‹ Memoires posthumes du feldmarechal comte de Stedingk (volume 4)Chapitre 5 sur 21 · DU BARON D'BNGESTROM A L'AMBASSADEUR · texte numérisé non relu

DU BARON D'BNGESTROM A L'AMBASSADEUR

Stockholm, le 1"Juin 1610.

Monsieur LE comte,

Les dépêches et les journaux vous ont déjà appris le malheur qui nous a frappés *. La consternation est générale. Le roi est inconsolable, mais a, grâce à Dieu, conservé sa force d'esprit, et sa santé est bonne , malgré la secousse qu'une nouvelle aussi inattendue devait porter à son système nerveux.

Votre Grandeur peut facilement se représenter

* Mort du prince royal Charles* Auguste de Ilollsteîn Augnstenbourg , par un coup d^apoplexie.

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notre situation en apprenant la nouvelle du décès du prince royal.

L'effet que cette nouvelle pouvait produire sur le roi nous alarmait vivement , les médecins ayant déclaré qu'ils ne pouvaient répondre de la vie de Sa Majesté , s'il avait une rechute de la maladie qui faillit nous l'enlever l'hiver dernier. ' Ce ne fut donc qu'avec les plus grands ménagements que tious lui apprîmes la vérité. Heureusement nos soins furent couronnés de succès, et nous pouvons espérer de lé conserver encore- Nôtre situation n'est pourtant rien moins qu'agréable.

Sans héritier présomptif du trône , et ne sachant où en chercher un , nous nous trouvons d'un côté entre la France , qui insiste sur des hostilités envers TAngleterre , et de l'autre entre la flotte anglaise, qui peut anéantir notre commerce et s'emparer de nos possessions ultra-marines.

11 faut tâcher de ne pas perdre la tête , et se conduire avec autant de dignité que notre faiblesse nous le permet.

Le sort et les circonstances décideront sur la manière dont nous nous tirerons de cette triste position ; mais si je suis contraint , vers le déclin

DU COMTE D6 STKMNGK. WS

de ma vie, à déplorer le malheur de la patrie, j'e^ère au moins avoir la consolation de pouvoir me dire que ma conscience ne me fait aucun reprodie, et que je n'ai rien négligé de ce qui dépendait de moi pour combattre la ruine qui nous menace. Le peuple, qui regrette vivement le prince royal, s'obstine à croire qu'il n'est pas mort de mort naturelle.

Pour moi , j'ai la conviction que S. A. Royale , qui déjà, avant son arrivée en Suède, était fort maladif, est tombé victime d'anciens refroidissements. Mais les masses ne veulent pas entendre raison là-dessus, et persistent dans leur idée que le prince a été empoisonné. Ils mettent ce crime sur le compte de la comtesse Piper, sœur du comte de Fersen , quoiqu'il me serait impo8sit)le d'imaginer quand elle â;urait pu l'accompidr.

D'après les rapports de la police, les esprits sont si exaspérés axAre le comte Fersen , qu'on en craint les résultats les plus fâcheux.

Votre Grandeur comprend que ce que je lui mande ici est sous le sceau du secret.

J'ai l'honneur d'être, etc., etc.

LaRS von ËNGESTIiÔM. •

lOi MKMOIRES POSTflOBIBS

DU BARON D*ENGB$TROM A L'AMRASSADEUR.

Stockholm , le 22 juin 1810.

Monsieur le comte,

J*ai de la peine à donner à Votre Excellence une idée juste de Tindignation qu'a fait naître chez nous l'horrible événement qui eut lieu mercredi passé *. Je crois, monsieur le comte, vous avoir déjà parlé des bruits que des intrigants ont fait courir, et que d'honnêtes fanatiques ont accrédités. Je n'ai cessé de les combattre, heureux d'avoir été plus sage que les autres, mais malheu-

* L^assassinat du comte de Fersen , grand maréchal , par la populace de Stockholm.

reux de ne pas avoir été cru. Lfe grand-maréchal comte Axel Fersen est tombé victime innocente de la fureur d'un peuple, pour ne paô dire populace, aveuglé par des préjugés et enivrée aux dépens de personnes qui espéraient pouvoir tout bouleverser. Il fut impossible de sauver le comte de Fersen , parce qu'on n'avait rien prévu , parce que la police était plus que borgne, parce que les troupes étaient en parade et n'avaient pas chargé, enfin , je crois pouvoir le dire , parce que Adlercreutz n'y était pas. Il y avait conseil d'État à I^aga; il en est revenu trop tard. Le roi Charles XIIl a prouvé dans cette occasioïi qu'on peut avoir du ïierf dans un âge avancé et avec une faible santé.

La tranquillité est rétablie pour le moment ; mais il, faut être sur ses gardes , et nous le serons. Nous passons la nuit au château, MM. de Wetterstedt , Platen , fljerta et moi , pour être prêts en cas de besoin.

Les séditieux trouvent très-mauvais qu'on ait tiré sur eux. . Ils auraient trouvé plus agréable de lapider les soldats à leur aise. Les troupes se sont parfaitement bien conduites. Le colonel Lagerbring est arrivé avec une partie du régiment d'Up-

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lande. Les Finnois qui nous restent sont ici , et les cuirassiers du Lijregemmte seront ici demain et après-demain. On a arrêté beaucoup de personnes; on va en arrêter bien d'autres, et l'on procédera avec vigueur. Il est question , dans ce - moment, de Texistence de la Suède. Noue sommes perdus si nous ne nou& faisons pas respecter; mais si , comme je Tespère , on se montre bien « si la justice est sévère, le moment est favorable pour donner de la force au gouvernement. Il faut avouer que j'ai été réservé pour des temps extrêmement difficiles. Je tâcherai de me conduire de manière à mériter l'estime des honnêtes gens. La seule chose dont je peux assurer Votre Excellence , c'est que je n'ai pas perdu courage.

Madame de Piper, sqeur du comte de Fersen * est probablement dans ce moment à Waxholmen en sûreté.

L'aide-de-camp du feu prince royal, M. de Holst, donne sa déposition, qui prouve clairement que le prince n'a paè. été empoisonné.

Je joins une copie de la note de M. de Suchtelen , qui prouve toute sa reconnaissance des mesures prises pour sa sûreté.

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Le comte d'Essen vient d'arriver.

J'ai l'honneur d'être , avec les sentiments de la plus haute considération et de l'attachement le plus sincère , de Votre Excellence, le très-humble ' et très4)béis8ant serviteur.

Laurent d'Engbstrôm.

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