‹ Memoires posthumes du feldmarechal comte de Stedingk (volume 5)Chapitre 6 sur 13 · MÉMOmBS rOSTHUMBS · texte numérisé non relu

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oublié. Mais non, sire, Votre Majesté cmnatt mon cœur ; elle sait que, depuis mon enfance, il a rhabitude de la chérir et de Tadoren Ces sentiments me suivront jusqu'au tombeau , et mon unique bonheur est de penser que Votre Majesté n'en doute pas. J'écris ceci chez M. le prince de Poix. Il se met aux pieds de Votre Majesté, de même que madame de Deux-Ponts, la mère, et Edouard Dillon.

Je suis avec respect , etc.

CuRT V. Stedingr.

DU GOMTB DE ST»im&K. 63

LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK

Datée de Stockholm , le 10 décembre 1781.

Les détails que vous m'envoyez sur Taccouchement de ia reine de la France m'ont fait un plaisir infini. Personne ne pouvait s'y intéresser plus que moi, et je vous assure qu'on a eu autant de joie à Drottningholm delà naissance du dauphin, qu'on en a pu avoir à Versailles. Vous m'avez transporté un instant dans ce dernier château , et votre récit m'a rappelé un moment pareil et aussi heureux pour moi, il y a trois ans. Je n'ai pu m'empêcher de rire de la manière galante avec laquelle vous avez annoncé à Madame que son mari avait perdu

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l'espérance d'être roi de France. Il est si naturel d'être attaché à la reine de France , et elle vous a si particulièrement comblé de bontés, que vous ne pouviez moins vivement partager un événement si heureux pour elle , sans manquer à la reconnaissance que vous lui devez, et comme Suédois, et comme particulièrement honoré de sa bienveillance. Madame de Boufflers m'a écrit à votre sujet; elle m'a demandé pour vous une pension de 6,000 francs , pour que vous puissiez rester encore quelque temps en France. Vous connaissez trop nos usages ici pour ne pas savoir qu'une pareille pension est bien difficile à accorder sans s'attirer les plaintes de tous ceux qui en demandent journellement. M. de Sparre vous aura, sans doute, mandé , il y a un an , que je m'étais occupé de vous, et je tâcherai encore de voir ce que je pourrais faire ; mais je dois vous dire avec franchise que je m'occuperais avec beaucoup plus de plaisir des moyens de vous établir dans votre patrie que de ceux qui vous fixeraient dans l'éloîgnement où vous êtes dans ce moment. Vous ne devez pas être fâché de ce sentiment de ma part ; d'ailleurs, si vous réfléchissez au solide et à la perspective de l'avenir, vous trouverez qu'avec un

moindre numéraire , vous pouvez vivre en Suède avec plus d'aisance qu'avec les appointements dont vous jouissez maintenant en France, et qui vous assujettissent à des dépenses qui les excèdent. Je sais bien que les agréments de Paris, les bontés de la reine de France ^ les plaisirs de la plus aimable société, sont un attrait bien vif et bien séduisant; mais aussi, d'un autre côté, depuis que vous n'êtes plus employé en Amérique, la perspective pour vous en France devient bien bornée par votre qualité d'étranger et par votre religion. Et puis, au fait , un homme de condition est toujours mieux chez lui que dans l'étranger. Réfléchissez à tout cela , et ma;ndez à M. de Sparre vos vues relativement à votre patrie, et , si je puis vous aider, je m'y prêterai avec plaisir, d'autant plus qu'ayant fait la guerre, et ayant été blessé, vous reviendrez avec des mérites qui ma donneront toutes les facilités possibles de vous favoriser.

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La paix ayant été faite entre la France et TAngteterre , qui avait reconnu rindépendance des Iltat0-Upia d'Am^que (1783), et le nouveau président de cette république , IMllustre WasbingtcHi voulant donner des preuves de reconnaissance à ceux qui s'étaient distingués dans cette guerre, avait institué les Gncinnatus (conunencementd'une noblesse américaine), et avait nommé le comte de Fersen et le baron Stedingk membres de cette association.

Le roi Gustave III , fort mécontent de ce que ces mes^eurs avaient accepté cette décoration , signe d'une révolution républicaine heureusmient |

achevée , envoya Tordre à son ambassadeur à Paris, de défendre à MM. de Stedingk et de Fersen de porter te Gincinnatus.

Lors de cette communication , M. de Stedin^ écrivit la lettre suivante au roi^

DU C0M7R I>B STEI>lirOK. ^

LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Paris, 2 mari 178&.

SiRB,

Le baron de Staël * m'a communiqué les ordres de Votre Majesté, qui défendent au comte de Fersen et à moi de porter les marques de l'association de Cincinnatu$j formée parle président Washington pour désigner les officiers supérieurs qui ont eu le bonheur de se distinguer pendant cette guerre , tant Américains qu'étrangers.

Je dois avant tout avouer à Votre Majesté que

''' Ambassadeur de Suède à la cour de France , gendre de M.Necker.

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