‹ Memoires posthumes du feldmarechal comte de StedingkChapitre 10 sur 38 · II · texte numérisé non relu

II

f40 MÉMOIRES POSTHUMES

envoyé ici, il y a quinze ans, avec une bien mauvaise commission , étant chargé d'assurer l'impératrice Catheri»e que Fox et son parti empêcheraient le ministère de prendre aucun parti violent contre la Russie. 11 était question alors dans le cabinet de Saint-James d'envoyer une flotte dans ta Baltique pour obliger l'impératrice d'accorder à la Turquie des conditions de paix moins dures. En tout, M. Fox n'est pas un homme à inspirer une grande confiance du côté des jwincipes et de la délicatesse. Le prince Czartorisky attendait avec raison , à ce qu'il me semble , que le nouveau ministère anglais, s'il adoptait les principes de Tancien sur la guerre et l'alliance avec la Russie y aurait fait connaître d'abord ces sentiments a l'Empereur , pour ne laisser aucun doute à ce sujet ; n'étant connu jusqu'à présent que par son opposition à l'ancien système. Au lieu de suivre cette marche , lord Gower avait déclaré ici , et il m'a dit à moi que le ministère britannique, avant de prendre aucun parti sur la paix ou la guerre , voulait connaître les dispositions de l'Empereur à cet égard. Deux courriers ont été expédiés pour Londres par lord Gower et le ministère russe , portant des assurances positives que l'Empereur n'a-

vait pas changé de sentiment , et qu'il ferait tout ce qui serait en son pouvoir pour aeiûster ses alliés et servir la cause générale, mais on n'a pas encore une réponse claire et précise. Un courrier que lord Gower vient de recevoir, ne lui apporte que des assurances vagues, que S. M. Britannique remplira fidèlement tous ses engagements avec la Russie, et M. Fox promet d'envoyer incessamment un courrier avec des éclaircissements plus amples.

Le comte Woronzoff a demandé son rappel , et revient le printemps prochain. Le jeune comte Strogonoff aurait désiré de le remplacer ; mais on croit ici que cette ambassade exige un homme plus versé dans les affaires diplomatiques , et le vieux comte Strogonoff n'aurait vu qu'avec beaucoup de peine son fils et sa belle-fille s'éloigner de lui. La place que le jeune comte occupe dans le ministère , et l'amitié que l'empereur a pour lui , rendent d'ailleurs sa présence nécessaire ici. La mission d'Angleterre n'est pas la seule qui éprouvera un changement. L'empereur n'est pas content du comte Rasoumoffsky, ambassadeur à Vienne. On l'a accusé de torts qu'il n'avait pas, et que même il ne pouvait pas avoir ; mais sa morgue ,

son orgueil et sa manière d'être ont indisposé beaucoup de monde contre lui , et surtout ses compatriotes , qui se plaignent qu'il manque entièrement d'égards et de politesse envers eux. Ces défauts , qui ont paru dans un plus grand jour, pendant que l'armée russe s'est trouvée en Autriche, ont fait impression sur l'empereur, et Sa Majesté s'est décidée à rappeler M. Rasoumoffsky. Pour que ce rappel n'ait pas l'air d'une disgrâce , et ne point indisposer sa famille , on lui a offert l'ambassade de Londres, que vraisemblablement il n'acceptera pas. Le prince Alexandre Kourakin, l'ancien vice-chancelier, est nommé pour aller à Vienne. Étant protégé par l'impératrice douairière, l'empereur par ce choix a voulu faire plai^ à sa mère , et contenter un ancien serviteur, auquel il avait ôté son emploi , et qui a toujours conservé le désir de rentrer dans les affaires ; mais avec toutes les qualités d'un galant homme et d'un homme du monde, le prince Kourakin n*a pas celles que la place qu'on lui destine exigerait II est irrésolu , et s'il a un sentiment à lui en politique, c'est celui d'être bien avec tout le monde. Avide de distinctions, iUime tout ce qui peut attirer les regards du public, le faste, la parure, les dia-

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mants, les décorations, et malgré qu'il soit chargé d'ordres de chevalerie , il n'a pas été insensible au plaisir d'avoir obtenu, après la mort de Paul I , Tordre de l' Aigle-noir, avec la même plaque en diamants cjue ce souverain avait reçue de Frédéric II , lors de son mariage. On prétend que depuis ce temps il est fort attaché à la Prusse , et il est personnellement lié avec le duc de Brunswick ; ce qui ne fait pas espérer que le prince Kourakin $era d'une grande utilité dans son nouvel emploi. Il serait cependant essentiel pour cette cour-ci , de ne pas perdre son influence, ni à Vienne, ni à Londres, dans les circonstances actuelles. Le prince de Czartorisky le sent parfaitement, et il aurait désiré un autre choix , ou qu'on eût laissé le comte Basoumoffsky en place, jusqu'à ce que les affaires eussent pris une assiette plus tranquille , mais il n'a pas été consulté , et en cela , comme en bien d'autres choses, l'empereur a suivi exclusivement ses propres idées ; à juger ce souverain par l'aménité et la douceur qui régnent dans ses manières, on dirait qu'il est d'une facilité extrême dans les affaires; mais il n'en est pas ainsi , et s'il est difficile de l'engager à prendre un parti décisif, il l'est encore bien davantage de

