MINISTÈRE DE CASIMIR PÉRIER
Dans ce moment de crise ministérielle, je me rcii* contrai avec Casimir Périer chez le président de ta Chambre. Au sortir de table, il me prit à part, et, après m^avoir exposé la situation du Trésor et Tétat de la place de Paris, il me dit : Il est impossible que les choses continuent ainsi ; nous marchons tout droit à une terrible catastrophe financière : il faut absolu* ment qu^un nouveau ministère établisse Tordre et la confiance dans nos affaires : or la question eii entre vous et iwoi*. » — Je l'arrêtai : iVon, lui dis-je ; c'est rouf, et vous seul, qui devez être appelé. Le premier, le plus urgent bt^soin, c*est le rétablissement de nos finances: or votre capacité financière éprouvée, votre autorité, votre fermeté bien connue, vous désignent d*a\'anc6 pour une telle mission, et nul autre ne peut la mieux remplir (|ue vous : acceptez (l(»nc le pouvoir et comptez sur mon appui. Je ne vous demande que de ré* sener votre opinion sur ces questions d*organisa-
}, Piuiticurf Journaut, t'ocrupant de la rompofkilion du minitl^rey i\aicol aniiuiicô «luu lu roi m'avait fail appeler: ccquiélail ine&acU
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tion intérieure dont la solution a été renvoyée à la Chambre future. D'ici là, peut-être, parviendronsnous à nous entendre sur la meilleure solution à leur donner, et alors vous aurez mon plein concours. » Il me le promit, et, le lendemain, paraissait dans le Moniteur le nouveau cabinet dont il était le président.
Malheureusement, survinrent presque aussitôt des complications qui rendirent cet accord impossible.
Par les traités de iS15, toutes les puissances signataires de ces traités s*étaient solidairement obligées à maintenir en France le gouvernement de la branche ainée des Bourbons. Notre révolution avait déchiré cette clause ; le désir de faire vis-à-vis de ces puissances acte d'indépendance avait même été pour beaucoup dans ta chute de cette branche ainsi imposée : aussi s'attendait- on généralement à ce que le défi jeté à TEurope coalisée serait relevé par elle; on croyait généralement que le jour d'une nouvelle guerre nationale et à outrance était arrivé.
C'était l'attente universelle de nos populations, qui, bien loin de s'en effrayer, s*y préparaient bravement: la reconnaissance précipitée de notre nouveau gouvernement par l'Angleterre, l'élan irrésistible d'enthousiasme qui s'était tout d'abord manifesté dans ce pays et dans le reste de l'Europe pour une cause où le droit et la liberté venaient de triompher contre la force brutale, avaient bien pu donner dans les régions gouvernementales l'espoir que le changement de dynastie opéré en France aurait un dénoûment pacifique. Hais, dans les masses, le sentiment du danger subsistait toujours et y entretenait une exaltation qui pouvait être une cause de salut en cas de guerre, mais qui, pour le gouvernement qui comptait sur la paix, devenait un gros embarras.
D'ailleurs, la Russie, malgré les protestations et les déclarations plus que modestes de notre gouverne-
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ment, gardait une attitude menaçante : elle ^vait hitiiiié Tordre à tout Russe de quitter la France et même rappelé son ambassadeur. De plus, toutes les informations qui ^-enaient de ce pays annonçaient qu*une armée organisée en Pologne était destinée à former Tavantgarde des forces destinées à nous mettre à la raison.
A ces causes d'une conflagration générale en Europe, était venu, sous le ministère Laffitte, se joindre le soulèvement de la Belgique contre la domination hollandaise et Toffre faite au fils puîné de Louis-Philippe, le duc de Nemours, de la couronne belge : c'était uo autre anneau de cette cliaine que la Sainte-Alliance avait eu tant de peine à forger qui se brisait. Mais cette fois ce n'était plus seulement la Russie, la Prusse et TAutriche, qui étaient alarmées; c'était TAngleterre elkvmôme qui commençait à craindre que les contrecoups de C(*tte révolution, qui avait eu d'abord toutes ses sympathies, ne vinssent jusqu'à compromettre tt pr(»pr(* sécurité en nous donnant Anvers et tous les ports de r£s<*aut situés en face de ses eûtes.
Notre gouvernement, de son côté, malgré les concessions qu'il était décidé à faire à l'Angleterre et les prohabilités de paix qu'il entrevoyait, n'était pas si complètement rassuré qu'il ne nous demandât un crédit de cent millions pour parer aux éventualités de la guerre.
C'est dans ces circonstances et sous l'impresuon des dangers qui m(*naçaient notre honneur jBt notre indépendance que se forma, d'abord à Metz etdans les provinces de VE&i les plus menacées, cette association qu'on a appelé VAuociaiiùH natiomile, associfttion dont le but, hautement proclamé par ceux qui ea a^Tiient pris l'initiative, n'était autre que d'apporter aux forces off^aiiisrt's dont notre gouvernement pouvait disp<»sex l'appui toujours puissant de l'eutboosiasmo libre et spontané du peuple tout entier.
jfuaszàBX piRUUL ur
Les botomes les plus conservateurs, les plus dévoués à It dynastie d'Orléans* avaient non-seulement consenti k bire partie de cette association , mais plusieurs d'entre eux l'avaient ouvertement provoquée : un aide de camp du roi« M. de Laborde, en était un des promoteurs les plus ardents ; ijuarante députés l'avaient ùgaée^ et j'étais du nombre.
Mes amis et moi y avions adhéré, dans la persuasion que la goerre était inévitable et que le grand mouvement aational qu'elle provoquerait serait moins dangereux si les hommes modérés de l'opposition le dirigeaient, que si on Tabandonnait aux passions de la démagogie.
Le gouvernement eut un moment d'hésitation sur raitîtttde qu'il devait prendre vis-à-vis de cet élan de Topinion publique : si les puissances étrangères eussent passé des menaces à l'action, il eût probablement suivi les exemples que lui avaient donnés TAngleterTO , l'Allemagne et la Russie elle-même en pm^Ile oocurrenoe, et il eèt été trop heureux de s'ap puyer sur cette force libi^e qui lui étart offerte.
