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berg serait plu3 propre à cette commission , et plus agréable à Votre Majesté que M. d'AIopœus , qui est taxé par tout le monde d'être voué entièrement au cabinet de Berlin.
A M. LE BARON D'EHRENHEIM, Président de la chanoeUerie du roi, etc., etc*
U 8 (20) juin IS06.
Le public s'entretient de nouveau d'un changement dans le ministère, et que le prince Czar^ torisky quittera sa place. Si cela arrivait , ce serait une perte irréparable pour l'empereur. L'attachement de ce ministre pour son souverain , sa loyauté , son désintéressement et sa fermeté mêlée de beaucoup de prudence et d'une rare modestie , sont des qualités bien difficiles à remplacer, et lui ont attiré la confiance de toutes les personnes qui ont affaire à lui.
Les derniers ordres que j'ai reçus du roi étaient
1g() MÉMOIRES P'OSTIIIIMKS
du 5 juin. Ils m'annonçaient un eourrier qui vient d'arriver dans l'instant avec Votre lettre du 15. La Prusse y craignant la confiscation de ses vaisseaux amenés en Angleterre , et fort gênée par le blocus de ses ports dans la Baltique , montre des dispositions conciliatricesi LexîCMnte de Goltz est venu chez moi , pour me faire part des nouvelles qu'il avait reçues à ce sujet , par un courrier extraordinaire ; mais tant que Ton verra en Prusse les mêmes p^sonnes au timon des affaires , qui ont mis leur pays et ces puissances alliées dans le plus grand embarras, le cabinet de Berlin ne peut qu'inspirer beaucoup de méfiance à tous ses voisins.
as
DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU BOI
Le 15 (37) juin 1806.
Le prince Gzartorisky a obtenu sa démission , quMl avait sollicitée depuiB plusieurs mois, et le baron de Budberg , l'ancien ambassadeur auprès de Votre Majesté , a été nommé ministre des affaires étrangères. C'est depuis hier que l'ukase concernant ce changement doit avoir été signée , quoique le corps diplomatique n'en ait pas encore été averti ofSciellement, Le prince est regretté vivement par tous ceux qui ont eu affaire à lui , réunissant au suprême degré les qualités les plus essentielles et les plus aimables
182 MliMOIRES POSTHUMES
L'ambassadeur d'Angleterre , Lord Gower, va partir incessamment. La frégate qui a été envoyée pour le chercher est déjà arrivée à Cronstadt, C'e^ une grande perte pour le corps diplomatique. Sa figure prévenait pour lui dès le premier abords et tout ce qu'il annonçait , il le tenait et davantage.
Le feld-maréchal Kamensky a été appelé par l'Empereur. On dit qu'on lui destine le commandement général de l'armée ; ses talents et sa réputa-r tion militaire autorisent ces bruits. Le général Kutusoff , qui est de retour ici depuis quelques semaines , a obtenu de l'Empereur un don de 150,000 roubles, pour le payement de ses dettes. Il doit être question pour lui du gouvernement de Moscou , ce que je ne sais que par des ouï-dire^
DU COMTE DE STKDUfGK. 183
DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU ROI
Le 29 Julu (11 JuUlet) 1806.
Le changement de ministère , dont nous étions menacés, vient de s'effectuer, ainsi que j'ai eu rhonneur de le marquer à Votre Majesté dans mon humble dépêche du 15 (27 juin). Les notes qui le concernent se trouvent jointes ici, et j'ai répondu aussi obligeamment qu'il m'a été possible.
