‹ Mémoires posthumes (volume 2)Chapitre 39 sur 65 · DES DOCTRINAIRES · texte numérisé non relu

DES DOCTRINAIRES

La retraite de M. Thiers et surtout la cause qui l'avait déterminée ne pouvaient laisser la Chambre et surtout notre opposition indifférentes: un grand et solennel débat eut lieu à cette occasion.

M. Thiers expliqua le motif de sa retraite : faisant allusion aux ordres donnés en arrière de lui, il déclara qu^il n'avait pas tout su, alors qu'il aurait dû tout savoir. Quant à M. Guizot, il approuva hautement la résolution du roi de s'abstenir de toute intervention directe ou même indirecte dans les affaires d'Espagne.

J'abordai à mon tour le débat.

Je commençai par caractériser l'espèce d'intervention que nous étions d'avis d'opérer en Espagne :

II ne s'agit pas, disais-je, d'imposer par la force à ce pays, comme le tenta Napoléon, un roi et des institutions: c'est là ce qui serait absurde et dangereux. Non: il y a en Espagne un gouvernement qui nous est lié par une communauté d'origine et de principe eteontre lui ondresseun drapeau sur lequel est inscrit cette menace, qui s'adresse à nous autant qu'à lui : Restauration des trùnes légitimes en Europe,

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C'est ce drapeau que nous voulons renverser; nous prétendons éteindre dans son foyer un incendie qui, après avoir dévoré ri:]spagne, pourrait bien ifragner Ja France, et qui, dans tous les cas, nous créerait une situation pleine de périls. Le gouvernement du roi l'avait d'abord jugé ainsi, puisqu'il s'était lié par le traité de la ({uadruple alliance ; et il serait par trop puéril de supposer un traite qui n'engagerait à rien. Pourquoi donc, alors que tout était préparé pour l'action, s'être subitement rétracté ? La cause de ce changement, il faudrait f<TmtT les yeux à l'évidence pour ne i)as la voir, et elle est d'ailleurs avouée : c'est la proclamation do la constitution de 1812 en Espagne. Il faut cependant bien reconnaître que le despotisme éclairé de Zea Bermudez no pouvait pas arrêter une nation en pleine effervescence révolutionnaire. Ce sont les juntes de Barcelonnc, de Séville, de Sarajrosse, qui ont pris l'initiative d'un changement qui, pour n'être pas sorti des pavés d'une capitale, n'en doit pas moins être respecté. Dans celle circonstance, les Espagnols ont fait un grand acte de sagesse. Il y avait deux choses, en effet, dans cette constitution des cortès, un drapeau et des institutions. \je drapeau rappelait les souvenirs les plus glorieux de la Péninsule et la résistance héroïque contre l'étranger, et de plus son noble élan vlts la liberté: ils l'ont ganlé, ce drapeau; mais quant aax institutions, elles étaient vicieuses, impossibles même, et ils les ont profondément modifii!'es. Y a-t-il donc là un motif pour leur refuser nr»s sympathies et notre appui ? La pensée qui a dominé notre politique, M. (jiiîzut, qui a l'habitude de dogmatiser les faits, nous l'a révélée : il nous a dit qu'il y avait en Kuropc doux grandes forces qui se balançaient, C(//'» th's rî'fiirmahmrs ft celte rfv.s conserrnteurs; qué^la France ponmit p'uf'iihmrnt rivn' ni f»onneinU'liigence arec les ttnet et li'S autns, n la mn'lition de rrster neutre entre elles ; que c'étaii là tt' vrai jm^te miUnt, etc. Sortons des généralités. M. le mini>tre ih\ rinstnirlinn pnbli-iin' a un esprit trop élevé pour vuuliiir retenir le débat dan>des Houx communs. Après avoir brisé le gouvernement du droit divin que les traités de 181 ;i nous imposaient, et avoir jeté le déO à l'Europe coalisée Contre nous, il y avait deux i»artisà prendre : celui de la pn»pagande ré\olutiunnaire, eu provoquant les autres peuples à nous imiter, et cehii de la nou-interveution. Je u'cxamiue pas jus4iu'à quel point notre gou\crncmcnt, alors