Mais Louis-Philippe vHtout de suite qu^en refVnant la couronne belge il pouvait désintéresser l'Angleterre, tandis que la Russie serait tenue en échec par le «Mdivement de la Pologne qui venait d'éclater ; que, grâce à ce concows de ciroimstances, il n'avait plus i craindre une goerre européenne: dès lors l'assod»^ lion formée en dehors de son gouvernement ne W présentait plus que des dangers et H prescrivit de la dissoudre : en conséquence, une circulaire ministérielle, après «v(m signalé cette association oomme une vaste conspiration, intima t*ordre à tous les fonctionnaires ou agents du gouvemeoient de s'en retirer, sous peine de dentîlntion.
Je ne pouvais désavouer un mouvement d'opinion que l'avais, sinon provoqué, au moins approuvé ; d'ail-
leurs, je n'étais pas dans le secret de la politique de Louis-Philippe : je ne savais pas les concessions qu*il était disposé k faire aux puissances étrangères, k TAngleterre particulièrement ; et, si je les a\'ais connues , il est peu probable que je les eusse approuvées. Je persistais à croire à une guerre européenne; mes amis politiques partageaient ma conviction : je dus donc, dans lo débat qui s*ouvrit à cette occasion, soutenir et Futilité et la légitimité de TAssociation nationale, tout en protestant que cette association avait pour but hautement avoué, non de remplacer raction du gouvernement, mais de la fortifier par Taccession des forces spontanées de la nation.
Les membres du cabinet, disais-je à cette occasioD, ont combattu comme nous et avec nous pour le principe qui a triomphé en juillet. Nous no mettons pas en doute leur dévouement à la révolution; mais nous ne pouvons paiv tagcr leurs illusions sur la possibilité d'éviter la guerre : s'ils ont sur ce point une conviction contraire bien assurée, pourquoi nous demandent-ils un crédit de cent millions pour parer aux éventualités qui nous menacent? Que le gouvernement ne repousse donc pas la force que nous loi ofîrous. Toute force a ses dangers, sans doute; mais contre ces dungers le gouvernement a la garantie des hommes sages qui, sans autre vue que celle de l'indépendance nationale, ont consenti «à faire partie de l'association : quarante de vos collègues l'ont sip^née. Pour moi, je le déclare, si quarante députés, pris n'importe sur quels bancs de cette Chambre, venaient me garantir la loyauté d'une associâtioa dont ils feraient partie, je ne me permettrais pas de garder un sentiment de doute et de défiance.
I^' président du conseil ayant cru devoir, dans It vivacité de sa répli(|ue, revenir sur TaiTaire de Téglise Saint-Ciermain-rAuxerrois, je renouvelai les explicitions que j'avais déjà données, ce qui n*était pas nécessaire, et je terminai par ces mots:
Je ne sais à quel dessein M. le président du conseil a cm
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deToir me mettre personnellement en scène: c'était déjà trop pour l'assemblée de s'être occupée une première fois de cette sotte affaire ; aurait-il voulu me rappeler que je tiens encore à l'administration par un dernier lien ? il dépend de lui de le rompre !...
Cette nouvelle démission, donnée du haut de la tribune, acheva de rompre tous mes rapports officiels avec le gouvernement. Cependant je fus sondé à plusieurs reprises sur les dispositions où je pouvais être d*entrer dans une combinaison ministérielle. Mon ancien camarade Vatout, qui recevait les confidences du roi, dont il était le bibliothécaire, se faisait souvent l*interprète du désir que, selon lui, son maître conservait de me rattacher à son gouvernement. — A quoi je répondais, pour que cela fût répété aux Tuileries, « que j'étais bien loin, comme plusieurs de mes amis, de me faire une sorte de point d'honneur et un moyen de popularité de rejeter toute participation au pouvoir; que je savais trop combien était puissant ce levier dans notre pays, et que je me regarderais comme le plus inconséquent des hommes, si, voulant avec toute l'énergie de mes convictions certaines réformes politiques, je rejetais le seul instrument avec lequel il était possible de les réaliser; mais qu^ autant j'étais disposé à entrer dans un cabinet comme le représentant de certains principes et d'une opinion bien déterminée, dont j'apporterais les forces au pouvoir, autant je répugnais à n'y représenter autre chose que la faveur personnelle du souverain. »
Cette explication mit fin à ces sortes de communications confidentielles. D'ailleurs, chaque incident venait élargir de plus en plus la distance qui me séparait de la politique du roi. L'insurrection lyonnaise, qui eut lieu quelques mois plus tard, fut un de ces incidents.
L'éternelle question du tarif des salaires s'agitait
t50 MÉMOIRBS D'ODILOH BAftEOT.
entre les fabricants et les ouTriersde L3K>n. Un préfel eut rimpnidencc d'intervenir et de fixer ce tarif : les fabricants protestèrent ; leurs ouvriers revendiquèrent au contraire le bénéfice de cette taxation comme constituant pour eux un droit : — des rassemblements tumultueux d*abord, puis un recours aux armes fnrenl les fruits de ce conflit. La garde nationale, dans laquelle la classe ouvrière était entrée en grande nu|jo> rité^ se trouvait paralysée par ce mélange, et les troupes qui formaient la garnison de U ville avaient été obligées de l'évacuer. A la première nouvelle de cel événement, je montai k la tribune pour demander que, d'un accord unanime, la Chambre donnât au gouvernement tous les moyens de faire rentrer la vflle de Lyon sous l'empire des lois, réservant mon jugement sur les causes de ce conflit : proposition qui fut applaudie de tous les cités de l'Assemblée. Le aiarécbal Soult, accompagné du ducd'Oriéans, se mita la tête d'une petite armée, et n'eut pas beaucoop de peine à faire rentrer dans l'ordre les insurgés. Le Hiinistère crut pouvoir se prévaloir de cet heureux dénoûment pour se décerner des éloges outrés qa*il était loin de mériter. Je dus rappeler que l'origiiie de toute cette échauffburée avait été dans Timpradence des agents de l'administration, qui avaient votthl résoudre d'autorité une de ces questions dont la solution doit toujours être abandonnée k la liberté des transactions, et que, bien loin de mériter des ew* Tonnes, T administration mériterait plutét un bliino. Casimir Périer, dont le caractère naturellement irritable devenait de jour en jour plus impatient de tonts résistance, s'emporta beaucoup contre moi, et notre séparation devint de plus en plus absolue.
