‹ Memoires posthumes du feldmarechal comte de Stedingk (volume 5)Chapitre 10 sur 13 · MÉMOIEES POSTUCMëS · texte numérisé non relu

MÉMOIEES POSTUCMëS

Nyslott, ce 16 août 1788.

SlAE,

L'obéissance aux ordres de Votre Majesté est bien douce pour moi, le cœur la dicte et la raison en est d'accord. Nous ne devons point abandonner ce poste , tant que nous pouvons nous y maintenir. Ce sentiment n'est point celui du plus grand nombre , mais je crois être sûr des officiers de mon corps y ils n'oseront point me désobéir. Je ne réponds point du régiment de Savolax, l'autorité de M. d'Hastfer ne les contiendra pas. 11 est arrivé

BU COMTE BE STBDtNSK. IIU

ici, cetaprès-dlner, M. d^ Glaneenstierna et M. de Ramsay major ; le premier est beau*frère de M. de Sprengtporten , je me défie d'eux et de leur commission. L'esprit de mécontentement gagne tout le monde , et l'abatte rent , ceux qui sont le plus attachés à Votre Majesté. Les nouvelles qui nous arrivent de toute part y contribuent. Au nom de Dieu, Sire, songez à votre sûreté et à votre conservation. Les Russes, maîtres de la mer, vont infester vos côtes et intercepter toute communication avec la Suède. Elle est remplie de mécontents, et le comte de Raoumofski qui y reste toujours , à mon grand étonnement, est un tison ardent , parmi des matières combustibles. On parle déjà de rendre la Finlande indépendante, de convoquer les États irrégulièrement et de beaucoup d'autres horreurs. Ils ne veulent point voir , ces genslà , qu'ils courent à leur perte , que la Russie les flatte pour les asservir, qu'une fois le lien rompu, qui les attache à une autorité légitime, la Russie décidera ces querelles quand elle aura eu le temps de rassembler ses forces. Ils croient qu'en se retirant du pays ennemi , et en gardant leurs frontières , la Russie ne viendra point les y troubler. Quelle illusion ! Ce qu'il y a de sûr, c'est que de la

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part de Tarmée finlandaise , il y a une négociation entamée avec les généraux russes.

Je suis , etc.

lifj COMTK DE STEDINGK. 131

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

Kynuuenegard , le 1\) août 1788.

Je viens de recevoir vos deux lettres, et le comte de Fersen a reçu votre paquet. Non , je ne baisserai pas la tête sous le joug de rimpératrice. Toute négociation dans ce moment est impossible que par une cour tierce , et s'il faut que je sois accablé , j'aime mieux l'être par mes sujets que par mes ennemis. Je ne regarde pas les choses comme désespérées. 11 faut se tenir à Nyslott tant qu'on pourra, tout comme je tiens ici malgré tout le monde. Pour vous , mon cher Stedingk , il ne faut pas nous abandonner. La dernière des fautes

est de désespérer de la patrie , et si vous quittez la Finlande, ce doit être pour nous amener des Allemands qui savent obéir. Les grands états ne se détruisent pas , et vous verrez que du sein des maux il sortira un bien. En tout cas Thonneur exige de rester ferme tant qu'on le pourra , et je dirai comme François 1" : tout est perdu , hors l'honneur. On pense d'ailleurs trop bien en Suède, pour y avoir le mauvais esprit qui règne ici. Le comte Razoumofski est parti le 8. A la fm il a fallu qu'il obéît. On a envoyé de Lovisa de l'argent qui vous sera arrivé avant ma lettre.

LETTRE DE M. DE STEOINGK AU ROL

NyslottfCe 10 aoûll788.

