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CHAPITRE XI

MINISTÈRE DU S NOVEMBRE 1840. » M. GUIZOT, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES SOUS LA PRÉSIDENCE DE M. LE MARÉCHAL SOULT. — ÉLECTIONS D& 1842 ET 184C.

La position était néanmoins pleine de difficultés pour M. Guizot : jusqu'alors il avait paru sur la scène politique, tantôt sous le patronage de M. le duc de Rroglie, tantôt sous celui de M. Mole, d^autres fois avec le concours puissant de M. Thiers; mais, cette fois, il était le principal ministre : car le maréchal SouU n'était qu*un nom ; ses autres collègues, Martin (du Nord), Humann, Tamiral Duperré, Cunin-Gridaine, Villemain, ne pouvaient songer à lui disputer la prééminence; ils n'étaient, à \Tai dire, que des comparses. Il allait donc assumer sur lui seul la direction et la responsabilité du gouvernement, et il arrivait à cette situation dans les plus mauvaises conditions.

Ambassadeur de la France à Londres au moment où s'y traitait la question d'Orient, il avait eu avec son ministre, M. Thiers, de ces rapports nécessairement coiitidenliels qui, entre des hommes qui se respectent, établissent une véritable solidarité. Dans ce rem-

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])laromont du ministre par Tambassadour, il y avait doiu* d(*jà quelque chose de choquant; mais cette inconvenance* prenait un nouveau caractère de gravité alors que le chassé croisé entre Tambassadeur et le ministre avait précisément pour cause une négociation malheureuse dans laquelle l'action de ces deux hommes avait été nécessairement commune. Ces considérations n'avaient pu balancer dans Tàme de M. (iui/ot la satisfaction de prendre une éclatante revanche contre ceux qui Tavaient naguère méconnu et écarté du pouvoir, et cette joie orgueilleuse de se trouver arbitre, au moins apparent, des destinées de son pays î

il y avait au fond de cette situation qu*il affrontait d'autres <Iirticultés bien autrement sérieuses. M. Guizot allait se trouver en face de toute cette opposition grossie du rentre gauche et même d'une grande partie du centn* droit qui s'était successivement détachée du parti conservateur : en nombre, le chiffre des opposants att(*ignait presque la majorité; en talents et en caractères, la balance était au moins égale. Ostdonc contre une aussi formidable armée que M. Guizot, avec son impopularité, allait commencer sa campagne.

Il est \Tai qu'il avait pour lui Fappui du roi ; et cet appui lui assurait les votes aveuglément complaisants d«* tous ces conservateurs obstinés qui auraient cru manquer à un grand devoir si, dans une seule occasion, ils s'étaient permis de voter dans un sens conirairc à lav(donté rovale.

Mais cv eoncours du roi et de la majorité consenratrice, de quel prix M. (luizot les payait-il? Il entrait au pouvoir, non comme un ministre qui s*impose à la suite d'un mouvement d'opinion, «m comme représentant h's forces d'un parti, ainsi qu'il y serait entré si la coalition n'eût pas avorté, mais comme un

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transfuge amnistié qui avait beaucoup k se faire pardonner *.

En outre, ayant brisé à jamais avec ses anciens amis, il n'avait plus de retraite à espérer hors du pouvoir, et le roi le savait bien. Cette position créait à M. Guizot une sorte d'abnégation fatale et aveugle, à laquelle il ne s'est que trop obstinément soumis jusqu'au dernier jour.

Les explications parlementaires qui suivirent la formation de ce ministère ftirent embarrassées. M. Guixot se justifia assez mal d'avoir entretenu son prédécesseur dans la fausse assurance que le gouvernement anglais ne se réunirait jamais à la Russie contre la France : « /ot affirmé, dit-il, étonne m'a pas cru! » Il glissait légèrement sur le fait d'avoir consenti à remplacer au ministère des affaires étrangères le ministre dont il avait contribué à égarer et à compromettre la politique.

M. Thiers, de son cdté, à qui l'on reprochait d'avoir dépensé quatre à cinq cents millions pour arriver à une humiliation, en était réduit à s'excuser sur ce qu^il avait été trompé et sur les forces de Méhémet- Aii, et sur la persévérance du roi dans ses résolutions guerrières, et spécialement sur les dispositions de l'Angleterre : triste rôle, pour un homme d'État, d'avoir été trompé par tout le monde! sa chute était cruelle, sans doute, mais il la ressentit trop vivement. J'intervins pour le couvrir et le relever.

« Les hommes qui tombent pour avoir pris trop à cœur l'honneur de leur pays et avoir eu trop de confiance en lui sont rares» dis-je : il faut les honorer, et non les accabler. »

1 . Inutile de rappeler les irtiefet do Joumai de$ Débats, On tigniilait simplement à M. Goiiol qa'oo poofiit loi donner let TOtef* malt son estime, Jamais 1

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Le (It'hat fut sans élévation et sans di^ité, comme lavait été Tavortement qui y donnait lieu; quant au vote, il ne pouvait être douteux. L'adresse, après quelques modifications que nous obtînmes delapudeurde la majorité, et qui tendaient à rendre moins crues et moins honteuses, après les menaces qui nous avaient été faites, nos protestations en faveur de la paix, fut votée par 2i7 voix contre 161 : la majorité conservatric«' se trouvait de nouveau reconstituée, <ît par conséquent toute réforme indéfiniment ajournée.

Peu de temps après Tadresse, nous fûmes saisis du projet de loi sur rimportante question des fortifications d(î Paris. Lorsque précédemment cette question avait été, comme subrepticemt'nt, glissée dans une disposition du budget, j'avais <'ritiqué cette manière incidente d'introduire un si grave débat; mais, tout en critiquant la forme, j'avais formellement réservé mon opinion sur le fond de la question, et cette opinion était entièrement favorable aux fortifications de Paris, malgré l'espèce de défaveur publique qui s'y attachait.

Deux fois dans ma vie j'avais eu la douleur de voir Paris tomber, presque sans combat, au pouvoir de l'étranger, et toute la France suivre sans résistance le sort de sa capitale : je ne pouvais rester indifférent drvaiit un pmjct qui avait pour but de prévenir le retour (le pareils malheurs. Aussi, lorsque ce projet nt»us fut présenté dans un projet séparé, n*hésitai-je pas à rappuy«*r.

Les fortifications de Paris étaient fort peu populaires en Franre : on savait que L(»uis-Philippe tenait brauroup à fiivinuuier Paris de forts détachés, et les défianri's (|u'il inspirait faisaient que le peuple rattachait, bien h tort sans doute, à ce projet, des pensées d'oppres<ion : j(* savais donc qu'en appuyant ce projet je ri*«(iuais juM{u'à un certain point ma popularité;

MINISTàRB SOULT'OUIZOT. 861

mais j*ai toujours pensé que la popularité n*est bonne, comme toute force, qu'à être dépensée utilement et à propos : j*appuyai mon opinion en faveur des fortifications de Paris sur cette considération, qui était décisive pour moi, à savoir que, par Teffet de notre centralisation, Paris étant le cœur de la France, et toute la vie du pays étant concentrée dans ce point, il fallait au moins le protéger contre les premiers coups de rétranger, par une cuirasse.