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le faire revenir d'un« opinion qu'il a embrassée une fois. Le peu d'accueil que le public a fait au duc de Brunswick , a dû lui montrer combien sa présence déplaisait ici , et que la Prusse y avait peu de partisans. Ce fut par malice , que Ton donna Tartufe au spectacle de la ville, la première fois qu'il y parut, et tous les vers qui étaient suceptibles de quelque application furent vivement applaudis. Les distinctions accordées par l'empereur à l'envoyé d'une cour dont on avait tant à se plaindre, et à un prince qui semblait avoir oublié ce qu'il devait à sa propre dignité , ont déplu infiniment. En tout il est fâcheux de voir combien, avec les meilleures intentions et des qualités très-aimables, l'empereur réussit peu à se faire aimer de ses sujets, combien surtout il a perdu dans le public par la malheureuse campagne qu'il vient de faire , et par sa précipitation d'abandonner le théâtre de la guerre. L'orgueil des Russes est cruellement blessé de voir leur gloire militaire éclipsée en partie , et l'armée murmure hautement. C'est surtout à Moscou que le mécontentement se montre à découvert; le prince de Bagrathion y ayant été , on lui a donné une quantité de fêtes , dans lesquelles on a célébré de

mille manières son courage , et la conduite qu'il a tenue dans cette guerre , mais en tout cela , il n'y a pas eu un mot de louange pour l'empereur. Ces mauvaises dispositions doivent être attribuées en grande partie à l'esprit de résistance et de mutinerie , que ces derniers temps ont produit , et qui s'est répandu partout ; je voudrais bien ne pas mal augurer de ce règne , mais il est remarquable comme toutes les entreprises de l'empereur, même les plus louables, et qui permettraient le meilleur succès , ont mal réussi ; l'ambassade à la Chine a manqué complètement. M. Baykoff, qui en était le premier secrétaire, est revenu avec cette nouvelle ces jours derniers. Après bien des pourparlers sur le cérémonial, toutes les difficultés paraissaient aplanies. L'ambassadeur avait passé la frontière, et était parvenu jusqu'à la ville d'Orga, à trois cent cinquante werstes dans le désert. Les deux mandarins qui y commandaient le reçurent très-bien , et le menèrent avec pompe à travers leur ville et une foule innombrable de peuple. Tout d'un coup le cortège s'arrête ; on voit une table sur laquelle était posée debout une planche , devant laquelle brûlaient trois bougies. Les mandarins exigent que l'ambassadeur et toute

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sa suite se prosternent le visage contre terre. Il refuse. Il dit que les ordres de son souverain lui prescrivent de se prosterner devant l'empereur de la Chine , mais devant une planche, il ne peut y consentir. On le renvoie sur-le-champ , et il est déjà revenu à Irkutsk , ayant laissé sa suite à Kiachta. Le malheur a voulu que dans le même temps qu'il est arrivé par le nord, M. de Krusenstern est venu à Canton, avec les deux vaisseaux qui devaient faire le tour du monde. Après avoir été au Japon , où il n'avait pas été reçu , M. de Krusenstern est allé au Kamtschatka, pour y déposer l'ambassadeur, que l'empereur du Japon n'avait n'avait pas* voulu recevoir. Ayant été informé de l'ambassade du comte Golofkin, il était allé à Canton , espérant d'y faire de bonnes affaires. Les Chinois furent effarouchés de cette apparition des Russes aux deux bouts de leur empire. Les mandarins d'Orga, avec la finesse qui caractérise leur nation , avaient demandé à l'ambassadeur, quel était un certain pays au nord de la Chine , dont ils lui désignaient confusément la situation. Il répondit, que si on le lui montrait sur une carte , il pourrait répondre à la question. On en apporta une, et l'ambassadeur ayant vu que c'é-

tait du Kamtschatka que Ton voulait parler, dit que ce pays obéissait à son souverain. Les man^ darins lui apprirent alors, qu'un transfuge était venu de ce pays-là à Canton avec deux gros vaisseaux , qu'il avait été arrêté ainsi que tout Téqui* page et que justice serait faite ; on craint beau-coup qu'il ne soit perdu avec tout son monde. Il semble que l'ambassadeur ait perdu un peu la tête en cette occasion , et qu'il n'ait pas su s'il fallait avouer ou non , M. de Krusenstem. Il aurait été sauvé , si l'ambassadeur s'était prosterné , et avait continué son voyage , mais le comte Golofkin , que Votre Majesté connaît, n'est pas un homme à écarter les difficultés. Il est à craindre qu'il n'arrive une interruption du commerce avec la Chine. Ce serait un véritable malheur pour ce pays-ci , ce commerce faisant subsister la majeure partie de la Sibérie. Ce n'est peut-être pas sans quelque fondement, que l'on soupçonne les commerçants anglais et hollandais d'avoir suscité ces embarras à la Russie.