Le prince Czartorisky ne pouvait plus y tenir, sans quoi il aurait cédé aux instances que tous ses amis et moi en particulier lui ont faites, de ne pas abandonner les affaires ; mais l'Empereui' ne faisait rien de ce qu'il lui proposait, et
184 MÉMOIRES POSTUCiMES>
agissait souvent en sens contraire» C^est ainsi que la promesse de rendre les. Bouches du Cattaro, avait été faite, et qu'aucune des mesures, nécessaires pour effectuer cette restitution , n'avait été adoptée. Malgré cela ie prince a tenu bon pendant trois mois, luttant contre toutes les difficultés, par pur attachement pour l'Empereur, et par conviction que le parti qu'il soutenait était le seul convenable aux circonstances. Il a cru même pendant quelque temps avoir gain de cause, mais i! était loin de son compte. Sa Majesté , jalouse de son autorité , voulait que le ministre se réglât sur l'opinion qu'elle avait adoptée, et qui, n'étant jamais bien ferme et prononcée , exposait à mille contradictions et faisait naître les brigues et cabales qui empêchaient le succès ; à ces causes il faut ajouter la jalousie et la haine des Russes coatre le prince.
Les courtisans s'étant aperçus que son crédit baissait, ne négligèrent rien pour augmenter le mécontentement de l'Empereur, et Sa Majesté, qui avait fait d'abord beaucoup d'instances au prince ^ de ne pas quitter sa place , ne s'occupa plus que des moyens de le remplacer. Un parti considérable aurait voulu avoir le comte Mar-
Dd COMTB DE .sTËDlNOK. 183
koff, et il est certain que pour l'habileté , ce choix n'eût pas été mauvais. Un autre cabalait pour le comte Panin; mais ces deux messieurs n'étant pas au gré de TEmpereur, on fit revenir le baron de Budberg , qui s'était absenté depuis plusieurs mois , pour soigner sa santé , et pour lequel l'Empereur a conservé » depuis qu'il a été son menin , beaucoup d'affection. Le prince vit toutes ces intrigues sans se mettre en peine. Il avait proposé de former ici un comité militaire et politique , composé des ministres et généraux qui avaient le plus de réputation. Le feld-maréchal Kamensky était de ce nombre. Dans la première conversation qu'il eut avec l'Empereur, il se défendit d'abord de prendre aucune connaissance d'affaires politiques ^ mais il blâma hautement que Ton avait occupé Gorfou et les Bouches du Cattaro ; et en bon russe il était d'avis qu'il fallait se défendre sur son palier, et non pas se mêler des affaires des pays étrangers. Quant au général de Budberg il abondait toujours dans le sens de l'Empereur , et l'opposition contre le prince en devint plus forte, tant qu'il lui devint impossible de pouvoir faire aller la besogne. M. Nowosiltsoff, qui était uni de sentiments et d'intérêt avec lui , fit de vains efforts
auprès de T Empereur pour le ramener à des idées plus justes , et il finit par demander sa démission , qu'il n'a pas encore obtenue. Il dit dans la lettre qu'il a écrite à Sa Majesté à ce sujet , que ses relations ni ses principes ne lui permettent pas de rester en place *• Le comte StrogonofT étant à Londres , où il ne veut pas rester non plus , depuis le changement de ministère , le triomphe du parti de l'opposition est complet , et cette puissance va tomber dans une nullité entière pour le reste de l'Europe, ou du moins ne sera tirée de sa léthargie qu'après qu'elle sera attaquée dans ses propres foyers, et lorsqu'il ne sera peut-être plus temps de remédier aux maux que son insouciance aura produits. Ce que cette situation a de particulier , c'est que la fierté nationale des Russes est profon* dément blessée du rôle subalterne qu^on leur fait jouer. Par ces raisons toute l'attention est tournée principalement du côté de la Turquie , que l'on est
* Voilà comme fait tout homme d'honneur, quand on veut le faire agir contre ses convictions et ses principes. U est fâcheux que M. d'Ëhrenheim n^ait pas fait de même auprès de Gustave IV. Quand on reste en place, on est moralement responsable des fautes commises, môine par ordre , dans le département qui vous est confié.
( Noie de V Éditeur t
DU COMTB DE 8TBD1NGK. 187
accoutumé à vaincre. La Prusse se mettra vraisemblablement alors de la partie^ et il faudra bien que l'Empereur renonce h cette amitié quMl a jurée au roi de Prusse sur le tombeau de Frédéric le Grand.
