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du iO d*août , par laquelle il lui marqua son arrivée à Carlshamn et qu'il espérait être rendu le mtoie jour que Votre Majesté. On me pria de m'employer pour que la flotte fût pourvue de bons pilotes quand elle arriverait sur les côtes de la PoméraHié* Je promis d*en écrire à èon excellence M. le baron d'Eësen dans la même soirée , et ma lettre» dont j'ai Thonneur de joindre ici une copie, a été envoyé ce fnatin par un yacht à Straldund.
Le corps du général Tolstoy consiste en 17^000 hontes de troupes d'élite, dont deux régiments de cavalerie et 700 cosaques^ avec 60 pièces de eanon d'un bon ôidibre. Tout cela est bien coâiplet et pourvu de tout ce qu'il faut pour troi& mois. Lé nombre des chevaux que l'on embarque se monte à peu près à S, 000 , et celui de valets et autri^ personnes qui suivent l'armée à âutatit.
Le général Tolstoy témoigna k plusieurs reprified combiefi il se trouvait heureux en pensant qtt6 son corps servirait peot-étrè sôus les brdres de Votre Majefiié, et qu'elle y joindrait 10 ou 13,000 Suédois, qu'il préférerait à trois fois autant d'Autrichiens, à cause de l'accord qui régne-
rait entre les deux nations et de la valeur reconnue , ainsi que des sentimeiite élevés qui difetin*guaient Votre Majesté. Il était bien assuré , ei lès suaires s'arrangeaient ainsi , que Ton ferait de la bonne besogne. Tout le monde était de ôe sentiment et le prince Gzartodsky eut à soutenir Tattaque du Comte Tolstoy et des autres Russes ; de ce que cette affaire n'était pas encore décidée. J'assurai ces Mesâeurs qu'elle le serait bfentôt,. si parmi le grand nombre de vaisseaux , que Ton allait expédier, il s^en trouvait un chargé de rou* bies pour Votre Majesté* Le comte Tolstoy M d'avis qu'il ne fallait pas y manquer et prit sur lui de faire rentrer tous les fonds avancés Tannée prochaine, par les contributions levées en pays ennemis. Enfm , ces Messieurs furent fort aimables et honnêtes.
Finalement il a été arrêté dans un conseil , que le comte Tolstoy précéderait son armée et se rendrait auprès de Votre Majesté , pour prendre ses ordres, au sujet des arrangements à prendre et des opérations futures.
Il m'écrit à l'instant qu'il a reçu des ordres de partir aprè&^emain pour la Scanie, et i) me demande un entretien pour demain au soir.
68 MÉIIOIBES POSTHUMES
Je ferai partir le lieutenant Wolcher avec cette très-humble dépêche d'abord après. J'ai différé son départ d'un jour à l'autre, dans l'espoir qu'il arriverait une réponse de Votre Majesté.
En songeant que vingt vaisseaux qui portent 20,000 honunes , vont mettre à la voile dans cette saison , à l'aventure , et sans savoir où ils s'arrêteront et où l'on dâ)arquera les troupes et les pro-* visions, il est impossible de ne pas s'inquiéter. Mais L'amiral Tchitchagoff, qui est un honmie fort intelligent, mais d'une grande vivacité, a démontré qu'il ne fallait pas perdre un moment et que le pire de tout était de ne point arriver, n'importe où et comment.
Apostille.
Saint-Pétersbourg, 29 août (11 septembre) 1805«
On a la nouvelle ici que Tarmée russe , sous les ordres du général Kutusoff, était déjà arrivée àLem-
berg. On lui a envoyé les ordres de presser sa marche , puisque Buonaparte , après sa réponse à l'empereur romain, dont faieu Thonneurde faire mention, a déclaré publiquement qu'il renonçait à la descente en Angleterre , pour le moment , et qu'il porterait toutes ses forces contre rAutriche.
Les lettres qui arrivent du corps commandé par M. le grand-duc Constantin contiennent beaucoup de jérémiades de sa sévérité. Il est composé en grande partie des gardes , comme Votre Majesté sait , et ces Messieurs trouvent la vie de campagne dure , en comparaison de celle de Pétersbourg.
Les équipages ont été réduits autant qu'il a été possible , et le grand-duc a fait brûler ce que les officiers en avaient de plus que les ordonnances permettaient.
CuRT V. Stedingk.
