‹ Memoires posthumes du feldmarechal comte de Stedingk (volume 5)Chapitre 11 sur 13 · BU COMTE PS STEMMK · texte numérisé non relu

BU COMTE PS STEMMK

fies grands dieux qu'il partirait le lendemain ; mais comme il est faible, et qu'il m'aimait beaucoup^ je le retins par mes sollicitations et par mes prières, d'un instant à l'autre espérant, ou la reddition de la place ou du secours. Sur ces entrefaites arriva Tordre du baron d'Ha^fer de se retirer. J'en fus attéré et je dois la justice à une grande partie des officiers qu'ils en étaient au dései^oir , j'en ai vu pleurer de douleur , et le major Gahn , Sire , est du nombre. Mon intention était de désobéir et de m'^x^^arer du commandement, quelque difficile qu'eût été cette entreprise, ne sachant point le finois, et ne pouvant point parler aux soldats; mais on m'en avait ôté toute possibilité. Le baron d'Haslf^ nous manda dans ses ordres , qu'il quittait le poste de Tunansari^ où l'ennemi se rassemblait en force, et celui-là ouvert, c'eût été une folie de tenir k Nyi^ott, avec les forces que nous avions. Si j'avais été avec le baron d'Hastfer , je suis sûr qu'il n'eût point signé cet ordre. Il m'en témoigna ses regrets et son repentir, à la première entre^ vue que nous eûmes ; il avait cru garantir par là

♦ Défllé très-fort au delà de Nyslolt d'où , seul , un corps russe pouTait arriver au secours de la forteresse bloquée.

ces provinces de Tinvasion des ennemis. Il est certain, Sire, qu'il fallait avoir votre courage pour songer à des conquêtes en ces teraps-là. Chez moi ce ne fut qu'entêtement , obéissance et désir de signaler mon attachement pour Votre Majesté.

Monsieur de Carpelan m' arrive en ce moment.

Ma chambre est remplie de monde qui me persécute. Je ne finirai jamais cette lettre.

Depuis cette malheureuse retraite le crédit du baron d'Hastfer en ce pays-ci tomba, quoique son amabilité et son bon cœur lui conservèrent toujours un grand nombre d'amis. Les fidèles serviteurs de Votre Majesté se rallièrent autour de moi. Nous restâmes amis le baron d'Hastfer et moi, mais nous étions presque toujours séparés, et nous commandions en des endroits différents. Notre confiance n'était plus entière. Il m'avait fait un grand secret de son entrevue avec Sprengtporten , je la sus cependant , mais je l'attribuais à des raisons politiques, comme il fait lui-même. Votre Majesté sait le reste. Mais je ne puis m' empêcher de répéter encore ce que j'ai déjà dit plusieurs fois, que je suis intimement convaincu, que l'intention du baron d'Hastfer n'a jamais été de trahir Votre Majesté. Permettez-moi, Sire, de vous supplier à

DU COMTE DE STEDINaK. 153

genoux de ne point sévir contre le baron d'Hastfer, de ne point le confondre avec les traîtres à la patrie , et de ne pas vous priver des services d'une personne , qui connaît les affaires de TÉtat les plus cachées, et qui ne manque ni de capacité ni de volonté de vous bien servir. Les croix qu'il m'a remises, ainsi que celles que Votre Majesté m'a fait la grâce de m'envoyer par Sandels seront données le 24 de janvier. Plusieurs officiers ici méritent cette grâce , parmi lesquels le choix est difficile. Les quatre personnes que j'ai nommées à Votre Majesté en auront. Sandels* a déjà eu la sienne, pour pouvoir la montrer à Stockholm. C'est un officier rempli de zèle et de valeur.

Le ciel me fait la grâce de ne point songer à la France. C'est la plus forte preuve que je puisse avoir de mon attachement pour Votre Majesté.

Qu'on anglise les Français, j'y consens, pourvu qu'on ne nous russifie point.

Je joins ici un rapport qui arriva hier au baron d'Hastfer. C'est, jecrois,MM,deKlicketEnehielpi qui sont évadés. Je voudrais voir tous leurs con« sorts passer le même chemin , cela épargnerait à

* Depuis feld-maréchal.

15^ MÉMOIRES POSTHiniBS

Votre Majesté le chagrin de ne pas pouvoir (utrdonner. Je supplie Votre Majesté, de me recom^ mander auprès du baron de Ruuth*. Quand je dis moi, c'est de ma troupe que je parle. Si nous n'avions pas d'estcmiacs , les choses iraient à merveille. Notre cœur est content, et il ne nous manquera pas pour notre bon roi.

CuRT v. Stedingk.

* Ministre des finances.

DU G^NMITB DB STBBINOIL. 155

LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Lovisa , ce 13 mars 1789.

SiRE ,

' J'avais la fièvre , lorsque la nouvelle des grandes choses que Votre Majesté vient d'exécuter à la Diète , m'est parvenue dans mes déserts par le baron de Klingspor , et j'en ai été guéri. Mes pressentiments ne m'ont point trompé. Je n'ai jamais désespéré des affaires. Une longue expérience m'a prouvé que Votre Majesté n'était jamais plus grande ni plus forte « que lorsqu'elle avait de grands obstacles à vaincre. Tous les gens sensés conviennent, Sire, que vous avez saisi le

seul moyen qui restait pour sauver la patrie , mais les remèdes violents ont cela de fâcheux qu'on ne peut guérir le tout, sans blesser quelque partie. Ces blessures sont trop fraîches pour ne point saigner encore longtemps , il faudra la main habile et la sagesse de Votre Majesté , pour y appliquer les remèdes les plus convenables et pour déraciner entièrement les maux qui tourmentent ce pauvre pays, depuis des siècles. Il faut surtout dans ces heureux commencements ne point recevoir d'échec de la part des ennemis, qui feront l'impossible pour se procurer quelque avantage, afin de fomenter la division. Le ton de l'armée finlandaise n'est pas tel que je voudrais qu'il fût. Elle est consternée. Elle ne soupire qu'après la paix , et c'est le fruit de la constitution militaire.

