‹ Memoires posthumes du feldmarechal comte de StedingkChapitre 9 sur 38 · II · texte numérisé non relu

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ili MÉMOIRES POSTHUMES

siens, en attendant que je sache dans quels termes Votre Majesté en est avec cette puissance. Son accession & la coalition doit nécessairement apporter un changement dans le plan des opérations, mais si on n'y prend garde , on en sera la dupe comme on Ta été dans la guerre précédente.

Copie dune note de M. le prince Czartorisky à S. E. le baron de Stedingk , en date de Pulavy , le 22 septembre 1805.

Connaissant l'intention où Votre Excellence se trouvait de rejoindre TEmpereur dès que les circonstances le permettraient, je m'empresse de vous annoncer, Monsieur l'ambassadeur, que S. M. compte s'arrêter quelque temps à Pulavy, et sera bien aise de vous y voir. Persuadé que Votre Excellence désirera accélérer son voyage, je charge M. de Weydemeyer de lui fournir les moyens d'être bien servie aux postes, et je la prie de s'entendre à cet égard avec lui.

DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Olmutz , le 1*' décembre 1805.

Depuis mon dernier très-humble rapport de Minsk, je ne me suis arrêté en route que le temps nécessaire pour réparer mes voitures, mais les chemins étaient si mauvais jusqu'à Gracovie, où la chaussée commence, et j'ai eu tant de difficulté à me procurer des chevaux, que je n'ai pu arriver ici que le 28 au soir ; les deux Empereurs en étaient partis la veille , et le quartier général qui avait été près de la ville, avait été avancé le même jour jusqu'à Protsnitz , à deux lieues d'ici, L. M. L y avaient passé la nuit, et l'armée s'était portée en avant le lendemain jusqu'à Wis-

DU COMTE DE STEDINGK. iiy

chau. Cet endroit qui est à cinq lieues d'ici sur le chemin de Brunn, était occupé par les Français qui en ont été chassés avec une perte de quelques centaines d'hommes.

Je n'ai eu rien de plus pressé en arrivant ici , que de m'occuper des moyens de joindre l'Empereur, et ne trouvant ici personne de la chancellerie de M. le prince Czartorisky, je Tai informé de mon arrivée par une estafette que j'ai expédiée avant-hier de grand matin. M. le comte de Gobenzl, mon ancien ami et collègue, se trouvait ici, et j'ai été le chercher d'abord, mais il était déjà couché, devant se rendre au quartier général le lendemain de fort bonne heure. J'ai été charmé de trouver ici M. le comte deDuben; les renseignements et les nouvelles qu'il m'a donnés de Votre Majesté sont les seuls que j'ai reçus depuis mon départ de Pétersbourg, n'ayant pas reçu une ligne de M. de Silfverstolpe, ni de la Suède pendant six semaines. J'avais trouvé à Troppau le corps diplomatique de Vienne, et la grande route de Cracovîe était couverte de voyageurs et d'employés aux différentes chancelleries de l'Empereur Romain venant de Vienne, el se retirant dans l'intérieur du pays. Les ministres et

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chargés d'affaires des cours coalisées sont les seuls qui ont eu la permission de rester ici , et Votre Majesté se figure aisément la presse et rembarras, même pour les subsistances , qui a dû régner ici pendant que Tannée s*y trouvait acculée, et lorsque la tournure malheureuse que les opéra* tions militaires ont prise était impossible à prévoir. Heureusement le mal n'est pas sans remède. La fermeté et le courage que déploie F Empereur ' de Russie, le nombre et la valeur de ses troupes, rétabliront immanquablement les affaires, à quoi il faut ajouter que les ressources de la monarchie autrichienne sont inmienses, et que les pertes qu'elle vient d'éprouver ne feront que redoubler son activité et ranimer cet esprit public dont les peuples qui la composent ont donné des exemples mémorables. La fougue des ennemis a déjà été arrêtée en plus d'une rencontre, et partout où les troupes russes ont combattu, même en se retirant elles ont emporté l'avantage. L'enthousiasme des soldats russes pour leur empereur est au comble, et il est certain qu'il fait tout pour se concilier leur amour. Il partage leurs fatigues, il les traite avec infiniment de douceur et de bonté et il est d'une activité prodigieuse, ce qui multiplie sa pré-