70 lAÉliOlBES roSTBUME»
DÉPÊCHE DE H. DE STEDINGK AD ROI
Saint-Pétersbowg, 30 août (il septembre) l8(Kk
Le comte Tolstoy me demancle une lettre pour Votre Majesté ^ et quoique j'ai eu Tbonneur de lui faire mon trè&-humble rapport par un courrier que j'ai expédié ce matin , je ne puis que répéter que j'ai tout Keu de croire que Votre Majesté sera contente du personnel du comte Tolstoy et des ouvertures que ce génial lui fera. L'idée que dans la situation présente des affaires Votre Majesté ne recevrait pas les troupes russes dans la Poméranie suédoise , n'entre pas dans ma tête , puisque ce serait exposer cette armée au plus grand danger, et ne garantirait pas davantage
D0 COBITB DB 9TEDIXQK. 71
les états de Votre Majesté des hasards de la guerre , ne pouvant jamais entrer dans la politique de Votre Majesté ni s'accorder avec ses sentiments de se réconcilier avec le dominateur de la France. Il a entrepris dans ce moment-ci une négociation avec TEspagne, qui fait trembler en pensant qu'elle pourrait réussir ou les projets ambitieux dont on accuse le prince de la Paix. Il demande toutes les provinces espagnoles jusqu'à TÈbre , c'est-àr-dire la Navarre espagnole , la Catalogne et la majeure partie de TAragon, qui sont les provinces les plus peuplées et les plus industrieuses de la monarchie espagnole. Il veut donner en échange le royaume de Portugal , et reléguer In cour de Lisbonne au Brésil. Il est certain que si Ton ne trouve pas moyen de l'arrêter dans sa course, c'est fait de l'indépendance de tous les états qui l'avoisinent.
Cuai V. Stedingk.
Apostille.
Saint-Pétersbourg, 30 août (11 septembre) 1805.
J'ai été extrêmement content de ma conversation avec le comte Tolstoy. Il est bien dans le.' bons principes, et jamais l'Empereur ne pouvaiv faire un meilleur choix. Je pars ce soir et prend la route par terre. Il m'a prié instamment de lui dire sincèrement ce que je pensais du délai de la réponse de Votre Majesté, et si je croyais à la possibilité que Votre Majesté ne consentît pas au débarquement des troupes en Poméi*anie. Sans m'arrêter trop à cette idée si accablante pour lui , je n'ai pas non plus voulu affirmer le contraire, tjuoique mon sentiment me dise que Votre Majesté ne refusera pas. — Le comte Tolstoy m'a dit qu'il avait toujours été d'avis qu'il ne fallait s'aventurer ainsi et faire partir l'expédition avant que toutes les difficultés fussent aplanies ; mais le ministre lui avait répondu à cela que si on laissait passer la bonne saison il deviendrait impossible pendant huit mois d'envoyer des secours à Votrr.
Majesté , et que pendant ce temps les Français pourraient se rendre maîtres de Stralsund, et s'établir sur la Baltique.
Quant à la coopération de Votre Majesté , ne fût-ce qu'avec dix ou douze mille hommes, le comte Tolstoy en a un désir bien prononcé. Il prétend qu'il faut payer ces dix mille hommes ce que coûtent vingt mille d'une autre nation » et il est certain que personne n'est plus en état que lui de réaliser ce projet , possédant au plus haut degré la confiance et l'amitié de l'Empereur. Je n'en dirai pas davantage pouf ne pas ennuyer Votre Majesté par la répétition de ce que M. Tolstoy lui dira mieux que moi.
ir
DËPÉCHE DE M. DE STEDINGK hU WU
Salnt-Péterebourg , le 7 (10) septembN 1805.
Le prince djeartorisky me reçut à deux heures , et la première chose qu'il me dit fut que, puisque Votre Majesté avait consenti maintenant au débarquement de Tannée russe en Poméranie, l'Empereur faisait revenir le comte Tolstoy, vu que sa présence était nécessaire ici pour accélérer le départ de la flotte. Je remis au prince l'apostille lettre A pour les montrer à l'Empereur , et mettre Sa Majesté au fait de tout avant l'audience qu'elle m'accorderait.