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qu'il n'était pas encore reconnu, a essayé de cette propagande, Tis-à-vis de l'Espagne spécialement : je ne veux pas revenir sur le passé : il y a des nécessités qui assiègent les gouvernements à leur berceau et dont il serait trop rigoureux de leur demander compte. Mais, après la reconnaissance de notre révolution par les autres puissances, on a proclamé bien haut, et on a bien fait, que nous ne prendrions l'initiative d'aucune révolution chez nos voisins, nous contentant de l'influence qu'exercerait sur eux notre exemple ; alors est venue la doctrine de non-intervention : nous n'interviendrons pas chez les autres, mais nous ne permettrons à aucune autre puissance d'intervenir de son côté. Le président du conseil a fait de cette doctrine une ^oriense application en Belgique contre la Prusse, et je lui en fais honneur. Mais bientôt l'insurrection des Romagnes et l'intervention armée de l'Autriche ont placé notre gouvernement dans cette alternative ou de faire respecter son principe par les armes ou de laisser faire. Les Autrichiens ont brisé l'insurrection, livré les chefs au duc de Modène et assisté à leur supplice; nous n'avons cependant pas marché contre eux. Après cela, pouvions-nous rester niaisement attachés à un principe que nos voisins violaient aussi ouvertement et impunément? après qu'ils avaient abattu le drapeau qui leur faisait ombrage en Italie, devions- nous, pouvions-nous respecter le drapeau légitimiste qui nous menace en Espagne? G*eût été une politique de niais et de dupe. Aussi, à ces déclarations dogmatiques de non-intervention, dont s'accommodent mal les nécessités de la politique, a été substitué un système plus pratique: c'est celui des alliances libérales, ou, si l'on veut, révolutionnaires; c'est-à-dire, de traités formés avec les gouvernements qui ont le même principe, la même origine que le nôtre. De là, la quadruple alliance entre nous, l'Angleterre, le Portugal et l'Espagne. Je ne l'ai jamais comprise cette alliance, autrement que comme l'heureuse contre-partie de la Sainte- Alliance de 1815: aussi notre opposition s'y est-elle sincèrementralliée. M. Thîers l'avait appréciée comme nous^ et il a voulu sérieusement l'exécution de ce traité. Je dis donc, contrairement à l'assertion doctrinale de M. Guizot, que nous ne devons pas rester neutres et indifférents entre lesdeux principes qui se partagent et se disputent le monde; nous ne le devons pas, ni par honneur ni par calcul : par

honneur, car il y a un traité, et qui dit traité, dit engage gement sérieux, excluant par cela même la neutralité oo l'indifTércnce; par intérêt et calcul, car cette position Deutre, que vous dites si belle, serait fausse et dangereuse; elle nous mettrait à dos les gouvernements constitutionnels, sans nous rallier les puissances absolutistes. Une telle politique degoïsme et d'indifférence conduirait la France là où elle en était sous le cardinal Fleury, à n'être redoutée par personne et méprisée par tous . Est-ce une telle politique que nous promettait la révolution de Juillet ? croyez-vous qu'en face des dangers et des hontes qu'elle nous attirerait, le gouvernement intérieur du pays deviendait facile ? espérervous qu'alors que le cri de trahison des intérêts de notre révolution retentirait des Pyrénées jusqu'au Rhin, il vous serait facile d'abuser encore le peuple et de le contenir par vos sophismes ou vos opinions dogmatiques? C'est alors que la France saurait se suffire à elle-même. Elle se sauverait par sa seule énergie; mais ce serait sans vous, malgré vous, contre vous peut-être! ( Vive approbation à gauche. ) Ahl je ne suis pas étonné après cela que des hommes d'Ëtatcontcicncicux se soient démis avec éclat du pouvoir; je leur rends du haut de cette tribune un solennel hommage, car c'est le premier exemple du respect des conditions du gouvernement représentatif qui ait été donné...

Une voix. M, Laf/iUc, Non, c'est le second!