La Turquie commence aussi à lui donner beaucoup d'inquiétude , et le prince Czartoristy m'en parle souvent. La Porte a renouvelé à la vérité son traité avec la Russie, mais l'ancienne

haine et jalousie, qui divise les deux nations, n'en subsiste pas moins. La France étant parvenue à persuader au Divan qu'elle a remporté une victoire complète sur les Russes , et qu'elle enverra une armée considérable par la Grèce pour aider les Turcs à reconquérir la Crimée , et chasser les Russes de la mer Noire ; il a non-seulement reconnu Buonaparte en sa qualité d'Empereur, ce qui est absolument contraire au sens du dernier traité, mais il devient tous les jours plus intraitable , et M. Italinsky ne sait plus où il en est. L'Empereur se voit forcé par là , de rassembler des forces très-considérables de ce côté-là, et l'armée y sera portée à 100,000 hommes.

Un autre incident vient encore de troubler l'horizon politique. Les Russes , aidés des Monténégrins , se sont emparés des Bouches du Cattaro , qui, d'après le traité de Presbourg , devaientêtreremises par l'Empereur Romain au royaume d'Italie* Cette prise de possession , à ce que m'a dit le prince Czartorisky, s'est faite sans dessein prémédité. Deux frégates russes se trouvant là au moment que les ordres arrivèrent d'évacuer la place , les Monténégrins, ne voulant pas des Français chez eux,s'emparèrent de la ville, aidés par l'équiqage

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des frégates. La faible garnison des Autrichiens obtînt de pouvoir se retirer , et les Russes se trouvant en possession d'un poste aussi important par sa situation , et aussi facile à garder, sont décidés à s'y maintenir. L'Autriche se trouve par là dans le plus grand embarras, puisqu'il est clair que Buonaparte ne renoncera pas de bon gré à une possession, qui lui appartient en certaine manière , et quMl saura bien se dédommager de sa perte sur l'Autriche. Le général Merfeldt a reçu un courrier , avec les ordres les plus pressants de redemander cet endroit, et de représenter tous les inconvénients qu'un refus entraînerait; l'Autriche, réduite à recevoir la loi de Buonaparte , se verrait peut-être dans la nécessité d'accorder le passage aux troupes que Buonaparte enverrait contre la Russie , et même de joindre ses forces à celle des Français ; mais on n'en juge pas ainsi à Pétersbourg, et le général n'a rien obtenu jusqu'à présent, le prince Czartorisky attendant à chaque instant un courrier du comte Rasoumoffsky , pour savoir si effectivement l'Autriche pourrait en venir à ce point de faiblesse. Pour la Prusse , il n'y a pas de doute qu'elle ne se conforme exactement à toutes les volontés et les caprices de Buo-

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naparte. Un courrier a apporté la nouvelle au conate de Goltz, que sa cour avait pris l'engagement avec la France, de fermer les ports de Brème, d'Hambourg et de Lûbeck aux Anglais. Ce n'était qu'à ces conditions que la France avait remis le pays d'Hanovre à Sa Majesté Prussienne. Le prince Czartorisky a été informé en même temps que la Prusse était décidée à déloger les troupes suédoises du pays de Lauenbourg. Lui , ainsi que l'ambassadeur d'Angleterre , m'ont dit à plusieurs reprises qu'il serait à désirer que Votre Majesté ne laissât pas venir les choses à cette extré* mité , et qu'elle prévint une rupture ouverte , en faisant rentrer ses troupes dans la Poméranie suédoise. Depuis que je connais les intentions de Votre Majesté à cet égard, par la dépêche de M. de W^etterstedt du 14 mars , je fais tout ce que je puis pour faire changer le prince d'avis à ce sujet, mais il me soutient toujours, que la défense que Votre Majesté ferait dans le pays de Lauen-* bourg ne serait que partielle et sans effet, et qu'elle produirait infailliblement la perte des braves gens, détachés pour garder ce pays là, et affaiblirait d'autant la résistance qu'il fallait faire nécessairement dans la Poméranie suédoise. Tant qu'il y

DU COMTE DE STBDINGE. t57

avait eu apparence d*en imposer à la Prusse , la mesure de ne point abandonner légèrement un pays que Ton avait entrepris de défendre, avait été aussi utile qu'honorable. II aurait désiré que r Empereur en eût fait autant, mais depuis que le souverain, auquel appartenait ce pays, en avait retiré ses troupes , et paraissait désirer que Votre Majesté suivît son exemple , les choses avaient entièrement changé de face et un plus long séjour dans ces cantons n'offrait aucune chance favorable. L'empereur n'était pas à portée de secourir Votre Majesté , malgré la bonne envie qu'il en aurait, et il me laissait à juger combien il était important de ne pas s'exposer au moindre échec , pour ne pas donner un nouvel aliment à l'insolence de Napoléon.