Cette audience eut lieu à Kamini Ostrow le jour suivant, 13 septembre. On m'introduisit dans le très-petit cabinet de l'Empereur , qui m'accueil-
lit avec beaucoup de bonté et me dit , aj^rès avoir reçu la lettre de Votre Majesté , qu'il avait vu mon projet pour régler différents points concernant Tadmission de ses troupes en Poméranie ; mais qu'il trouvait tous ces arrangements superflus puisqu'il était disposé de mettre cette armée sous les ordres de Votre Majesté , et qu'elle en ferait ce qu'elle en voudrait. « Ce n'est pas avec un souverain comme » le v^re , me dit*il , qu'on a beopin de transac* » tiens. Sa parole suffit, et mes généraux feront tout » ce que Sa Majesté leur ordonnera. » Je le priai d'ouvrir la lettre de Votre Majesté, ce quMl nV vait pas fait encore, pour pouvoir m'expliquer si Sa Majesté avait quelques observfiitions à y faire. L'Empereur l'ouvrit, en parut très-content, et après ravoir lue me la donna à lire. Il entra ensuite en plusieurs détails sur s^ différentes armées et sur le corps qu'il envoyait à Votre Majesté, dont il louait beaucoup le chef et les différents commandants , disant qu^il les avait choisis exprès, et qu'il espérait que Votre Majesté serait contente d'eux et de l'ordre et de la discipline des régiments, qu'il me nomma tous, pour me démontrer qu'il avait fait un choix. Je lui en fis mes remercîments , et j'aurais bien voulu ne plus lui
parler de la transaction à faire , mais je crus y être obligé par les instructions que Votre Majesté m'a envoyées. L'Empereur me voyant attaché à cette idée me dit : « Si vous voulez absolument que » nous fassions une stipulation par écrit , je vous » en laisse le maître , quelque inutile qu'elle me » paraisse, et je ne mets qu'une condition aux de- » mandes que vous avez faites dans votre projet , » c'est que le gouverneur général de la Poméranie » ne pourra pas se mêler de la discipline inté- » rieure de mon armée , et que s'il a quelque chose » àr prescrire , il s'adressera directement au géné- » rai Tolstoy , auquel appartiendra tout seul l'exé- » cution. J'y ajoute encore que le gouverneur ne » pourra pas empêcher mes troupes de sortir de » la province quand j'en aurais besoin ailleurs. Si » malheureusement nous avons la guerre avec la » Prusse , ce corps est destiné à agir contre cette » puissance , et en tous les cas à lui donner de » l'ombrage. Mais comment remplir ces objets » sans mettre le baron d'Essen au fait de tous mes » plans , et si mon général a les bras liés I Pour le » Roi c'est tout autre chose. Je vous ai dit déjà » que Sa Majesté disposera de ce corps comme » elle voudra. »
Les observations de l'Empereur me parurent si justes, que j'assurais Sa Majesté qu'il serait facile de convenir de ce qu'elle désirerait. L'Empereur s'informa ensuite du personnel de M. le baron d'Essen et se rappela de l'avoir vu ici , mais il ne comprenait pas comment un général major pouvait commander un lieutenant-généraK L'explication que je lui en donnai parut le satisfaire » et il me demanda si j'avais vu le prince Czartorisky auquel il avait dit la veille d'aller me trouver. Je répondis que je le verrais au sortir de chez Sa Majesté. Il l'avait, nie dit-il d'un ton très-gracieux, chargé d'une commission pour moi , et espérait que je ne le refuserais pas. — Ayant remis ensuite la conversation sur le plan de la guerre , sur l'Autriche , la Prusse et l'Angleterre , je fus extrêmement satisfait de la manière dont Sa Majesté s'expliqua , et surtout de la décision et de la fermeté qu'elle fit paraître. En réponse à une observation que je lui faisais au sujet des Anglais , elle dit : « Ils ont plus d'argent que nous; mais nous » avons des armées , et s'il est juste qu'ils payent , » il ne le serait pas qu'ils dirigent nos opéra- » tiens. » — En me congédiant , l'Empereur m'assura qu'il répondrait incessamment à la lettre de
Votre Majesté, et me chargea de lui mander que je n'avais pas trouvé de difficulté à ce qu'elle dirait, et quMl en serait toujours de même»
En quittant l'Empereur je fus chez Timpératrice Elisabeth. J'avais fait demander une audience à Sa Majesté pour lui remettre la lettre de S« M. la Reine. Elle m'a reçu danâ soii cabinet , et je Tai trouvée aussi gracieuse et aimable qu'elle t'a toujours été ; mais elle a changé , maigri , et n'e^ pas aussi heureuse qu'il serait à désirer.
