt trois ou quatre semaines. C'est aussi vers ce temps que l'on prévoit le départ de l'empereur pour Moscou , où le grand-duc Michel est allé avant-hier.
Les restes mortels de l'impératrice Elisabeth arriveront à Tschesmé samedi prochain, d'où
ils seront transportés lundi vers le soir à la sépulture impériale.
Le luxe est monté ici à un degré surprenant Lefs grands dîners se succèdent dans le corps diplomatique , et le baron Palmstjerna , qui a bien voulu se charger d'inviter en son nom les personnes que je suis dans le cas de voir, en donne souvent , ce qui me dispense de beaucoup d'embarras et diminue les frais nécessaires si j'avais monté ma maison ici.
J'ai l'honneur d'être avec la plus haute considération, etc., etc.
356 MinoiRKs postuiniiR»
A. S. EXG. M. LE COMTE DE WETTERSTEDT
Saint-Pétersbourg, le 16 (28) juin 182^.
La dernière dépêche de Votre Grandeur était du 16 juin, et la mienne du 9 (21) juin. J'y avais fait mention que M. le duc de Devonshire avait eu ses audiences le même jour que moi, et il avait effectivement été reçu ce jour-là en audience privée chez S. M. Timpératrice ; mais il avait eu l'honneur d'être admis chez l'empereur quelques jours avant, par suite de l'avantage d'être connu personnellement de Sa Majesté, et de l'avoir lo-r gée chez lui pendant le voyage qu'elle a fait en Angleterre. Il en résultait quelques doutes sur la préséance entre nous, objet qui ne gagnait
DU COMTE DK STEDINtSK. 257
quelque importance que pour ne point déroger k l'article du congrès de Vienne qui en décide. En conséquence, j'étais convenu avec M, le baron de PaJrastjerna , qu'il s'informerait auprès de S. E, le comte de Nesselrode, qui avait été un des membres du congrès, du sens véritable qu'il fallait attacher au contenu de cet article. Sa réponse est conforme à ce que nous pensions tous deux , le baron et moi , à savoir que la préséance des ambassadeurs est réglée d'après la date de la notification olTicielle de leur arrivée , et que par là, cette préséance m'était due, sans aucun doute. Désirant d'€h convenir amicalement avec M. le duc de Devonshire, M. le baron de Palrastjenia en a parlé à M. Disbrowe, ministre d'Angleterre ; mais quelques incidents ayant retardé cet entretien jusqu'au jour fixé pour la translation du corps de feu S. Mrtrapératrice Elisabeth , de Tschesmé à Pétersbourg, et la question n'ayant pu être décidée ce jour-là, j'ai cru prudent de ne pas paraître à cette cérémonie. Une indisposition qui m'avait retenu à la maison deux jours avant m'en a fourni le prétexte. Cela ne m'a pas empêché d'aller voir le matin M. le prince Charles de Prusse. Cette visite ne pouvait pas se différer, puisque S. A. Royale,