Le prince Gagarin m'a dit que Votre Majesté lui avait parlé de l'affaire des limites en Finlande , et qu'il en avait fait son rapport à l'empereur. Je n'ai laissé éckapper aucune occasion pour la remettre sur le tapis et en hâter la conclusion. Aussi souvent que j'en ai parlé à l'empereur ou à ses ministres, on m'a donné de belles promesses qui n'ont rien produit. Enfin , je suis devenu plus pressant encore , depuis que les cir-

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constances prescrivent à la Russie de grands ménagements pour Votre Majesté , et le prince Czartorisky m'a promis positivement de faire rassembler tous les papiers qui y ont rapport. Si elle ne fmit point pendant ma mission , j'en serais inconsolable , la regardant conmie la seule opération , en fait de politique externe , qui puisse donner quelque satisfaction à Votre Majesté , dans un monient où toutes les autres ne présentaient qu'erreur et confusion.

L'empereur a reçu la nouvelle que le prince ZizianofT, gouverneur de la Géorgie , a été assassiné dana une entrevue qui devait avoir lieu entre lui et quelques chefs des habitants du Caucase , que l'on n'est pas parvenu encore à soumettre, et qui infestent le plat pays par des incursions perpétuelles» Le prince s'étant rendu à l'endroit con venu, on lui lâcha une volée de coups de pistolets et de carabines , qui tua d'abord son interprète. Lui-même voulut se sauver par la fuite , mais les assassins l'atteignirent et l'achevèrent. Son escorte, à ce que l'on prétend, se trouva à portée de le secourir et ne le fit pas. Il n'était aimé de personne , et on l'accusait d'être avare , rude et intraitable. Issu de la famille qui a régné en Géor-

gie , ses compatriotes le regardèrent comme un déserteur vendu à leurs conquérants , et n'eurent jamais pour lui que du mépris.

Le général comte Tolstoy est attendu au premier jour. L'empereur Ta fait venir pour lui confier, dit-on , le commandement d'un corps d'armée , qui sera rassemblé sur les frontières de la Prusse. 11 aurait mieux valu de ne point retirer les troupes qu'il commandait de l'armée de Votre Majesté. Avant d'avoir reçu les ordres de Votre Majesté à ce sujet , je l'avais proposé à l'empereur, dans l'audience qu'il m'accorda à mon retour ici. Les circonstances me paraissaient l'exiger impérieusement. Les idées pacifiques de Sa Majesté impériale , et son illusion sur les sentiments du roi de Prusse, n'ont pas permis que l'on m'écoutât. 11 paraissait décidé que l'on ne ferait rien de ce que l'on devait faire. Quand on a été détrompé , il n'était plus temps, à ce que l'on prétendait , de faire rétrograder ce corps d'armée. Le prince Gagarinn'en a rien écrit à l'empereur, prévoyant apparemment que ce serait sans effet.

Les régiments des gardes , qui avaient été à l'armée, sont rentrés hier à midi et ont défilé devant l'empereur et les impératrices. Elles ont perdu

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beaucoup moins de monde qu'on ne Pavait dit^ et on les a complétées de nouveau , chemin faisant ; mais elles reviennent bien mécontentes de leur expédition , et c'est à présent que les clabauderies vont recommencer plus que jamais.

L'empereur a nommé M. de la Maisonfort son chargé d'affaires auprès du duc de Brunswick, avec un traitement de près de trois mille ducats. C'est un émigré français , ancien capitaine de dragons, et chevalier de Saint-Louis , qui ne manque pas d'esprit et qui est connu par quelques productions littéraires , romans et comédies. Étant protégé par le duc de Brunswick , qui a fait élever un de ses fils parmi ses pages , il a su profiter du séjour de ce prince à Pétersbourg pour se faire donner cette mission. C'est moins pour faire honneur au duc que cette place a été créée que pour avoir une vedette dans sa résidence ; mais je ne crois pas que les Français permettront qu'il y reste longtemps.

i>U COHTB VE STEBIN'GK. 161

Apostilte n"* 1 .

he 0 (31) «vrii 180ë.