Sire ,

Votre MaJQSté verra par la lettre de M. de Gûntzel , que les choses vont de mal en pis. L'ancien projet de M. de Sprengtporten , d'ériger la Finlande en république , projet si dangereux pour la Suède, si favorable à la Russie, fait tourner toutes les tôtes finoises. Il y a dans la liberté un appât qui trompe les plus clairvoyants et fait sur tout le monde , ici , l'effet de la tête de Méduse. Votre Majesté ne fera plus la guerre avec ces gens-là. Je ne vois qu'un moyen , Sire , pour ar-

rêter les progrès du mal , c'est de vous mettre à la tête des Finois , et d'écouter leurs griefs ; dans le fond ils haïssent les Russes , mais le nouveau cadastre les a fortement indisposés contre le gouvernement. La plus grande partie des habitants doit des restes de contributions , qu'ils espèrent ne jamais acquitter. Je suis presque certain , qu'en leur remettant leurs dettes à la couronne , en leur donnant la fabrique de l'eau-de-vie sans imposition , et en les dédommageant des frais que leur ont causés les arpenteurs, Votre Majesté aura tout le peuple pour lui. Les gens de qualité seront obligés de céder. Notre brigade finlandaise serait décampée hier si je n'avais point prévenu ce coup.

Je suis , etc.

CURT V. SïEDINGK.

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

Kymnienegard , le 23 août 1788.

Je sens vos inquiétudes et j'y compatis , mon cher Stedingk ; mais le mal n'est pas encore général. La déraison est plus grande à Ânjala que la trahison , et on y crie tout haut contre ceux qui veulent accuser ceux-ci d'idées de séparation d'avec la Suède. Ce qui arriva chez vous est l'ouvrage de *** : s'il revient, il faudra l'arrêter. En attendant je reconnais votre fidélité et celle de mes vrais serviteurs. Tâchez de tenir ferme où vous êtes , je vais envoyer un régiment suédois à votre secours. L'idée de séparation révolte les Suédois ,

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et a fait un bon efleU Pour moi je suis décidé à soutenir mon caractère jusqu'au bout, et à ne point céder à la fortune. Adieu. Ne doutez pas de mon amitié.

LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Randasalml, le 28 août 1788.

Sire,

Notre retraite de Nyslott s'est faite le 21. M. le baron d'Hastfer a eu Thonneur de détailler à Votre Majesté les raisons qui l'ont engagé à l'ordonner. Le major Sandels, qui s'est fort bien montré dans toutes les occasions, pourra rendre compte à Votre Majesté de tout ce qui s'est passé chez nous depuis que nos affaires ont pris une tour^ nure défavorable ; il pourra lui dire qu'elle a encore parmi nous des serviteurs fidèles, mais le nombre en diminue tous les jours.

Je suis, etc.

CuRT V. Stedingk.

128 IIÉMOIBES POSTHUMES

Randasalmi , le 2 septembre 1788.

SiRB,

Je ne me console point de notre retraite de Nyslott, et je m'applaudis de l'avoir constamment combattue presque seul contre tous. Il est certain que ceux qui la voulaient ne manquaient pas de bonnes raisons. Les secours que Votre Majesté nous promettait n'arrivaient point et ne pouvaient point arriver, puisque les troupes avaient pris la résolution de ne point passer la frontière. L'argent nous manquait , et les provisions devenaient rarer ;

mais je comptais sur ia bonté de notre position , et sur la fortune ; j'étais attaché à mon ouvrage , et j'étais au désespoir de l'abandonner presque achevé. Le poste que nous occupons à présent est faible conune tous ceux qu'on peut prendre de ce côté - ci^ Nous avons contre nous un généralmajor baron Schultz , avec quatre régiments et la séquelle ordinaire de Cosaques, Il nous faudrait une campagne entière , avec plus de force que nous n'en avons, pour reprendre nos avantages.

Nous avons €U ici une nouvelle ambassade d'Anjala , avec une déclaraition mal écrite et mal conçue , signée des chefs et des officiers de ce corps. Cette Excellence m'a demandé la permission de demaxider forklaringen des officiers des chasseurs et des dragons , comme il l'avait eu du régiment de Savolax. Sûr de mes officiers, du moins du plus grand nombre , je n'ai point hésité de l'accorder. Je ne suis pas content de ma réponse ; il fallait dire à cfes messieurs , par écrit , ce que je ne cesse de dire à tout le monde , que je désapprouve leur conduite. Mais Votre Majesté elle-même n'a point encore fait publiquement cette déclaration , qui , je crois , aurait été du meilleur effet. Enfin , je me

130 milOiRE» POSTHUMES

perds en tout ce que je vois et que j'entends. Le baron de Hastfer reste fidèleraent attaché à Votre Majesté.