sence en tous les endroits où elle peut être nécessaire. Je suis bien impatient d'aller lui faire ma cour, et le comte de Gobenzl, qui est revenu hier au soir du quartier général à sept lieues d'id, m'a dit que Ton m'y attendidi Gomme je n*ai pas encore de chevaux à moi, plus j'approche de l'armée, et moins je trouve de facilités pour me transporter. Il a fallu laisser le baron de Sparre et le baron von Otter à Troppau avec mes équipages. Je m'étais procuré hier quatre chevaux par l'entremise du comte de Duben, dont j'ai beaucoup à me louer, et j'ai fait une tentative pour aller au quartier général , mais arrivé & la première poste , il a fallu rebrousser chemin , tous les chevaux du maître de poste de cet endroit étant expédiés pour l'armée et n'en revenant point J'espère être plus heureux dans un jour ou deux , et dès que j'aurai eu l'honneur de voir S. M. I., j'expédierai Oestbom que j'ai ici avec moi.

J'ai été bien surpris de voir arriver ici hier le baron d'Ârmfelt, que je savais être employé à l'armée de Votre Majesté. Enfin les six semaines qui se sont écoulées depuis mon départ de Pétersbourg ont été si fertiles en événements auxquels on ne pouvait pas s'attendre, que je crois être venu d'un

lâO MÉMOIRES POSTHUMES

autre monde ; mais lorsque les intentions sont les mêmes, et que le courage n'est point abattu, on parviendra au même résultat pourvu que Ton marche sur la même ligne sans se détourner pour de moindres objets , et que Tunion entre les souverains bien pensants ne soit point altérée.

DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Ratlbor, le 8 décembre 180S.

Je suis arrivé ici de Troppau , hier à midi, avec Fambassadeur d'Angleterre, le comte de Duben, et plusieurs autres personnes , qui ont pris cette route pour ne pas courir le risque d'être enlevés par les hussards français sur celle de Teschen. L'armée s'étant repliée après la bataille du 2 vers les frontières de Hongrie , toute la Moravie, à l'exception d'Olmutz , est abandonnée aux Français , et le corps du général d'Essen , ainsi que

l'armée de Bennigsen, ne peuvent faire leur jonction avec la grande armée , qu'en suivant la frontière de la Silésie et de la Moravie. Les deux

12â MÉMOIRES POSTUUMES

jours que j'ai passés à Troppau , et pendant vingtquatre heures que j'avais été ici , nous n'avions reçu aucune nouvelle de l'armée, et nous ne savions pas même où était le quartier général. Le courrier Gagneur, qui a été envoyé d'Helsingforss par ordre de Votre Majesté , pour aller me joindre, et qui m'a apporté de Pétersbourg une dépêche de M, de Wetterstedt , du 24 octobre , avec une apostille en chiffres , a passé avant-hier à Teschen. Il s'y trouvait alors douze feld-jaeger, chargés de lettres pour l'empereur, qui n'avaient pu joindre Sa Majesté. Le prince Serge Dolgoroucki s'y trouvait aussi et devant se rendre au quartier-général , il rassemblait un petit corps de Cosaques , pour lui servir d'escorte, ainsi qu'aux feld-J8Bger. Des lettres particulières et peu authentiques nous ont appris cet après-midi que le quartier-général était àGoeding, mais une nouvelle de la plus grande importance et qui parait certaine , vient d'être transmise & l'ambassadeur d'Angleterre par le général Ram-. say, qui est envoyé par le gouvernement anglais à l'armée autrichienne, pour la correspondance militaire et qui se trouve dans le même cas que moi , de n'avoir pas pu se rendre encore à sa destinatiom II mande de Troppau que la princesse

Jean de Lichtenstein vient d'être informée par une lettre du comte Chigi , ministre des finances , qu'il venait d'être conclu un armistice. J'en avais peur, sachant que le terme des négociations était fixé à la fin de novembre , et prévoyant que le comte de Haugwitz trouverait bien des difficultés dans les circonstances actuelles de terminer ces négociations d'une manière différente. Cette fin de campagne comblerait les succès de Buonaparte ; mais après tout ce qui vient de se passer en peu de temps , on ne peut être surpris de rien.