La conférence que le prince Czartorisky m'avait promise depuis plusieurs jours , a eu lieu avant-hier au soir. 11 m'a dit qu'un courrier venu de Berlin avait apporté à l'empereur un bidet que te baron de Hardenî)ei^ a écrit à M. d' Alopœus , pour l'informer que Sa Majesté Prussienne, mal gré le désir qu'elle avait de maintenir la paix avec Votre Majesté , se voyait forcée par les circonstances de faire marcher des troupes pour occuper le pays de Lanenbourg , et de s'en emparer à force ouverte , si les troupes suédoises n'abandonnaient point ce pays; Sachant combien l'empereur s'intéressait à la conservation de la paix dans le Nord , et qu'il était uni d'intérêt et d'amitié av<ec Votre Majesté , le roi avait recours à ce souverain pour qu'il engageât Votre Majesté à ne pas laisser venir les choses à cette extrémité : qu'à cette condition, la Prusse s'offrait de garantir à la Suède , ain^ qu'au Danemark , toutes leurs possessions en Allemagne. Le prince avait voulu me montrer le billet II. n

162 MEMOIRES POSTHCMKS

du baron de Hardenberg en original ; mais l'empereur l'ayant égaré, il ne pouvait que m'en dire le contenu , et ce sont ses propres termes que je viens d'avoir l'honneur de rapporter. De plus , il était chargé par l'empereur de me dire que Sa Majesté Impériale regarderait comme une grande marque d'amitié, si Votre Majesté voudrait déférer à ses conseils et retirer ses ti'oupes du pays de Lauenbourg , non par aucun ménagement pour la Prusse qui ne pouvait pas s'y attendre ; mais pour ne rien mettre au hasard , puisque Tempereur ne pouvait pas venir au secours de Votre Majesté en cette saison , et que l'engagement que le roi de Prusse prenait de ne pas attaquer la Poméranie, équivalait au moins à un délai dont on avait besoin pour recevoir des informations exactes de l'Angleterre , et pour préparer ses moyens de défense. Le prince a ajouté encore que le Danemark avait pris l'alarme sur quelques armements que Votre Majesté avait ordonnés en Scanie , et il m'a demandé si elle ne jugerait pas à propos de faire rassurer cette cour par quelques mots sur le véritable but de ces armements , étant essentiel d'éviter tous les mésentendus entre les puissances qui avaient des intérêts communs , et d'écarter tout

Dtr COilTE DE STEIHUGK. 163

sujet dMnquiétude. Ensuite il m'a promis que l'affaire des limites serait reprise incessamment , et il m'a dit que le traité de Gatschina tirant vers sa fin , l'empereur désirait savoir si Votre Majesté ne ^rait pas dans l'intention de le renouveler.

J'ose prier Votre Majesté instamment de patienîter dt de ne pas s'exposer à aucun revers , les occasions ne pouvant pas lui manquer de coopérer d'une manière également glorieuse et plus avantageuse pour elle , au salut public. Les sentiments que le prince Gzartorisky m'a témoignés en cette occasion et en beaucoup d'autres, font que j'ai :pour lui la plus grande estime. Plein d'honneur et de probité , il est attaché à son souverain et à ses devoirs, sans aucune vue d'intérêt ni de retour sur lui-même. Instruit , réservé et modeste , il a le cœur bien'placé et une bonne tête.

161 MÉifÔIRES POSTlitJHES

Apostille.

Le k (16) mai 1806.

Le baron de Stackelberg est arrivé ici le 26 avril (8 mai) à midi , avec les ordres de Votre Majesté du 28. J'avais reçu le même jour, par la poste ordinaire, ceux du 20 et du 2/i.. J'en ai donné d'abord avis au prince Czartorisky, et de ce qui venait de se passer dans le pays de Lauenbourg. Il m'a prié de venir chez lui le lendemain matin , et a débuté par me dire que l'empereur était très-fâché que les choses en fussent venues à ces extrémités* Ce souverain s'était flatté jusqu'à ce moment que Votre Majesté déférerait à ses conseils et ne précipiterait pas les événements. La Prusse ne demandait pas mieux que de trouver un ' prétexte pour se mettre en possession de la Poméranie suédoise , et lorsque rien n'était préparé ni concerté même pour la défense commune , il était à craindre que l'issue de ce conflit ne pouvait être que désavantageuse pour Votre Majesté. C'est ainsi que l'empereur s'était expliqué lorsqu'il avait

DU CaMTB BE 8TBDUI6K. 185

rendu compte à Sa Majesté du billet que je lui avais écrit, et prévoyant que, dans les circonstances actuelles, je désirerais d'avoir au plus tôt Taudience que j'avais demandée précédemment, il avait pris les ordres de Sa Majesté à ce sujet, et qu'elle me recevrait dimanche , le 29.

Le lendemain matin , le prince m^a envoyé son premier secrétaire , M. d'Oubril , pour me fahre savoir que le comte de Goltz ne serait pas éloigné , pour peu qu'on l'exigeât, de donner une déclaration que la cour de Berlin n'attaquerait pas la Poméranie suédoise , pourvu que je voulusse donner de mon côté une assurance positive et par écrit que Votre Majesté s'abstiendrait de toute hostilité envers la Prusse. Le prince me fit demander ce que je pensais de cette démarche. Je lui fis réponse que je croyais que le comte de Haugwitz se moquerait des déclarations du comte de Goltz, et que les hostilités étant commencées de part et d'autre, je ne pouvais aucunement répondre que Votre Majesté n'y donnât pas de suite.

