‹ Memoires posthumes du feldmarechal comte de Stedingk (volume 5)Chapitre 8 sur 13 · LETTRE DE M. STEDINGK AD ROI GUSTAVE III · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. STEDINGK AD ROI GUSTAVE III

Datée d'Helsingfors , ce 30 mai 1788.

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Je suis arrivé ici sans avoir rencontré aucun Russe , mais beaucoup trop lentement pour mon impatience : je languis après St-Michel , comme en d'autres temps j'aurais pu désirer de revoir Paris. Sur ma route j'ai trouvé les Finois fort effrayés des apparences d'une guerre ; ils ne révent que Cosaques qui mangeront leurs enfants, et les dames craignent la brutalité de ces messieurs : c'est la suite du mauvais succès de nos armes dans des temps malheureux , dont j'espère que

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Votre Majesté est destinée à effacer jusqu'aux moindres traces. On dit ici que les Russes craignent beaucoup d'être attaqués , et que , dans ce moment encore , ils ne sont point préparés à nous faire une grande résistance ; tout paraît tranquille sur la frontière , et l'on n'aperçoit aucun mouvement de troupes ni d'autres préparatifs. Le plus grand obstacle que Votre Majesté trouvera à ses desseins est le manque de vivres dans ce pays-çi , et la disette totale qui règne dans quelques provinces. Svéaborg est en état de défense ; la flotte de Svéaborg sera prête en partie dans quinze jours et en totalité dans un mois ; mais l'artillerie de campagne manque des choses les plus nécessaires, et tout ce qui regarde les hôpitaux est à peine commencé. Svéaborg ne me paraît pas propre pour cet objet , vu l'humidité de l'air et le peu d'emplacement. Avec la constitution de l'armée de Votre Majesté, il faut compter au moins sur un quart de malades, la première campagne. Le général m'a annoncé qu'il gardait deux escadrons de mon régiment et le petit bataillon d'Ellimé ici, ce qui réduira encore mon commandement. Dieu veuille que je puisse être utile à Votre Majesté dans un |)ays que je ne connais pas, et avec une petite troupe

DU GOIITB DE STBBINGK. 83

dont je ne sais pas la langue. Je suis animé du zèle le plus pur pour le service de Votre Majesté , je veux sa gloire et son bonheur aux dépens de mes jours, mais je crains de ne pas pouvoir faire assez bien selon mes désirs. La permission que Votre Majesté m'a donnée de lui écrire , m'est un grand encouragement , et une vraie consolation d'être si loin d'elle. Je m'en servirai, Sire, pour vous dire les choses telles que je les vois. Je puis me tromper, mais l'intention me servira d'excuse auprès de Votre Majesté , et ma volonté sera toujours aussi soumise que mes actions aux ordres qu'il lui plaira de me donner.

Je suis , etc.

CuRT v. Stedingk.

6k MJÎIIOIfiES POSTHUMES

LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROL

Salnt-Mlcbel, ce 15 Juin 1788.

A lix hearct du matin.

Sire ,

Je crains que je me suis trompé de date dans ma dernière relation. La malheureuse affaire de Kyro était le 11 , et celle qui a sauvé ce pays et peut-être la Finlande pour quelque temps le 13 \ Le corps russe qui est à Christina est fort de quatre mille hommes d'infanterie et de mille ou mille deux cents Cosaques. L'infanterie russe est superbe; il y a surtout le régiment

* Combat de Pumala.

des grenadiers, du corps de deux mille hommes, qui est de toute beauté. Nous en avons enterré cent quarante qui étaient des hommes superbes. Les officiers prisonniers avouent sept cents hommes de tués et blessés, mais comme ils disent aussi qu'ils étaient cinq mille à l'attaque, le compte de quatre à peu près , qui restent , s'y trouve. Ce qui me fâche, c'est qu'ils n'abandonnent pas leur dessein de pénétrer ici. Ils auront un régiment de renfort ce soir, si Votre Majesté ne dérange leur dessein. Il faut nécessairement envoyer ici un bon régiment ou faire une puissante diversion , ou tous les deux à ïa fois. Si je vis, je les arrêterai encore deux jours , à moins qu'ils veuillent sacrifier beaucoup de monde , mais si je suis tué , Sire , les affaires iront mal et seront perdues. Il n'y a que l'exacte vérité et mon zèle pour Votre Majesté qui peut me faire dire une fatuité pareille ; mais sans la connaissance du pays, sans la volonté la plus déterminée , on est abattu ici par les obstacles qu'on éprouve. Je dis tout cela à Votre Majesté pour la convaincre de la nécessité de jeter les yeux sur un bon sujet qui puisse me remplacer, en cas de besoin.