Une antre occasion do conflit entre le ministère et moi fui fournie par dos troubles qui avaient éclaté à Grenoble à la suite d*une mascarade oii la personne
MUriBTÂSJi PÉKISR, Kl
royale avait été grossièrement caricaturée. Un préCet, M. Maurice Duval\ emporté par son zèle, au lieu d'employer Tintervention de Tautoriilé municipale pour faire cesser cette inconvenante plaisanterie, crut devoir lancer les troupes de la garnison contre la fouie , ce qui coûta la vie à de nombreuses victimes. La population était exagérée par ce procédé violent et inutile, qui reçut cepends^t Tapprobation officielle du Moniieur. De mon côté, un tel procédé blessait trop mes idées sur les droits de Tautorité municipale et sur la nécessité de ne recourir à la force armée que lorsque cette autorité est impuissante, pour approuver la conduite de Tadministration. Je formulai un blâme dans un discours auquel, aujourd'hui même, je n'aurais rien à retrancher. J'y signalais comme cause de cette sanglante collision « la funeste habitude où l'on est en France de faire intervenir le pouvoir central, avec tout son appareil armé, même dans les objets les plus minimes, au lieu d'employer préalablement l'entremise de l'autorité municipale. Est-ce parce que le système est attaqué au cœur, ajoutai-je, que les ministres poussent ainsi aux moyens de répression les plus violents? »
On peut bien penser que de telles paroles n'étaient pas de nature à calmer l'irritation de Casimir Périer et à nous rapprocher.
Un autre incident, qui ne tirait son importance que de la nécessité où chaque parti était de bien caractériser sa politique, naquit du mot sujets qu'avait employé M. de Montalivet dans une de ses circulaires. Le parti libéral se souleva tout entier contre cette expression dans laquelle il voyait un retour aux prin-
1 . H a aeqnifl dopais «ne oertsint cédébrité fwr l'arrettation de madame la dochetae <le Bcery; il «irait été promu à la prèfectiiro de la Loiro-loférieure -et présidait à cette arrestatioB lorsqu'elle eut lieu.
258 MIÊMOIRES D'ODILON BARROT.
cipes de la Restauration. Je fus chargé de rédiger une protestation, dans laquelle il était dit que, depuis que la couronne était portée, non par la grâce de Dieu, mais par la volonté du peuple, et qu'un roi des Français avait remplacé le roi de France, il n'y avait plus que des citoyens en France. Cette protestation reçut la signature de toute l'opposition de gauche.
Tout cela, vu à distance, ne peut que paraître assez puéril, mais s'explique mieux si l'on se reporte à ces temps où l'opinion puhlique était profondément divisée et agitée entre deux systèmes, dont l'un s'efforçait de rappr()(rher le nouveau gouvernement de la Restauration, et dont l'autre s'attachait, au contraire, à l'en éloigner.
Cependant le jour de la discussion des lois sur les conditions de l'éligibilité et de l'électorat était venu. Le gouvernement et la majorité ne pouvaient relarder davantage sans de graves dangers l'appel d'une nouvelle Chambre. D'ailleurs, les ministres jugeaient, non sans quelque raison, que les violences de la démagogie, la peur quVlles avaient inspirée à la classe moyenne, et de plus les perspectives d'une paix devenue probable, agiraient d'une manière qui lui serait favorable sur h; choix des nouveaux députés : Im dissolution fut donc résolue, et dès lors il n'y avait plus de motif de retarder encore le vote de ces lois.
Sur la première, celle relative à l'éligibilité, voicî conimrntje m'exprimai sur le cens de 500 francs qu'elle exig(*ait :
Vous rhorctipz dans un cens une garantie contre de mauvais choix : cotte garantie c.U impuissante, injuste et dangereuse... Il V a déjà dans notre société une tendance trop forte atout rattacher à l'argent; il faut la combattre, aulteo de la fa\nri>('r: si vous la favorisez par vos lois, si vous subordonne/ û la furtunc les avan taures auxquels les hom-
MINISTÂRX PÉRIER. S5S
mes attachent le plus de prix, alors l'argent sera le dieu auquel tous sacrifieront. (Adhésion.) Vous voulez, comme vos prédécesseurs l'ont tenté, arrêter l'élément démocratique ; vous le voulez dans des circonstances bien moins favorables que celles où ils se trouvèrent : car, en 1814, le gouvernement recueillait une nation épuisée de sang et d'argent, ayant depuis longtemps perdu jusqu'au sentiment de la vie politique ; tandis qu'aujourd'hui vous êtes en face d'une nation ardente dans ses besoins intellectuels et ses désirs de vie politique: et vous voulez lui imposer ces mêmes restrictions qui se sont trouvées impuissantes sous l'ancien ordre de choses ! vous voulez les lui imposer à la veille peutêtre d'une guerre générale, où vous aurez à demander à chaque père de famille son enfant ou son dernier écu pour sauver l'indépendance du pays M Ne craignez pas d'étendre les droits politiques de cette classe des petits propriétaires en France ; ne craignez pas de la saturer, si je puis m'exprimer ainsi, de libertés civiles, municipales et politiques: la propriété, lorsqu'elle est appelée à défendre le privilège, peut-être impuissante; mais, lorsqu'elle se défend elle-même, au nom du droit, de la justice, de la liberté commune, elle est et sera toujours toute-puissante !... Bien des difQcultés, je le sais, se dressent devant nous. Avant qu'un meilleur système d'éducation ait dirigé les facultés de notre jeunesse vers une existence moins spéculative et plus positive, avant que nous ayons appelé tous les citoyens payant une contribution à concourir à l'élection des pouvoirs municipaux et fait la part de ces pouvoirs aussi large, aussi libre que possible, à cêté de celle du gouvernement^ central ; avant qu'il y ait plus de fixité dans les existences et qu'on ait découragé toutes les ambitions subalternes , nous aurons, bien des agitations à surmonter, et il faudra que ceux qui seront au timon de l'État aient le cœur et la main bien fermes. Mais toutes ces difficultés, quelque graves qu'elles soient, ne sont pas du moins insolubles; avec un souverain choisi par la nation, qui lui inspire toute conûance et lui
1 . Ces paroles flrent grand scandale dans le parti conservatear : comme si proclamer qu'une nation qui se respecte ne doit reculer devant aucun sacrifice pour maintenir son indépendance, n'était pat la plus incontestable des tèritéfl et en quelque sorte le plus vulgaire des lieux communi*
SS4 MÉM0IBX8' D'OOILOS BARROT.
oflfre toute garantie, avec un tel élément de finrce, trioinpherQnB de nos embarras L*.