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Traduction du rapport du général d'infanterie Koutousoff à Sa Majesté l^ empereur de toutes les RussieSy en date de Wischau^ du! (<9) novembre 1805.

J'ai déjà eu le bonheur de rendre compte à Votre Majesté impériale de ce que le général-major autrichien de Nostitz, trompé par les assurances du général français, commandant à Schoengruben, comme si la paix entre la cour de Vienne et le gouvernement français avait été signée , s'était refusé à combattre l'ennemi , et que par là il lui avait donné moyen d'attaquer inopinément le prince Bagrathion et de l'entourer de façon que la destruction du corps commandé par ce général était inévitable, ainsi que la défaite de l'armée même , vu que le peu de distance qui se trouvait entre elle et ses avant-postes ne lui faisait aucun

moyen de se retirer à temps , et d'ailleurs Fépuisement du soldat qui n'avait discontinué de faire des marches forcées en restant toujours sur le bivouac, le rendait incapable de résister plus longtemps dans une bataille. Dans cette position critique, le bonheur qui a toujours accompagné les armes de Votre Majesté ne s'est point démenti ; il nous fournit un moyen par lequel on peut dire à présent que l'armée confiée à mon commandement est sauvée. Pendant la canonnade , le général Murât envoya un trompette pour proposer un armistice. Le prince Bagrathion m'en ayant fait son rapport aussitôt , j'expédiai sans délai l'aidede-camp général baron de Wintzingerode , vers le général Murât , avec ordre d'entrer en négociation , et, en cas que l'on lui fît des propositions avantageuses , de conclure l'armistice. Mon intention était surtout de gagner du temps pour trouver moyen de sauver l'armée en m'éloignant de l'ennemi. L'aide-de-camp général baron de Wintzingerode signa effectivement un acte d'armistice, et le général Murât ayant jugé indispensable de l'envoyer à la ratification de Buonaparte , on m'en envoya aussi un exemplaire pour le même eflFet. N'étant rien moins qu'intentionné de sanctionner

cet acte 9 je retins ma réponse pendant vingt heures; en attendant, je continuais toujours ma retraite , et je réussis à m'éloigner des Français de deux marches. Quoique je visse la perte certaine à laquelle était exposé le corps du prince Bagrathion, je devais encore me croire heureux en le sacrifiant , de pouvoir sauver Tarmée. Sur ces entrefaites, le prince Bagrathion me fit savoir hier matin , que Tennemi ne recevant aucune réponse de moi relativement à Tarmistice , avait déclaré qu'il n'y consentait plus , et qu'il refusait même le terme de quatre heures qui avait été stipulé pour la retraite du prince Bagrathion, en cas que l'acte d'armistice ne serait point ratifié. En même temps , l'ennemi avait commencé son attaque par une forte canonnade dirigée de plusieurs batteries qu'il avait préparées. Le brave prince Bagrathion, sans se décontenancer le moins du monde , fit également jouer son artillerie, et, après avoir fait jeter quelques grenades contre l'ennemi , il réussit à mettre le feu à un village où était posté un gros corps destiné à prendre le prince Bagrathion en flanc. L'incendie allant toujours en augmentant, l'ennemi fut forcé de quitter ce^ village et de sauver ses caissons , en passant au loin derrière ce