Diaprés ce tableau , qui n'est nullement chargé, Votre Majesté jugera dans sa sagesse , qu'elle n'a aucun secours réel à attendre de ce pays-ci , et qu'il ne serait pas impossible que la cour de Berlin qe parvint à la brouiller avec l'Empereur, ou du moins à détruire cette union qui fait la sûreté des deux États. Elle ne négligera rien pour cela. Le prince Czartorisky m'a dit qu'elle ne cessait de réclamer les secours, que la Russie, d'après son traité, doit fournir à la Prusse, quand celle-ci est attaquée. Se trouvant assez forte sur terre , pour résister à Votre Majesté, elle prie l'empereur de lui envoyer une flotte, pour débloquer ses ports. Le prince m'a dit que l'empereur se trouvait extrêmement embarrassé, ne sachant pas comment concilier les deux contraires , et ne voulant se brouiller ni avec Votre Majesté, ni avec le roi de Prusse. En attendant il arrive ici un courrier après l'autre , avec des lettres autographes du roi de Prusse à l'Empe-
reur. En dernier lieu, et après l'entretien que Votre Majesté a eu avec le général de Kalkreuth , le lieutenant-colonel de Krusenmark est arrivé ici samedi dernier, avec une pareille commission. Il a d'abord été introduit chez S. M. Impériale, qui Tavait traité avec beaucoup de distinction , lorsqu'il était venu ici avec le duc de Brunswick. Il n'a pas été moins bien traité à présent, et il a dîné une fois ou deux chez l'Empereur, ainsi que le grand-duc Constantin. Il s'attache à répandre ici, que Votre Majesté rejette toutes les voies de conciliation que le roi de Prusse lui propose , qu'elle veut la guerre à tout prix , que son maître est insulté , et que ne pouvant pas endurer plus longtemps toutes les provocations que Votre Majesté lui fait, il faudra nécessairement en venir aux dernières extrémités. Il doit repartir aujourd'hui avec la réponse de l'Empereur. Je ne sais pas en quels termes elle sera conçue , mais je suis certain qu'elle contiendra les exhortations les plus vives, de patienter, et la promesse que l'Empereur fera un dernier effort auprès de Votre Majesté , pour l'engager à se désister de ses prétentions. L'Empereur est tellement inquiet à ce sujet , que pendant que j'étais avant-hier, pour la première fois , chez le baron
de Budberg , à six heures après midi , T Empereur lui écrivit de sa main de hâter l'expédition d'un courrier qui devait être envoyé à M. d'Alopœus ce jour-là , quoique le baron avait assisté au dîner de Sa Majesté. Une conférence de deux heures que j'ai eue avec ce ministre , m'a prouvé qu'il n'avait qu'une connaissance trè&-superficielle des affaires, qu'il était fort embarrassé , et très-peu en état de soutenir le poids de la besogne dont il est chargé. II est dans un état de santé pitoyable , et tellement changé , que Votre Majesté ne le reconnaîtrait pas. Il sera entièrement entre les mains des subalternes, puisqu'il n'a pas la force que son travail exige. Du reste , il m'a reçu avec beaucoup de politesse , me faisant mille protestations de son désir de témoigner à Votre Majesté son dévouement et sa reconnaissance pour toutes les bontés qu'elle lui avait témoignées, espérant que Votre Majesté serait entièrement revenue des préventions qu'elle avait conçues contre lui, dans les derniers moments qu'il avait eu l'honneur de lui faire sa cour. H se trouvait fort malheureux de se trouver chargé des affaires dans un temps où , contre son avis , elles avaient été embrouillées de manière qu'il n'y avait plus de bon parti à prendre. Ce qu'il y avait de plus
i90 MÉMOIHES POSTHOMES