Puis vint la discussion de la loi sur les conditTons électorales : la nouveile constitution avait sagement abandonné ces conditioas aux variations qna le pn>grès de la civilisation et les nécessités de la politiqw pourraient commander.
Le projet de loi du mfnîstère doublait les collégies en y appelant les plus imposés; il y ajoutait certaines capacités, telles que les membres des conseils généraux des départements, les maires et adjoints des villes de plus de 3,000 âmes: mais la commission renversa ce système et proposa un cens fixe de 210 francs; die admettait aussi le principe des capacités, mais elle rejetait celles du projet pour en admettre d'autres, tellet que les juges, les notaires, les professeurs, les avocala et les avoués, même non licenciés. Le ministère abandonna son projet pour se rallier k celui de In commission, qui fut seul discuté. Il n*y ent pas k proprement parler de débatssur la quotité du cens. M. de Salvertc avait dans une proposition précédente de* mandé quil fût fixé à 200 francs; et BL Uauguia, dans un discours où il se préoccupait plus de la destitution des fonctionnaires de la Restauration, pour les reoH placier par des hommes nouveaux, que des intérêts séni*ux de la liberté, avait déclaré que, si la France obtenait rabaissement du cens à 200 francs, elle serait le pays le plus libre du monde : déclaration irréfléchie et qui engageait jusqu'à un certain point Toppi^ sitiiHi. D'un autre cAté, une forte minorité de la commission sortait pr(»n(»ii(>éep(»ur <>e ivns de 200 francs, et il nous eut été dini<*ile de nous placer sur un autre terrain. I/assembIée,fi une grande majorité, se prononça pour c(^ cens de 200 francs. Kt c'était Texlréme limite de ses concessions : il estplusque douteuxquon
KIHISriRir PÉRIEB* S5
éAt obtenii d'elle un abaissement plus considérable; au reste, il ne fut pas même demandé, tant les députés même les phis ayancés se montraient modérés dans leurs prétentions.
Mais le débat (ut plus vif sur le principe de Tadjonetion des capacités.
Peul-ofi, disais-je dans une des séances» déclarer qu'il n'existe d^autre capacité électorale présumée, que celle qui résulte cPune certaine quotité dimpôt f Les conditions essentielles de cette capacité sont l'intérêt et l'intelligence: toute inteUiqencê vive et énergique que vous laUsez en dehors de Vaetion de nos imtitutiùns est un danger; siwms l'y rattachez^ au contrai' rc, et sera mm force.
Dans un autre discours» }*insistais sur la mèoie idée.
Tadmets le principe descapaeftés, car îl existe même pour Texercice des droits civils. Si Toas rencontrez les conditiims de la capacité éleclorale ailleurs que dans l'impôt, tous ne devez pas hésiter aies reconnaître : encelavous ne créereapas des électeurs différents de ceux qui le deviennent par les impositions ; vous ne ferez en réalité que reconnaître des électeurs au même titre , car ce n'est pas l'impôt qui fait l'électeur, mais lacapacité quesuppose cet impôt: la capacité est le remède à la restriction trop grande du cens électoraL 11 sufQt d'observer la marche des sociétés humaines pour voir que si, dans leur enfance, la propriété est la principale source du pouvoir (et c'est pour cela que la féodalité en a fait sa base), plus la civilisation chemine, plus cette influence exclusive de la propriété diminue, ou plutôt» plus elle se partage avec d'autres influences; et ces influences^rÉtat, lorsqu'il règle les droits politiques, est obligé de les prendre en considération: car il faut bien nous persuader que tente influence que nous laissons en dehors du jeu de nos institutions est inévitablement une cause de perturbation^ tandis que, si nous la faisons concourir à ces institutions, elle sera pour vous un moyen de force et de sécurité. (Rumeur assez bruyante aux centres.) Ilmesemble que je ne dis là rienqni puisse irriter la Chambre. (Non! non! pariez!)
Et, en effet, si j'insistais tant sur le principe des capacités et ne craignais même pas de me répéter, c'est que j'y voyais le plus sûr moyen de donner au droit électoral une élasticité nécessaire pour qu il pût sY'tcndreà mesure que rintelligenceetréducation politique des masses se répandraient, et en même temps pour rattacher à nos institutions toutes les influences réelles qui se produiraient dans la société. Ainsi, le principe une fois accepté, il eût été facile de faire arriver successivement au droit électoral les syndics des caisses d'épargne, les prud'hommes et autres chefs de travailleurs, et de faire entrer ainsi par voie de représentation dans Texercice actif des droits politiques toute la classe ouvrière, de manière à la faire parti* ciper au gouvernement du pays sans aucun danger, seul moyen raisonnable de réaliser le suffrage universel et surtout de le concilier avec un gouvernement vraiment libéral et bien pondéré. Ces idées, je les ai reproduites en 1846, lors de notre agitation réformiste, et j'y fMTsiste plus que jamais aujourd'hui surtout que les événements leur ont donné une éclatante sanction.
Le principi! fut admis; et c'était Vd une précieuse conquête, dont bien peu de membres, même sur nos bancs, comprirnit toute la portée : pourquoi faut-il que, par le plus déplorable malentendu, provoqué par les plus misérables considérations, il ait avorté ?