Je suis , etc.

CuRT V. Stedingr.

DU COMTB 9B &TK9INQK. 131

LETTRE DU ROI A M. DE STEDIIfGK.

Drottnlngholm (château royal , près de Stockholm ), le 7 septehibre 1788.

Les armements du Danemark m'ont forcé à revenir en Suède ; j'ai laissé le commandement de la Finlande à mon frère, le duc de Sudermanie. C'est un fort mauvais présent que je lui ai fait, dans la destruction^ totaje de tout ordre, tant civil que militaire, dans le bouleversement de l'État. Je ne puis cependant voir qu'avec plaisir votre zèle et votre fidélité. Je vais faire tous mes efforts pour résister aux malheurs qui menacent l'État ; mais , sans être soutenu , secondé, je n'aurai d'autre consolation que d'avoir fait mon devoir.

132 MÉMOIBES POSTHUMRS

LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Lovisa , ce 4 octobre 1788.

SlKE,

II y avait si longtemps que nous n'avions pas reçu des nouvelles de Votre Majesté , que je n'ai pas pu y tenir, et que je suis venu ici pour en apprendre. Les ennemis de l'État avaient semé les bruits les plus étranges sur le compte de Votre Majesté. Les émissaires des factieux parcourent le pays pour répandre l'alarme et l'effroi de la puissance russe; mais, jusqu'à présent, le ciel soît loué, ils ne gagnent rien sur le peuple; il les appelle hautement poltrons et traîtres. J'ai eu

Foccamon de m'en convaincre sur toute ma route, depuis notre malheureuse retraite devant Nyslott et la scission dans notre petit corps qui l'a occasionée. On a su que j'étais resté fidèle à mon roi et à mon devoir , j'en ai reçu des louanges et des bénédictions sur mon passage* Les habitants m'ont assuré qu'ils quitteraient un chacun leur demeure pour défendre la personne de Votre Majesté. Il y en a qui m'ont suivi ici pour , au nom de leurs cantons , informer Son Altesse Royale de cette résolution; c'est une ressource bien faible, mais qui doit faire plaisir à Votre Majesté, et ranimer les bons citoyens. Elle en a une plus solide dans les talents et la conduite sage et ferme du duc de Sudermanie. Il a réussi à réunir les esprits en grande partie. Il m'a paru que les factieux commençaient à se repentir et à voir clairement que la Russie n'a voulu que nous amuser et nous tromper.' Dieu veuille qu'elle puisse trouver des ressources et de Y argent surtout, sans avoir recours aux États!

Je pars d'ici demain ou après-demain, et je retourne à mon triste Savolax ; Votre Majesté sait pourquoi. Lovisa m'a paru une Capoue en comparaison de Randasalmi ; mais , ce qui m'en déplaît

134 MBMOIBSS POSTHUMES

surtout, c'est que noua nous sommée mis h la merci des Russes , et que n<Mi6 y sommes dans une impossibilité presque entière de nous défendre ou d^attftquer; enfin, il faudra voir. Mais, ce qui est décidé , e'e^t que je sacrifierai tout pour prouver h Votre Miy^té ma fidélité et le tendre et resr^ pectueut attachaient que je lui porte d^uis de longues années. Si je ne perds point la vie en ht servant, j'ai la ferme confiance qu'elle ne m'aban* donneara point, et qu'elle prendra soin de nK^ii avenir. Les pruniers temps de ma jeunesse furent embellis par la protection et la tendre bienveillance de Votre Majesté. Mais, Sire, le Savolax est une triste demeure pour quelqu'un que vous affec*^ tionnez et qui a joui longtemps de la vie de Paris, et il ne vaut point la peine de m'y laisser languir, dès que je ne pourrais plus y être utile à Votre Majesté. Ce sera toujours la première règle de ma conduite; j'y mets mon ambition , mais quand on ne peut point ta satisfaire, il faut vivre pour le repos ; l'état mitoyen me paraît le pire de tous.