essentiel à présent , était de diminuer les embarras, en écartant autant que possible tout ce qui détournait du grand objet de s'opposer à Tambltion de Buonaparte. C'est ce qui faisait désirer si vivement à l'Empereur, que Votre Majesté ne donnât point suite à son malheureux démêlé avec le roi de Prusse, et que cette affaire s'arrangeât le plus tôt possible. Il n'y avait pas un instant à perdre pour cela, parce que l'Empereur ne pouvant secourir Votre Majesté en ce moment-ci , il y avait beaucoup à craindre que la France ne poussât la cour de Berlin à s'emparer de la Poméçanie , ce qui serait un grand malheur. M. d' Alopœus allait recevoir des instructions à ce sujet , et il me pria,it instamment de faire de mon côté tout ce que je pourrais, pour aplanir les difficultés, en ni'assurant que , cette affaire terminée , il trouverait de grandes facilités à régler celle des limites d'une manière satisfaisante pour Votre Majesté , ce qui
le mettrait au comble de la joie
Ayant demandé à
M. de Budberg quelles étaient proprement les prétentions de la cour de Berlin en ce moment-ci , et ce que M. de Krusenmarck était venu demander, il m'a dit que c'était que les ports prussiens fus-
feent débloqués par Votre Majesté, et il s'est étendu sur le tort que cette blocade faisait au commerce de la Russie , ainsi qu'à celui de la Suède , et quoique j'aie ramené plusieurs fois la conversation sur M. de Krusenmàrck) il m'a été impossible d'en tirer autre chose. Je n'avais pas encore reçu le courrier qui m'apportait d'Helsingforss les ordres de Votre Majesté du 22 juin. Il est arrivé le même jour, mais plus tard. La conversation étant tombée sur M. d'Oubril , il me dit qu'il devait déjà être arrivé à Paris , et qu'en attendant l'issue des négociations , on se préparait à tous les événements. Lui ayant représenté le danger que la Russie courait, de se voir attaquée de tous les côtés , si elle ne prévenait pas ce malheur, en soutenant vigoureusement ses alliés, et en déployant toutes ses ressources , il m'a dit avec un mouvement d'orgueil, que l'on saurait se défendre; que la dislocation des armées Russes me prouverait que Ton était sur ses gardes , et que je pouvais être bien assuré, que jamais l'Empereur ne reconnaîtrait la prise de possession du pays d'Hanovre par la Prusse. Quand je lui ai répondu qu'il ne s'agissait point de ne pas reconnaître ces injustices , mais de s'y opposer, il n'avait plus rien à dire.
192 MÉMOIHES POSTHUMES
Au sujet du pays de Lauenbourg , il m'a observé que la prétention de Votre Majesté de rentrer dans ce pays , sans quMl fût question en même temps du pays d'Hanovre , serait un aveu tacite , que Toccupation des Prussiens de cet électorat, serait moins injuste. Il a fait la même observation à l'ambassadeur d'Angleterre , qui lui a parlé de la nécessité, que l'Empereur soutînt, vis-à-vis la cour de Berlin , tes prétentions de Votre Majesté. . .
. . . Enfin , sire , je
donnerais tout au monde , pour que Votre Majesté fût sortie de cette bagarre , et que , spectateur tranquille des événements heureux ou malheureux qui se préparent , elle fût libre de tourner les uns à son profit , et de souffrir le moins possible des autres. Elle se trouve , par la situation géographique de la Suède , dans la position la plus heureuse à cet égard.
La couronne vient de conclure un nouveau contrat de quatre ans pour la ferme des eaux-de-vie. Elle était à 24 millions annuellement , et elle était portée à SO. On prétend que les revenus de l'État se montent actuellement à 160 millions , c'est-àdire qu'ils ont triplé depuis que je suis en Russie.
