‹ Mémoires posthumes (volume 2)Chapitre 37 sur 65 · MINISTERE DU 11 OCTOBRE · texte numérisé non relu

MINISTERE DU 11 OCTOBRE

ces deux ministres avait eu la présidence du conseil; et enfin elles donnaient au roi cette satisfaction den*avoir affaire qu*à une présidence nominale du conseil. M. Dupin fat mêlé à presque toutes ces combinaisons ; à chaque crise ministérielle, il était appelé : son talent de tribune, la vivacité et Tà-propos de ses réparties» sa verve inépuisable, son bon sens bourgeois, sa connaissance des lois, son éloignement bien connu pour le parti clérical et ses antipathies qu'il ne cachait pas pour les doctrinaires, lui donnaient un grand ascendant sur la majorité, dont il traduisait assez bien le libéralisme beaucoup plus négatif que positif. Aussi s*efrorçait-on de le faire entrer dans les diverses combinaisons qui tentaient de se former ; et lui, de s'y refuser obstinément. Il fut enfin obligé de motiver ces refus à la tribune, et Texplication qu'il en donna vint corroborer ce que j'ai dit de la politique du roi.

On nes'appuieque sur ce qui résiste, disait-il dans la séance du 5 décembre 1 834. Un corps qui s'est laissé avilir n'est plus bon à rien : témoin les trois cents de M. de Villèle • Malheur au pouvoir qui pourrait ramener à cette discipline une assemblée comme la vôtre 1 quand il aura tout pris, quand il aura placé tous les pouvoirs dans la même main, û tombera /... Quant àlui, il acceptera un portefeuille sous tout président quelconque, pourvu qu'U soit réellement président..,. Depuis la mort de Casimir Perler, la question de la présidence réelle n'a pas cessé d'être à l'ordre du jour... Avoir un conseil parfaitement uni, présidé avec dignité et indépendance, m'a toujours paru une condition nécessaire pour couvrir de sa responsabilité la personne royale et servir avec honneur la prérogative et le pays... Assurément le roi a toujours le droit de surveiller la marche des affaires, de rejeter les conseils de ses ministres; mais réciproquement seâ ministres ont le droit incontestable de conférer entre eux horsdesa présence, aûn de conseiller la couronne avec l'indépendance et la dignité qui sont les éléments d'un bon conseil. Jamais je n'ai vu ces conditions accordées. J'ai refusé sept fois, j'aurais refusé mille ; je refuserai toujours.

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tant que ces conditions ne seront pas remplies. (Vire sensation.)

Plus tard, H. Dupin, appelé de nouveau par le roi pour entrer dans une combinaison ministérielle, lui disait : « Il faut charger quelqu*un de former un cabinet. Le roi croit qu'en prenant iui-môme les hommes un à un, cela est plus facile; il se trompe : cela compromet le roi avec les individus auxquels il s'adresse. »

Dans une autre conversation avec Louis-Philippe sur ce mùme sujet du gouvernement personnel, il loi aurait dit, toujours selon ses Mémoiret: «Le roi ne doit pas avoir d'amour-propre d'autour; il ne faut pas, quand les choses tournent mal, il ne faut pas qu'on s'en prenne à lui : pourquoi découvrir ainsi poitrine pour appeler sur soi la haine et les attaqu des partis? N'est-il pas plus avantageux de se couvrir de Taxinmeanglais: Leroine iteut mal faire? — Ah! s'écria le roi, c\'$t parce gu*il ne fait rient En France^ mm pareil roi serait un pourceau à l'engrais.,. — En finissant, M. Dupin supplia le roi de ne pas s'abandonner dans 1 1 eonversation avec les députés, comme il le faisait habituellement; ce qu'il appelait chambrer les dépuiéi : Cela fait griff lui disait-il. Il avertit également le duc d'Orléans de ne pas trop s'immisi*er <lans les affaires du ministre de la guerre. ( Voir les .Mémoires de M. Dupin.)

Lu vraie cause qui empêcha M. Ihipin d'accepter un ministère, comme il l'avoue lui-même, était tapeur de se lier et dt* gêner la liberté fie ses évolutions; mais ces explications données par lui n en prouvent pas moins, par un témoignage ami et non suspect, à quel point était porté ce jeu si dangereux (|ue le roi jouait ulorset qu'il a continué persévéraninient jusqu'à la fin. N'est-il pas triste de voir Louis-Philippe, le roi choisi pour opérer le triomphe du gouvernement parlemen-

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