Si je vivais en Espagne, disais-je,ou même en Allemagne, ou dans tout autre pays où une telle centralisation n'existe pas, je regarderais encore comme important d'empêcher que le siège du gouvernement, avec toutes ses ressources, toutes ses influences, ne pût être trop facilement enlevé par l'ennemi. Hais cette importance serait bien moins vitale pour ces pays qu'elle ne l'est pour la France. En Espagne, la capitale étant prise, tout n'est pas désespéré : un centre de résistance peut encore être établi dans chaque ville; partout des juntes peuvent s'organiser, correspondre, se relier ensemble... Hais dans la France, telle que nos institutions et nos mœurs l'ont faite, en est-il de même? Ne nous faisons pas illusion, la résistance nationale serait profondément compromise, comme elle l'a été déjà deux fois, le jour où Paris serait tombé!... Gomment en serait-il autrement dans un pays où vous avez tout désagrégé pour tout concentrer sur un seul point? Quoi I vous vous effrayez, comme d'une monstruosité, de ce que deux petites communes pourraient correspondre entre elles à l'occasion d'un chemin vicinal; et vous vous étonnerez que, Paris étant tombé dans les mains de l'ennemi, le reste de la France se soumette !..• Oui, il faut fortifier Paris. C'est à toi, peuple héroïque, que nous donnons ces remparts; c'est à ta loyauté, à ton courafre, que nous les confions : avec ces remparts, tu pourras être appelé un jour à sauvegarder, non-seulement ta liberté, mais celle du monde. (Vive approbation.)

Le roi et tout le parti militaire voulaient les forts détachés, pour avoir hors de Paris des points d'appui contre l'ennemi du dehors, et peut-être aussi contre

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les adversaires de l*intérieur; et nous, nous voulions Tonceinte continue, qui ne pouvait jamais être pour les citoyens de Paris qu'une protection ot non une menace. Les deux opinions se rapprochèrent et se concilièrent : le gouvernement nous accorda Tenceinte continue, et nous lui concédâmes les forts détachés, à la condition toutefois qu'ils seraient ouverts à la gorge et assez rapprochés des remparts pour ajout<*r à leur force défensive, pas assez pour inquiéter Paris. Il fut en conséquence écrit dans la loi, tant la défiance était grande ! que les travaux des remparts et ceux des forts seraient faits simultanément. Dans ces conditions, cette mesure, que Ton devait compléter plus tard en étendant la limite de Paris jusqu'aux fortifications, fut votée ù une assez forte majorité. Elle a été amèrement critiquée ; et pourtant elle a une utilité préventive incontestable, alors même, ce qui est fort à désirer, qu'elle ne devrait jamais être mise à l'épreuve ^.

Uu(*lle que fût la réaction que l'avortement de la coalition et la triste campagne de M. Thiers en Orient eût opérée dans la Chambre, ce n'en était pas moins la même (|ui avait été élue à la suite du grand moave» ment libéral et progressif imprimé au corps électoral en 18.39. De plus, le moment où tout le monde dans cette Chambre semblait converti h la nécessité de quel*

1. On nouB oppoMit, Ion de la diicuuion dei fort ISeattont, mira aiitrutohjcctionn, crile tin'-c d'une inipnMihilitî* pr^lenduedc trouver dand lc« carnèreH do* environs de Paris une aiwi frrande quantité de mat/Tiaux pour tunirc & un travail auMi colosnl. Dum tout lut cas, nous disalt-on, res mnlMaui, par leur épuisement on leur cieessive dit>rté. rendraient toute autre construction dans Paru dé« ■ormais iinp^MSiblc Eh lii«*n, il est arrivé, contrairement à eot pré- \i:iinns, <|iie j\ippuvais. Il fuut liien le reconnaître, sur doi caleult assL'i plaiiititilfn, (|uc Touxrapr don rortiAcations, avant provoqué et facilita de nouvi^llcs e & plu i talions, bien loin de diminuer U miMe des mat^naut de ronstniction, les a augmcnti^ dans une énoma proportion. .NoU^ nions le bit pour apprendre à m méfier doa rcocus et des prubabililét en matière do ealcub éeonoaiiqaea*

MINISTiUB SOULT-GUIZOT. 9^3

ques réformes était trop récent pour qu*au Hioins par pudeur et par prudence les ministres ne fussent pas obligés pendant quelque temps encore de louvoyer sur ces questions de réforme.

Les difficultés de cette situation se trahirent des le début de la session.

^ M. Jonffiroy ayant, dans le débat de Tadresse, posé catégoriquement la question de savoir fi le ministère était du parti de la résistance on de celui des concessions^ les ministres éludèrent la question et se refusèrent obstinément à se prononcer. Mais cette réponse, elle était dans leur refus même de répondre. Il était bien évident, en effet, que les ministres résisteraient à toute réforme, tant que le roi n'en voudrait pas ; c'était trop exiger d'eux que de les forcer à le dire tout haut, il suffisait que cela fût entendu : Jes centres le comprirent et votèrent en masse pour le nouveau ministère, en dépit et peut-être à cause de ses réticences.

Mais une [»t>position de réforme parlementaire for* nralée par M. Gaugnier vint bientôt renouveler les embarras du ministère, qui prit encore le parti d'éluder. M. Guizot objectait à cette réforme qu'elle venait trop tôt et qu'elle infirmerait l'autorité morale de la Chambre, (c II n'y a pas, disait-il, un homme d'honneur qui, après avoir mis en question l'existence d'une grande partie de ses collègues, voulût laisser une partie de la Chambre sous le eoup d'une pareille déciiâon, etc. »

Je montai à la tribune pour déjouer cette tactique et pour forcer les ministres à confirmer ou à rétracter la promesse que leurs prédécesseurs nous avaient faite d'une réforme parlementaire*

La proportion, disais-je, des fonctionnaires daos la Chambre tend à s'élever du tiers aux deux cinquièmes : or une constituUoQ dans laquelle le pouvoir ne serait contrôlé

:j06 uémoirss d*odilon barrot.

lu France. Les puissances absolues du continent nons approuvaient fort d*avoir ainsi revendiqué, au risque de nous brouiller avec une nation amie, les droits des familles rt'gnuntes; quanta TAngleterre, tantôt approuvant n«)tre conduite, tantôt proclamant le droit des Cortt's de régler et d*interpréter à leur gré leur constitution, elle se riait des embarras que nons nous t'ornions ainsi à plaisir et s apprêtait tout doucement à en prutiter, soit pour faire accepter son traité de commerce, auquel elle tenait par-dessus tout, espérant soumettre l'Espagne & la même condition que le Portugal, soit pour préparer le mariage de la reine avec un Co bourg.