Je suis venu ici hier, pour conférer avec le baron de Klingspor*, sur les préparatifs ordonnés par Votre Majesté pour le corps du Savolax. Il n'est point encore arrivé , et je mets ce temps à profit pour charger le baron de Cederstroem , qui aura le bonheur de voir Votre Majesté , de me mettre , moi et cette lettre, à ses pieds. Le comte deMeyer-

* Intendant général alors, depuis feld -maréchal.

felt m'a fait entendre, que je n'avais pas de grand secours à attendre de son corps d'armée qui, par la grande mortalité , occasionnée encore par le manque de soins des officiers , et par Finexpérience , se trouvait diminuée et réduite à 10,000 hommes. Il faudra donc que je vive sur mes propres fonds. Rien ne manque. Sire, à mon zèie et à mon inviolable attachement à mon honneur et à mon devoir. Fasse le Ciel que mes talents et le succès y répondent. Le baron de Cederstroem me presse. Il part pour voir le meilleur des maîtres; il est né coiffé.

Je suis , etc.

CURT v. Stedingk.

158 M^MOIAES iPOSTHtTMËS

LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI

PankuU, c« 27 mars 1789.

SlRE ,

Je reçois, comme une nouvelle preuve des bontés de Votre Majesté , et avec une reconnaissance infinie, la grâce qu'elle veut bien me faire de me donner le régiment du baron de Wachtmeister*, mais je suis affligé de voir un galant homme et mon ami**, se dépouiller et se priver de toutes ses ressources par obstination et par un faux point d'honneur. Ou je me trompe fort ou il s'en repen-

* Ce régiment porta depuis le nom de Stedingk. *♦ Le colonel Baron de Wachtmeister.

DU COMTB DE STBDINGK. 159

tira bientôt. Quelque sujet de mécontentement qu'on puisse avoir , conmient peut-on quitter le service quand Tennemi est aux portes ? Les troubles domestiques ont cela d'horrible, qu'ils égarent les gens les plus sensés ; au lieu que la guerre resserre tous les liens de la société , les discordes civiles les détruisent.

Je conçois facilement, combien il doit avoir coûté à Votre Majesté d'en venir à des extrémités avec des personnes qui étaient de sa société , et d'affliger madame la comtesse de Fersen et sa famille *. Les rois sont à plaindre , Sire , d'avoir si souvent à sacrifier leurs inclinations à la politique et à l'intérêt de l'État. Fasse le ciel que Votre Majesté puisse parvenir à concilier les esprits , et à rétablir l'ordre et la tranquillité sans être nécessité de recourir à des voies de rigueur , qui répugnent si fort à son cœur, qu'on puisse toujours dire d'elle ce qu'on a dit jusqu'à présent : Gustave a tout appris , il a tout pardonné : quelle gloire , Sire, serait comparable à la vôtre! Le plus fort est déjà passé. Vous avez toute l'autorité, vous la ferez chérir à vos sujets , et la rendrez respectable à vos

* Lors de l'arrestation du comte de Fersen.

160 MI^MOIBBS POSTHUMES

voisins et à vos ennemis , en donnant vos soins à réconomie et au militaire. La paix sera nécessaire à Votre Majesté pour consolider ce grand ouvrage, mais il la faut sûre et solide. Le moment d'en avoir une brillante est peut-être passé, par la folie et par la trahison de quelques malheureux. Mais quand même elle ne ferait point de conquête , il lui resterait la gloire d'avoir sauvé la Turquie , et d'avoir rompu les projets ambitieux de la Russie.

Il ne paraît point qu'elle ait encore de grande force à nous opposer. J'ai envoyé un espion jusqu'à cinq lieues de Pétersbourg , qui est revenu avanthier. Beaucoup de recrues qu'on a fait venir du fond de la Russie en Finlande, ont péri de froid et de misère, d'autres qu'on a enrôlés de gré et de force en Finlande ont, ou déserté ou remplissent les hôpitaux de Pétersbourg ou de Wiborg. Il n'y a que deux faibles bataillons de garnisonistes en ce dernier endroit. On a trié dans les régiments tout ce qu'il y avait de meilleur , pour l'envoyer en Pologne et en Turquie. Il n'y a que huit régiments vis-à-vis de moi, avec quelques troupes, que le baron de Sprengtporten a levées du côté d'Olonitz , mais par malheur ces gens sont convertis par des forteresses, par des lacs et une frontière formi-

D0 COMTK ni:: STKDtNGK. 161

dable. Ils ont de grands magasins. Ils agissent au centre, et nous "à une grande périphérie. Ce qui me peine infiniment , c'est qu'ils construisent force de bateaux armés, de chaloupes canonnières, et même de galères dans le lac Saimen^ ils me barreront tous les passages. J'aurai huit chaloupes de prêtes à la fin de mai , deux à Cuopio et six à Pumala. J'en fais mettre deux autres sur le chantier ; mais je ne sais pas encore où trouver des officiers et des marins pour les armer, parce que la flotte de l'artnée en manque elle-même et qu'elle ne peut pas m'en fournir, à ce que Ton dit. Je supplie Votre Majesté de donner les ordres pour qu'on m'en donne , du moins quelques-uns. Si je ne parviens p6int à nettoyer le Saimen , les opérations deviendront impossibles ici; je pourrai prendre des positions défensives , mais je ne pourrais point avancer parce que j'ai le Saimen devant moi, et qu'il faut le passer, pour pénétrer dans le pays ennemi.

