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L^ même jour, le dtner militaire que le corps des négociants eut lapermission de donner à l'Empereur, a eu lieu au grand manège. Cet édifice avait été transformé en deux jardins, avec un beau gazon, des fleurs et des arbres portant des fruits de toute espèce. Le milieu formait une salle, où huit cents personnes dînèrent. La description de tout ce qui rendait ce dîner remarquable demanderait une longue relation , que le départ de la poste ne me permet point de faire ; mais je ne puis passer sous silence que plusieurs bas officiers et soldats y étaient invités, et que leur table fut servie comme celle de l'Empereur. Tout le corps diplomatique et tous les militaires du rang de colonel, dînèrent à la table de Sa Majesté , et le reste à d'autres tables dressées dans la même salle, A moins d'accidents imprévus, je compte demander mes audiences de congé, de sorte que je pourrai partir d'ici le 16 (28) septembre, temps vers lequel toutes les fêtes de cour seront pa^es.
DU COMTE DB STBDfn&K.
A M. DE SGHULZENHEIM, CHANCELIER DE LA COUR
Moscou, le 14 (26) septembre 1836.
Depuis mon dernier rapportdu &(16) septembre, j'ai assisté à trois fêtes magnifiques, la première donnée par la noblesse de Moscou, et les deux autres par M. le duc de Raguse et M. le duc de Devonshire. Plus de deux mille personnes étaient rassemblées à la fête de la noblesse, dans un local unique dans son genre , par sa grandeur et le beau style qui règne dans son architecture. Les deux ambassadeurs ont été obligés , pour suppléer au défaut d'emplacement, de faire construire des salles, qui étaientdécoréesdans'le meilleur genre. A la fête du duc de Raguse, rassemblée était plus
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nombreuse, au delà de neuf cents personnes étant invitées. Le souper se donna dans une salle oh trois cents dames étaient assises à vingt-sept tables, sans compter celle de l'Impératrice. Chez le duc de Devonshire il y avait moins de monde, mais il y régnait plus de magnificence, surtout en vaisselle d'argent et de vermeille, qui était immense et d'une rare beauté.
Hier au soir, le prince de Yousaupaff adonné un spectacle, bal et souper, où je n'ai pas pu aller, mes yeux, qui sont encore en mauvais état, ayant tellement souffert par les veilles des jours précédents, qu'il m'a été impossible de sortir; mais d'après tout ce que j'ai entendu dire, cette fête a été plus brillante que celles qui l'ont précédée. A tous ces bals l'Impératrice a été fort gaie et a dansé beaucoup, sa santé s'étant améliorée visiblement depuis son séjour à Moscou. On ne peut rien ajouter à la bonté et à la politesse que dans ces occasions LL. MM. IL , ainsi que M"* la grandeduchesse Hélène , témoignent à tout le monde , et j^ai à m'en louer particulièrement. Avant-hier le prince Charles de Prusse, qui ne dîne autre part que chez l'Empereur et les Impératrices, m'a fait l'honneur d'accepter un déjeuner dlnatoire chez
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moi y ou, d'après le désir de S. A. R,, il n'y avait d'invités que les Prus^ens qui se trouvent ici, le prince de Hesse et le maréchal comte de Sacken.
Lç^ dernières années, du maréchal se pasfii&reAt alternativement à Stockholm « où il exerça jusqu'à la fin de sa vie Içs fonctions de chancelier de l'Académie milita^'e•••, ou ^ sa belle campagne d'CHghaaun^r, en Sudenpdanie , sur les l;)iords du lac de Lock^atten.
C'est là surtout qu'en vrai patriarche il se reposait, au milieu de sa nombi'euse famille, des travaux de sa lojfigue et illustre carrière.
Maiis l'activité de son âme s y exerçait encore, soiteii oyvres de biepfaisapçe , soit en utile? amé- ((oraitipus rurales.
{1 eut la satisfaction d'habiter seize années la mfdson charnoante qu'il avait bâtie hii-méme d'après un modèle italien donné par un architecte célèbre de la cour de Catherine.