L'empereur prétendait que M. d'Alopœus et surtout le prince Gagarin , n'avaient cessé de

f 66 MéatOIBES POSTHUMES

représenter à Votre Majesté la nécessité de ne pas se commettre avec la Prusse en ce moment-ci , et il me demanda quelle utilité Votre Majesté aurait

possiblement pu tirer de la résistance des troupes suédoises dans le pays de Lauenbourg. « Fort bien , ajouta-t-il , si on avait pu le défendre. »

Apostitle.

I^ 6 (18) mai 1806.

Je viens de voir le prince Czartorisky qui m*a donné les renseignements suivants. Le courrier que le comte de Goltz a reçu lui a apporté un rescrit du roi de Prusse , dans lequel ce souverain se plaint beaucoup des procédés de Votre Majesté à son égard. Il prétend qu'il a toujours désiré vivre en paix avec Votre Majesté, et qu'il n'a jamais eu l'intention de s'emparer de* ses États héréditaires en Allemagne.

11 rejette tous les torts de ce qui vient d'arriver

DU COMTE hE STBUINGK. 167

dans le pays de Lauenbourg sur le comte de Loewenhielm * , qui , malgré la modération des ,troupes prussiennes qui avaient reçu l'ordre de ne pas tirer, les a forcées à se défendre, et qui s'est obstiné h faire couler le sang **; mais qu'en conséquence de ces événements le roi de Prusse se verrait forcé de rassembler une armée de âO,000 hommes sur les frontières de la Poméranie , après quoi il écrira une lettre à Votre Majesté pour lui dire que ne pouvant pas s'expliquer sa manière d'agir vis-à-vis de la Prusse, il s'adresse à elle directement pour savoir si elle veut la guerre ou la paix. Il a demandé en même temps l'intervention de l'Empereur pour engager Votre Majesté à ne pas troubler la paix du Nord.

' Le général corale Gustave de Loewenhielm , ministre de Siiëde en Franee. {J^ote de V Éditeur.)

"* La Prusse tenait de s'emparer du Hanovre, avec le consentement de Napoléon. Gustave IV se mit en tète de conserver le Lauenbourg au roi d'Angleterre , malgré les protestations de rinutilité de la chose par le ministre d'Angleterre, M. Pierrepont. Le comte de Loewenhielm fut chargé de la défense de ce pays contre la Prusse, avec un corps de 300 hommes de cayalerieen tout; il eut l'ordre de se défendre vaillamment, et voilà ce qu'il fit contre un corps prussien composé d'un régiment de cuirassiers, d'un régiment d'infanterie et d'une batterie d'artillerie.

tes MéMOIRES POSfnOHES

Le prince lui a répondu que Votre Majesté ayant déclaré qu'elle regarderait comme une agression contre la Suède toute attaque contre le pays de Lauenbourg , l'Empereur aurait désiré que la Prusse n'y eût pas envoyé des troupes , d'autant plus qu'à la demande expresse de S. M. Prussienne, l'Empereur s'était décidé à prier Votre Majesté d'évacuer ce pays. Au lieu d'attendre l'effet de cette démarche , on en était venu aux voies de fait , et il a rappelé au comte de Goltz ce qu'il avait été chargé de lui dire au sujet d'une atta* que prussienne dîr%ée contre la Poméranie suédoise.

Le comte de Goltz n'est pas du tout content de cette réponse. Il a dit à l'ambassadeur d'Angleterre que le prince Czartorisky avait menacé la Prusse de la guerre , et que ne pouvant pas résister avec ses propres forces à la Russie, elle se verrait dans la nécessité d'appeler une armée française à son secours , dont l'introduction dans le cœur de la monarchie prussienne achèverait sa ruine. Ce ministre jette en même temps les hauts cris sur le girand nombre de vaisseaux prussiens pris par les Anglais. Il a déjà donné deux notes aii prince Czartorisky, par lesquelles la cour

DU COMTE HB STKUUTGK. 169

de Prusse demande Tentremise de TEmpereur pour engager le cabinet de Saint-James h user de ménagement envers elle. On lui a répondu que S. M. Impériale ne pouvait pas se mêler de cette affaire y à moins que la cour de Berlin ne s'engageât de lever les blocus des différentes rivières. Là-dessus le comte de Goltz a fait quelques promesses que la. Trave serait débloquée. C*est le point qui intéresse le plus les négociations de Pétersbourg. Ils se sont assemblés pour faire des représentations à l'Empereur» par le ministère du commerce, sur le tort qui résulte pour la Russie du blocus de la Trave. Ils évaluent la valeur du commerce qu'ils faisaient avec Lûbeck à dix millions de roubles. D'un autre côté ils se plaignent de ce que Votre Majesté va bloquer les ports prussiens , et de la prise par les Suédois de deux vaisseaux chargés pour le compte de négociants russes.