même village ; ce qui fit gagner deux heures au prince Bagrathion pour sa retraite. Malgré cet avantage, l'ennemi parvint à l'atteindre, et, en le harcelant et le pressant de près , il réussit à plusieurs reprises à couper une partie de son corps. Mais toujours son espérance resta trompée; car les soldats, la baïonnette au bout du fusil , se faisaient jour partout , et plus d'une fois ils ont même culbuté la cavalerie ennemie. De cette manière , le prince Bagrathion, avec un corps de six mille hommes , effectua sa retraite , en se battant contre une armée de trente mille combattants commandés par plusieurs maréchaux, et aujourd'hui il est venu me rejoindre , emmenant avec lui un lieutenantcolonel , deux olBiciers et cinquante soldats prisonniers, ainsi qu'un drapeau français. La perte de l'ennemi a été très-considérable , ce qui a été confirmé par les prisonniers mêmes. Entre autres, il y a eu un général de tué ; mais jusqu'à présent , son nom n'est point connu. En rendant compte de cet événement qui ajoute un nouveau lustre à la gloire des guerriers russes , j'ose supplier Votre Majesté de vouloir bien accorder quelques marques de sa haute bienveillance au général-major prince Bagrathion, qui s'est distingué à chaque pas pendant

une retraite de cinquante milles, et qui a déjà tant de fois mérité l'approbation de Votre Majesté. Je ne manquerai pas également , Sire , de vous faire connaître les autres officiers qui se sont distingués le plus particulièrement.

Traduction du rapport du général d infanterie Kutusoff à Sa Majesté l'empereur de toutes les RussieSi en date dEbersbriinn du 2 novembre 1805 (v, st.).

A peine eus-je le temps de passer le Danube j le 29 octobre , que j'appris qu'une colonne ennemie se trouvait sur la rive gauche de ce fleuve et qu'elle faisait des mouvements tendant à me couper le pont de Krems. L'ennemi était à cinq werstes de moi. Le premier jour, il n'y eut qu'un feu de mousqueterie assez insignifiant ; mais le 30, ayant appris que l'ennemi n'était pas en grande force , je résolus de l'attaquer de manière qu'une partie de nos troupes se dirigeât sur ses derrières. L'ennemi a été complètement battu ; une division

entière est détruite *. Nous avons fait près de quinze cents prisonniers , parmi lesquels se trouvait le général Graindorge, plusieurs colonels et beaucoup d' officiers de tous grades. Un étendard, un drapeau , et plusieurs autres dont on a trouvé les restes déchirés et cassés par Tennemi , cinq canons, desquels deux ont pu être emmenés, sont tombés entre nos mains. Treize officiers français et beaucoup de soldats , ainsi que des Russes blessés, ont été laissés à Krems.

Arrivé ici à Ebersbrûnn , j'ai été informé de la part de l'empereur des Romains qu'hier, à midi , l'ennemi avait passé le Danube près de Vienne, en présence des troupes autrichiennes , sans que celles-ci aient fait la moindre résistance ni été attaquées. L'ennemi leur a déclaré qu'il allait me chercher.

Nos troupes sont très-harassées ; je dois faire cinq milles jusqu'à EtzelsdorflF, afin de dépasser, au moins en partie , les chemins qui me mènent à dos, La sixième colonne est arrivée à Holobrunn; je l'ai renforcée par de la cavalerie, des Cosaques

* Il n y a qu'une très-petite partie qui s'est sauvée au delà du Danube sur des bateaux.

et douze pièces de l'artillerie à cheval , et je lui ai prescrit , au cas qu'elle fût attaquée , de ne tenir qu'autant qu'il le faudra pour que je puisse , par un autre chemin , la tourner, afin de ne pas être coupé.

Parmi les généraux et les officiers de Votre Majesté impériale , il y en a beaucoup qui se sont distingués ; mais Dieu m'est témoin que je n'ai pas une minute pour faire un rapport détaillé.

P. S. ~ Le maréchal Mortier, qui commandait contre nous , a été dangereusement blessé à l'épaule. On espérait l'avoir au nombre des prisonniers ; mais il paraît qu'il s'est sauvé sur un bateau au delà du Danube.