Cotte situation, qui n'est ni la paix ni la guerre* je dans le débat auquel cet incident donna lieu, ne peut prolonger sans compromettre gravement les intérêts de la Frauci.'. Avez- vous oublié que l'Anfrleterre, qui est certainemeut très-scrupuleuse sur rétiquctle monarchique, mais qui l'est encore plus sur ce qui touche à ses intérêts comnicniaux* est là, envenimant sous des apparences de bieo- \ cil la 11 ce la querelle entre les deux gou^crDcments, joyeuse intérieurement de la division qui a éclaté entre nous, s'ap* ]>rétniit ù l'exploiter et vous voyant avec plaisir jouer le jeu de sa politique. (A gauche : Très-bien ! tK's-hien !)

Il {.'A une autre éventualité que je ne ferai qu'indiquer : le moment approche où toutes les diplDmaties de l'Europe auront a se préoccuper d'un mariafrc t|ui lixora, selon ell», pour tout un re;?ne, rinflueuce à exercer sur i* Espagne, soit en fa\eur de la France, soit dans l'intérêt de ses adversaires : une frrando responsabilité pèse sur le gouvernement. La ChanilM'i; n'est pas encore cngai^éc; mais, si elle continuait à approu\er implicitement, par son silence, cette politique, elle aurait sa ^'raiide part dans cette res[Kiusabilité. Je demande à la <Jiambre de se souvenir un peu de ces nobles élans qui l'inspiraient a son origine et lui traçaient d'avance la cai^ riiTe léL'i^lati\e qu'elle avait à parcourir; aux hommes qui naL'Ui.Ti' combattaient avec nous dans une lutte mémorable et qui se trouvent enmajoritédans le cabinet, je rappellerai ce que uuus disions alors ; ils proclamaient bien haut alors

MimSTÈRI iOULT-GUIZOT. BOT

tvec nous qu'il ne fallait pas que la Chambre se désintéressât complètement de la marche de notre diplomatie ; que, lorsque cette marche inclinait trop vers des affections de famille qui se concilient mal a^ec les intérêts de notre révolution, il était bon qu'elle intervint, ne fût-ce que pour redresser les erreurs et réparer les fautes de cette diplomatie avant que leurs conséquences fussent irréparables. (Nombrenses marques d'approbation.)

On le voit, je ne négligeais aucune occasion de rappeler à TAssemblée quels avaient été, à son origine, ses sentiments et ses tendances ; comme aussi les ministres ne négligeaient rien pour les lui faire oublier, et ils n'y réussirent que trop.

Cependant Tannée suivante, en 4842, un membre influent du centre gauche, M. Ganneron, ayant fait une proposition pour étendre les incompatibilités, cette proposition ne fut rejetée que par une majorité de 8 voix : 498 contre 490; — et M. Ducos, ayant demandé Tadmission des capacités dans la liste électorale, obtint une minorité imposante de 493 voix.

Il y eut même une occasion, celle du droit de visite, où la Chambre parut se souvenir un moment de son origine.

En 4831 et 4833, notre gouvernement, comme pour sceller ce qu^on appelait alors la rentrée de la France dans le concert européen, avait assez légèrement concédé à l'Angleterre le droit de visiter en mer nos vaisseaux marchands, sous le prétexte de supprimer plus efficacement la traite des esclaves. H est vrai que le même droit nous était attribué à Tégard des vaisseaux anglais; mais ce droit, qui pour nous était à peu près illusoire et sans application, était au contraire pour les Anglais, à raison du nombre et de Textension de leurs croiseurs, un puissant moyen d exercer sur les mers cette police universelle qui a été de tout temps Tobjet de leurs prétentions et le

.%8 UÉMOIRES D'ODILON BARROT.

but (le leurs efforts. De nombreuses vexations subies par nos vaisseaux marchands avaient éveillé Topiniuii sur les dangers de ces traités ; et néanmoins M. Guizot, comme pressé de renouer avec TAngleterrc et de se faire pardonner les torts quVUe avait eus envers nous dans la question d*Orient, signa, le 20 décembre 1841, un n«)uveau traité qui non-seulement confirmait, mais étendait les droits que ht traité précédent avait 4lonnés aux croiseurs anglais : c'est par cetle porte qu'il déclarait rentrer dans le concert européen.

Cette fois, ce fut le parti conservateur qui prit hiimémc l'initiative de Tattaque : un amendement de M. J. Lef(»bvre, banquier et consemateur ardent, demanda hautement que notre commerce fût replacé sous la surveillance et la protection exclusives de noire pa» Villon. Cet amendement, malgré la résistance de M. Guizot, qui prétendait que, si la Chambre l'adoptait, elle le placerait entre une faiblesse et une /o/i>, tut néanmoins voté par la presque unanimité du parlement. H. (lui/ot se trouvait par là dans un cruel embarras, placé qu il était (*ntre la nécessité de faire honneur à sa signature et la crainte de se brouiller avec la majorité. Il crut pouv«»ir s'en tirer en annuni-ant qu'il demanderait et obtiendrait des m(»dilieations au traité ; la majorité lui répondit tres-bnitalenient. par l'organe de M. I)u])in, qu'il ne s'agissait pas de moditier un traité essentiellement vicieux et qui constituait les Anfjlais gendarmes de la mer, mais ^uit fallait y renoncer tout à fait et même négocier pour rap^ fx>rter l'ancien traité. Force fut bien de céiler, et M. (îuizot dut refuser de ratiti(*r le traité qu'il avait consenti. Il biffa pour ainsi dire lui-même sa propre signature

Pour un hf)mme qui eût moins tenu au pouvoir, il Y avait là un motif |)ért'nipt<ûre de remettre son purtefeuille : cVst bien le moins, en effet, qu'un ministre

MINISTÈRE SOULT-QUIZOT. 369

mette rhonncur de sa signature sous la garantie de sa démission. Mais M. Guizot avait fait trop de sacrifices au désir d'arriver à la situation qu'il occupait, pour la sacrifier à de telles susceptibilités ; seulement, averti par ce retour de la majorité vers ses souvenirs d'indépendance, il fit prononcer la dissolution de la Chambre, et, le 40 juillet 4842, eurent lieu les élections.

MM. Guizot et Duchàtel apportèrent dans cette lutte électorale la même ardeur qu'ils avaient déployée dans la lutte précédente contre M. Mole; mais les rôles étaient complètement intervertis : cette fois, ils ne combattaient pas contre le gouvernement personnel du roi ; ils étaient devenus ses auxiliaires dévoués ; ils n'étaient plus nos alliés, mais nos adversaires déclarés; ils n'avaient plus à dénoncer ou menacer les préfets qui se permettraient d'exercer une pression illégitime sur les électeurs, mais au contraire à les y encourager; ils se ser\'aient de l'arme si puissante de la centralisation avec une audace et une violence que ne s'étaient jamais permises leurs prédéceseurs. L'un des traits les plus saillants du caractère politique de M. Guizot, c'est cette facilité qu'il a montrée dans les différentes circonstances de sa vie publique à se porter brusquement et à peu près sans transition d'une extrémité à l'autre.

Déjà nous l'avions vu avant la révolution delSSO, au sortir presque des bureaux du chancelier Dambray, se jeter dans l'opposition la plus vive, et ne pas craindre du venir présider notre société Aide-toi^ le ciel f aidera ; puis se jeter ensuite dans le parti conser\'ateur le plus extrême ; puis quitter ce parti pour la coalition; puis, de la coalition contre le gouvernement personnel, se livrer sans transition, corps et àme, à la défense la plus opiniâtre de ce même système de gouvernement.