Je montre les difficultés , Sire , et je n'en fais point. Je n'aspire qu'à la gloire de vous bien servir et de me montrer digne de vos bontés.

Je suis, etc.

CuRT V. Stedingk,

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

Stockholm, avril 1789.

J'ai reçu vos deux lettres, mon cher Stedingk, dont l'une m'est venue par le capitaine Vadman, et l'autre par Sandels, qui est arrivé avec le baron de Hastfer. Vous savez, sans doute, les grands événements qui se sont passés ici , et les extrémités où je me suis vu réduit. L'union qui règne contre moi et les trois ordres, rend tout ce que j'ai été obligé de faire légal, et j'espère que vers le 15 ou le 20 la diète sera terminée. Ce qui regarde la guerre l'est déjà. On envoie aujourd'hui une grande somme, et dans quinze jours les

DU COMTE DE SFEDINGK. lf>3

fonds seront tellement établis que l'argent ne manquera plus. Je suis fort de votre avis, de ne rien tenter avant que d'ouvrir la campagne entièrement, depuis que la diète a pris une tournure décidée, et que les États réunis ont résolu de me soutenir en tout, pour forcer l'ennemi à la paix. Je crois qu'en attendant il suffit d'être sur vos gardes, mais qu'il est superflu d'escarmoucher sans rien faire d'essentiel. Mais je ne doute pas que l'on ne vous attaque, si on le peut, et si les affaires de Pologne ne font pas trop de diversion. Veillez, en attendant, sur vos troupes, et si vous apercevez du mauvais esprit chez les officiers de quelque corps, tâchez de les disperser, et de mettre d'autres officiers à leur place^ les temps des ménagements sont passés ; il faut marcher droit à la besogne , et écarter les malveillants. Je ne sais encore quand je pourrai rejoindre l'armée; mais dès que la diète sera finie, je me hâterai de m'y rendre. Je ne puis vous envoyer des lettres de chevalier, Essen, qui est secrétaire de l'ordre, étant à la campagne. Envoyez-moi les noms de ceux qui sont nommés et reçus, et je vous ferai expédier leurs patentes. Adieu, mon cher Stedingk. Je suis si accablé d'affaires que mon style

f6& MÉMOIRES POSTHUMES

se ressent du travail dont je suis surchargé ; mais mon amitié et ma reconnaissance pour mes bons serviteurs ne s'en ressentira jamais.

P. S. Voyez si le régiment Wachtmeister, qui vient de vaquer, vous accommode. Je n'en disposerai qu'après votre réponse, il n'y a rien à débourser pour vous.

DU GOMTB DE STBDINGK. 165

LETTRE DU ROI A M. DE STBDINGK

Haga,iel4 mai 1780.

Morian veut absolument que je vous écrive pour vous assurer qu'il n'a pas été du parti de l'opposition contre moi. Je lui ai dit que je croyais cela très-inutile, et que vous connaissiez déjà ses sentiments; mais enfin pour le satisfaire, je vous écris et vous le recommande, car, outre sa fidélité, il a le désir de vous aider à battre les Russes, aussi bien qu'il m'a souvent gagné aux échecs; il a été un de ceux qui ont bien voulu avoir encore la bonté de vivre avec moi. Vous vous rappelez les temps où cela était regardé

166 MÉMOIRES POSTUUMES

comme une grande faveur ; aujourd'hui c'est tout différent. Voilà comme les jours se suivent et ne se ressemblent pas. En vérité, j'ai honte de toutes les folies que je vous écris, surtout quand vous vous attendez à des ordres importants ; mais je vous les réserve par le courrier, et je ne veux en ce moment que vous rappeler Haga et ces lieux tranquilles où nous nous promenions gaiement autrefois. Je me ctois délivré desDanois,etdèsque je serai sûr d'eux par de bons parchemins , je me rendrai bien vite dans vos. régions chercher l'hiver et les Russes. Battez- vous bien et tenez-vous gai; ce sont les meilleurs conseils que je puisse vous donner. Je suis bien sûr gue vous suivrez le premier point ; l'autre est plils difficile dans ce meilleur des mondes possibles. Adieu, bonsoir, car il est minuit.

DU COMTB DB STBDINQK. 167

LETTRE De m. D£ STEDINGK AU ROI.

Saint-Michel, ce 6 mai 17d9.

Sire,

Le manque total d'argent me coupe bras et jambes; M. de Meyerfelt me mande la même chose. L'officier n'est point payé chez mpi depuis six mois, et le soldat depuis cinq ; il est au pain et à l'eau pour toute nourriture , car on ne peut donner de la viande ici au soldat que les jours de fêtes, et la seule manière possible de l'entretenir, est de lui donner du pain et de l'argent. Aucun soldat de l'univers, si ce n'est le soldat russe, n'endurerait tant de maux avec patience ; mais si ve^-

168 MfiMOtRES POSTHUMKS

tre affamé n'a point d'oreilles, il a encore moins de cœur. Je ne puis pas même tirer le soldat de ses quartiers, où il trouve à vivoter avec le paysan, et le faire camper, de crainte de le faire périr faute de nourriture ; l'ennemi connaît notre position, et malgré son infériorité nous brave. Je n'exagère point. Sire, je ne vois point noir. Mon attachement pour Votre Majesté me donne le courage et la force de lutter contre tant d'obstacles, Une bonne cargaison d'espèces peut les faire disparaître d'un instant à l'autre. Cette espérance, et la conscience que je fais tout ce que je puis, me rend gai et content ; mais conunent est-il possible. Sire, que Votre Majesté me permette de lui faire cette question, que les fonds pour la campagne à faire ne soient point encore assurés et dans ses coffres, après qu'Elle a vaincu à la Diète , et qu'EUe est le maître absolu de l'État? Le roi de Prusse a un trésor, le roi d'Angleterre du crédit. Un seul particulier en Angleterre et en Hollande peut avancer les fonds nécessaires pour les frais de cette campagne ; ils sont compris, à ce qu'on m'a dit, dans la dette nationale que les États ont garantie, et nous n'avons pas le sou. Cela me passe, et restera une énigme poiir moi, tant que

Votre Majesté ne me fera pas la grâce de me l'expliquer.