13â MÉMOIRES POSTHUMES

Qypie (Tune note de M. le prince Czarlorisky^ en date de Krzyzanowicy ^ le 18 (30) novembre i80& j adressée à Son Excellence M, le baron de Stedingk.

Quoique je suis bien fâché de ce que Votre Excellence n'est point arrivée à temps pour nous frouver à Olmutz , je suis bien aise de la savoir enfin dans notre voisinage. L'empereur sera charmé de vous revoir, monsieur Tambassadeur. Je vous engage d'abord à venir nous voir simplement, pour que nous puissions nous aboucher, et ce , le plus tôt que vous pourrez. Il dépendra ensuite de Votre Excellence de suivre le quartier-général si elle le juge à propos.

Quant à la nouvelle que vous avez eue que la paix est sur le point d'être conclue , vous pouvez

DU COMTB DE STEDDfOK. 133

compter qu'elle est au moins très-prématurée , et que même , nous en sommes peut-être plus éloignés que jamais. Je me ferai un plaisir tout particulier de vous mettre au fait de tout ce qui concerne les relations qui ont eu lieu jusqu'ici entre nous et Buonaparte. J'espère qu'en attendant, MM. de Rasoumoffsky et de Cobenzl vous auront en partie instruit de l'état des choses.

DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Saiot-Péterabourg, le 16 (28) Janvier 1806.

Je suis de retour ici , depuis lundi 20 janvier. J'ai passé par Varsovie , où je me suis arrêté cinq jours , pour me reposer un peu des fatigues de mon voyage, et en passant à Mittau, j'ai été rendre mes devoirs à Louis XVIIL Ce prince est pénétré de l'intérêt que Votre Majesté lui témoigne. Son infortune rehausse encore toutes les bonnes qualités quMl possède , et son courage , sa résignation et sa tranquillité sont admirables. Pour la duchesse d'Angoulême c'est un ange sous une figure humaine.

DU CQJUTK: dis STJSDlf^GK 1 3ù

DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU HOl.

Le H (25) février 1806.

Le duc de Brunswick est arrivé ici mercredi dernier, et a été reçu avec toutes les distinctions qui sont dues & sa naissance et à la réputation militaire, dont il jouit à si juste titre, mais Tobjet de son voyage continue à rester secret pour le public. On croit généralement qu'il est venu pour res* serrer les liens qui subsistent entre les cours de Pétersbourg et de Berlin , et certainement rien ne serait plus désirable qu'une union sincère entre toutes les puissances du Nord , pour contrebalancer l'énorme et dangereux pouvoir que Buon aparté a acquis dans le midi de l'Europe. Cette conjec-

136 MKMOIHES POSTHUMES

turefait supposer, en même temps, que la Prusse ne s'aveugle plus sur le danger de sa position et de celle du reste de l'Allemagne vis-à-vis de la France ; mais tant qu'elle n'opposera que les négociations aux voies de fait, les complaisances aux insultes de son territoire et à des violences bien prononcées , et qu'elle s'occupera moins des moyens de résistance que de quelque mode de compensations et de dédommagements, elle ne réussira point à arrêter 1^ mal , et elle tombera tous les jours davantage dans l'opinion de ses ennemis et de ses alliés. Si , pour comble de malheur, il était question d'entrer dans les vues de Buonaparte , et de suivre sa politique en dépouillant ses voisins et en s'élevant sur des ruines, un tel projet, outre qu'il trouverait la plus forte opposition ici , entraînerait nécessairement la chute de la maison de Brandenbourg , puisqu'il la mettrait dp^ns la nécessité de s'unir étroitement avec la France , qui de son alliée la rendrait bientôt sa vassale et sa tributaire *. Il faut espérer qu'un système pareil

* Cette prédiction ne s est que trop accomplie , et il a fallu tons les désastres de Napoléon , et tous les efforts de r£urop<s alliée en 1812 , 1813 et 1814 , pour sauver la Prusse des fautes qu'elle a commises alors.

n'aura jamais Tapprobation de S. M. Prussienne, ni de la saine partie de son ministère , et je ne pourrai jamais me persuader qu'un prince aussi illustre que le duc de Brunswick aurait voulu se charger d'une commission , qui tendrait à porter les derniers coups à la constitution et à l'indépendance de sa patrie.