Oui, je me trompais, c'est le second : car votre ministère, BIonsieurLaffitte, s'est dissous devant la violation du dogme de la non-intervention, comme celui-ci se retire devant la violation des alliances libérales. Cette séparation, il y â longtemps que je l'avais annoncée, alors que je prédisau que les hommes, partisans de la souveraineté nationale» ne marcheraient pas longtemps avec ceux de la quasi-légitimité. Bien des démentis me furent alors donnés: on procl^ mait une alliance à toute épreuve, on s'étouffait dans des étreintes mutuelles. Je ne m'attendais pas cependant à voir se réaliser sitùt mes prévisions. Plus vous vous avancerei dans les voies où vous êtes entrés, plus le dissentiment de\iendra général et profond, et plus aussi il s'envenimera : car, nous en faisons l'expérience tous les jours, et cette expérience sera fatale, tout opposant, quelque loyil» quelque modéré qu'il soit, devient par cela même pour le gouvernement un ennemi d'autant plus redouté qu'ii est

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plus modéré; son caractère, ses intentions mêmes sont calomniées, dans les journaux, dans les pamphlets soldés par le ministère; une barrière de plus en plus infranchissable ft'élèye entre lui et le pouvoir, qui voit ainsi se rétrécir le cercle dans lequel il peut se mouvoir, jusqu'à ce qu'acculé dans une impasse il se trouvera en face d'une catastrophe inévitable !...

Ce discours fit une certaine sensation, en ce qu*il mettait bien en relief la situation nouvelle qui allait se dessiner dans le parlement. Le gouvernement de Juillet devait passer par trois phases, et à chacune d'elles laisser quelque chose de sa force et de sa vitalité : d'abord, celle de la réaction de la peur contre la liberté; puis, celle d'une excessive timidité dans les relations extérieures; enfin, celle de Tabus du gouvernement personnel du roi : et c'est dans cette dernière que nous allons entrer.

Au milieu de ces crises ministérielles, venaient à discussion les projets de lois sur les attributions municipales, et d'importantes questions d'organisation intérieure se discutaient à cette occasion.

Le projet qui nous était soumis enlevait aux maires le droit de faire des règlements en matière de police municipale, en même temps qu'il instituait dans chaque canton des commissaires de police^, auxquels étaient dévolues toutes les attributions relatives au maintien de l'ordre et à l'exécution des lois. C'était, à vrai dire, dépouiller l'autorité municipale de toute sa part dans l'autorité publique, pour réduire ses attributions à la simple gestion, encore très-restreinte et très-limitée, des biens de la commune. Pour Paris, les maires continuaient à n'être que de simples officiers de rétat civil. Je combattis ce projet de loi et le fis modifier, au moins quant aux règlements de police.

On nous a reproché, disais-jc, d'affaiblir rautorilé;on nous reproche de n*étre pas gouvernementaux, parce que

nous sommes d'avis qu'un gouvernement libre doit puiser sa force ailleurs que dans l'emploi exclusif d'une police centrale se substituant à tous les pouvoirs locaux et les absorbant. Or votre administration centrale succombe tom le fardeau des affaires ; il n'y a pas de gouvernement an monde qui ait une complication de pouvoirs et d'attributions pareille à celle qui la surcharge: et cependant, toujonn insatiable, elle veut sans cesse y ajouter. Aussi tout languit, tout s'énerve par suite de cette absorption effrayante* Je pense que la science d'un gouvernement libre consiite à se servir des forces naturelles qui existent dans un paya, à leur confier tout ce qui peut leur être confié, à se les aa* socier, à s'identifier avec elles de manière à les intéressera sa défense. Je sais bien que, dans ce système, l'action du gouvernement central peut rencontrer parfois des résistances; son action peut n'ôtre pas toujours aussi rapide, ansd instantanée, que le désirent en général les gouvernants et m<>me les gouvernés : mais elle n'en sera, en déûnitifai que plus assurée.