Je suis, etc^

CURT V. ST£DINGK.

DU COMTB DE STEIHN0K. 135

LfiTTRE DU ROI A M. DE STEDINGK.

Gothenbourg Je ft décembre it88.

J'^ reçu, mon cher Sted|og]e, votre lettre du 15 novembre, et une autre que le sénateur Sparre m'a envoyée i du 13 du même mois. Je sen^ , commç je le dois, votre attachaient, et encore plus vos sacrifices ; c'en est un bien grand que de rester où vous êtes. Nous sommes délivrés des Danois, Je n'ai pas tiré un seul homme de la Finlande, et si Tarmée de ce pays-là avait obéi , les opérations de la Russie n'auraient été dérangées en rien par Tinvasion des Danois. Elle n'a s^vi qu'à réveiller l'esprit national et à me procurer des

136 MéMOtRBS POSTHUMES

troupes que le pays in*a fournies. J*écris au baron de Ruuth et au sénateur Sp£U*re » pour vous faire avoir des souliers , des habits et du blé. M. de Toerne, dont vous me parlez, nous a instruit de bien des choses : il en a en horreur des trames formées contre sa patrie. M. de Sparre vous en parlera avec plus de détail. Sur tout ce qui s'est passé , mon avis est quMl faudra arrêter les chefs, et publier une amnistie générale pour le reste. Il y aura beaucoup de régiments vacants , et je ne vous oublierai pas en les donnant. Mandez-moi seulement lequel vous désirez , à condition cependant de finir la campagne dans le corps où vous êtes, puisque vous pouvez y rester plus longtemps et acquérir plus de gloire que dans le commandement d*un régiment où vous ne seriez que simple colonel. Je crois vos nouvelles de Russie un peu exagérées, n'étant guère possible que l'impératrice ait tant de troupes contre nous , pendant que les embarras de la Pologne et le roi de Prusse doivent l'obliger d'entretenir de grandes forces de ce côtélà. Pour moi , qui , dans les moments les plus critiques , n'ai jamais désespéré un moment , je me crois bientôt au-dessus de mes affaires , et j'y serais déjà sans la maladie funeste et inattendue du roi

DU GOBTfi DE STHDINGK. 137

d'Angleterre, qui y a causé du retard. Vous savez sans doute que le prince Potemldn revient, à ce qu'on dit , à Pétersbourg , après avoir perdu cinq cents hommes à un assaut infructueux d'Oczakow. On dit aussi que le général Romanzow a quitté l'armée. Je ne vous dis rien de cette pauvre France, qu'on anglise d'une manière si étrange. Pour commencer à la guérir de ses maux, on lui adonné la fièvre des notables, et l'on va lui donner le transport au cerveau par les états généraux. Le tiers état et la noblesse sont aux prises en Bretagne, et c'est encore pis, dit-on, en Guienne. Voilà bien des subversions, mon cher Stedingk, et lorsque nous nous reverrons un jour, vous ne reconnaîtrez plus rien en Europe, que mon amitié, que je vous conserverai toujours.

1S8 MSHOIKES POSTHUMES

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

Golbembourg , le 9 décembre 1788.

Quoique je vous aie écrit , mou cher Stediagk , avec le lieutenant Lang , je ne veux pas laisser passer cette occasion sans vous assurer de mon amitié. Je vous envoie , pour vous désennuyer , les discours tenus à l'ouverture de l'assemblée des notables. Il semble déjà que le crédit de M. Necker baisse. On a voulu faire revenir le cardinal Bernis de Rome , pour le faire présider au clergé , mais il s'en est excusé. Je joins à ces discours toutes sortes de pamphlets et d'écrits qui vous délasseront un moment. Je vous prie de ménager ces écrits républicains , qui ne sont pas de saison chez vous.