« 11 faut s'habituer à rencontrer chez les hommes

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prédestinés au gouvernement une conviction si profonde et si naïve de leur droit de commander aux autres, que, pour eux, l'intérêt de leur puissance se confond avec rintérét public et qu'ils croient rendre ser\'ice à l'Ëtat en satisfaisant leur ambition. Il est juste qu'ils soient les maîtres; tout est permis pour qu'ils le deviennent : il y a du César, c'est-à-dire du tyran chez eux tous. »

Lorsque M. de Rémusat écrivait ces réflexions dans la Jtevue des Deux Mondes au sujet de M. Pitt, je suis assuré qu'il songeait un peu à son ancien ami H. Guizot.

Quoi ! dira-t-on, comparer un professeiur ambitieux à César? Et pourquoi pas? on peut se croire prédestiné à la domination d'un pays sans avoir fait la conquête des Guulfs, et l'orgueil du professeur peut égaler celui d'un César. N*est-ee pas Tacite qui a dit des doctrinaires de son temps : Professoriâ Uuyuâ rerum Ahsmnarum dominationem expostulantes f

De notre coté, nous soutînmes la lutte électorale avec vigueur; nous n'avions aucune raison de nous décourager, car nous n'avions rien à nous faire pardonner par le pays, irailleurs, bon nombre des anciens amis de M. Guizot, et de ceux qui avaient le plus de valeur, étaient restés avec nous, entre autres MM. Duvt'rgior de liauranne et de Uémusat; et pas un d(*s membres influents du centre gauche, sauf M. Sauzet, dont les conservateurs avaient fait le président de la Clianibre, ne nous avait fait défaut.

La nouvelle Chambre qui sortit de cette lutte perdit quf'lifucs membres <lt* l'opiiosilion ; et cependant la m:ijt>ri(é ministérielle y restait assez douteuse pour dépen<lre d'une vingtaine de voix à déplacer: aussi le débat (|ui eut lieu à l'oerasion de la vérification des pouvttirs fut-il «les plus \ifs.

M. Galos, ami de M. Guizot, s'avisa de dénoncer le

miriSTÈRS SOULT-OUIZOT. 871

concert des oppositions dans l'élection, comme constituant, selon lui, une grande immoralité, oubliant que son patron, hautement et à la face du pays, venait de pratiquer cette immoralité prétendue dans la lutte de la coalition^

C'est, en effet, une grande immoralité, lui répondis-je, dans un pays de liberté, en face d'un pouvoir qui concentre dans 866 mains les plus immenses attributions, qui dispose aiiiitrairement de la plus grande somme en argent, en places et en faveurs de toute espèce, qu'aucun gouvernement du monde ait jamais eue à sa discrétion^ et qui en dispose ouvertement pour le succès de ses candidats, que de voir les opinions dissidentes se réunir contre un tel abus de la puisnnce centralisatrice. Le gouvernement fait appel à toutes les passions égoïstes; et vous ne voulez pas que l'opposition lasse appel à toutes les passions généreuses, à toutes les convictions indépendantes ! Ah ! la partie serait trop belle pour vous. Messieurs, administrateurs de tous grades, fonctionnaires de toutes catégories, bureaucrates de tous régimes, si^ alors que vous couvrez la France de vos mille et mille agents, que vous l'enlacez tout entière dans l'immense réseau de ▼08 influences,' vous ne trouviez en face de vous que des opposants fractionnés, divisés, se combattant les uns les autres. Ce qui est immoral, je vais vous le dire à la face de mon pays: c'est de se servir, pour corrompre les consciences, des moyens que la loi a confiés au gouvernement pour protéger tous les droits, tous les intérêts, sans exception de personne ni d'opinion, et sans autre mobile que celui de la justice. (Vive adhésion à gauche.) Ce qui est immoral, c'est de faire servir jusqu'au signe de l'honneur pour récompenser les apostasies politiques. (Très-bien 1 très-bien ! ) Ce qui est immoral, c'est d'abuser de la justice elle-même, oui, de la sainte justice, comme d'un instrument pour influencer les élections. Ce qui est immoral, c'est de briser les magistrats qui ont eu le courage de résister et de faire leur devoir. Voilà ce qui est immoral; et cette immoralité, ce n'est pas nous qui la proclamons, c'est la grande voix du pavs!... Ce mal, il va s'aggravant toujours : on a renchéri en 1S39 ^\xv ce qui s'était fait en 1837, et en 1842 sur ce qui avait déjà révolté l'opinion en 1837. (il ganchei Oui! ouil...) C'est que plus la

corruption s'étend, plus le gouvernement s'afTaiblît, et plus par conséquent l'arme de la corruption devient nécessaire. C'est ainài que, d'action en réaclioUf par une progression fatale, on arrive aux abîmes! (Applaudissements à gauche.) Maintenant, je vous ai avertis, j'ai averti mon pays; quanta toutes les colères individuelles que j'ai soulevées dans l'accomplissement de mon devoir, je les méprise toutes! (Vive approbation à gauche. — Agitation prolongée.)

M. Galos étant ircmonté à la tribune pour insister sur le préton<Iu mensonge que commettait un député (le la planche et un d<ï la droite, Iorsqu*ils s'unissaient pour faire triompher une même candidature, comme si, ainsi que le faisait remarquer M. de la Rochejaqueleiu, (les députés en dissidence sur certaines conditions du gouvernement ne pouvaient pas s'accorder sur des points qui intéressent également leur honneur et leur liberté commune, sans se rendre coupables de mensonge, je me bornai à jeter à M. Galos de mon banc la citation suivante :

fni connu nagutire , disait un orateur dont les paroles ont une grande autorité pour vous, beaucoup (Thrtnmet gui se dis'.ii'.nt driûués au gouvernement; fai vu beaucoup de gom^ rcrnan'-nts défendus par ces prétrndus amis dévoués,,, (mou* vcm(Mit) ; fen ai vu peu, je nt-n ai pas vu qui aient été vcrsi's par des ennemis loyaux : oui, il y a des dcvouementi r^ hont funestes au gouverncmtnt de juiiUt, comme U y eH a qui iout été au (jvnvernement qui l'a prèevdv. Toutes /es fois que j'aurai à choisir cntr'j cru dévouements funestes et des Of»-

pv<itifm^ hyidcs et consciennruses , je n'hésiterai pas!

(A (jauihv : C'est de M. (luizot !.«.)

Ces paroles étaient en eflVt de lui : cette fois l'écolier maladroit se courba sous la le(;on du maître et garda le silenci».