On le voyait journellement parcourir ses do-
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maines, franchir les haies avec l'agilité de la jeanesse, etfairesanssefatîgaer deux lieuesde France à pied. Il lisait beaucoup , surtout les auteurs classiques, etdéchifiârait récriture la plus fine sans se servir de lunettes, tant sa vue était parfaite.
Il aimait à rassembler autour de lui la jeunesse, il souriait aux jeux des enfants sur la pelouse ou dans la belle galerie dont les portes vitrées donnaient sur le parc et laissaient apercevoir les bords riants du lac. II accordait Thospitalité la plus cordiale et la plus aimable à tous ceux qui visitaient sa demeure, et chacun aimait à la visiter.
Durant les longues soirées d'automne, il contait au coin du feu , et. chacun était avide d'écouter les récits d'une vie si fertile en événements qui prenaient un nouvel intérêt par la manière dont ils étaient dépeints. Nul n'avait plusdecharmedansses narrations, plus de précision et de naturel à la fois.
Sa physionomie, remplie de finesse et de bonté, s'animait au souvenir des hauts faits auxquels il avait pris part , des actions généreuses ou des mots heureux qui se retraçaient à son esprit , et sa belle chevelure blanche , pareille à une auréole argentée , rehaussait encore l'expression de sa figure vénérablcw
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L'amour, le saint respect de s^ famille, Tes* / time 9 la confiance de son souverain , les bénédictions des pauvre embellirent ses vieux jours
Que ne purent-ils , hélas ! les prolonger encore ! . . .
La santé du maréchal, qui avait été rarement v altérée par des maladies graves, ne donna des craintes à ses nombreux amis que Tannée avant sa mort, où il fut atteint d*une forte pleurésie. Pourtant il ne tarda pas à s'en remettre complètement, et jamais il n'avait eu l'air mieux portant qu'à l'anniversaire de sa quatre-vingt-dixième année, où l'on vint de bien loin pour le féliciter, et où les oflSciers du régiment de la province se réunirent en corps pour lui rendre leurs devoirs.'
Après une soirée des plus gaies on le porta en . /-^ triomphe dans ses appartements.
C'était, hélas! le chant du cygne... Cette fête ^ si chère à tous ne devait plus se renouveler... Le maréchal expira le 7 janvier 1837, dans son hôtel, à Stockholm.
Le comte deStedingk n'était pas seulement une des grandes illustrations militaires et politiques de son pays , il portait dans sa vie privée toutes les qualités du cœur et de l'esprit, délicatesse, désintéressement, simplicité, amabilité; son nom res-
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tera dans les annales de la Suède, comme un de ceux qui réunirent au plus haut degré les ta^ lents de Thomme de guerre à ceux de Tbomme d'État, et aux qualités de Phomme de bien.
Puisse la patrie retrouver encore des bonomes tels que lui!. ..
Avant de quitter ces Mémoires, nous ferons part au lecteur de quelques pièces intéressantes retrouvées dans les archives du maréchal après Timpression des deux premiers volumes, dans lesquels elles auraient dû être inscrites par ordre de date. La première est une lettre de lui, datée des environs de Bruxelles , 1784, et qui se rapporte à la grande question d'alors ^ la navigation de TEscaut, qui manqualJe faire éclater une guerre en Europe. La seconde est une dépêche de Saint-Pétersbourg, qui retrace le tableau d'une fête donnée par l'impératrice Catherine de Russie , et nous montre cette princesse sous un point de vue bien différent que celui sous lequel on la représente ordinairement. Enûn, ce sont trois dépêches adressées au roi Gustave lY, sur l'issue de la bataille d'Âusterlitz , l'une datée de Troppau le surlendemain de la bataille, et les deux autres datées de Ratibor le 8 et le 11 décembre 1805.
Nous y joindrons une lettre peu connue de M. de Talleynuid à M. de Hauterive , écrite à cette époque , et qui se rapporte aux événeroeots racontés dans ces lettres de M. deStedingk.