En attendant que le mystère soit éclairci, je n'ai rien de fort intéressant à mander à V. M. Le duc de^runswick est logé à l'Hennitage. Le jour de son arrivée, il y a eu spectacle à l'Hermitage, et souper, où le comte et la comtesse de Goltz ont eu l'honneur d'assister. Jeudi matin , le duc de Brunswick a envoyé des billets de visite à tout le corps diplomatique, et le comte de Goltz a fait circuler un billet pour l'avertir que le duc recevrait dans l'après-dîner les ministres étrangers qui voudraient se rendre chez lui. Nous y avons été tous entre six et sept heures du soir, avant de nous rendre au bal chez l'impératrice-mère , qui nous avait fait l'honneur de nous inviter. S. M. y a fait les honneurs avec toute la bonté et la grâce qui lui sont familières. L'empereur y a dansé beaucoup , le grand-duc Constantin moins, se trouvant incommodé. Le jour suivant,

le duc de Brunswick a été au spectacle dans la loge impériale, accompagné par Madame Nariscbkin.et Madame de Goltz. A son entrée dans la salle , le publiera applaudi beaucoup. On a donné Tartufe et le Calife de Bagdad. Samedi dernier il y a eu un grand bal masqué à la cour, où il y a eu quinze mille billets de distribués. Les impératrices et toutes les dames de la cour étaient habillées d'après l'ancien costume russe , qui est encore en usage chez le peuple, dans les différentes provinces : mais avec une richesse en perles et en diamants, que l'on ne voit nulle autre part.

Le carême russe ayant commencé hier, toutes les fêtes et spectacles seront finis pour longtemps.

Apostille.

Le 13 (26) février 1806.

Je suis bien éloigné d'avoir la conviction dont je parle dans ma très-humble dépêche en clair,

mais quelles que soient les vues du duc de Brunswick , j'espère qu'il ne réussira pas à détourner l'empereur ou son ministère de leur résolution de ne point entrer en composition avec Buonaparte, et de lui résister autant que possible. L'empereur commence h reprendre quelque confiance dans ses forces , et tous les partis se réunissent pour blâmer la faiblesse de la cour de Berlin et pour se tenir en garde contre les insinuations du ministère prussien.

110 MEMOIRES POSTHI/MES

DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU ROL

Le 0 (18) mars 1806.

Le duc de Brunswick nous a quittés mardi dernier. Il est parti à sept heures du matin. Ayant rencontré un courrier prussien à la porte de la ville , il est revenu chez le comte de Goltz, a lu ses dépêches, est allé chez Fempereur, et s'est remis en chemin à deux heures après dinen Ce courrier lui apporta la nouvelle de la soumission de S. M. Prussienne à toutes les volontés de Buonaparte. Les suites en seront des plus funestes pour toute F Europe , et confirmeront ce qu'on a

DU COMTE 0E STEDIKGK. 14 f

pa voir depuis longtemps, que la France étend sa puissance plus encore par la paix , que par la guerre.

DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU ROI. '

Le 8 (20) avril 1806.