JV'tais parvenu à faire adopter par la commission la formation en principe d*un conseil cantonal, pour suppléer au fractionnement excessif de nos communea rurales; ot, en ce point, j^avais été cflieacemeni secondé par M. Vivien, un des hommes les plus éclairés et les plus consciencieux que j*aîe rencontrés dana la Chambre, et qui, après avoir professé et pratiqué un grand culte pour la centralisation administrative, s*était converti et avait loyalement reconnu tout oe qur e(>tte centralisation opposait d^obstacles à l'établissemrnt d^une liberté Marieuse en France ; il faisait partie du Conseil d*Ëtat, dont il était une de$ lumières.

Nous vous proposions, disaîs-Je, d'établir loot les ans, à une é|KM{ne déterminée par l'administration et dont elle aura le choix, une réunion des maires du cantoo au chef^

lieu.

Pour faire accepter cette innovation, noua la

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dions aussi petite et aussi modeste que possible ; nous ne réussîmes pourtant pas à la faire triompher de Fesprit de routine et des timidités du gouvernement et de la majorité ; ces idées étaient cependant destinées à faire leur chemin, sous la double influence du bon sens et de Texpérience.

Le gouvernement de Louis-Philippe, qui ne pouvait attendre un appui sérieux que de la classe moyenne, aurait dû naturellement appliquer toute son énergie, toute son influence à mettre à profit les forces de cette classe moyenne en la faisant participer largement aux affaires communes ; il ne Ta pas voulu et il Ta cruellement expié, et nous avec lui.'

Mais revenons aux tristes complications du gouvernejnient personnel de Louis-Philippe.

L'administration de M. Mole commença sous de fâcheux auspices. Une expédition commandée par le gouverneur de TAlgérie, M. le maréchal Clausel, et destinée à prendre Constantine, occupée par les Arabes, échoua. La retraite de Tarmée assiégeante se fit à grand'peine, protégée par le courage et le sangfroid de Changarnier, qui devait plus tard jouer un si grand râle, exercer une si décisive influence sur les destinées de notre pays.

De violents reproches furent adressés par le parti conservateur au commandant de l'expédition, qui, au tort d'avoir échoué, ajoutait celui bien autrement impardonnable d'être libéral et d'appartenir à notre opposition. M. Dupin, selon son habitude, avait pris rinitiative de cette agression contre le vaincu. Dans un discours prononcé au nom de l'Institut, il avait trouvé le moyen de comparer le maréchal Clausel à Caipurnius qui, on le sait, avait compromis les légions romaines en Afrique. Le maréchal s'en était formalisé et avait assez sottement demandé raison de cette allusion à racadémieien ; celui-ci avait refusé de

s'expliquer. Je m'interposai et réussis à faire sentir au maréchal Clausel combien ces préliminaires de duel étaient ridicules, vu la situation et surtout le caractère de son adversaire.

Plus tard, Texpédition de Constantine fut reprise, et cette fois la ville fut emportée, malgré la résistance opiniâtre des Arabes. C'est dans ce siège, auquel le duc de Nemours prit part, que le colonel Lamoricière montra une intrépidité qu'il faillit payer de sa vie : enveloppé dans l'explosion d'une mine, couvert de poudre et de sang, il n'en courut pas moins à l'assaut et contribua à la prise de la ville. — Nous retrouverons ce même Lamoricière dans nos agitations politiques et dans nos débats parlementaires, toujours animé de la même loyauté et emporté par le m^me courage privé, plus bouillant que raisonné. Pour moi, ce qui me rendait hautement partisan de notre occupation de l'Algérie, malgré les énormes dépenses et I<*s profits fort incertains qu'elle nous rapportait, c'était la conscience de l'éminent semce que nous rendions à la civilisation et même h l'humanité, en détruisant sur les ctUes de tcmte la Méditerranée <*ette piraterie qui les désolait depuis tant de siècles. Aussi, bien loin de me réunir à ceux de mes amis, qui atta(|uaient notre occupation au nom de Téconomie et des intérêts de nos finances, je n'hésitai pas à faire campagne pour mon ami le maréchal Clausel ; mais elle ne fut pas plus heureuse que son expédition, et le maréchal fut privé de son gouvernement et a disparu à peu près de la scène politique.

In autn* incident plus sérieux, par les suites qu'il eut, vint compliquer la situation.