DU GOUTS DE mPUf QK . 139

E^sc^ssatsaaqoBSxa

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

Gothembourg , ce 19 décembre 1788.

Je reçois à Tinstant votre lettre du 28 octobre, dont je vous suis bien obligé, surtout pour le manifeste de rimpératrice Elisabeth. Je connaissais cette pièce de réputation ; mais elle était devenue si rare que je ne l'avais pu trouver. Elle me sera utile dans ces circonstances. L'impératrice a rejeté avec hauteur la médiation des trois alliés. Elle doit récapituler dans sa réponse tous les services rendus à la Prusse par la Russie, et puis la diatribe contre moi , semblable à peu près au manifeste déjà publié. Vous pouvez montrer celle-ci au baron de Hastfer, pour lui dire que je suis con-

\kO MÉMOIRES POSTHUMES

tent s'il donne la croix aux deux officiers dont vous me parlez, au cas qu'ils se soient distingués d'une manière remarquable. Je suis très-chiche de croix ; c'est une affaire d'opinion , et par conséquent il faut être extrêmement avare d'une monnaie pareille. Adieu, mon cher Stedingk. Portez-vous bien , et ennuyez-vous aussi peu qu'il sera possible.

BV COMUS DE 8TBDI1IGK. Ht

LETTRE DU ROI A M DE STEDINGK

Stockholm , le 29 décembre 1788.

La lettre que vous m'avez écrite , mon cher Stedingk , m'a sensiblement aiBigé. Après avoir passé les plus belles années de ma vie dans la paix et la concorde que j'avais cru rétablies , je me vois tout d'un coup au milieu des factions des temps de ma jeunesse , et presque environné de la guerre civile et de trahison que , même dans ces t^nps malheureux, on ignorait. C'est surtout quand je vois des personnes qui m'avaient bien servi , et qui appartiennent aux plus illustres de mes sujets, oublier à la fois tout ce qu'elles se doivent à ellesmêmes , à leur patrie et à leurs parents , que mon

1^2 MÉHOnSS 1H)9tHUIIKS

cœur est le plus vivement affecté. Mais aussi , plus leurs fautes sont grandes , plus elles relèvent la vertu et la fidélité de ceux qui , comme vous, sont restés inébranlables dans leur devoir. La douleur du comte de Wachtmeister et du comte de Bonde de la conduite de Hastfer est extrême , mais elle est telle qu'elle doit être chez des personnes d'une vertu éprouvée comme la leur. Ce sont eux-mêmes qui, par leurs prières, ont fait décider l'ordre que vous porte le major Sandels d'arrêter le baron de Hastfer, et que je vous prie d'exécuter avec toute l'exactitude possible , surtout pour les papiers qui découvriront enfin certainement la trame entière. Je vous envoie en même temps l'ordre de prendre le, commandement , et vous n'avez besoin pour cet effet que d'ouvrir le paquet cacheté que je vous remis ce printemps. Je joins à celle-ci un ordre à M. de Hastfer que vous lui remettrez après qu'on l'aura arrêté. Je vous autorise à prendre tes lettres de chevaliers , qu'il a entre ses mains et qui sont en btane, et à les remplir é^ ncims de ceux qui se seront distingués , et qui n'ont p9& . signé récrit d'Anjaia. J'espère cependant que vous y mettrez l'éccaiomie qu'une pareille distille^ tion exige. C'est au mérite militaire et non à l'âge