A la suil«» de ces débats orageux, une enquête parleint'ntaire fut demander sur /roMiVfc/ionjqui avaient été ajourntM»». Une diflieulté de forme était soulevée

MINISTiRE SOULT-GUIZOT. 878

par ceux qui s'opposaient à cette enquête : ils soutenaient que Tenquête ne pouvait être ordonnée que dans les formes tracées par le règlement pour les propositions individuelles, c'est-à-dire après renvoi dans les bureaux. 11 ne me fut pas difficile d'établir la différence qu il y avait entre la proposition faite par un député, n'ayant d'autre autorité que celle de son opinion particulière, et la nécessité de vider un ajournement ordonné par toute l'assemblée : je faisais remarquer, d'ailleurs, que l'examen de toute proposition de député suppose une assemblée déjà constituée ; tandis que l'enquête nécessitée par l'ajournement prononcé au milieu de la vérification des pouvoirs n'était qu'un des incidents de cette vérification même. La grande majorité de l'assemblée se prononça dans ce sens : le droit d'enquête fut ainsi consacré avec toutes ses conséquences: celles d'appeler et d'entendre des témoins; de leur déférer le serment, etc.. Je faisais partie de la commission qui fut nommée pour exercer ce pouvoir, et je m'attachai surtout à donner à ce précédent toute l'importance qu'il comportait.

Mais la mort du duc d'Orléans, survenue quelques jours après félection, imposait à la nouvelle Chambre, dès les premiers jours de sa réunion, des devoirs si importants, qu'ils firent une diversion forcée à nos querelles de parti.

Ce prince, au moment de partir pour l'Algérie, voulant recevoir les derniers adieux de sa mère, se rendait à Neuilly, lorsque les chevaux de sa voiture s'emportèrent : se fiant à son agilité et à son adresse dans les exercices gymnasliques, il sauta à terre ; mais il tomba si malheureusement, qu'il mourut presque instantanément. A peine la nouvelle de cette catastrophe fut-elle connue dans Paris, que Ja consternation y fut générale. Je fus des premiers à aller porter au roi et à la reine mes tristes et bien sincères condoléances ,

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d'autant plus sincères que je pressentais tout ce que notre établissement de Juillet et la cause de la liberté perdaient en perdant ce jeune prince , qui, lui, avait épousé bien sincèrement et bien loyalement notre révolution de 4830 et qui n'en avait pas peur commo son père.

On peut dire que ce fut le parti libéral qui ressentit le plus vivement et le plus profondément ce coup funeste : il venait de perdre en effet la seule chance qui lui fût donnée de sauver ce gouvernement de 4830 en le rajeunissant.

Le duc d'Orléans laissait après lui deux fils en bas ùgt\ que leur noble mère élevait dans ses propres sentimtMits de vrai libéralisme et de dévouement à la France.

Louis-Philippe, dès les premiers instants de la mort dr son fils, s'était préoccupé de la régence ; il ne perdit pas un instant pour faire prévaloir ses vues personnelles sur cette régiMioe, vues où dominaient beaucoup plus ses affections de famille que les grands intérêts de TÊtat : il agit auprès des hommes influents de l'Assemblée, MM. Thiers, Dufaure, etc., et il leur persuada assez facilement que d'abord il importait de ne pas att(*ndre ravéntMn(>nt d*une minorité devenue malhtHireusement trop probable, pour régler Timpof^ tante ({uestion de la régeiiet^ ; qu'il était prudent de ne rit'ii livrer aux hasards de l'avenir; que la régence dev:ii( iippartenir de droit au prinee le plus proche du troue, e'e^i-à-dire au duc <le Nemours, et qu*on laisseiMJt la ganle de Tt^nfant royal à sa mère. Un projet de loi eonsaiTunt ces idées nt»iis fut ])résenté.

He très-vives instanees furent faites auprè.^ de moi pour rii«* rallier à <>ette pensét* du roi. Je m'y refusai péremptoirement, par des raisons que les événements ne S4* sont que trop chargés de justifier.

Dans le débat qui fut pt»rlé à la Chambre sur cette

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question, des orateurs importants et plusieurs ministres avaient déjà parlé lorsque je montai à la tribune.

Le ministre de Tlnstruction publique avait commis la haute inconvenance de dire : « Qu*il y aurait un grave inconvénient à préférer pour la régence une personne digne de tous les respects, mais qu'on appel- Urait étrangère, »

Cette parole, aussi imprudente qu^injuste (car la patrie d^adoption est souvent plus chère que celle que donne le hasard de la naissance, et c'était bien le cas pour la duchesse d'Orléans), excita de violents murmures et provoqua des cris : A tordre! sur tous nos bancs. C'est à ce ministre que je répondis :

Nous sommes en présence d'un acte de prévoyance natio* nale; nous anticipons sur l'avenir, nous allons au-devant de cette grande épreuve, toujours dangereuse pour tous les gouverueineots, celle de la transition d'un règne à un autre... Nous qui désirons bien sincèrement et sans aucune arrièrepensée (et ce n'est pas de ma part, on le sait, une précaution oratoire) la conservation de noire dynastie nationale , nous voudrions pouvoir vous apporter le concours de nos votes et réaliser cette unanimité qu'on désire et qui serait incontestablement une force. Nous refoulerions bien volontiers pour cela et nos préférences et nos préventions personnelles; mais il nous est impossible d'accepter le principe sur lequel vous avez fondé votre loi. (Approbation à gauche.) Le ministre qui descend de la tribune disait que ce qu'on nous demandait, c'était non pas de déférer, mais de reconnaître un droit préexistant. {A gauche : C'est cela I ) C'est-à-dire qu*on nous demande de décréter une régence fondée sur le droit de naissance ; ce n'est pas un choix individuel que vous nous proposez, c'est une institution que vous voulez ajouter à la Charte : c'est donc entre cette nouvelle légitimité qu'on prétend établir pour la régence et l'apprécialion libre et intelligente du roi et du parlement, entre le hasard aveugle de la naissance et le choix judicieux des pouvoirs de l'Etat, que vous avex à vous prononcer.

(Agitation. ^ M. de Lamartine: C'est précisément la question!...) Eh bien! notre choix, à nous, ne saurait être douteux : nous ne voulons pas livrer aux hasards de la naissance la désignation d'un rcgcnt , car ce hasard pourrait fort bien ne pas répondre aux nécessités politiques que cette grande et dangereuse mission exigera. (Nouvelle approbation à gauche.) C'est une prétention nouvelle que celle d'établir une régence de droit; c'est en plein parlement que sous l'ancienne monarchie le dernier régent, le duc d'Orléans, venait demander et recevoir le titre de régent du royaume : l'arrêt de cette compagnie souveraine, tel était son titre, et non sa simple généalogie. Voulez-vous donc être plus monarchiques que notre vieille monarchie? voulez-vous être moins parlementaires que ne l'étaient nos pères? (Vive adhésion à gauche.) Sous l'Empire, l'empereur appelait d'abord set frères à la régence, et, en 1813, c'était l'impératrice même qu'il désignait : par cette contradiction même, il rendait hommage à l'empire irrésistible que les circonstances exercent sur de pareilles mesures (vive approbation à gauche); et cependant Napoléon, tout en posant une règle qu'il avait fa prétention de faire absolue, se réservait encore le droit, comme correctif, de choisir une autre personne, selon les circonstances. Mais vous, qu'est-ce que vous faîtes? Ooci^VU^ chose de bien plus absolu que ce que le plus absolu des gouvernements avait imaginé. Vous écartez même le discernement du père de famille, du chef de l'État ; vous ne lui réservez même pas le droit de faire un choix en dcbort du droit absolu de naissance, que vous établissez; voQi n'admettez pas même ce tempérament à ce qu'aura de fatal et d'aveugle la règle que vous allez établir. Bien plus, vous voulez faire aujouni'hui ce que ni la Charte de 1814 ni la Constitution de 1830 n'ont voulu faire. Croyei-Tom que ce >oit par un simple oubli que leurs auteurs ont omis de fixer par des rè^^les anticipées les droits à la régence? Non: c'est parce qu'ilsont penséqu'il est impossible dérégler, même par anticipation, ce qui est essentiellement variable et circonstanciel de sa nature. On ne peut leur reprocher ni imprévoyance ni imprudence ; c'est tout simplement de leur part uu homma;;e au bon sens. Vous voulez faire aujourd'hui ce que vous n'avez pas voulu faire en ll^« alors que vous étiez investis d'un pouvoir constituant que tous n avez plus! (Mouvement.)

