INSURRECTION DE JUIN
Cette mort fut Tétincelle qui provoqua Texplosion : le parti libéral tenant à faire la contre-partie du convoi de Casimir Périer, une foule immense accompagnait le corps. Lafayctte conduisait le deuil.
Les sociétés secrètes n'avaient pas manqué à un tel rendez-vous ; il ne leur fut pas difficile de provoquer un conflit avec la troupe et les agents de police que le gouvernement, dans une prévoyance bien légitime, avait placés sur quelques points principaux et surtout aux abords du pont d'Austerlitz, que le convoi devait traverser. Aux premiers cris : Aux armes ! poussés par quelques hommes, le feu prit dans la foule comme une traînée de poudre, et, à Tinstant même, des barricades se dressèrent dans ces quartiers populeux et alors obstrués du centre de Paris : c'est là qu'était le théâtre obligé de toutes les insurrections populaires. Le rappel général fut battu dans les rues, et la garde nationale n'hésita pas à répondre à cet appel. La question, en effet, cessait d'être pour elle une question de plus ou de moins de liberté: elle devenait révolutionnaire ; et, cette fois, la bourgeoisie, satisfaite de sa révolution de 4830, n'en voulait pas laisser faire une autre : elle ne se divisa donc pas. Aussi l'insurrection, concentrée dansquelques ruelles sinueuses, puis reléguée dans le cloître Saint-Merry, ne tarda-t-ello pas à être vaincue.
Pendant ce conflit, les députés de l'opposition s'étaient réunis chez M. Laffltte, pour s'entendre sur la conduite qu'ils avaient à tenir. J'étais présent : beaucoup de paroles s'étaient dépensées sans conclusion, lorsque j'intervins pour ramener la discussion à une conclusion positive :
Vous n'avez à choisir qu'entre deux conduites, dis-je à mes collègues: ou vous mettre à la lôlcdes insurgés, ce qui serait noa-seulcment un crime, mais uqc insigne folie car
VOUS ne savez que trop où cela vous conduirait ; ou aller tout desuilelrouverleroiauxTuileries, pour y porternotre protcstottûn contre une émeute que rien ne justifie. Il y aurait bien un tniisième parti à prendre, qui consisterait à attendre do «lu»'! c«Mcse déclarera la victoire, pour se porter de ce coté ; mais ce serait là une insigne lâcheté , dont vous n'avez pas sûrement la pensée.
Ces quelques paroles firent cesser les hésitations, et il fut décidé ((ue Laffitte, Arago et moi irions trouver le fui aux Tuileries, pour désavouer rinsurrectioD, mais aussi pour lui exposer les griefs du parti constitutionnel libéral.
Au moment où je sortais, je rencontrai dans Tibtioliumbrr Armand Carrel, qui m'arrêta et essa]^ de me prouv(>r (]ue je devais me mettre à la tète du mouvement pour le diriger, n Vous êtes dans tous les eis compromis, me dit-il, vous et vos amis, par cette insurrection : tàehez du moins de la faire tourner au profit de votre opinion. — Ah ! je ne le sais que trop, loi répondis-ji^ et ce n*est pas d'aujourd'hui seulement que vos folies compromettent la liberté; maisj^aime encore mieux avoir à répondre de votre défaite que
de votrr victoire » Et je le quittai pour me rendre
aux Tuileries.
Nous trouvâmes le roi encore tout animé de la (M»urse ({u'il venait de faire à travers ies rues de Paris, et assez exalté de la victoire que quelques coups de canon contre les murs du cloitre Saint-Merry venaient de lui assurer.
Le dial<»guc qui eut lieu entre lui et nous a acquis un grand intérêt historique, à raison surtout du dénoûment final, qu'il ne faisait que trop prévoir.
Nous lui exposions en termes respectueux le» griefs que nous avions contre la politique suivie par son ministrre. u (^est au moment oii votre autorité triomphe de Tinsurrection, lui disais-je, qu'il confondrait