DJÎPÊCHE m M. DE STËDINGK AU ROI.

Le 15 (27) mai 1806,

Le courrier Ostbom est arrivé ici jeudi dernier, k six heures après midi , et m'a remis les ordres de Votre Majesté du 13 maj. Le prince étant allé ce jour-là à Pawlovsky , chez l'impératrice mère , où l'Empereur et beaucoup de monde s'était rendu pour la fête de Madame la grande duchesse Ca^ therine, je n'ai pu le voir que le lendemain à midi. Je lui ai communiqué officiellement la note de S. Ex. M, le comte de Fersen , du 6 mai , au sujet du blocus de tous les ports prussiens sur la Baltique ^ ainsi que la lettre du roi de Prusse à Votre Majesté, et la réponse franche et noble

DU COMTE DE STUMlfGK. i7t

qu'elle y a faite. Le prince m'a prié de lui laisser ces lettres pour pouvoir les montrer à l'Empereur , avec une partie de la dépêche de M. de Wetterstedt, que je venais de lui lire. Incertain, si les déclarations qu'il avait faites au comte de Goltz par ordre de l'Empereur pourraient arrêter la cour de Berlin et empêcher l'entrée des troupes prussiennes dans la Poméranie suédoise , il est revenu sur le projet d'accommodement , dont il m'avait parlé précédemment et qui se trouve joint à^ ma très-humble dépêche du 18 mai , envoyée par le baron de Stackelberg. Votre Majesté aura daigné remarquer que j'avais refusé d'entrer dans aucune discussion sur cet objet, dans l'incertitude où j'étais sur les intentions de Votre Majesté , et espérant que , malgré le défaut d'énergie dans les déclarations de la Russie, la Prusse n'oserait pas passer outre, La lettre de S, M, Prussienne ayant changé mes idées à cet égard , et la réponse de Votre Majesté faisant connaître que les voies de conciliation n'étaient pas fermées entièrement, j'avais jeté sinr le papier, avant d'aller chez le prince, et fort à la hâte, quelques articles qui auraient pu servir de base à un arrangement préliminaire , en m' écartant le moins que je pouvais.

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des points que le prince avait proposés, et en cherchant à concilier les prétentions opposées. J'avais si peu Tidée d'en faire un objet de négocia* tiens , que je n'en ai pas gardé de copie , et que ce n'est que de mémoire que j'écris l'exemplaire que j'ai l'honneur de joindre ici. Le prince ayant touché cette corde , et notre conversation roulant sur les moyens d'aplanir les difficultés qui s'opposaient à un arrangement amical avec la Prusse , j'ai tiré de ma poche le brouillon en question , et je lui en a fait la lecture en lui disant que ce n'était qu'un premier aperçu auquel il y avait plusieurs choses à ajouter. Il l'a lu à son tour , en me priant de le lui laisser pour y réfléchir à son aise , et il m'a fait quelques objections sur le peu de probabilité que la cour de Prusse accepterait ces conditions ou que la France lui en donnât la permission. L'évacuation du duché de Lauenbourg, le retour des troupes suédoises dans ce pays-là , et la ligne de démarcation que j'avais proposée , qui donnait beaucoup de marche à Votre Majesté , et empêchait les Prussiens de s'approcher de la Baltique , depuis la Trave jusqu'à la Peene ; tout cela contrarierait trop ouvertement les vues de la Prusse et de la France pour ne pas rencontrer une forte

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opposition. Il pensait que pour ne pas trop blesser Tamour-propre des Prussiens , il faudrait se désister de part et d'autre , d'occuper le pays de Lauenbourg militairement , sans se mettre en peine si la Prusse y laissait quelques employés pour l'ad* ministration civile. Je n'ai pas été de cet avis ^ l'administration civile constituant proprement la possession plus que l'occupation militaire; mais le prince a beaucoup insisté pour que l'on ne se rendit pas difficile , et de ne pas manquer un grand objet pour un de moindre importance. Je lui ai dit qu'ayant entre les mains la réponse de Votre Majesté au roi de Prusse , il pourrait juger lui-même ce que Votre Majesté pourrait accorder ou non * sans blesser sa dignité , et je l'ai quitté après lui avoir fortement recommandé de représenter à l'Empereur la nécessité de prendre un parti vigoureux et conforme aux intérêts de ses alliés.