Louis-Napoh*on, le seul <|ui restât des enfants de l'anrien roi de Hollande, et qui, aux termes des sénatus-consultes de IKnipire, réunissait sur sa tête tous les droits à la couronne impériale, avait trouvé un

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asile en Suisse ; il y avait même obtenu le grade de capitaine de Tartillerie fédérale. Là, plein de confiance dans son droit prétendu comme héritier désigné du pouvoir impérial et dans sa destinée, il passait sa vie à ourdir des conspirations bonapartistes. A plusieurs reprises, des notes avaient été signifiées à la fédération suisse pour que ce voisin dangereux fût éloigné. L*insistance de notre gouvernement avait même, sous le ministère de M. Thiers, été portée jusqu'à une démonstration armée. Louis-Napoléon, ayant jugé que sa position sur la frontière française ne pourrait pas longtemps être maintenue, se résolut enfin à faire une tentative désespérée: il parvint à embaucher le colonel d'un des régiments d'artillerie qui se trouvaient en garnison à Strasbourg, et à un jour convenu il se présenta subitement dans la caserne de ce régiment, se fit reconnaître comme le successeur de Napoléon, et, aux cris de : Vive f empereur I se porta avec ses complices vers les autres régiments de la garnison; mais le colonel du premier des régiments d'infanterie auquel il se présenta était un homme de courage et de devoir, qui harangua ses soldats, et Louis-Napoléon ainsi que ses complices furent saisis et emprisonnés. Ce n'était là que le coup de tête d'un prétendant téméraire ; le gouvernement aurait dû en faire le moins de bruit possible, surtout après les démonstrations bonapartistes qu'il s'était lui-même permises. Il aurait été politique de faire juger cette affaire simplement, rapidement, par les premières assises qui se tiendraient à Strasbourg ou dans une ville voisine.

Le prince Louis-Napoléon, certain d'être jugé, m'écrivit pour me demander de le défendre: je le lui promis. Mais Louis-Philippe et ses ministres éprouvèrent, sans doute, les mêmes scrupules que pour madame la ducîhesse de Berry, et pensèrent qu'il était dangereux et inconvenant d'abaisser devant le niveau

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de la justice ordinaire le iiicmhri' d'une famille qui avait réj;n(^ en France. Il fut décidé que Louis-Xapoléon ne serait pas jugé, mais transporté au Brésil sur un navire de l'État, après avoir donné sa parole de ne plus rien tenter contre le gouvern<*ment français: c'était, il faut en conv(>nir, porter bien loin la superstition du principe monarchique et en faire surtout une étranj^'e application.

Les coupables subalternes furent seuls renvoyés devant la cour d'assises de Strasbourg. Le prince m'écrivit pour me prier de défendre le ccdonel de Vaudrey, son complice, m'autorisant h déclarer qu'il prenait sur lui toute la responsabilité de Fattentat et m'invitant à faire usage de sa lettre devant le jury.

Je refusai péremptoirement de me charger de cette défense, à moins que je ne fusse désigné d'office: j'expliquai que, si j'avais consenti à défendre le prince, c'était parce qu'à raison de son ostracisme je le considérais comme placé en quel([ue sorte en dehors du droit commun ; mais que je ne pourrais faire valoir la même excuse en faveur d'un colonel qui, en violation de son serment, s'était servi du commandement ù lui confié par le gouvernement de son pays contre ce même gouvernement : que, surtout dans ma situation, politique, je ne pouvais me charger, au moins volontairement, de trouver des excuses à une pareille a<*ti(n). Les amis des accusés insistèrent pour que du moins je désignasse un avocat, et j'indiquai mon plus jeune frère Ferdinand, (|ui venait de rentrer au barreau, après avoir donné sa flémissi<m des fonctions de sub^^titut du procureur du roi à Paris. Commr on pouvait s'y attendre, le jury de Strasbourg ne crut pas devoir frapper 1«'S instruments du crime, alors que son auteur principal avait été mis hors île cause; il ne voulut pas se montrer [)lus sévère que le gouvernement lui-même, et tous les accusés furent acquittés.

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