Je crains bien que Votre Majesté ne soit pas aussi bien servie qu'Elle sert bien TÉtat et la patrie.

J'ai maintenant ici assez de bras et d'estomacs, et Dieu veuille que je puisse les nourrir, mais peu de têtes. Le régiment de Biorneborg a un colonel septuagénaire, et un major bon enfant, mais sans expérience; le régiment de Savolax quelques bons majors et un lieutenant-colonel, qui fait la guerre à son corps défendant, et qui voit toujours noir. La raison en est que tout son bien est engagé au service, et qu'il craint la misère pour sa veuve et ses enfants, s'il venait à périr. Je voudrais que Votre Majesté dégageât son armée de cette crainte, qui est si naturelle, en établissant que tous ceux qui périraient à la guerre soient remboursés par leurs successeurs, d'une somme équivalente à celle qu'ils ont donnée pour le grade qu'ils occupaient lors de leur décès. Le régiment d'Osterbotten , qui n'est arrivé qu'avant-hier à Heinola, et que je n'ai pas vu encore, n'a, pour cinq compagnies, qu'un lieutenant-colonel, M. de Nummers, que je crois bon officier sur parole, en

attendant que je puisse m'en convaincre. Ehrenroth, parmi les officiers supérieurs, est le meilleur sujet que j'aie, mais il n'a pas l'expérience et l'acquit nécessaires pour conduire toute la machine. Si parmi ces balles, qui ont chacune leur adresse, il y en avait une pour moi, il n'y aurait personne ici pour mener la besogne.

J'ai manqué d'être pris l'autre jour à une reconnaissance entre Sulkava et Randasalmi , de la manière la plus ridicule et la plus bête. Trompé par mes cartes, qui sont fausses presque toutes , quoiqu'elles aient coûté beaucoup d'argent à Votre Majesté, et par mes guides , je me trouvais au beau milieu des quartiers ennemis avec quatre dragons, monsieur de Doebeln, d'Adlercreutz, et mon valet de chambre , qui portait mon portefeuille ; la nuit et le hasard nous sauvèrent. Cette aventure, dont l'ennemi fut instruit le lendemain, a fait donner beaucoup de coups de bâton aux Russes qui avaient été en patrouille cette nuit-là.

Mais quoique je désire que Votre Majesté puisse envoyer ici quelques officiers supérieurs pour me succéder en cas de besoin, j'espère bien de la revoir encore heureuse, tranquille, et comblée de

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gloire , et cet espoir fait ma consolation et mon bonheur.

Je suis, etc.

CURT Y. StEDINGK.

172 MÉMOIRES POSTIIDMES

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

Haga, le 20 mai 1789.

Votre officier, que je vous renvoie, mon cher Stedingk, vous apporte mes réponses officielles, par lesquelles vous voyez que j'ai accordé tout ce que vous demandiez. Je suis bien aise que le régiment que je vous ai offert vous convienne ; mais je serais bien fâché de vous tirer du commandement que vous avez, et dont vous vous acquittez si bien. — Je vous avertis que le comte Meyerfelt a eu ordre de commencer la campagne, et probablement vous aurez reçu Tordre de commencer en même temps de votre côté. Si je ne

tlU COMtE DE STEDINGK 173

me trompe, vous avez huit mille hommes auprès de vous; les Russes ne sont pas plus forts. Le prince Potemkin, qui a été fait généralissime, tire toutes les forces de l'empire contre les Turcs, et vient d'obliger l'impératrice de faire rebrousser chemin à toutes les troupes de l'intérieur, qui étaient destinées contre nous. Notre flotte sera prête à sortir à peu près au même temps que l'année passée. Le grand ouvrage de l'intérieur est achevé ici. L'acte de sûreté est publié, et le corps du sénat entièrement dissous , quoique les individus soient conservés. La pauvre France éprouve toutes les commotions de la guerre civile. L'événement du 27 avril a été violent et sanglant. Les provinces n'ont pas été plus tranquilles; enfin elle commence de gaieté de cœur, à peu près ou nous sommes prêts à finir. Adieu, le porteur presse, et je ne vous écris que pour vous assurer de mon parfait contentement et de mon amitié.

ilï ^lÉMOIHES tK>STUUM£S

LEirnK DE M. DE STEDINGR AL' HOI.

Ce 15 juin 1789.