Quand j'ai lu au Prince Czartorisky la dernière dépêche de M. de Wetterstedt , il m'a dit à l'endroit où il est question des négociations entre la Russie et la France , qu'il m'avait dit tout ce qui en était, et il a nié complètement ce qui s'y trouvait, sur la reconnaissance de la royauté de

Bavière et du Wurtemberg , par la Rus^e. Il m'a t'épété à cette occasion , que l'envoi de M. d'Oùbril et la commission dont le comte Rasoumoffsky était chargé , n'avaient pour objet que de tirer la maison d'Autriche d'embarras , et de ne pas mettre les Français en possession des bouches du dattaro , à moins d'en obtenir des concessions qui pourraient égaler l'avantage de l'occupation de cette place. S'il arrivait que dans l'intervalle les Français s'en rendissent maîtres, il ne serait plus question de négocier, et en tous les cas, M. d'Oubril n'irait à Paris, qu'après que l'o© saurait quelle tournure prenaient les négociaticms entre la France et l'Angleterre. Tout ce qui nous en revient ici est très-rassurant. Il paraît que le meilleur esprit et la plus grande unanimité régnent dans le conseil de S. M. Britannique , et que l'on n'a pas à craindre que FAngleterre se sépare d'intérêts avec ses alliés , à quoi visent toutes les insinuations de la France. Il ne s'agit donc que de ranimer le courage abattu du cabinet de Saint- Pétersbourg , et comme ce ne sera pas l'afiFaire <i'un jour, de gagner du temps , et de ne pas ris- <iuer d'augmenter ce découragement. La perte de de la Poméranie suédoise , celle de Stralsund sur-

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tout, produirait infailliblement cet effet. Lord Gower en pense de même , et que la fermeté et la vigueur que TAngleterre déploie auront une influence favorable sur les résolutions de l'empereur; car, malgré la différence d'opinions qui règne dans le conseil de S. M. , tous ses ministres s'accordent sur la nécessité de ne pas heurter l'Angleterre et de se tenir étroitement uni avec elle.

Le comte de Goltz, qui parait craindre un changement dans les sentiments de l'empereur, a expédié un courrier à sa cour, pour lui rendre compte de son audience, et pour insister fortement que malgré le blocus de leurs ports , et tout ce que V. M. pourrait entreprendre, les Prussiens se tiennent sur la défensive, et n'attaquent point la Poméranie suédoise. Voilà du moins ce qu'il a dit à ses confidents , et le prince Czar" torisky est persuadé qu'ils n'entreprendront rien avant l'arrivée de ce courrier du comte.

Les généraux Lascy, d'Anrep , Opperman sont arrivés ici de l'Italie par la Crimée , au grand regret de tous les gens de bien pensants , qui sont affligés de voir qu'on ait retiré de si bons généraux , et quelques milliers d'hommes d'un pays

qui présente encore de la résistance aux Français, et où il aurait fallu envoyer au contraire de grands renforts, pour contrecarrer les projets de Buonaparte sur l'Italie et sur la Grèce, L'empereur et son ministère ne sont pas à s'en repentir, mais c'est encore un effet de la consternation qui régnait à Hollite, et à la distance où l'on est de l'Italie, on ne répare pas aisément des fautes pareilles. Tout ce que l'on a pu faire a été d'envoyer l'ordre aux troupes qui s'étaient embarquées et qui n'ont pas encore passé les Dardanelles , de retourner à Corfou au plus vite , et l'on prétend qu'il n'y aura tout au plus que deux mille hommes qui en seront revenus. Quant à M. d'Anrep, il ^ demandé de revenir pour ne pas se trouver sous les ordres de l'amiral Siniaewin , a.près avoir commandé en chef. On dit beaucoup de bien de cet amiral , et que c'est un homme de tête et de cœur.

Le général Kutusoff est arrivé aussi , fort peu satisfait de sa campagne , ainsi que le comte de Tolstoy. L'empereur a offert à ce dernier de reprendre sa place de gouverneur militaire de Pétersbourg , ce qu'il a refusé. Il est mécontent au suprême degré de ce qu'on lui a ôté l'inspection

des gardes, qu'il avait précédemment, et queTEmperear a donnée au grand-duc Constantin. On trouve avec raison, que c'est pousser Tamourpropre un peu loin, de lié" pafe Vouloir céder au frère de son souverain, d'autant plus qu'il n'a rien fait jusqu'à présent pour soutenir des prétentions aussi exagérées. Il a demandé et obtenu un congé , pour aller dans ses terres , mais il est encore ici, isans m'avoir fait l'honneur de venir me voir.

Le prince Czartorisky m'a prié de venir chez lui avant-hier au soir, et m'a dit que l'Empereur avait envoyé vendredi au soir un courrier à Berlin , avec une lettre au roi de Prusse, en réponse à celle que ce souverain lui avait écrite. Le comte de Stackelberg , ancien ministre de S. M. en Hollande, qui se trouve à Berlin en ce moment-ci , avait été chargé de remettre cette lettre au roi, et de l'accompagner de tout ce qui serait capable de détourner S. M. Prussienne du projet d'attaquer Votre Majesté. On avait choisi le comte de Stackelberg pour cette négociation , parce qu'il serait chargé en même temps de se rendre auprès de V. M. , s'il voyait jour à pouvoir prévenir une rupture. Le prince a cru que le comte de Stackel-

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