DU COMTE DE STCDIirGK. 143

que j- ai pour principe de les donner, lorsque je ne fois pas une promotion générale. Sandels, que vous m'avez envoyé , pourra avoir une croix , si vous l'en trouvez digne. Il m'a témoigné beaucoup de zèle ; conune il désire de venir à Stockholm, il pourrait en même temps y conduire Hastfer. Ce prisonnier ne pourrait être confié en de plus sûres mains. M. de Sparre s'occupe à arranger tout ce qu'il faut pour vos troupes. Je suis de retour ici depuis vendredi, et ne puis assez m'étonner de l'honorable réception qu'on m'a faite. Je vous envoie des croix de l'ordre de l'Épée, en cas que vous n'en ayez pas assez. Dès que Hastfer sera arrêté , vous m'enverrez un courrier, l{ faut vous dire encore qu'il y a une affreuse émeute à Grenoble. On a levé la hache sur la tête du duc de Clermont-Tonnerre qui y conunandait, on l'a forcé de se mettre à genoux , et on a voulu le pendre à son lustre, après avoir saccagé sa maison. En Bretagne, même histoire. Le clergé se déclare pour les parlements , tout est dans la plus grande confusion. Les troupes suisses et allemandes sont en marche. Voilà ce que c'est que de n'avoir pas secouru la Hollande.

Adieu, mon bon ami.

ikk BftÉMOIRES POSTHUMES

LETTRE DE M. DE STEDÏNGK AU ROI

Saint-Michel , ce 12 janvier 1789.

SlRE,

Les ordres sévères de Votre Majesté sont exécutés, mais jamais il ne m'en a tant coûté de lui obéir. Pourquoi , Sire , ne point suivre les mouvements de votre cœur, plutôt que tous les conseils possibles. Éloigner M. le baron de Hastfer de ce commandement-ci * eût suffi à la justice de Votre Ma-

' Le baron de Hastfer commandait en chef dans le Savolax. Le baron de Stedingk eut le commandement après lui , ce qui rend sa conduite, de défendre Hastfer, dautant plus estimable.

DU COMTE DE STEDINGK. ik5

jesté, sans blesser sa bonté. Ce n'est point dans une tête comme celle du baron d'Hastfer qu'entre une trame de trahison, et, j'en suis sûr, son cœur en est également éloigné ; mais si cela était pdssible, on n'en pourrait rien découvrir par ses papiers ^ ayant eu un mois de temps pour se préparer à cet événement. J'espère que la rigueur même que Votre Majesté a employée, servira à la justification de M. le baron d'Hastfer. Il m'a prié d'envoyer sa lettre ci-jointe à Votre Majesté, et de la supplier très-humblement de le voir lorsqu'il arrivera à Stockholm, faveur qu'elle ne refusera point à son malheur. L'ofTicier qui aura l'honneur de présenter cette lettre à Votre Majesté, est M. Jaegerhorn, celui qui est devenu célèbre parce qu'il comman-^ daitàPumala, au commencement de cette guerre^ C'est un honmie d'esprit rusé , adroit et fort entendu dans son métier. Je l'avais donné au baron d'Hastfer, et il en fit son aide de camp général , place à laquelle il est fort propre. En allant ici, pour arrêter le baron d'Hastfer, je le rencontrai en chemin pour Stockholm, avec la permission du baron d'Hastfer, et une lettre pour Votre Majesté. Je l'ai fait revenir avec moi , et m'étant assuré qu'il n'avait point de papiers suspects, je n'ai

i&6 MÉMOIRES POSTHUMES

point hésité de le laisser partir et de lui confier cette lettre, quoiqu'il soit frère de Haestesko, cousin de Jaegerhorn * , et premier aide de camp d'un général arrêté. Il est certainement attaché à la bonne cause, et il a trop d'esprit pour ne point l'être à présent. Sa présence pouvait être nécessaire à Stockhohn pour éclaircir plusieurs faits qui regardent la conduite du baron d'Hastfer. Il peut être intéressant pour Votre Majesté de causer un moment avec lui sur Taffaire de Pumalaet sur d'autres affaires touchant les menées et les intrigues dans ce pays-ci ; s'il ennuie Votre Majesté , par son trop parler, ou qu'il ne soit pas nécessaire à Stockhohn, elle me le renverra au plus tôt. S'il fallait arrêter quelqu'un des aides de camp du brigadier, la préférence en était due au capitaine N» N. C'était un des fiers conjurés d'Anjala que nous avions id, peureux de son naturel , à ce que l'on m'a dit (Dieu veuille que je ne lui fasse point tort), et qui, pour éviter la guerre et pour rester avec une jolie femme qu'il a, aurait volontiers fait signer leur manifeste à toute la Finlande , au