SlRE,

J'ai eu une petite affaire à Porolsami avec les Russes, dont je joins ici mon rapport à M. le comte de Meyerfelt. Elle aurait pu être brillantfe si mon plan n'avait pas été dérangé , elle n'a été que hardie ; pendant que j'attaquais les Russes chez eux d'un côté , ils m'attaquaient d'un autre à Sulkava, où ils ont été repoussés. MM. d'Ehrenroth, de Huty et de Doebeln se sont fort distingués le jour de Siemoniemi. M. Doebeln est un excellent officier , je voudrais que Votre Majesté en eût beau-

coup de pareils , mais malheureusement le nombre ti'en est pas grand. Je sais que Votre Majesté chérit sa nation et qu'elle voit tout ce qui la regarde avec indulgence et du bon côté ; mais je lui proteste, sur mon honneur, que Tordre et la discipline sont perdus dans son armée, et qu'il faudra du temps pour les rétablir. Tous les hommes, Sire, sont poltrons de leur nature; il n'y a que l'honneur pour TofTicier et la discipline pour le soldat qui puissent leur faire braver la mort. Je supplie Votre Majesté de faire Ehrenroth colonel et Sticht major ; ils ont été sauvés tous les deux coimne par miracle. Le premier eut des papiers qu'il portait dans une poche *, moulus par une balle qui entra du côté des boutonnières et sortit par le côté. Le dernier fut sauvé d'un coup mortel par une carabine qu'il portait sur le dos et qui fut fracassée d'une manière qu'il en reçut une forte contusion. Doebeln eut un cheval tué sous lui ; pour lui je supplie Votre Majesté, pour son propre intérêt, de l'attacher d'une manière avantageuse à son service , et de me le laisser ici. M. de Cedergren , capitaine du

* Sur la rnamcllo gauche.

génie, le lieutenant Adiercreutz ,^ et un jeune Stiernvall venu de mon régiment en France, se sont fort bien montrés. En tout ce n*est pas de la bravoure des officiers que j*ai à me plaindre, ce n'est que du manque de résolution et de fermeté avec le soldat dans les cas difficiles. La grâce que je demande pour MM. d'Ehrenroth et Sticht leur donnera le commandement sur beaucoup d'autres qui ne les valent pas. Votre Majesté ne voudraitelle pas permettre que je fasse distribuer une gratification de trois à quatre riksdalers aux soldats blessés, qui le sont la plupart dangereusement, et accorder un grade aux officiers blessés , je crois que cet encouragement ferait le meilleur effet. Je ne dois négliger aucun moyen pour tirer parti de ma petite troupe. Les Russes se renforcent beaucoup de mon côté , soit qu'il leur vienne du secours, soit qu'ilsdétachentdu côtédeFrédricksamn, vu que la grande armée ne peut point agir encore. Je crois qu'ils auraient envie de m' écraser avant l'ouverture de la campagne , ce qui n'est point impossible s'ils s'y prennent bien. Je n'ai dans un terrain de vingt-cinq lieues que deux mille hommes de troupes réglées, mal pourvues d'officiers et de bas officiers. Le reste qui monte à mille

DU COMTR DE STBDINGK. 1^7

hommes sont des conscrits qui ne viennent que d^être assemblés et de nouvelles levées. Ce qui mè gêne le plus et qui pourra faire mon malheur est la grande supériorité que les ennemis acquièrent sur le lac Saimen. Ils ont une escadre de dix vaisseaux toute prête , et une autre sur les chantiers. Je n'ai que six chaloupes à Bumala sur le chantier, dont le canon et l'attirail sont encore à Svéaborg. Les chevaux du pays sont crevés à force de transport et rien ne m' arrive ; j'en ai la fièvre d'impatience, et le ciel m'est témoin que je fais tout ce que je puis, et que je vais au delà de mes forces, mais je ne puis pas faire l'impossible. Pour l'amour de Dieu, Sire, que cette diète finisse, sans quoi il en ira de cette campagne comme de l'autre , avec cette différence que les ennemis sont plus forts. Des mécontents recommencent déjà à lever la tête, et sans argent que peut-on faire? Je n'ai plus le sou.

Je reçois à l'instant le rapport que les ennemis font mine d'attaquer à Randasahni avec six mille honmies, à ce que l'on dit; je n'ai là que dixhuit cents à leur opposer , encore sont-ils partagés en deux endroits à quatre lieues l'un de l'autre ; j'y vole , heureux si je puis sceller de

178 MÉMOIBES POSTHUMES

mon sang mon tendre attachement pour Votre Majesté.

Je suis , etc.

GuRT V. Stedingk.

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

Borgo, 17 juin 1789.

Mille compliments pour vos officiers et pour leur bravoure. Pour vous-même , je vous embrasse de tout mon cœur. Je ne vous écris que trois lignes ; je ferai partir dans une heure un second courrier qui vous portera des lettres officielles. Vous connaissez dès longtemps mon amitié pour vous, et votre glorieuse journée de Porosalmi ne peut que la redoubler ; je vous envoie un bataillon de Helsingois avec du canon et des obus. C'est avec un sensible plaisir que je vous ai nommé chevalier grand' croix de TÉpée. Vous êtes le pre-

180 MÉMOIRES POSTHUMiES

mier de Tarmée de terre qui recevez ce grade , mon frère* fut le premier de tous qui le reçut. Puissiez-vous le porter longtemps pour la satisfaction de vos amis et la gloire de la patrie ! J'y joins un brevet de pension de mille écus, mais dont je vous prie de me garder le secret encore quelque temps. Je voudrais vous donner davantage , mais le Béarnais est pauvre , quoiqu'il ait un bon cœur. La croix et le brevet vous seront apportés par le second courrier. Je fais donner une gratification aux soldats et aux officiers. Adieu.

" Grand amiral.

DO COMTB DK STEDINGK. 181

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

Borgo , de la mémo date.

Voici , mon cher Stedingk , avec ce second courrier que j'expédie , une lettre en Suédois pour vous, que je vous prie de feire lire & vos oflSciers et aux soldats pour leur témoigner ma satisfaction. Vous avez sauvé le Savolax par votre valeur et votre bonne conduite. Quelle satisfaction pour celui qui , par sa place , son intérêt personnel et sa gloire, doit s'intéresser si vivement au succès des affaires, d'y joindre encore l'intérêt particulier qu'il a toujours pris & vous ! Les Helsingois sont en marche avec du canon pour vous renforcer.