M. Mauguiii, par jt* ne sais quelle puérile prévention contre les juges, demanda qu'ils fussent retranchés delà liste des capacités appelées à l'électorat. Il y réussit, ft cela par suite d'une manœuvre machiavélique d«*s conservateurs, <]ui votèrent cette exclusion, mais qui, à leur tour, demandèrent et obtinrent la suppression des avocats et des avoués, et ainsi de suite des autres eaté^ories : de maiiièn* <|u'il ne n*sta des adjonetituis proposées (|ue les membres di* l'Institut, et encore leur împusa-t-on la ridicule condition de
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payer un impôt de iOO francs ; ce qui réduisait ce grand principe de l*adjonction des capacités à un véritable non-sens.'
Il faut le dire» notre opposition n*avait encore ni discipline ni programme politique bien déterminé : elle se décidait presque toujours par l'impression irréfléchie du moment, bien plus que par le calcul et par le raisonnement. Combien de fois nVt-elle pas plus tard regretté cet avortcment, que Timprudence de Tun des siens et Finexpérience de tous avaient amené !
Ces lois votées, il n'y avait plus aucun motif pour retarder la dissolution de la Chambre, et les collèges électoraux furent convoqués.
Je fus élu dans quatre collèges : à Chauny (Aisne), à Brionne (Eure), à Vcrneuil et à Strasbourg (Bas- Rhin): ce qui prouve que mes idées avaient trouvé plus de faveur chez les électeurs, qu'aux Tuileries et au Palais-Bourbon.
La nouvelle assemblée, dans ses premières opérations, montra même une tendance peu favorable au ministère : dans le scrutin qui eut lieu pour la présidence de la Chambre, malgré la pression du gouvernement et le vote d'avance acquis de plus de cent fonctionnaires, le candidat du gouvernement, M. Girod (de l'Ain), ne l'emporta sur M. Laffitte, porté par Topposition, que d*une seule voix; ce qui donnait même la majorité numérique à notre candidat, car les élections multiples et les absences étaient toutes de notre côté. H. Casimir Périer le sentit et donna immédiatement au roi sa démission.
Mais, sur ces entrefaites, arriva la nouvelle que l'armée du roi de Hollande s'avançait vers le territoire belge. M. Périer prit tout de suite la résolution de faire marcher l'armée française, pour l'opposer à l'envabissement de la Belgique : aussitôt ministres et oppo-
sants firent trêve à tout débat, les ministres retirèrent leur démission, les opposants suspendirent leurs attaques, et chacun se prépara pour la grande épreuve à laquelle chacun de nous croyait que notre révolution de 1830 allait être soumise.
J'eus Toccasion dans ce moment d*expliquer la manière dont j'entendais notre politique étrangère : cela était d'autant plus nécessaire, que deux députés de la gauche , H3I. Mauguin et le général Lamarque , qui avaient jusqu'alors exercé sur l'opposition une grande influence et s'en étaient constitués les organes officieux, avaient afQché hantement à la tribune un programme de défi à l'Europe et de propagande révolutionnaire, qui effrayait ajuste titre la partie raisonnable et modérée du pays ; ils proclamaient la nécessité absolue de la guerre et voulaient que la France en prit au besoin l'initiative, afin, disaient-ils, de rendre :t h) France ses frontières naturelles : les Alpes, les Pvivnées et le Rhin.
L'opinion que je développai consistait, au contraire, ;i uccepter l'arrangement des territoires et les posses- H<>n:> existantes, comme des faits accomplis; mais k niainteiiir résolument, même par les armes, dans la splièro de notre influence et dans la mesure de nos pos^il)ilités, le droit pour chaque nation de se donner» ii iiolrt' exemple, des institutions libres : delà, le principe de non-intenention, dont je faisais la base de notre politique étrangère.
Ccst cette opinion qui a fini par prévaloir dans notre opposition, bien que ces mots, les faits aecomptii^ m'aient été souvent reprochés par la gauche extrême; et eHe y était si bien acceptée, que n(»us avons vu, après la révolution radicale de 1H48, M. de Lamartine prendre le même thème pour base de son manifeste au nom du gouvernement provis<iire. I^ dissidence entre le gouvernement du roi et nous sur les affaires exté-
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rieures ne tenait donc pas à des principes différents , mais seulement au plus ou moins de fermeté dans Tobsen-ation de ces principes et au plus ou moins de confiance dans les forces de notre révolution. On verra dans le cours de ce récit qu'il se présenta deux ou trois circonstances décisives, où, par excès de prudence ou de défiance, Louis-Philippe laissa échapper d'admirables occasions de faire prévaloir cette politique dans le monde.
Mais sur les questions intérieures la dissidence était plus profonde ; et d'abord elle éclata surtout à l'occasion de l'institution de la pairie.
Trois combinaisons se préscntaientpour cette institution : ou bien ne rien changer à l'état de choses établi par la Charte de 4814, c'est-à-dire conserver la pairie dans son personnel comme dans ses conditions constitutives, sauf l'élimination des pairs qui avaient refusé de prêter serment; ou bien tout refaire à nouveau, le personnel comme les attributions de l'institution ; ou bien enfin conserverie personnel, mais abolir l'hérédité et laisser au roi le choix des nouveaux pairs. Cette dernière combinaison, comme on le pense bien, était celle du roi : car elle mettait la pairie entièrement à sa discrétion, et cela était fort de son goût. Le ministère aurait de beaucoup préféré l'hérédité ; mais, par une déférence assez difficile à expliquer, surtout de la part de Casimir Périer, il adopta comme projet de loi la pensée du roi, sans dissimuler ses préférences pour l'hérédité. Quant à nous, opposition, nous nous prononcions sans hésitation en faveur du système électif, reconnaissant toutefois que les conditions de Télection des pairs devaient être tout autres que celles de l'élection des députés.
Avant que le débat sur cette importante question fût porté à la tribune, Casimir Péricr réunit dans
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son cabinet les députés les plus influents de la Chambre, comme dans un conseil privé, et prit leur avis.