Je n'ai tardé si longtemps d'expédier Oestbom , que dans l'espoir de faire savoir à V. M. quelque chose de positif sur les résolutions de cette cour, après l'étrange bouleversement que tous ses projets politiques ont éprouvé; mais malheureusement on est bien lent à se décider, tandis que l'ennemi commun poursuit ses desseins ambitieux avec une activité que les plus grands succès ne sauraient ralentir un instant. Le découragement , occasionné par la campagne malheureuse que l'on vient de faire , a diminué à la vérité , mais la confiance dans ses forces n'est pas encore revenue, et

on songe bien plus à se mettre à couvert et à se défendre chez soi , qu'à aller au-devant du danger, pour le tenir éloigné de ses États. Il approche cependant , et malgré la funeste prédilection , que Fempereur avait prise pour le roi de Prusse ; ni lui ni aucun de ses ministres ne peuvent plus se faire illusion sur la perfidie du ministère prussien, et sur le projet de Buonaparte de se servir de la Prusse pour étendre sa domination dans le nord de TEurope. De la manière que vont les choses, il n'y a rien qu'il ne puisse espérer ; plusieurs souverains paraissent d'accord avec lui , pour l'élever sur leur tête. La Prusse ne lui a laissé rien à désirer à ce sujet, et le prince Czartorisky m'a dit que le comte de Haugwits venait de signer à Paris une nouvelle convention , dont il ne connaissait pas encore le contenu, mais qu'il supposait être faite pour régler les mesures offensives que Buonaparte aurait prescrites à la Prusse , contre l'Angleterre et ses alliés. Il prévoit qu'il y sera question de fermer le Weser et l'Elbe aux Anglais , peut-être aussi de la fermeture du Sund ; le cabinet de Berlin ne demandant pas mieux que de compromettre la cour de Danemarck , et d'avoir un prétexte d'occuper Hambourg, Lubeck et

14i MÉMOIRES POSTHUMES

Brème. Le Holstein est convoité par ce cabinet , comme la Poméranie suédoise , et soit que le Danemarck , en suivant son ancien système , prenne le parti de céder, ou qu'il soit décidé, comme le dit ici M. de Blome, de ne pas se laisser faire la loi , et de repousser la force par la force , il est certain que si la Russie ne déploie pas une grande vigueur, et se prononce fortement pour contenir la Prusse , cette puissance envahira autour d'elle tout ce qui lui convient. Sa déférence pour la France a été trop prononcée , et elle a rendu en dernier lieu des services trop éclatants à Buonaparte , pour qu'il ne veuille la récompenser, en la soutenant dans les entreprises les. plus injustes. L'aggrandissement qu'il lui procurera est favorable à ses desseins momentanés , et ne peut pas lui donner le moindre ombrage, sûr comme il est d'écraser cette puissance, après l'avoir isolée et avilie , si jamais elle essayait de se soustraire à sa domination.

La conduite du ministère anglais est incompréhensible, si l'on ne veut pas admettre qu'il veuille tout abandonner pour avoir la paix. M. Fox, depuis son entrée dans le ministère, n'a écrit jusqu'à présent que deux lettres insignifiantes à lord

DtJ COHTE DE STEDINGK. 145

Gower (lord Gran ville actuel). Il n'avait pas parlé non plus d'aucune affaire au comte Woronzoff, et celui-ci , qui le déteste cordialement , et qui a sa tête à lui , évitait tout entretien avec ce ministre, de manière que le prince Czartorisky ignorait entièrement quelles étaient les vues du nouveau ministère. Il est vrai que le jeune comte Strogonoff, adjoint du ministre de Tintérieur, se trouve à Londres» Votre Majesté se rappelle qu'il y fut envoyé après la bataille d'Austerlitz , avec une lettre de T Empereur pour S. M, Britannique; mais on prétend que cette lettre, écrite dans les premiers moments de la consternation , et en portant le caractère , a fait un fort mauvais effet, en donnant lieu de croire que l'Empereur voulait se retirer de la coalition , ce qui a pu indisposer contre le porteur. D'un autre côté, on sait que M. Fox a écrit à M. de Talleyrand une ou deux fois , et qu'il veut envoyer son neveu, M. Adair, à Paris. Un déserteur français s'étant présenté chez M. Fox pour s'offrir, avec quelques autres conjurés, d'attenter à la vie de Buonapar te; il l'a fait arrêter, et c'est le sujet ou le prétexte de sa lettre à M. de Talleyrand. Pour M. Adair , que je connais personnellement, M. Fox l'avait

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