DU COMTE DE STEDlNGK. 193
Les dépenses que l'empereur fait en bâtiments sont très-considérables , et Pétersbourg s'embellit d'une manière étonnante ; mais à cela près , et ce qui se dépense pour l'armée , qui est mieux entretenue qu'elle n'a jamais été, il règne dans les différentes branches de l'administration une économie si grande , qu'elle ne contribue pas mal au mécontentement qui se manifeste ici. Je crois cependant le calcul des 160 millions exagéré au moins d'un cinquième , et même d'un quart , et je suppose que l'on a fait entrer dans le compte des revenus de l'année dernière , les subsides de l'Angleterre.'
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DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU ROI
Le 28 Juillet (9 aoftt) 1806.
Depuis mes derniers très-humbles rapports du 29 juin (11 juillet) et du 6 (18 juillet), les affaires n'ont pas changé de face ici , mais le cours des événements, qu'il n'est pas au pouvoir des hommes de régler d'après leur fantaisie, ne laisse pas que d'y -apporter toujours quelques modifications. C'est ce qui est arrivé au sujet des bouches du Cattaro, qui ne sont pas encore rendues, et qui ne le seront pas vraisemblablement , depuis les derniers succès que les Russes ont eus contre les Français dans ces cantons-là. Le prétexte dont on se sert pour éluder cette restitution , que l'empe-
reur avait promise positivement au comte de Meerfeldt , est que les Français ont occupé depuis ce temps-là le pays de Raguse ; et que Buonaparte annonçant des prétentions , non-seulement sur la république des Sept-Iles , mais aussi sur tout ce qui appartenait autrefois aux Vénitiens , la Russie ne peut pas se dessaisir d'un poste aussi important, avant que les Français ne se retirent de Raguse , et de tous les points qu'ils ont occupés dans la Grèce , et qui ne leur sont pas dévolus par le traité de Presbourg. Cette résolution, qui paraît être prise décidément , n'avancera pas les négociations de M. d'Oubril , et met les Autrichiens dans un fort grand embarras. Le comte de Meerfeldt jette les hauts cris. Il dit que Buonaparte menace l'Autriche d'occuper l'Istrie et le Frioul , comme un nantissement, et que finalement sa cour sera forcée de prendre parti contre la Russie. Lord Gower, qui est parti fort mécontent du changement du ministère, ayant laissé ici M. de Stewart comme chargé d'affaires de celui-ci, qui est un homme de beaucoup d'esprit, mais fort entier dans ses opinions, s'est rangé du côté de M. de Meerfeldt , et prétend que l'on perdra la maison d'Autriche , et fera un mal irréparable , si
on ne lui donne pas satisfaction siu* cet article. Je ne sais pas s'il agit ainsi par ordre de sa cour, ou par une suite de ses propres idées , et par opposition contre le baron de Budberg , dont il n'est pas content. 11 est certain que ce refus servira de prétexte à Buonaparte de laisser ses armées en Allemagne , de garder Braunau , et de faire peut-être de nouvelles acquisitions ; mais il est plus probable qu'il l'aurait fait sans cela , et en ce cas-là il serait bien imprudent que la Russie renonçât gratuitement aux avantages qu'elle possède. Il est arrivé avant-hier un courrier de Berlin , mais il n'a rien transpiré encore des dépêches qu'il a apportées. Je n'ai pas vu M. de Budberg depuis quelques jours, une fluxion sur l'œil m' ayant empêché de sortir, et d'aller à Péterhoff, où la fête de l'impé^ ratrice douairière a été célébrée dimanche dernier, par un bien mauvais temps , qui a fait manquer toutes les illuminations. Ce ministre n'y a pas para non plus , mais quelqu'un de mes connaissances lui a entendu dire que les apparences n'étaient pas favorables à la paix. Ce qui me parait mériter beaucoup d'attention , et que je ne saurais pas bien m'expliquer , c'est que je sais de science certaine, que lord Gower, avant son départ, a insisté
beaucoup auprès de M. de Budberg sur la nécessité que r Empereur soutînt Votre Majesté dans ses démêlés avec la Prusse , afin de garantir la Poméranie suédoise d'une invasion prussienne , et que malgré cela les dépêches du comte Strogonoff , de Londres , portent positivement que le gouvernement anglais aurait désiré beaucoup que Votre Majesté se fût contentée de la satisfaction offerte par le roi de Prusse ; qu'elle n'eût point décliné la médiation de la Russie , et que les ports prussiens de la Baltique fussent débloqués le plus tôt possible* M. de Stewart tint à peu près le même langage , ce qui n'est guère propre à faire changer le ministère russe de sentiments à cet égard. Quant à l'empereur, il persiste dans son système de ne pas se brouiller avec la Prusse , et il n'a pas été content que son projet de réconcilier Votre Majesté avec cette puissance n'ait pas réussi. 11 est soutenu dans ses idées , non-seulement par M, de Budberg, et quelques-uns de ses ministres , mais aussi par ce grand nombre de flatteurs et de courtisans , qui pour me servir d'une expression très-connue et très-véritable , attendent un ordre pour penser. 11 en résulte que l'on fait beaucoup d'attention aux clameurs des négociants de Pétersbourg, dont les spé-
culations mercantiles sont arrêtées par le blocus de ports prussiens , et qui s'efforcent à en rejeter les torts sur la Suède.