Il commença par déplorer Tisolement dans lequel il se trouvait, puis il déclara qu*il abandonnait à regret rhérédité et qu'il considérait comme seulement transitoire Tor^^anisation qu'il proposait dans le projet de loi, ajoutant que c'était le pouvoir royal qu il fallait surtout fortitier. Interpellé personnellement par lui sur Topinion que j'avais de la nature de nos pouvoirs dans cette question, je n'hésitai pas à lui répondre que ces pouvoirs étaient les mêmes que ceux que la Chambre de 1830 avait exercés alors que seule elle avait choisi un roi et fait une constitution : qu*îl s'agissait, en effet, de compléter cette constitution dans une de ses parties les plus importantes, et que notre mission, en ce point, était donc essentiellement constituante ; que cependant nous consentions à ne soulever cette question qu'au cas où la Chambre des pairs, refusant son adhésion à nos résolutions, en rendrait la solution nécessaire.
Lorsque la discussion vint à la Chambre, je motil^i mon opinion en faveur du principe électif par les raisons suivantes :
Après une révolution telle que cède qui vient de s'accom* plir, dis-je, tous Icft pouvoirs doivent dater de cette K*volulion ; il ne faut pas quo l'un des trois grands pouvoirs de l'État puisse se dire plus ancien et en quelque sorte plus légitime que les deux autres, ce qui arriverait si la pairie de la Restauration survivait à ce gouvernement : car elle primerait, au moin^ en date, les deux autres pouvoirs; ce serait une sortede continuation de la légitimité. D'ailleurs, se contenter des éliminations que le refus de serment, cVsl-à* dire un acte de conscience et d'honneur, a provoquées, c'est conserver une institution d'avance mutilée et frappée de disrrêdil. ^hiant aux cmiilititins de celte nouvelle pairie, le titre hén'fii taire est ilnpos^il»le; il est n^pousst* par nos mœurs : on ne fera jamais eu France, pays essenlieUemeot
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logique et égali taire, qu*on puisse y nattre tout à la fois législateur et juge. L'hérédité est sans contredit une garantie de force et d'indépendance; mais encore faut-il que celte force ait ses sources et ses points d'appui dans l'opinion des masses, et cette opinion est évidemment répulsive de l'hérédité. — Que représenterait d'ailleurs celle hérédité, dans notre société française ? Je n'y reconnais pas cette grande aristocratie territoriale à laquelle se rattache la pairie héréditaire de l'Angleterre. Avec le partage égal des patrimoines et l'abolition des substitutions et des majorats, on a détruit à jamais les sources naturelles d'une pairie héréditaire en France. Prenons notre démocratie telle qu'elle est, cherchons-y les éléments d'ordre, et il y en a beaucoup; mais n'afQchons pas la folle et impuissante prétention de ressusciter un passé qui est bien mort. Quant à la nomination des pairs par le roi, c'est la plus mauvaise des combinaisons : l'institution de la pairie, pour remplir cette mission de pouvoir pondérateur et modérateur que nous lui destinons, doit être forte par elle-même ; si c*est le roi qui la compose, elle ne sera qu'un reflet de la puissance royale, elle deviendra un instrument de gouvernement et non une véritable institution politique, elle ne sera pas un contre-poids sérieux aux entraînements des deux autres pouvoirs, ni même un appui pour eux. Je ne vois que l'élection, faite dans des conditions difll^rentes de celles qui président à la nomination du corps législatif, qui puisse donner à cette institution la force propre dont elle a besoin; et, dans tous les cas, je préférerais môme l'hérédité au choix de la couronne, car c'est de la force et de l'indépendance qu'il faut surtout à ce troisième pouvoir. Je voudrais faire sortir notre nouvelle pairie des grandes influences territoriales et industrielles ;'et nous arriverons à ce résultat par des élections à divers degrés, faites par ce pouvoir municipal que vous devez élèvera la hauteur d'une institution: car c'est là qu'on rencontre les habitudes pratiques, le sentiment Intel* ligenldes intérêts les plus vitauxdu pays; intérêts que vous pouvez opposer utilement aux tendances théoriques vers lesquelles toute démocratie est plus ou moins entraînée. Qui de vous n'a été frappé du vice organique des constitutions que nous entassons depuis 40 ans, vice provenant de ce que les pouvoirs, y étant toujours posés en l'air, sont exposés à crouler subitement, par un seul coup frappé au
point central ? Ne sentez-vous pas la nécessité de leur donner enfin des racines qui plongent dans le sol ? n'ôles-\out pas las de ne vous occuper qu'à orner votre édifice et à en surcharger le fatte ? ne croyez-vous pas qu'il serait temps de lui donnerdeplussolides fondements? Et quel fondement plus solide pourriez-vous donner à ce pouvoir modérateur de la pairie, qu'en le rattachant par une élection indirecte à cette grande et puissante organisation municipale qui représentera lesintéréts les plus vivacesdu pays entier? Votre pairie aurait alors ses ramifications juscfue dans le plus modeste village ; elle serait tout à la fois le résumé et le couronnement de ces forces vives qui, même dansées démocraties, naissent des intérêts organisés du pays. Ah ! croyez* moi, vous trouverez là un point d'appui, une puissance de résistance bien autrement efficace que celle que vous chercherez vainement dans l'embryon d'aristocratie héréditaire qu'on vous propose de constituer.
Ce discours, dont je ne cîonne que le résumé trèssommaire, car il remplit toute ime séance, n»v"t, dit le Moniteur^ des marques prolongées d'approbation et fut suivi d'une It^ngue agitation, que le président eut beaucoup de j)eine à calmer ; mais il produisit un résultat malheureux: car les partisans de rhérédité, désespérant de faire triompher le système héréditaire, se rejetèrent tous, en désespoir de cause, vers la pensée du projet, celle du choix des pairs par le roi, et firent ainsi triompher la plus impolitîque et la plus illibérale des trois ciunbinaisons.
Loiii<-IMiilippr put, dans ce moment, s*applaudir de son trioiii|die ; mais le jour où, sérieusement menat*é, il <herchait autour de lui des forces résistantes sur lesquelles il put s'a[>puyer pour ne pas tomber tout d'une pièce, il put reconnaître qu'il avait commis une faute énorme en refusant à la pairie une origine indépendante et une force propre : il y a des victoires qui sont funestes'.