APrBNmcK. 901
Lettre du baron de Stedingk aurai Gustave III,
A rHerniitage, châreau de madame la duchesse deCroy, en Belgique, 6 novembre 178&.
Sire,
Il m'est impossible de résister plus longtemps au désir de me mettre aux pieds de Votre Majesté, et de lui présenter Thommage de mon respect et de ma vive reconnaissance. Je suis depuis quelques jours dans un lieu qui me rappelle la Suède, par rattachement qu'on y porte à Votre Majesté. Cela seul suffirait pour me le rendre bien agréable, mais tout s'y réunit pour en faire une habitation charmante. Le château est situé au milieu d'une belle forêt, sur une esplanade immense, entourée de bosquets qui forment autant de jardins et de promenades pour toutes les saisons. 11 y a un théâtre , le plus beau que j'aie vu chez un particulier ; le fond s'ouvre et découvre la forêt, qui fait partie du théâtre.
Je me suis arrêté ici au retour d'un voyage que j'ai fait à Bruxelles et Anvers pour voir le prince de Ligne, qui y commande , et pour me mettre au fait de la querelle
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des Hollandais avec l'empereur. Je ne suis pas étonné qu'il cherche à s'affranchir d'un joug aussi humiliant que celui de ne pas pouvoir se servir d'une rivière dogt les deux bords lui appartiennent presque en entier. J'ai beaucoup vu les plénipotentiaires hollandais, et par tout ce que j*ai pu comprendre , ils céderont quoique avec beauconp de peine. L'affaire n'est pas d'une importance assez grande pour rallumer la guerre en Europe. Si Anvers est relevée, le commerce de la Flandre autrichienne en souffrira plus queceluide la Hollande; le commerce va toujours où il trouve le plus d'argent et de liberté. Les villes d'Ostende, de Bruges et de Gand ont donné un mémoire contre la liberté de l'Escaut ; mais si les Hollandais sont résolus à défendre leurs droits, ils font une grande faute de perdre leur temps en négociations au lieu d'agir. Il n'y a que 10,000 hommes d'Autrichiens en Flandre, étendus depuis Gand et Ostende jusqu'à Malines; rien ne serait plus facile que de détruire ces troupes avant l'arrivée des secours, qui consisteront eç six régiments d'infanterie , trois de cavalerie , quelques régiments de Croates , un de chasseurs du Tyrol et une brigade d'artillerie, le tout formant un corps de â6,000 hommes , sous les ordres, à tie que l'on dit, du général Alton; ce qui, joint aux régiments vallons mis sur pied de guerre, fera un total de 56,000 hommes. Pb\ vu M. de Belgioso ^ bien content de se voir si bien soutenu dans son entreprise; il était dans de grandes transes avant le retour du courrier. On dit qu'il avait été plus vite dans cette afiiaire que ses instructions ne le portaient, et l'archiduchesse n'aurait pas été de son sentiment ; LL. AA. RR. paraissent craindre autant une rupture que M. de Belgioso parait la désiher.
AFPBKDICK. ^3
Letm^ du baron de Siedingk au m Gu9iaw IIL
SalBt-Péterabourg^ le 1 (13) noTembre 1790.
SlRF,
Ce matin il y eut cercle chez Timpëratrice (*) ; Sa Majesté m'accueillit bien commeàrordinaire. Elle me dit que M. de Soltikoff lui avait dit que j'étais malade et que j'avais renvoyé mon billet d^invitâtion ; je protestais Contre l^un et l'autre , mais je ne savais pas encore ce qbe cela voulait dire. Le bal commença par iin joli quadrille où mademoiselle de Soltikoff, fille du général , et niademoiselle*** chantèrent des couplets à la louange de l'impératrice. Sa Majesté, après avoir regardé la danse un petit moment, se mit à jouer dans l'intérieur des appartements; M. de Subow^ les comtes de Stroganoff et de Schuwaloff firent sa partie. L'impératrice fut de tf*è8-bonne humeur. Elle s'entretint longtemps avec moi pendant le jeu, me parla avec intérêt de Voire Majesté,
n Catherine II.