MINISTàRE SOULT-QUIZOT, 877

Aujourd'hui que nous sommes rentrés dtns les limites de nos attributions définies par la Charte, je vous conteste le droit d'y ajouter une institution héréditaire pour la régence et de dépouiller vos successeurs du droit d'y pourvoir selon les nécessités du temps. Vous prétendez que c'est au profit de la dynastie et dans son intérêt que vous établissez cette régence héréditaire : vous voulez, dites-vous, que cette hérédité collatérale vienne au secours de l'hérédité de la Couronne;... vous voulez montrer la dynastie dans toutes les grandes situations. Mais ce droit héréditaire, vous le créez au profit du successeur; de celui qui, selon l'impulsion trop souvent irrésistible des passions humaines, sera le plus disposé et le plus intéressé à violer le dépôt que vous lui aurez aveuglément confié. (Bruit.)— M. de Lamartine vous rappelait qu'en Angleterre, sur 28 régents, 23 avaient conservé pour eux la couronne ; et il vous disait avec raison que les institutions parlementaires, bien loin de mettre obstacle à ces usurpations, y avaient aidé et les avaient toutes sanctionnées. (A gauche : Très-bien ! très-bien ! ) Mais, dites-vous, si les circonstances devenaient trop impérieuses, le parlement resterait toujours libre de déroger à la règle que vous posez : étrange situation que vous faites au parlement ! il ne s'agirait plus pour lui de choisir librement la personne la plus capable, dans les circonstances données, d'accomplir cette difficile mission, mais de dégrader celui qui aurait été d'avance investi de la régence. Par votre loi, le parlement ne pourrait pourvoir aux nécessités de l'État qu'en soulevant une question d'indignité personnelle, en détrônant, pour ainsi dire, votre dynastie de régents... et cela, au risque de provoquer des résistances, des conflits et d'allumer une guerre civile; et vous appelez cela de l'ordre, et vous croyez garantir ainsi la sécurité de l'avenir 1... Ah ! plutôt que d'exposer la minorité d'un roi à de telles perturbations, réservez à la Couronne et au parlement toute liberté d'apprécier les circonstances et les nécessités du moment et de choisir le régent en conséquence* Ne craignez pas ce que vous appelez les orages d'une élec* tien ; ne calomniez pas nos successeurs : pourquoi ne se montreraient-ils pas aussi sages que nous? Vous le voyez, c'est dans le calme le plus parfait que nous faisons l'acte le plus grave, le plus exorbitant dans ses conséquences actuelles et futures : car ce que nous délibérons en ce moment, ce n'est pas même un choix individuel pour un

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cas donné, c'est ravenir indéûni que nous nous proposons de régler; et cependant je ne vois pas que les amitiés dn prince de Galles ou les dissidences de Fox et de Pitt viennent troubler notre délibération! Pourquoi n'attendrionsnous pas de nos successeurs le môme calme, le même sentiment du bien public qui nous anime?... D'ailleurs, l'initiative du roi, du père de famille, du chef de l'État, n'aura-t-elle pas toujours sur le vote parlementaire, en pareille circonstance, une influence irrésistible, nécessaire, je dirai presque légitime? Qu'avcz-vous donc à craindre? Vous dites que, par ce choix parlementaire du régent, l'équilibre des pouvoirs serait rompu au proGt de la Chambre des députés, qui serait prépondérante dans un tel choix. Vous avez donc bien peur de cette prépondérance? D'ailleurs, est-ce que nous vous demandons pour cette Chambre un pouvoir die* tatorial, révolutionnaire? Non : nous vous demandons le concours libre et régulier, dans la désignation du régent, des trois pouvoirs de l'Etat... Mais vous, dans votre culte aveugle pour ce (]uc vous appelez l>\tcnsion du principe monarchique, qu'est-ce que vous failes?... Ce n'est pas seulement le parii'UH'iif, c'est le clieC de la famille, c'est le chef de l'Èlat lui-mt^ino que vous dépouillez par avance. Quoi! le roi rrL'iiaiit, sentant sa fin approcher et voulant pourvoir aux <Ianp!rs d'une minorité, cou uallra une personne éprouvée, investit^ de foute la confiance, du p«iys et revêtue par conséquent de celle force morale nécessaire pour accomplir la diflloile mission de la réponce; il sera convaincu qu'en clioisi>sant pour répeut celle personne, il préservera sa dynastie et son pays de Ions les orapes d'une minorité; il aura celle confiance et fera son ('h<ii\on conséquence. Eh bien! wm : il ne pourra faire et; choix que lui dictera la prévoyance, qu'à la condilinn df dégrader le récent préexislanl qm^vous aurez in\esli d'avance; votre rèplc l'encliainrra. (Approbation à pauclif.) El tout cela, pour faire violi-nct; à la nalnre des chosrs: car enfin toute régence n'a d'antre objri qui* dcsuppléi-rà l'inrapacité d'un roi mineur ou inti'niil. par la capaeiié d'nn réirtMit; et vous, vous places commis >Mfq>l«''ini-nt d'une eapaeité non encore développée ou pt'nhh', i]uoi ? nnr capaeile du ha-^ard! (Sensation.) A cAtê de l'enfant ili' ipialreans, vous \«)usr\pnsezà placer comme répenl nn \i>illard lonibé lui-ni«^ine dans l'enfance; ou bien, selon leM*ai>riceâ de la naissance, au jeune roi de dii-sepl ans

* imnSTÂRB BOULT-GUIZOT* 879

^118 Toas exposez à donner pour tuteur un jeune homme de

Tingt et un ans, de manière que le paysaurait de la difficulté à reconnaître quel est le pupille, quel est le tuteur. Et toutes ces bizarreries ne seraient que les conséquences possibles de YOtre règle aveugle et absolue. (Très-bien I très-bien ! )