1. H relilait, il y a quelques Jonn^ les deraiers pncèe-ttrlMU
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Je dois mentionner aussi, parmi les travaux législatifs importants auxquels je pris part, le règlement de la liste civile du nouveau roi: je faisais partie de la commission ; c'est même moi qui fixai et fis adopter le chifi're de douze millions. J'insistai aussi pour faire comprendre dans la dotation immobilière du roi le palais de Versailles, dont on voulait faire une succursale des Invalides. Lorsque fcouis-Philippe nous en fit les honneurs, après Tavoir transformé en un musée où tous les souvenirs de notre histoire ancienne et moderne se trouvent reproduits, je ne pus que m'applaudir de lui avoir facilité cette œuvre [si patriotique et qui honore son règne.
Mes collègues voulaient me nommer rapporteur ; je refusai cette mission, n'étant pas du même avis que la majorité sur une question capitale, celle de la confusion des biens personnels de Louis-Philippe avec ceux de la couronne. Mon opinion sur ce point s'appuyait sur la vieille maxime de la monarchie française, qui ne permettait pas que le roi régnant eût des intérêts distincts de ceux de sa couronne; ce que les vieux jurisconsultes appelaient : k mariage absolu de la personne royale avec VEtat. A Tobjection qu'on tirait de ce que la royauté de Louis-Philippe était tout autre que celle de son prédécesseur, qu'elle était née en quelque sorte d'un accident qui n'avait pu être prévu, je répondais que plus que personne je reconnaissais cette différence, et que je m'étais fait assez de querelles à ce sujet poiur qu'on n'en doutât pas ;
de cette pairie ainsi ooiutitnée soui le bon plaisir da roi, et J'j TOTais à quel point mes préfisions s'étaient réalisées. Lors de la crise suprême du 24 réTrier, ce pooToir modérateur, qui derait être d^un si grand secours pour la Conronne, fut tellement oublié de tous, que son président, M. Pasquier, demandait partout ce qui se faisait dam Tautre Chambre au moment où s'y accomplissait une révolution, et y envoyait un message pour en élre informé.
mais que cette différence était précisément mon principal motif pour insister sur le maintien de la vieille maxime monarchique : que plus le mariage nouveau était contesté, menacé, plus il en fallait rendre les liens puissants et indissolubles. J*aurais voulu que Louis-IMiilippe n*eùt pas une espérance ou même une pré<>ccu[)ation en dehors de sa couronne. Mon opinion ne rayant pas emporté, je ne pouvais me char- ^vv du rapport. C'est M. le baron de Schonen qui le fit. Nous avions du moins fait introduire dans notre projet une clause qui n*étaitque la conséquence juste et ohlijjfée en quelque sorte de la décision par laqu<'llt* nous laissions au roi son patrimoine privé: c'était l'obligation pour lui de doter ses enfants sur ce patrimoine et de ne recourir à VfAat qu*aucas d'insuffisance justifiée. On verra plus tard que le roi, tout en gardant ses biens propres, prétendait se soustraire à la condition sous laciuelle ils lui avaient été laissés, et que nous dûmes la lui rappeler durement'.
Cependant, si les intérêts commençaient à se calmer, à l'étranger l'horizon se chargeait de plus en phis. L'Kspagne avait fini i>ar reconnaître notre gou-
1. Cl'Uc dérogation à la vieille maxime de la monarchie firançtiM a fourni pliiA tard un pn-teite aux odteui décrets par leiquela le rel et «es vnranU ont Hd dépouillée de leur patrimoine. Louii* Philippe eût mieux Tiit sans doute du tout mettre dans cette grande partie qu'il runKintait à jouer, et |»eut-étre alors Teût-il mieui Jouée. Conuient d'ailleurs ne calculait- il pas que, s*il gardait aa couroiuie. Il serait tuujuur^ aniiei riche, lui et ses enfantic que si, au contraire, Il la |tiTdail, il était plus que prolKible qu'il pordrait tout en tnèOMb temps? Mais, le pacte a}ant été liljrtnitnt conclu entre le roi et les repréiienlanis de la révolution de 1830, il a paru souferainemcnt inique que Luuis- Napoléon se |iermtt de déchirer le pacte, d^enaupprimer les clauses réciproquement consenties, et de refaire les eoa* ditions riMiA lesquelles la couronne de Juillet avail été donnée el acceptée, C'e»t une des plus grosses iniquités du second empire. Je n'ai |»a!« he^oin de dire que je Tai comltattue de toutes mes forées, et que j'avais |>our cela quelque titre, a\anl aasisté et concouru m contrat.
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vernement, qui, de son côté, s'était empressé de rappeler les agents qu'ii avait envoyés dans la péninsule espagnole pour la révolutionner. Mais la succession à la couronne d'Espagne allait s'ouvrir et allumer dans ce pays une guerre civile qui devait nous faire une situation dangereuse ; de plus, la séparation de la Belgique était loin d'être consommée : la Hollande, persistant à vouloir la retenir sous sa domination, occupait toujours la citadelle d'Anvers, et bombardait la ville. Sur un autre point, la malheureuse Pologne, après des efforts héroïques, succombait, et le général Sébastiani venait nous annoncer froidement que Cordre régnait à Varsovie!.,. La France ressentit profondément le contre-coup de ce désastre d'un peuple ami, qui, après s'être associé si longtemps à notre bonne comme à notre mauvaise fortune, venait encore, en se sacrifiant, de nous sauver dune invasion russe. Le mouvement d'opinion à ce sujet fut très- vif et à peu près universel : le gouvernement n'eût rien perdu à le ménager davantage. Loin de là, il crut devoir nous présenter un projet de loi qui frappait les malheureux débris de cette révolution polonaise de mesures d'une rigueur exceptionnelle, telles que l'internement, l'obligation de se présenter à la police, etc., et il eut de plus la haute imprudence de déclarer qu'en cela il obéissait aux exigences de Tétranger ; ce qui donna lieu à un long et très-vif débat, auquel je pris part. C'est à partir de ce moment que s'est formé entre Témigration polonaise et moi un lien que les malheurs de cette nation et son courage indomptable n*ont fait que fortifier ; c'est aussi dès cette époque que commença cette série de protestations que je faisais adopter à chaque session, comme pour interrompre la prescription de ce grand crime du partage de la Pologne. Le vénérable prince Czartoryski était mon intermédiaire avec Témigration polonaise. Jamais
plus nol)]c et plus sympathique figure n*a mieux représenté la résignation dans le malheur. Ministre, ami même du czar Alexandre I*', il avait saeritié une des plus hautes positions qu'un homme puisse ambiti(»nnor à ses devoirs envers sa malheureuse patrie. Après avoir vainement essayé d'obtenir du gouvernement russe la réparation des griefs de la Pologne, il avait partagé les hasards de Tinsurrection polonaise ; et pendant plus de vingt ans nous Tavons vu en subir ehez nous, au milieu des douleurs de Texil, les plus cruelles conséquences, sans que sa sérénité et son imperturbable contiance dans le droit en fussent un seul moment troublées*.