Nous allons aussi nous mettre en mouvement de notre côté, et, pour peu que vous puissiez résister jusqu'à la fin de la semaine , je vous promets de vous délivrer. Mandez-moi ce que vous souhaitez pour vos officiers, j'y mettrai mon bon. Aminoff, mon aide de camp, va partir pour servir sous vos ordres, son attachement suppléera à son expérience. Je frémis de l'idée que vous me faites entrevoir de votre perte; mais comme malheureusement il faut tout prévoir à la guerre, j'ai pensé à beaucoup de monde et j'ai été bien embarrassé ; mais je vous manderai dans peu le parti que j'aurai pris. J'espère toujours qu'il sera superflu et que j'aurai le plaisir de vous embrasser encore une fois, et de vous dire de bouche combien je vous aime,

P. S. Dites au vieux Gripenberg que tout lui est pardonné. Quand on se bat inen et qu'on se repent de ses fautes , il serait injuste et barbare à moi de m'en souvenir.

DU COMTE DB STBDI1I6K. iSB

LETTRE DfU ROI A M. DE STEDINGK.

Le camp de Korots, le V juUlet i7S0.

J'ai reçu deux jours de suite vos courriers, mon cher Stedingk, et je vous les renvoie ensemble. L'impossibilité de vous faire tenir mes lettres, m'a empêché de vous écrire. La rentrée de l'ennemi dans le Savolax, avec des forces supérieures, auxquelles le corps avancé de Morian ne pouvait faire tête, puisqu'il n'avait pas reçu les renforts promis, est un grand malheur , sans doute, mais qui ne doit pas nous abattre. Vous avez défendu cette province avec courage et intelligence ; vous

18i M^OIAES POSTHUMES

avez tout récemment battu des forces supérieures; vous vous êtes retiré en ordre , et vous avez sauvé votre corps entier. C'était tout ce qu'on pouvait demander de vous , lorsque l'armée qui devait vous renforcer et vous soutenir n'était pas en état d'agir , par une suite des dissensions qui ont miçux servi nos ennemis que leurs armées. Votre réputation n'en peut souffrir, et ma confiance pour vous n'en diminuera pas. Il s'agit maintenant de conserver ce qui nous reste, et voici ce que je crois devoir vous recommander : l*" de ne point séparer vos forces ; 2* de harceler l'ennemi et de l'occuper, pour quUl me laisse encore agir librement jusqu'à ce que je puisse devenir maître du poste de Hoegfors, et, s'il avance du côté de Heinola ou de Vilmanstrand , de tâcher de le suivre, pour inquiéter ses derrières. Nous avons passé le 25 la rivière avec l'armée, et, le 28, j'ai attaqué un corps de près de cinq mille hommes, qui venait de Davidstad, et , quoique nous n'en eussions que quinze cents , il a^é battu , mis en déroute, et poursuivi jusque dans son camp. Si j'avais eu plus de cavalerie , la victoire eût été complète. Ils se sont retranchés à Kaipias. Le capitaine Lofftnan , qui vous en fera le détail , me trouva , au moment de la fin de l'ac-

DU COMTB DB STEhlNGK. 185

tion , sur le champ.de bataille. Nous nou$ sommes emparés hier de Yiala, et nous marchons avec le reste de Tarmée. Dès que je serai maître de Hoegfors , je marcherai à votre secours. C'est sur l'immense artillerie que je mène avec moi que je compte le plus ; c'est elle qui m'a fait remporter la victoire à Uddismalm.Ceux qui vous apporteront cette lettre vous diront, d'ailleurs, la sitiiation des affaires. Les troupes ici se conduisent à merveille et avec un courage très-distingué. On vous envoie de l'argent, et Armfelt vous aura déjà , envoyé des officiers. Adieu , mon cher Stedingk ; ne vous laissez pas abattre, et souvenez-vous que la réputation se relève souvent par la mauvaise fortune, quand on a le courage de la braver. Remerciez de ma part les officiers de leur bonne conduite , et donnez-moi un mémoire de ce que vous souhaitez pour eux , ainsi qu'une relation de votre dernière affaire, pour la faire imprimer & Stockholm. Cette ville est pour vous ; car , pourvu qu'on se batte, on y est content. Portez-vous bien; n'ayez pas la fausse modestie de ne pas porter l'ordre que je vous ai donné, et souvenezvous de ce grand capitaine, qui disait tranquillement : « Je battis hier les ennemis, et

186 MÉIfOiaES POSTH0MBS

aujourd'hui je suis battu. » Je vous envoie un chiffre, dont cependant je ne nie servirai pas avant que vous ne m'ayez mandé que vous l'avez reçu.

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LETTRE DU ROI A M, DE STEDINGK

LlkaU, le 11 JuUlet 1789.