Certes, notre opinion personnelle sur les avantages qu'il y aurait à déférer à la mère du roi mineur, à celle qui est déjà investie de la garde de son enfant, le dépôt et Texercice de la régence, est bien arrêtée. C'est notre vieille religion de croire qu'on gouverne surtout ce pays par les sentiments généreux; et selon nous il y aurait plus de force, croyez-le bien, dans un berceau confié aux mains d'une mère courageuse, que dans des mains viriles, fassent-elles armées d'une puissante épée. Il serait plus facile de traverser les mauvais jours et les grandes épreuves d'une minorité, alors que la faiblesse d'un enfant, d'une femme, aurait pour appui la grandeur et la générosité de la nation, qu'avec ce que Tun de TOUS appelait une régence à cheval, frrès-bien ! ) Cette conviction est profonde chez moi. Ëh bien ! j'en aurais fait le sacrifice : j'aurais voté avec vous pour telle ou telle désignation personnelle et actuelle, que du moins nous aurions pu préalablement juger et apprécier. Mais vous ne voulez pas de cette appréciation libre et intelligente; vous ne voulez pas que nous choisissions tel ou tel prince pour régent, soit parce qu'il aurait été élevé au milieu de nos enfants, soit parce qu'il aura conquis ses grades sur les champs de bataille et au milieu de nos soldats, soit parce que nous l'aurions depuis longtemps éprouvé... Non! vous voulez créer un droit pour l'inconnu, sans savoir ni qui exercera cette redoutable mission ni dans quelles circonstances il l'exercera; vous voulez faire ce qui n'a jamais été fait, poser des règles absolues, aveugles, comme le hasard! Bien loin d'apporter une force à la dynastie de Juillet, c'est un danger que vous créez pour elle, et c'est ce que nous ne pouvons vous accorder. (Vive approbation à gauche.)

M. de Lamartine parla dans le même sens qne moi; il déclara que ses sympathies étaient acquises aux idées du cliof de la gauche, et il termina son discours trèséloquent, et celte fois très-sensé, par cette phrase : « Votre lui est mauvaise ; ce n'est pas ime loi conser-

380 MÉMOIRES D'ODILON DARROT. '

vatricc : elle chasse la mère du berceau, et y place le compc^liteur et le rival. »

La discussion était épuisée. M. Thîers avait fait un long disc4>urs en faveur du projet de loi ; la Chambre allait passer au vote, l4>rsque M. Dufaure, qui siégeait en face de la gauche, se leva, et, s'adressant personnelliMuent à moi, m'adjura d'une voix émue de me réunir au vote de la majorité, afin de donner à une mesure destinée à assurer l'avenir do la dvnastic la haute sanction de Tunanimité.

Je serai toujours dispose, lui répondis-jc de mon banc, avec tristesse, mais avec fermeté, à recevoir les conseils m<^mc de mes adversaires, à plus forte raison ceux qui roc viennent d'un des hommes pour lesquels je ressens le plu4 de svmpathie et d'estime. C'est au nom de l'avenir de notre dynastie de Juillet que M. Dufaure m'adjure de voter le projet de loi sur la rcfrcnce; et c'est dans l'intén^t de celle dynastie aussi, à laquelle nous sommes dévoués de toute la puissance de nos afj'octions et de nos convictions, que je vous adjure à mon tour de ne pas vous créer, pour des évi^ntnalitrs que vous n** pouvez prévoir, des liensquMl vous serait ensuite bien dirncilc , hien danfrereux même de briser... Késcrvez-vouslc droit de faire, pour les circonstances qui se présenteront au moment de la transmission de la couronne, ce qui sera le plus favoralde au pays et à la royauté do Juillet. Alil ne soyez pas témérain^s à force de timidité, et de défiance, et n'essayez pas d'apfiliquer une W'Lrle fixe à des nécessités essentifllement variables. Le vote n'est pa-5 encore acquis à la loi; il en est encore temps: je vous supplie de vous souvenir des ieronsderiiistoin*, de ne pas vou< exposer à voir votre œuvre démentie, brisée par la force <les événements.

Kii prononçant c«»s pandes, j'étais comme inspiré par une vue antiripéi* de Tavcnir. Il semblait que le livre du de>tiii fût ouvert devant mes yeux et que j*y liisM> ee tri>te et cruel épisode de la journéi* ihi 2i féxricr, i»ù les démagogues et les légitimistes

MINISTERE 80ULT-0UIZ0T. 881

réunis devaient m'opposer cette loi fatale pour repousser la régence de la duchesse d'Orléans.

Mêlerai-je à ces récits le plus cruel de mes souvenirs? Ce fut à cette époque que ma fille unique me fut presque subitement enlevée : elle était notre joie, notre bonheur, notre vie! J'espérais qu'elle et ses enfants m'aideraient à vieillir; et, en attendant, elle jetait sur mes rudes labeurs je ne sais quel doux apaisement. Eh bien ! un seul jour a suffi pour détruire tout ce bonheur intérieur!... Une indisposition, qui paraissait légère d'abord et qui ne nous laissait aucune inquiétude, se transforma tout à coup en une terrible fièvre typhoïde, et mon enfant fut foudroyée en une seule nuit. Je m'étais couché plein de sécurité: au milieu de la nuit, je fus appelé auprès d'elle ; elle luttait contre une cruelle agonie, et les derniers mots qu'elle prononça furent pour appeler son père : cri déchirant et qui retentit encore après plus de trente ans dans mon cœur!

Je dus recueillir tout mon courage pour soutenir celui de ma pauvre femme et de ma belle-mère. Le temps, les devoirs, les agitations de la vie publique, ont transformé cette douleur sans l'atténuer; et môme, plus j*avance dans la vie, et plus se fait amèrement sentir cette mort prématurée qui me condamne à un cruel isolement.

Tous mes amis vinrent à Andilly me porter leurs doléances ; la Chambre suspendit sa séance. Je reçus de toutes parts des témoignages de sympathie : la grandeur de mon infortune avait dominé même les ressentiments de la politique...

Qu'on pardonne au père de famille cet épanchement de s(»s douleurs privées, et revenons aux devoirs du citoven.

La position que les derniers votes de la précédente Chambre sur le droit de visite avait faite au minis-

tL*re fut, dans le nouveau parlement, Tobjet d'une \îve discussion.