A ces dangers de Textérieur vinrent se joindre des tentatives de guerre civile.
La branche aînée avait préparé avec grand soin les cadres d'une armée insurrectionnelle dans l'Ouest, et cette armée venait de lever son drapeau ; la duchesse de Berry était accourue d'Italie et elle parcourait les campagnes de la Bretagne, s'elTorçant d'animer le zèle de ses partisans. De leur côté, les Bleu» — c'est ainsi que se désignaient entre eux les partisans de la réTOlution — s'étaient armés et avaient formé une vaste fédération, dont les principales villes de l'Ouest, Rennes, Nantes, Brest, étaient les centres. Le sang avait déjà coulé : un La Rocbejaquelein avait suc- «'ouiIh*. Ajoutez à ces crises et à tant de motifs d*in- ([uiétude 11'- ti^rrible fléau jusqu'alors inconnu dans
t. Nous de vont dire cependant qae ect •dmirtble d^rononeot ne fut paë a|i[iK*ri/> par l.i partie ardentfl et fenalique de IViuigraUoD |>oioiiaist: roinme il aurait dû l'iMro : elle s'ohtiinait à Toir dans le pniirc un futur roi de la Pologne et lui fallait une guerre anticipée* il e»t «rai que ce aont Ici m^niet hommes que nous avons retrouvés en 18iH, et plus tard, sur les liarrieadea de Paria* \u^\H à tout et qu'il y avait de plus stupidenimt démagogique |iarnii nos insurgée. Si la Milite rauiie de la Pologne avait jamais pu 6tre comproediie chei nous, elle l'aurait été par cet ftuiaUques.
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notre Occident qui venait s'abattre sur nos populations et les décimer. Casimir Périer en fut atteint k la suite d'une visite qu'il fit dans les hôpitaux, et il en mourut en avril 1832. Cette mort fut profondément ressentie par le parti conservateur et le fut même pa% nous, qui tenions compte à ce ministre de l'indomptable fermeté avec laquelle il avait maintenu vis-à-vis du roi sa propre responsabilité et les vraies conditions du gouvernement parlementaire. Quant à Louis-Philippe, on cite de lui un mot qui le peint tout entier : comme on lui apportait la nouvelle de la mort de son principal ministre, il se contenta de cette froide réflexion : « E si-ce un bien ? est-ce un mal ?... » Comme si cette mort le soulageait en brisant une chaîne qui le gênait dans sa manie du gouvernement personnel ! Dos funérailles magnifiques furent faites à Casimir Périer ; un monument lui fut élevé aux frais de TÉtat. Sa succession ministérielle fut dévolue au maréchal Soult, qui, après avoir essayé de gouverner avec dos ministres qui n'avaient d'autres titres que les faveurs du roi, se décida enfin à se fortifier du concours de trois hommes parlementaires destinés à jouer un grand rôle sur notre scène politique : MM. de Brogiie, Guizot et Thiers. C'est cette combinaison qui, sous le nom de ministère du 11 octobre, a organisé et pratiqué puissamment ce qu'on a appelé le système de la résistance, système vers lequel inclinait tous les jours davantage la majorité dans les Chambres, entraînée qu'elle était par les violences de la rue, autant et plus encore que par les influences de la cour. Cependant, sous le ministère intérimaire qui dura quelques mois seulement, un grave événement avait eu lieu: la mort du général Lamarque et l'insurrection qui en fut la suite. Quelques jours avant cet événement, les députés de l'opposition, préoccupés des dangers extérieurs et intérieurs qui menaçaient notre pays, se réunirent
chez M. Laffitte, et là résolurent de publier, sous la forme d'uu Compte rendu à leurs commettants^ Tcxposé des fautes qui avaient produit ees dangers et des moyens qu'il était urgent d'employer pour y remédier.
Je fus délégué conjointement avec M. de Cormenin pour rédiger ce Compte rendu. On en trouvera le texte même parmi les documents. Ce n'était qu*un résumé de nos débats de la Chambre. Après avoir signalé toutes les déviations qui avaient si fort éloigné le gouvernement des conditions de son origine, nous disions : <( L'histoire est là pour apprendre tout ce que notre grande révolution apporte de force à ceux qui la ser\'ent et la comprennent, mais aussi tout ce qu'elle crée de dangers à ceux qui la combattent sans la comprendre. »
De plus, pressentant bien que les passions révolutionnaires pourraient abuser de notre manifeste, j'avais tenu à y insérer une profession de foi monardiique très-catégorique. « Pour tous les hommes sensés, » avais -je dit dans notre projet de rédaction, « la monarchie constitutionnelle sincèrement pratiquée est la forme qui se concilie le mieux avec tous les développements du progrès et de la liberté. » Et en cela je ne faisais pas une concession : c*était mon opinion personnelle bien arrêtée. Ce texte fut adopté avec une légère modification proposée par le général Lafayett<s qui à Vabsolu formulé dans ma phrase fil substituer le relatif, objectant avec raison que ce qui était vrai pour la France et pour le temps actuel ne l'était pas pour d'autres pays et p(uir d'autres temps.
Cette variante, insignifiante quant à l'esprit du nut" nifeste, n'en fournit pas nuiins un texte aux accusations des journaux ministériels. C'est au moment où lapolénii(iue à ce sujet était la plus vive, que le général Lamarque vint à mourir.