M'étant rendu chez le prince ^ il me demanda ce que l'Empereur m'avait dit, et, après lui avoir répété ma conversation avec Sa Majesté , il me montra le projet d*une transaction , dont l'introduction et les trois premiers articles étaient mot pour mot les mêmes que j*avais proposés. On y avait ajouté deux articles contenant les demandes sur lesquelles l'Empereur m* avait prévenu , et qui étaient rédigés de manière quMl n'y avait pas un mot à changer. Je fus très-content et le prince aussi. 11 me dit : « Nous n'avons plus qu'à si- • gner » ; mais nous étant aperçus que ce n'était qu'un brouillon , auquel les noms des plénipotentiaires manquaient, nous différâmes ta signature jusqu'au lendemain.
DU COMTB DR STEDIIVGK. 79
Le pHnce s'acquitta ensuite de la commission que l'Empereur lui avait donnée pour moi* Il devait me dire que Sa Majesté désirait d'être accompagnée paf les trois afnbassadeurs quand elle se rendrait à l'armée, et y avait ajouté des choses si honnêtes pour moi , que je n'ose pas les rapporter« Je répondis que Votre Majesté m'ayant placé auprès de la personne de l'Empereur , mon devoir exigeait d'accompagner Sa Majesté partout où elle voudrait m'en accorder la permission , et que je n'avais jamais senti davantage le prix de cette fa* veur que lorsqu'il s'agissait de la suivre à son armée. Le projet est que l'Empereur s'^blira d'abord à Brezesk , qui est au centre de la ligne que ses armées embrassent , et si la guerre a lieu con* tre la Pntôse , il ira plus loin ; mais il n'est pas décidé encore qu'il ae mettra lui-même à la tête de quelqu'une d'elles. II en a grande envie « mais il y a beaucoup de personnes ^ même de celles qui lui sont très-dévouées, qui ne cessent de lui en présenta les inconvénients et qui poultaient bien l'empmler. Le prince m'a prévenu qu'il faudrait me pourvoir de chevaux , ce qui n'est pas fort aisé , ainsi que de monter à la h&te un équipage de campagne.
Le comte Tolôtoy était revenu dans la soirée. Il avait été droit chez l'Empereur, et aussitôt qu'il fut rentré chez soi il me demanda un entretien. Étant allé chez lui, je le trouvai au désespoir. Rarement j'ai vu un homme plus chagrin et plus profondément affecté. Je n'en devinais pas la cause , mais il me tira bientôt de mon ignorance en me racontant qu'ayant rencontré le courrier de M. d'Alopœus, et ayant reçu l'ordre de l'Empereur d'ouvrir ses dépêches , il y avait trouvé un fatras de politique , auquel il n'entendait rien ; mais ce qu'il avait compris clairement, c'était qu'il devait être sous les ordres de M. le baron d'Essen pendant l'absence de Votre Majesté. — Cette idée l'avait terrassé. Il en avait écrit d'abord à l'Empereur par le courrier de M. d'Alopœus, pour lui en représenter tous les inconvénients, et tout en cheminant jusqu'à Fredrikshamn , où il avait reçu les ordres de revenir ici , il s'était tellement noirci l'imagination sur les malheurs inévitables de l'humiliation qui en résulterait pour lui , qu'il en était démonté. — Il me dit, les larmes aux yeux , qu'il aurait versé jusqu'à la dernière goiitte de son sang pour mériter la confiance de son Souverain et se rendre digne de l'honneur d'être com-
mandé par Votre Majesté ; qu*il avait été décidé à prévenir les moindres désirs dubaron d'Essen ; mais être mis sous les ordres d'un général-major , lorsqu'il n'était accoutumé que d'en recevoir de l'Empereur, cela était impossible ; qu'il venait de prier S. M. Impériale de charger quelque autre du commandement, parce qu'il était découragé et qu'il perdrait toute considération auprès de son armée dès qu'elle connaîtrait un arrangement pareil. — Après lui avoir laissé tout dire j'ai essayé de le
calmer et de redresser ses idées , en lui expliquant d'abord que M. le baron d'Essen tenait le premier rang en Poméranie , et qu'il y était le représentant de Votre Majesté ; ensuite , en lui montrant la probabilité que Votre Majesté se rendrait ellemême à l'armée , et qu'en tous les cas la dépendance dans laquelle il se trouverait du gouverneur général de la province , non-seulement ne le gênerait jamais dans l'exécution de ses devoirs, mais lui serait même absolument nécessaire pour les bien remplir. J'ai appelé à mon secours tout ce que la raison et mon zèle pour le service de Votre Majesté pouvaient me suggérer. J'avoue aussi que je trouvais tant de franchise , d'honneur et de noblesse en tout ce que me disait le