Le comte de Goltz a dit l'autre jour à Péterhoff, que d'après la dernière lettre de Votre Majesté au roi de Prusse, du 16 juillet, il ne doutait pas que les Prussiens ne fussent entrés dans la Poméranie suédoise , mais qu'il avait reçu l'ordre positif de déclarer à Sa Majesté impériale , que son souverain ne garderait jamais la Poméranie, son but n'étant que de se procurer une satisfaction des insultes qu'il recevait continuellement. Le refus que Votre Majesté a fait au général comte de Kalkreuth , de laisser faire leur récolte aux habitants de Demin , est représenté comnie la preuve d'une haine irréconciliable, qui dément celle que Votre Majesté a donnée tant de fois de sa clémence et de son bon cœur. Ma voix se perd au milieu de toutes ces çriailleries , et je vois avec chagrin que cette union, qui subsistait entre les deux pays, court risque d'être altérée par la même puissance qui a déjà causé tant d'autres maux à l'Europe. Abstraction faite de tout ce qu'il y a d'étranger à la question , ce qu'il y a de plus raisonnable à en dire , et sur quoi aussi le ministère russe appuie
davantage , est que la querelle de Votre Majesté avec la Prusse est un incident fâcheux qui détourne Tattention du grand objet qui occupe toutes les cours , celui de se mettre en garde contre la France ; que sous ce point de vue il peut être fa* vorable à Bonaparte, et que la politique exige souvent de faire le sacrifice des ressentiments au bien général , et de se rendre impassible, autant qu'il est permis aux mortels de le faire. Je ne puis m'empêcha de souhaiter ardemment de voir Votre Majesté sortir d'une position , oii la chance la plus favorable est celle de ne rien perdre. Je suis certain que ce vœu n'a rien qui soit contraire à la gloire de Votre Majesté , dont je suis aussi jaloux que qui que ce soit au monde ; mais , après que, seule et abandonnée de ses alliés, avec un corps de 8 à 10,000 hommes , elle a tenu tête à la France et la Prusse réunies, et qu'elle a forcé cette dernière puissance à lui offrir une satisfaction et à se désister de ses projets sur la Poméranie , Votre Majesté a soutenu tout ce que le monde pourrait attendre de sa fermeté , et il ne lui reste qu'à ne s'exposer à aucun revers, pour justifier de même l'opinion qu'elle a donnée en tous temps , de sa prudence et de sa haute sagesse.
Apostille,
Pu 29 juillet (19 août) 1806.
Le roi Louis XVIII m'a envoyé la lettre cijointe pour Votre Majesté , en y ajoutant quelques lignes pour moi , dont j'ai l'honneur dç joindre ici la copie , et qui porte l'empreinte de la grâce que ce prince donne à tout ce qu'il dit et écrit.
DU COMTE DB STEPINGK. 20i