Après notre victoire nous sommes au pain et

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à Teau. Tous lés habitants se sont sauvés dans les forêts avec leurs bestiaux ; ils en reviennent, pour me tenir de longues harangues, que je ne comprends pas ; mais ils y retournent toutefois , et tant que Tennemi sera à Ghristina , ils n'ont pas tout h fait tort.

Je suis , etc.

CuRT V. Stedingk.

DU COMTE DE STED/ÎVGK. 87

LETTRE DE M, DE STEDINGK AU ROI

S«iiU -Michel , ce 2k Juin 1788.

Sire,

C'est toujours de St-Michel, que j'ai l'honneur d'écrire à Votre Majesté. Je voudrais que ce fût de WHmanstrand ou de Nyslott. Si je n'avais pas craint de donner une fausse joie à Votre Majesté , j'aurais pu dater ma lettre de ce dernier endroit. Je viens de faire une visite au commandant de Nyslott. J'en demande très-humblement pardon à Votre Majesté, mais je le croyais absolument nécessaire à son service. Nous n*avions ni plan ,

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ni information de Tétat de cette place , et je pense qu'à la guerre il faut, quand on le peut, ne se fier qu'à ses propres yeux. Sous le prétexte de visiter la frontière, je me fis accompagner d'un officier de génie nommé Mûller qui était connu à Nyslott , mais qui ne connaissait pas non plus le château. Après avoir couru la province quelques jours , je changeai d'habit , et je passai la frontière sous le nom emprunté d'un capitaine français du régiment de Royal suédois. Je fus dîner chez le curé de Saminge à une demi-lieue de Nyslott, le jour de leur Pentecôte. Tous les officiers de la garnison y étaient invités ; j'appris que M. de Pruce était en grande hâte à Wiborg, que depuis quatre jours , on était fort sur ses gardes à Nyslott, sur des nouvelles apportées par un courrier de Pétersbourg au commandant. L'officier commandant le génie à Nyslott , nommé Torket, Suédois d'origine , me prit en grande amitié. Je trouvais plaisant de me faire accompagner par lui. Il l'accepta d'abord , mais sur quelques soupçons qu'il prit, il refusa ensuite. Ce fut l'uniforme de M. Mûller, qui passait pour mon oncle , qui lui en imposa , à ce que je crois. Un major russe, nommé Pistol Korsf, nous accompagna et se mit au gouvernail. Il nous

fit aborder fort loin du château. Nous fûmes entourés de la garde russe. Je demandai à parler au commandant qui demeure dans Tintérieur du château , et que je savais être malade dans son lit. A ce nom sacré, les Russes se prosternèrent , et un sergent alla chez le commandant chercher sa réponse. J'étais trop poli et trop empressé pour Tattendre , et je me mis à marcher à grands pas , passant toutes les sentinelles et plusieurs ponts jusque dans la cour intérieure du château h la porte du commandant. Il fut surpris apparemment de ma visite , car sa réponse tarda longtemps, ce qui me donna le loisir de tout examiner. En attendant on ferma les barrières , je me crus pour un moment en Sibéne. Je commençais à penser à ma dernière ressource qui était un grand couteau, dont je m'étais muni. Le commandant est un galant homme, à ce qu'on dit, et si j'avais pu le forcer à me donner sa parole de me relâcher, il l'aurait ienue, mais il n'en fut pas besoin. Le sergent sortit, les barrières se baissèrent, l'humeur du commandant s'était communiquée à toute la garde. On nous cria stoupay de tous les côtés et nous nous en fûmes sans avoir pu voir le commandant. Restait à voir l'île et les environs , je crus

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