* Deux colonels membres de la confédération , ou mieux dit conjuration d'Anjala.

reste fort innocent et fort insignifiant, je crois. J'aurai l'honneur d'écrire à Votre Majesté avec le major Sandels, et je finis pour ne point arrêter le courrier plus longtemps»

Je suis, etc.

CuRT V. Stbdingh.

ihS MÉMOIRES POSTHUMES

LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Saint-Michel , ce 13 janTier 1780.

Sire,

Si quelque chose peut me rassurer, dans la situation diificile et embarrassante oii je me tro^ve , c'est la bonté que Votre Majesté daigne me témoigner, c'est sa précieuse confiance. Puissé-je y répondre , et mes forces et mes talents égaler mon tendre et très-respectueux attachement pour Votre Majesté 1

Les ordres que M. de Sandels m'a apportés m'ont extrêmement surpris et affligé. J'aurais désiré qu'on eût pu éviter tout éclat dans cette affaire,

DU COMTE DE STËDINGK. itô

ce qui eût été très-facile. Le sénateur Sparre me' mande que c'était aussi la première idée de Votre Majesté qui vaudra toujours mieux que celle de son conseil. Je vais faire ma confession à Votre Majesté, sur tout ce que je pense de la conduite du baron d'Hastfer dans ce pays-ci. Avant le commencement de la guerre « lorsque je suis venu ici, je ne trouvai point les choses préparées comme elles auraient dû Tétre, ni le secret d'une rupture avec la Russie trop bien gardé. J'en étais fâché et inquiet , mais je n'en attribuais point la faute au baron d'Hastfer seulement. C'était au reste l'homme du monde qui répondait le mieux aux vues de Votre Majesté. Avec de la valeur et de l'esprit , il est toujours dans le cas du soldat de Philippe, qui avait perdu sa bourse. Ces personnes sont précieuses dans un État. La guerre . devenant nécessaire, notre entreprise sur Nylott le devint aussi. Le baron d'Hastfer , par sa strop grande facilité, partagea sa confiance entre Brunow et moi. Le premier voulait aller à Willmanstrand; sans rejeter ce projet je crus que la première entreprise, la plus facile, serait d'occuper Nyslott dans l'état où je l'avais vu. J'espérais pouvoir entrer de ce côté-là en Russie qui , Ny-

150 MéNlÛimSS FOSTHUMBS

slott pris , me paraissait ouverte ; il résulta de tout cela et du manque total de toute espèce de [Nréparatifs , une lenteur , qui nuisit beaucoup à nos opérations. A Nyslott il y avait bien quelques petites choses à redire sur les détails , mais en gros nous ne pouvions mieux faire que nous n*avons fait, et nous prenions Nyslott sans la terrible catastrophe de Frédricshamn^. Les négociateurs arriv^ent, et la bête tourna des premières à Brunow et par contagion à une partie de ses officiers. Je dois la justice au baron d'Hastfer » qu'il en était au désespoir. Il ne pouvait s'en tirer que par une extrême fermeté, qui n'est absolument point dans son csrractàre. Nous étions menacés pendant quinze jours de la hache du bourreau ou du glaive des eninonis, les secours promis n'arrivaient point, les sollicitations des parents , des amis achevèrent d'â)ranler la constance de presque tout le monde. Un des malheurs du baron d'Hastfer fut qu'il avait choisi son poste à Tunansari , et non pas h Nyslott où , selon moi , il devait être. Il m'était impossible de quitter le siège un instant , dans la crainte que Brunow lèverait le piquet. H jurait tous les jours

* Conjuration d'^njalay situé près de Frédricsbamn.

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