mais peu , ce que j'ai déjà remarqué plusieurs fois ; la raison m'en parait être qu'elle craint de se donner un démenti trop prompt, sans compter que Ton ne passe pas dans un jour de la haine à l'amour. En me parlant de la France, je saisis cette occasion pour épancher ma douleur sur le sort de la reine et celui de ce malheureux pays; ce qui était affreux surtout, c'était dé n'y point voir de remède. L'impératrice répondit : « Il n'y en a pas encore. » Le lieu n'était pas propre pour pousser cette conversation , et pour ne point me rendre importun je m'en allai et je fus me promener au bal.
Cependant l'impératrice, qui soupe de bonne heure , s'était mise à table ; on lui avait dit que je m'étais en allé. Enfin , le comte de Soltikoff et plusieurs chambellans firent tant qu'ils me trouvèrent. La chose n'était pas difficile , j'étais assis en ce moment tranquillement auprès d'une table de jeu à quelques pas dei'appartement où l'impératrice soupa. La table n'était pas grande, je fus placé sur les genoux de madame de Soltikoff e( du comte Ostermann ^ l'impératrice me plaignit beaucoup d'être si mal , si serré , elle fit faire place. Elle me fit la grâce de me servir quelques plats qui étaient devant elle , et railla impitoyablement madame de Soltikoff, qui s'était mise tout de travers pour me mettre au large, et qui était déjà assez fatiguée de la soirée sans avoir besoin de cet agrément de plus. H y avait à ce souper, en hommes, les trois grands-ducs , les deux Nariskin , le grand écuyer et le grand échanson , le grand chambellan , les comtes d'Ostermann et de Besborodko, M. de Subow, l'ambassadeur, le comte Staremberg et moi; en femmes, la grande-duchesse, la princesse d'Arshow, madame de Soltikoff et mademoiselle de Protasoff. Jeudi dernier, je fus invité à l'ermitage ; la société s'assembla à six heures du soir, elle était de quarante personnes environ. L'im-
pératrice parot à six heures et demie et fut vraiment trèa-aimable , faisant les honneurs cônune une simple particulière , s'ocçupant dé tout le monde et paraissant s'amuser beaucoup. On dansait, on jouait aux petits * jeux, à la toilette, au jeu du ruban ; on fit trotter l'impératrice beaucoup , chacuti voulut l'avoir auprès de soi , je cherchais toujours d*avoir affaire à elle. Le jeu voulait qu'on se donnât de petites tapes sur les mains : les mains impériales ne furent pas épargnées par moi. Au milieu de tout ce badinage , je ne pus m'empécher d'être étonné de me trouver là; il n'y avait que quatre mois qu'on n'osait pas prononcer le nom d'un Suédois devant l'impératrice. On soupa à neuf heures; l'impératrice m'envoya deux plats qui étaient devant elle, c*était du retweg et du Im ttoelling Ç^) ; ce dernier mets était presque méconnaissable , personne ne savait le faire , mais l'impératrice avait voulu en avoir à toute force. Après souper, un violon se fit entendre à côté de la salle où l'on avait soupe ; on le suivit à la course par beaucoup d'appartements jusqu'à la salle de spectacle où Ton donna Scapin Dtêègne^ du comte de Ségur ; la fille dWreme , jeune et jolie chanteuse , chanta deux airs qui terminèrent cette soirée vers minuit. Il est bien rare que l'impératrice fasse de si longues Veillées. Le grand-duc assiste à toutes ces fêtes , mais ne paraît pas y prendre beaucoup de plaisir. Il me traite avec beaucoup de distinction , sur le pied d'une ancienne connaissance qui date depuis la France. Ses conversations avec moi sont si longues qu'elles m'embarrassent quelquefois; il prend souvent avec moi un ton gémissant. Sa campagne de 1788 lui a laissé de vives impressions, il est charmé de
(*) Deux mets suédois que rimpératricc avait fait préparer pour le comte de Stedingk.