Le comte de Meyerfelt vient de se rendre maître de rtle de Sutula , après une furieuse canonnade. Il ne lui reste qu'à prendre Kymmenegârd et Hoegfors, et voilà le nœud ; mais il faut en faire deux pour que cela tienne , comme dit Thibaut dans la comédie. En attendant, je suis bien aise de vous savoir hors d'affaire. Je regarde comme inutile de protéger le Savolax , déjà saccagé par les Russes ; il faut avancer si l'on veut des avantages, et c'est en attaquant qu'on s'acheminera vers la paix, que

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je ne ferai cependant que de concert avec mes alliés. Il est donc nécessaire de ne pas séparer vos forces dans Tespoir de défendre une province déjà dévastée , dont les maux ne peuvent être réparés que par la paix , mais de seconder nos opérations de ce côté-ci. Si M. de Schultz est encore dans vos contrées, il faudra marcher contre lui , l'attaquer et le battre. SMl s'est retiré , vous devez marcher sur .Saint-Michel, comme vous me le proposez, sans même attendre vos chaloupes. En laissant occupé le poste de Jorois, qui couvre la Carélie , vous mettrez les magasins de cette province en sûreté. En marchant sur Savitaipal, Davidstad , ou Vilmanstrand , vous ne risquez pas d'être coupé. Vous avez votre retraite sûre par Heinola, et vous pouvez, en poussant l'ennemi , qui est entre vous et le général Kaulbars, vous joindre à sa division. Mais vous pouvez compter que Tennemi n'osera pas vous attendre. Si Pumala n'eût pas été évacué, je me serais avancé sur Davidstad après le gain de la journée de Uddismalm ; mais , voyant l'ennemi si fort, et vous si éloigné , je n'osais pas quitter le bord de la rivière, et j'ai marché sur Frédrikshamn , pour aider le comte de Meyerfelt à reprendre Pyttis et Kymmenegârd , ce qui a réussi

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en partie. J'attends ici un renfort de six mille hommes , qui sont partis de Stockholm hier. Ce sont de très-bonnes troupes ; une superbe infanterie et des troupes allemandes les suivront immédiatement. Avec ce secours, je me trouverai plus fort que l'ennemi; en attendant, il faut faire le Fabius cunctaior^ rôle qui, comme vous le savez , m'impatiente beaucoup, et que je quitterai dès que j'en verrai le moment. Si , au lieu de marcher sur Ghristina et Savitaipal , vous préférez d'attaquer Pumala, pour prendre ensuite le chemin de Yilmanstrand , vous le pouvez; mais, outre que je crois l'autre chemin plus court , vous concentreriez plus mes forces en vous approchant du baron de Kaulbars , dont vous serez secondé. Je vous prie de m'envoyer la liste de ceux pour qui vous demandez des croix et des grades. Je vous répète que je suis très-économe de croix militaires, et, pour vous donner un exemple et une règle auxquels vous voudrez bien vous conformer , je vous dirai qu'à Uddiômalm, où je commandais en personne , et qui fut ma première action de guerre , où les troupes essuyèrent un feu d'enfer pendant cinq heures, je n'ai donné qu'une croix et un grade par corps , et une croix de plus aux chas-

seurSj qui s'étaient beaucoup distingués; cette croix même fut donnée à un Brunow , célèbre par le procès d'Abo , où il fut inculpé. Vous voyez par là , mon cher Stedingk , qu'il ne faut pas régler votre promotion à la française » où Ton prodigue les croix ; je ne les accorde qu'aux officiers qui se sont vraiment distingués, et aux chefs des corps qui ont donné. Pour les grades, c'est autr^ chose; comme c'est une affaire réelle et non d'opinion , on peut être plus libéral , mais il faut se souvenir que la guerre n'est pas finie , et qu'elle peut donner lieu à beaucoup de récompenses. Je ne puis vous procurer vos obusiers qu'après votre jonction ou approche du corps du général Kaulbars. Ite.ns la dislocation de vos arrangements à Saint-Michel, je fis retourner le train d'artillerie qui vous était destiné à Heinola; j'ai eu une partie ici, et le baron de Kaulbars a le reste. M. d'Essen vous écrira à ce sujet, et M. de Klingspor sur les subsistances. J'expédie l'ordre à M. de Garpelan d'envoyer les troupes qu'il a à son frère en CaréHe. Faites bien des compliments au lieutenanlr-colonel Gripenberg, Voilà un bien brave honune , et qui s'est distingué d'une manière bien honorable. J'ai reçu un livre publié par la comtesse de la Motte,

Dû GOIITB DB StEOlNfiK. I9l

qui est la chose la plus terrible et la plus scandaleuse contre cette pauvre reine de France, qui vient de perdre le dauphin. Adieu , mon cher Stedingk ; je vous souhaite bien du succès.

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LETTRE Dt) ROI A M. DE STEDINGK.

Llkala, le 15 Juillet 1780

Nos troupes sont d'une consistance et d'un courage merveilleux. Je les ai vues à Uddismalm conduire leurs camarades blessés aux chirurgiens, retourner après cela tranquillement au feu, qui dura cinq heures sans discontinuer. Nous n'avons pas besoin de serre-files, ni de personnes pour les faire avancer. A l'attaque de Likala les gardes ont manœuvré comme au Ladiegardsgerdet à Stockholm, lisent gravi une montagne en ligne, faisant feu de deux rangs et alignés comme à l'exercice. Le régiment de Kronoberg, qui les soutenait, a

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fait de même : enfin il faut Favouer , ils se sont con^rtés comme des gens accoutumés au feu.

