C. DB Stedingk
SS& A^MNDieK.
A la comtesse de Biâms$jema.
^Igbammar, ee 16 juillet 1819.
Il Y a longtemps, ma cbëre Lisiaka, que j'aurais dû répondre à une lettre si tendre, si conforme à mes vœux que la vôtre du 6 juin , mais vous connaissez mes empêchements , et vous connaîtrez un jour, s'il plaît à Dieu, combien la vieillesse est lente; heureusement elle ne détruit point la sensibilité, tout au contraire. J'en fais l'épreuve quand je pense à vous, et cette pensée me suit partout et fait mon bonheur. Mais pour qu'il soit complet, ma chère amie , je vous prie instamment de soigner mieux votre santé que vous ne faites. Grands dîneris, courses à cheval dans une saison brûlante, bals et veilles, passage subit du chaud au froid, voilà de quoi altérer une santé bien plus forte que la voire , et tout cela au sortir d'une couche accompagnée de plusieurs maux. A votre âge, ma chère Lisinka, les plaisirs exercent leur empire ; ils vont leur train sans regarder en
avant ni en arrière , et il faut toute la raison dont vous êtes capable pour les contenir en de justes bornes. Cela fait) ils enibellissent la vie , et qui plus que vous est faite pour en faire sentir tous les charmes ?
336 APPBKOiCS.
A la comtesse de Bjëmstjema.
Elghammar, ce 7 octobre 1835.
Ma bien bonne amie ,
Vous m'avez donné de si bonnes tiouveUes que je m'empresse de vous en remercier. Assurémeol rien ne pouvait m'être plus agréable que le rétablissement de votre santé, et j'imagine que pour le bien de Thumanité, vous ferez publier le régime qui a produit mi si heureux effet. Pour moi , je Tai marqué sur mes tablectes, et je ne l'oublierai pas : la douche d'eau de pluie la nuit, abondance de parler de très-grand matin , el des bains froids de la mer pendant le jour. Après cela il est clair que l'on doit se porter comme un poisson dans Teau, et il est étonnant qu'une chose aussi simple ait pu échapper , aux plus grands médecins de* l'antiquité et du temps présent, et que la découverte en soit due à une jeune femme , jolie et modeste , qui ne s'est 'jamais mêlée de
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guérisoDB, pas môme de maux qu'elle a pu causer sans le vouloir. Enfin , ma obère amie , je vous en félicite , et je me réjouis d'avance d'en être bientôt témoin oculaire^ car il a été arrêté par l'autorité suprême , dont il n'y a pas d'appel, que, bon gré mal gré, j'irai à Stockholm.
ill. 32
318 APraniHGs.
A la comtesse de Bjornstjerna.
Ëlglfammar, ce 2k octobre 182A.
Ma bonne amie,
Si j'écrivais avec la moitié autant de facilité que vous , vous auriez un tas de lettres de moi. Il est si doux d^exprimer ce que l'on sent, et vous connaissez combien je prends part à tout ce qui vous concerne. Votre bien-être, votre santé, vos peines, vos plaisirs sont pour moi des objets du plus vif intérêt , et des jours de poste dépend en grande partie ma tranquillité ou mon inquiétude. Je ne suis pas content du genre de vie que vous êtes forcée de mener. La cour est un séjour où Ton n'est pas à soi , et qui par conséquent fatigue. Le grand monde a le même inconvénient, et vous avez besoin de repos pour reprendre des forces et cet embonpoint qui vous allait si bien. Avec une âme de feu et un cœur aimant et trop sensible , il faut carguer les voiles pour arriver à bon port. Je vous parle d'expérience. Que de peines dont je
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consolé! que de maux qui n'existent plui! dont je êeos tous les jours i'atteinte physiquement ! Je ne conçois pas même comment j'ai pu parvenir à un âge auësi avancé , ayant tant souffert. Ce sont , je erois , vos prières et celles de mes autres enfants qui m'ont oonservé. Â 'propos de mon âge , je voudrais bien ne pas recevoir de félicilations dans depx jours d'ici, où j'accomplirais 7& ans. Je voudrais pouvoir éloigner la pensée de quiltar soi|s peu vous et quelques autres objets de ma tendresse; à cela près, je ne regretterai pas la vie;étle est dépomllëe mmntenant de bien de ses oharmes et de téqtes ses illusions, qui trop souvent en tiennent lieu.
