CHAPITRE VII
IIINISTÊBE DU It OCTOBRE ET SES DIVERSES MODIFICATIONS JUSQU'AU MINISTÈRE MOLE DU 6 SEPTEMBRE 1830
La session de 4832 s'ouvTÎt sous les tristes auspices d*un attentat contre la personne du roi : un coup de pistolet fut tiré sur sa voiture lorsqu'elle traversait le Pont Royal. Un sieur Bergeron, qui devint plus tard, après 4848, commissaire de la République dans le département de TAisne , fut accusé de ce crime et acquitté faute de preuves suffisantes.
La capture de la duchesse de Berry vint créer un nouvel embarras à nos ministres. Cette arrestation s'était opérée avec les particularités les plus étranges. La princesse, même après la dispersion des bandes armées qui s'étaient soulevées pour sa cause, s'obstinait à rester sur le sol de la Bretagne ; elle errait de cachette en cachette, déjouant toutes les recherches de la police. Un sieur Deutz, juif de religion, qui était par>'enu à capter sa confiance, écrivit au ministre de rintérieur une lettre anonyme dans laquelle il lui offrait, moyennant une forte somme, de lui découvrir la retraite de la fugitive. Il donnait rendez-vous à ce ministre pendant la nuit, aux Champs-Elysées, pour
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lui livrer son secret. M. Thiers ne craignit pas de se rendre seul à ce rendez- vous : le marché fut conclu et la duchesse de Berry livrée. La maison dans laquelle elle était cachée fut cernée par la gendarmerie. Les personnes qui s'y trouvaient n'avaient eu que le temps de se blottir derrière la plaque d*une cheminée; mais, les gendarmes ayant allumé du feu dans cette cheminée , force fut à ces personnes de se décou\Tir. La princesse, ({ui était parmi elles, fut immédiatement conduite au chûteau de Blaye , près Bordeaux.
L'autorité judiciaire fut d'abord saisie, ctla chambre des mises en accusation du ressort rendit un arrêt de renvoi en cour d'assises. — 11 semblait qu'il n'y eût pour le gouvernement que deux partis à prendre : ou rendre la prisonnière & sa famille à Naples, considérant (|u'elle ne pouvait plus être dangereuse; ou la faire juger, soit par la Chambre des pairs, soit par le jur\', et ensuite la gracier. C'est ce dernier parti que je conseillais dans le débat qui eut lieu à et» sujet. J'y voyais, en effet, pour le gouveraernent une occasion de s'aftirmer en face de l'Europe, et pour notre cause, un gage de plus de la prééminence de b souveraineté nationale : c'était, selon moi, une magnifi((ue occasion de mettre à l'épreuve la force de nos nouvelles institutions. ITautres considérations prévalurent. M3I. de Broglie et Thiers liront grand bruit des dangers que f«*rait courir îi la paix publique un tel procès; ils parlèrent d'une armée de 80,000 hommes qui serait nért*ssaire pour assurer force h la lui: ce <|ui était tout à la fois une i^xagération et un aveu do faibli*ss<>. La Chambre s«* récusa, laissant au ministère toute la responsabilité de sa détermination; mais, par ccttr abstention même, elle encourageait une déru* gati<»n aux lois ordinaires: car, si elle eût voulu l'exécution di* ces lois, elb» l'eût exprimé. Louis-Philippe le comprit ainsi : il se regarda comme affranchi par
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le parlement lui-méine de Tobsenration des règles communes. Entre le cours régulier de la justice et la politique de générosité, il adopta un juste milieu, il faut le dire, aussi odieux qu*impolitique.
La princesse s^attendait à être jugée, et elle m*avait même fait sonder par un de ses conseillers, mon confrère Guillemin, pour savoir si je consentirais à la défendre ; mais le roi en avait décidé autrement. Il la fit enfermer dans la forteresse de Blaye , sous la garde du général Bugeaud ; et, comme des symptômes de grossesse avaient été remarqués en elle, il la fit visiter par des médecins , et la retint prisonnière jusqu'au jour de l'accouchement, qu'il eut grand soin de faire constater par un procès-verbal en règle; puis il la renvoya après l'avoir ainsi publiquement déshonorée. C'est un des actes les plus caractéristiques de cette politique sans élévation.
Ce triste dénoûment eut des suites funestes, nonseulement par l'irritation qu'il jeta chez tous les légitimistes et le dégoût qu'il inspira aux honnêtes gens des autres partis, mais par la mort tragique d'un député, M. Dulong, parent et ami de M. Dupont (de l'Eure), homme de mœurs douces, de caractère enjoué et qui était fort aimé à la Chambre. Il avait qualifié le général Bugeaud de geôlier^ faisant allusion à la mission de Blaye : des explications avaient été demandées et données, l'affaire semblait arrangée, lorsqu'intervint un aide de camp du roi (le général de Rumigny), qui ranima et envenima la querelle. Le duel eut lieu et fut fatal à Dulong : sa mort fit la plus profonde impression, non-seulement dans la Chambre, mais danâ le peuple, qui se pressait à son convoi. Le général Lafayette crut devoir conduire à pied le corps de son ami jusqu'au cimetière, et il contracta dans cette course une maladie dont il mourut.
C'est le 20 mai 1834 que s'éteignit ce grand citoyen,
J*ai pcut-ôtro été trop son ami pour en parler avec une entière impartialité ; aujourd'hui môme, après tant d'années écoulées, tant de vicissitudes traversées, je ne peux me rappeler sans un profond attendrissement les rapports que nous avons eus ensemble. Je n'ai rencontré dans aucun homme plus de grandeur d*âme, unie à plus de bonté et de simplicité ; une foi plus entière dans les droits des peuples, unie à un dévouement plus absolu, à un courage plus héroïque, pour les faire triompher ; et si même on peut adresser un reproche à cette noble nature, c'est Texagération de ses qualités. Soupçonnant difficilement dans autrui le mal qui n'était pas en lui, le général Lafayelte accordait trop facilement sa confiance et on en a souvent abusé. Emporté par le besoin de se dévouer, -il était trop disposé à préférer les tentatives où il exposait sa vie aux eli'orts patients et persévérants de la lutte légale. Lorsqu'il me disait que « le jour le plu$ heureux de sa vie serait celui ou il monterait tur téchafaud pour y confesser sa foi politique j » il ne disait rien de forcé et ne faisait qu'exprimer un sentiment qui lui était naturel : c'est que la liberté était une religion pour lui, et que, s'il avait la foi des martyrs, il en avait aussi le courage et la sublime résignation. Aucune vie d'homme dans nos temps modernes n'a offert une plus belle et plus parfaite unité. Aux premiers bruits de l'însur- HM-tion américaint», il s'élance, jeune encore, à travers l'Océan, et. malgré les obstacles que lui opposent sa famille et le gouvernemt>nt. il va combattre aux cdtés dr Washington. Il semble qu'il ait pressenti les destinées de cette grande républi(|ue américaine, et qu'il y ait vu luire l'aurore dt* ce jour nouveau qui devra s'étendre sur le monde entier : aussi rapporte-t-il dans .sa patrie les sentiments américains dont il s*est pénétré. Lorsqu'il proposait et faisait adopter dans rA«seiinbl4«9 4>«>n<^tttuî«'Ue la célèbre Déclaration des