Notre cavalerie, malgré qu'elle soit un peu lourde, est cependant d'une bravoure exemplaire. Je m'attends maintenant que vous marcherez sur l'ennemi par le chemin de St. -Michel et Ghristina. Dès que M. de Kaulbars saura que vous vous approchez , il vous prêtera la main pour aller à Davidstad, et Vilmanstrand. Je souhaite que vous y mettiez la plus grande célérité. Quelques notions que vous puissiez en avoir, j'ai bien de la peine à me figurer que MM. de Reuterfelt et de Schultz aient plus de trois mille hommes à Randasalmi. Je commence à être tellement fait à l'amplification que les Russes ont le talent d'employer pour agrandir leurs forces, que je ne crois plus à la moitié de ce qu'on en dit. Nous en avons été dupes ici , mais nous ne le serons plus. Vous verrez par l'imprimé ci-joint, l'horrible confusion où va tomber la France. Voilà l'effet des conseils d'un ministre démocrate , citoyen d'une petite république , et qui croit que l'empire français peut être gouverné par les mêmes principes que la ville de Genève : principes qui cependant l'ont bouleversée elle-même. Le vieux ^.audon , couvert des lauriers , qu'il arracha de

IM MÉIICHABS POSTHUIMfES

la tête triomphante du grand Frédéric, vient d*ètre trois fois battu par les Turcd. II a tout d'un coup abandonné la Croatie , et s'est jeté par une marche forcée en Esclavonie. Le maréchal Haddick n'^a guère été plus heureux à une reconnaissance où il a eu un cheval tué sous lui , et a pensé être pris. On assure encore qu'un autre général de l'empereur a eu un échec si considérable , (Ju'il a été défendu , sous peine de la vie , d'en parler. Le Grand Seigneur, dit-on , ira à Tarmée ; la neutralité du Danemark est sûre , et notre flotte , forte de vingt et un vaisseaux de ligne et de douze grosses frégates, est sortie avec un bon vent le 6 de ce mois, sous les ordres de mon frère. Gomment se porte Morian? Faites-lui bien mes compliments, donnez-moi bientôt de bonnes nouvelles, et ne doutez pas de mes sentiments pour vous.

DU GOMTB DE STBDUTW. 193

LETTRE DE II. UR STEDINGK AU ROI

Parkuinaefci , ce » juillet 1789.

SiRB,

Les troupes de Votre Majesté que j'ai l'honneur de commander, ont emporté hier une victoire complète sur celles du baron Schultz , postées à Puoiko*bro et Parkumaeki. Je me mis en mouvement avant-hier au soir. Le major Gahn, avec ma grosse artillerie suivit le grand chemin de Ruidasalmi à Puoiko-bro. Un capitaine avec deux cents hommes eut ordre de passer un gué qui m'était connu sur la droite des ennemis, et y faire une fausse attaque : moi-même je marchais avec envi-

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ron deux mille hommes, par des chemins détournés et presque impraticables, par le village de Hildula ; tournant la gauche des ennemis et portant avec moi ( au pied de la lettré) tiuatre petites pièces de campagne; je fis en même temps attaquer Laita Silda par les chaloupes canonnières. Ma marche fut lente et pénible ; je passais des chemins où cent honmies auraient pu m' arrêter , mais grâce à la Providence et au baron Schultz, je n'y trouvai de résistance qu'à un quart de lieue d'ici, et l'ennemi fut tourné complètement. Près de ce village étaient campés un bataillon de grenadiers et trois compagnies de chasseurs. Près de Puoiko-bro étaient le baron de Schultz et le lieutenant colonel Toll avec deux compagnies de chasseurs, de manière que toutes les forces des ennemis montaient à onze ou douze cents hommes. Les Cosaques qui avaient observé ma marche , trompés par l'allongement nécessaire de ma colonne, avaient rapporté que je marchais avec trois mille hommes par les bois. Cette nouvelle fit perdre la tête au baron de Schultz; il donna ordre de se défendre chacun dans son poste jusqu'à l'extrémité ; et ces ordres furent bientôt exécutés ; l'ennemi occupa ce village et le village attenant, qui sont situés

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sur des hauteurs , et nous trouvâmes une résistance si opiniâtre, que le régiment d'Oster-Bottn plia malgré tous mes ^orts et ceux des officiers. Le lieutenant colonel Nummers et plusieurs officiers de ce régiment étaient tombés dangereusement malades à Jorois. Le major , comte Oxentjema , et quelques autres officiers furent blessés au com* m^icement de Taffaire. Je crus un instant Taffaire perdue ; mais resta de vaincre ou de périr, et secondé par mes braves officiers, notre opiniâtreté remporta sur celle des ennenûs, qui prirent la fuite , nous abandonnant leur camp, leurs canons, une prodigieuse quantité d'équipages, enfin tout ce qu'ils avaient. Si j'avais eu un peu plus de cavalerie, il n'en serait pas échappé un honune, j'avais déjà fait plusieurs charges sur l'ennemi et même sur le village , de manière qu'ils étaient sur les dents. En attendant , le major Gahn avance contre Puoikolemo à trois quarts de lieue d'ici. L'ennemi qui se voyait attaqué en front et à dos, prit le parti d'évacuer Puoiko et de se retirer sur ce village , mais il était pris, et le major Gahn fit rétablir le pont de Puoiko, et poursuivit vivement. Le baron de Schuitz prit la fuite et se jeta dans un marais , d'où cependant il a trouvé moyen de s'é-

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cha|q»er à l'aide des paysans et des Cosaques. Le lièutenaat-cotonel russe Fall se défendit Imigtemps^ quoiqu'il n'y avait pas de possibilité d'écbappar , et ne se rendit que lorsqu'il ne lui restait plus un homme de son artillerie. Plein d'admiration pour sa valeur et pour sa condunte, je Tai traité, lui et ses officiers^ avec la plus grande distinction , et je ieuf ai fait rendre tous leurs effets. Votre Majesté, j'en suis sûr, pardonnera au déaorcbre qui fèg»e dans ma lettre. Je n'en puis phis. Il faut, l^e, que je vous aime autant que je le fais, pour pouvoir soutenir les fatigues et tes ptsioes de toutes espèces que j'endure. Quant aux dangers , depais la jouniée d'hier, où jç n'ai pas eu une égrati* gnure, je me crois invulnéraJ^le.

Je suis , etc.

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