Mais quittons un sqet qui pourrait vous attrialer, et partons d'anlres choses. Croiriez-vous que , malgré mon éloignement de la cour et de toutes les affaires , je suis accablé de sollicitations en tout genre? On me croit en crédit, je ne sais pourquoi, mais c'est surtout à vous, qui m'avez donné un gendre tout-puissant , que je dois celte importunité (*) ? Ne voilà-t-il pas trois lettres qui m'arrivélit presque en même temps de trois personnes, qui demandent le même emploi et qui ont même droit à mes soins et à ma recommandation ? Je pense que Magnus en connaît au moins deux, et il m'est égal lequel des sollicitants il voudra favoriser, quoique le lieutenantcolonel A... , toutes choses égales, me paraît mériter le plus de considération. Je joins ici les trois épîtres que vous lirez àMagnusquand il ne sera pas trop occupé, et dans un' bon moment qu'il dépend de vous de faire naître. Je vous demande pardon à tous deux de vous donner cette peine. Ce ne sont pas des lettres dans le style de M"** de Sévigné, ni de J.-J. Rousseau, mais
(*X Le comte de BJOrnstjeriia était alors chargé du portefeuille de la guerre.
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elles sont bien autrement' importantes, et j'aurai sauvé ma conscience. Lecture faite , vous me les renverrez pour y répondre.
Louis me mande que Magnus et lui sont d'avis que j'écrive au nouveau roi de France pour r'avoir ma pension, mais cette démarche serait trop précoce; ma lettre serait noyée dans l'océan de celles qu'il a à lire, et il faut donner le temps à Sa Majesté de respirer. Le papier est près de finir , ma chère Lisinka, et il n'y a que vous qui avez pu me faire écrire une si longue lettre. Il me reste cependant à vous faire part d^une chose inouïe et toute nouvelle, c'est que je vous aime de l'amour le plus tendre, et que cet- amour va en croissant. Embrassez Magnus et vos jolis enfants de la part de votre adorateur.
G. ra Stedinok.
A la comtesse de Bjômxtjerna.
Elghammar^ M25jometl8S8.
Depuis , ma chérissime , que vous nous avez quittés cruellement , j'ai reçu de vous trois lettres qui ont fait mes délices et mon admiration. Comment se fait-il qu'au milieu des voyages, des courses de toute espèce , et, ce qui est plus étonnant , des plus grandes capitales , entourée et fêtée de tout ce qui s'y trouve de brillant en fait de société, vous trouviez le moment, non-seulement de penser à vos amis absents, mais aussi* de les en assurer par écrit de la manière la plus aimable? Comment ne point vous chérir à la folie, ma chère Lisinka, vous qui rendez au double tout ce que Ton peut vous donner de soins et de tendresse? Ce que vousm'avez mandé de mes anciennes connaissances et amis m'a fait grand plaisir. Il est doux d'être aimé, et à mon âge il reste si peu de personnes avec lesquelles on a été lié d'amitié, que d'en retrouver quelqu'une est une vraie jouissance. Mais je ne m'abuse pas, et suis convaincu que ce que
dUt APPHUICR.
VOUS avez reçu de soins et de politesse pendant votre voyage est dû à votre seul mérite sans aucune cause étrangère. Enfin, et j'en suis ravi, vous voilà au bout de votre course; c'est autant de gagné sur l'ennemi , sur le temps de notre séparation. Je n'ai jamais cru qu'il serait aussi court que vous l'aviez projeté à Stockholm , et Maman a été du même avis. Puisqu^il faut être séparés pour longtemps , j'aurais mieux aimé vous savoir à Paris qu'à Londres. La première de ces villes conserve ses attraits dans mon souvenir ; j'y ai passé d'heureux jours, et je ne connais pas d'endroit qui soit meilleur à user. J'ai été charmé de l'accueil que madam'e la dauphine vous a fait, et j'aurais désiré que vous eussiez vu le roi de France, pour lui dire combien je lui suis attaché. J'imagine que notre bon Magnus lui aura été présenté et qu'il en aura été bien reçu; il le. sera partout, et il réussira aussi bien dans le nouveau métier qu'il a entrepris qu'en celui qu'il a fait avec tant d'honneur, qu'il n'y a qu'une voix sur son compte, et que l'armée ne cesse de s'en louer et de le regretter. Embrassez-le bien tendrement de ma part.
Toutes les nouvelles que nous recevons du petit Roger sont excellenies; ce petit garçon a pour nous tous un grand mérite , celui de nous garantir votre retour le plus tôt que faire se pourra.
Adieu , ma bien chère amie , que le ciel vous protège et vous comble de ses dons.