Oui, disais-je dans la discussion de l'Adresse et à propos de ce vote, si sur une question importante se manifeste un dissentiment profond entre la pcnsf'^e des Chtimbres et celle du ministre, la conséquence est écrite d'avance dans notre Constitution : c'est la nécessité de rétablir Taccord des pouvoirs ou par la retraite des ministres ou par un appel au pays. (A gauclie : C'est cela! )

M. Guizot faisait la sourde oreille ; il ne me répondit pas.

Dans le débat qui suivit, sur les fonds secrets, je revins à la charge; je pus, sans être contredit, m*exprimcr ainsi :

C'est pour la seconde fois qu'on présence d'une Chambre partn^'ée, le pouvoir est ainsi disputé entre deux grandes fractions dont les forces se balancent à peu près. Chacun sont cnmhion il est déplorable ({u'au début d'une législature, la Chambre, au lieu île présenter une majorité puissante, incontestable, non «Inutrnse, en pleine sympathie d'estime, de confiance, d'aftection avec le ministère', ne présente qu'une majorité douteuse, flottante, incertaine. Ine telle situation, si elle se pn)lon^'«'ail pendant toute la durée de cette législature, lui offrirait puur perpectivc un état de tiraillement, d'ineertitiide, et en qiK-lque sorte une longue aL'onie. Oroyez-inoi, un tel étal <lc choses offre aux opinions flottantes et incertaines trop d'enrouragements; la prime qui peut leur être offerte est trop forte : ce n'est là ni une écolf du pouvoir ni surtout une école de moralité. iTrèsbien ! ) Lors de lu coalition, il y iivait devant nous une m^ jorité qui >r serrait autour du iniiiistêre, qui lui était sympathique et ne lui axait janiaixlunné ni désaveu nidemeotL iians la Chambre actuelle, au (untraire, nous 8<immt^ en face d'un ministère auquel la majorité adonné un éclataot démenti, effar.uit en (pielqui' sorte la sif^nature qu*i] avait appost'f au hd< d'un traite, et, malirrè ses protestation^ an nom de l'honneur delà Coiirou ne, le for(;ant à notifiera l'An* gletcrre un refus de ratification! Gc n'est pas tout: sous ma

VINI8TERB 80ULT«OniZOT. aSS

bruit de désarmement, la Chambre, prenant résolument l'initiative d'une réponse non demandée par les ministres, leur a imposé, en ajoutant un crédit au budget de la marine, le devoir de réarmer la flotte. Est-ce assez de dissentiments, assez de témoignages de déûance?... Déjà trois fois, depuis que le calme est rétabli dans les rues, depuis 1835, il a été fait effort pour modiûer la marche du gouvernement dans un esprit de progrèset de liberté ; et, par trois fois, cet effort a avorté !... L'œuvre est donc bien difûcile? Eh bien, Messieurs, lorsqu'à trois reprises différentes de pareilles tentatives ont été faites, et que, malgré la puissance des hommes qui s'en étaient chargés, elles ont successivement avorté, lorsque, malgré des élections faites dans le sens des réformes progressives, le premier acte du ministère qui est devant nous est de déclarer qu'il ne réalisera aucune de ces réformes et que son programme politique, c'est Tinvariable statu quo (réclamations au centre), on doit se demander où est la cause d'un si triste phénomène politique... Une seule fois, sous la Restauration, le gouvernement avait paru vouloir s'arrêter, se modiÛer et entrer dans la voie du progrès et de la liberté : c'était sous le ministère de M. de Martignac; mais cette tentative a bientôt avorté , et bientôt après cet avortement le gouvernement a glissé sur la pente fatale! (Sensation.) Que chacun de nous y réfléchisse et mesure la difficulté qu'il y a dans notre pays à opérer une réforme libérale quelconque par les voies pacifiques et régulières. Ce serait peu qu'un tel résultat, selon M. Guizot, ce serait, au contraire, à mes yeux une bien grande chose : car ce serait le premier exemple qui serait donné dans notre pays, d'une réforme opérée sans révolution ; ce serait rendre à la France, par un tel exemple, un peu de foi dans la force de ses institutions. Que si la Chambre, méconnaissant nos avertissements, s'obstinait à maintenir ce ministère, eh bien, qu'elle s'arme de courage, qu'elle se résigne à dépenser tout ce qu'elle a de jeunesse, de vigueur et d'avenir, à faire vivre d'une vie précaire et forcée ce ministère avec lequel elle se sera identifiée. Pour nous, qui pressentons le dénoûment, nous n'en aurons pas du moins la responsabilité !...

Ces avertissements étaient sincères, et mes prévisions ne devaient que trop se vérifier. Mais plus le ministère

384 MÉMOIRES D'ODILON DARROT.

était ébranlé, plus la majorité rcmbrassait d*unû étreinte désespérée : c'est ainsi que tout, royauté, ministère, parlement, se compromettait et s*usait peu à peu au service de ce système de résistance à outrance, cfui n'était pas seulement un démenti aux promesses de notre révolution de Juillet, mais une contradiction flagrante avec le principe essentiellement progri'ssif de notn* gouvernement. Toutefois, la majorité qui consentit a donner au ministère un vote de confiance fut peu considérable; elle parut néanmoins suffisante à M. Guizot pour se maintenir au pouvoir.

Sur ces entrefaites, le duc de Bordeaux, investi, aux yeux des légitimistes, des droits à la couronne et devenu leur roi, selon r<»xpression de Chateaubriand, jugea à propos d'aller ù Londres recevoir leurs hommages, lis s'y rendirent en grand nombre, et parmi eux se trouvaient tous les députés de la droite : c'est ce (pr4)n a appelé le pèlerinage de Belgrave^uare^ du lieu de la résidence du prince.

Ce fut une occasion pour nos consenatcurs de faire <lu zèle dynastique: ils proposèrent, en 1843, d*insérer dans l'Adresse une flétrissure contre ceux de leurs collègues qui, ayant prêté serment au roi des Français, avaient été faire acte d'obédience à un roi de droit divin. 3f. Guizot appuya vivement cette flétrissure, croyant faire une chose agréable h Louis- Philippe et en même temps au parti de la révolution. Il ne réussit (|u'à s'attirer d'amères récriminations : on lui jeta à la tête s(»n voyage à Gand pendant les cent jours, et il répondit que, loin de se justifier, il se glorifiait de ce souvenir. Oui, f ai été à Gand / s'écrit t-il ; et, comme les murmures de la gauche rintcrrompaient, il répéta jus(|u'à trois fuit cette cxclamatioa. Alors un tumulte efl'royable éclata dans rassemblée : les objurgations les plus violentes étaient adressées

MINISTÂRB SOULT-OUIZOT. 885

de droite et de gauche au ministre qui, impassible et dans un de ses beaux mouvements d'éloquence, jeta à ses adversaires ces iières paroles : « Quant aux injures, aux calomnies, aux colères extérieures, on peut les multiplier, les entasser tant qu'on voudra ; on ne les élèvera jamais à la hauteur de mon dédain. »

Si le ministère avait compté sur notre appui dans cette circonstance, il s'était grossièrement trompé. Sans approuver la démarche des légitimistes à Belgrave-Square , nous ne pouvions reconnaître à la Chambre le droit de les juger et de les flétrir pour cette action : nous savions trop à quels excès les majorités peuvent se porter contre les minorités, lorsqu elles s'attribuent ce droit redoutable de frapper des adversaires politiques. Et puis cette grande effervescence de zèle pour la monarchie de Juillet ne nous abusait pas ; elle se conciliait trop bien chez ceux qui la manifestaient avec des dispositions très-peu libérales. Il y aurait eu, à nos yeux, un bien meilleur moyen de frapper les partisans de la légitimité que de les censurer dans une Adresse : c'eût été de rejeter bien loin toutes les traditions de cette légitimité et de s'identifier davantage avec les principes et les généreuses aspirations de notre révolution.

Je ne pouvais pas non plus laisser sans réponse cette glorification que M. Guizot venait de faire à la tribune de son émigration à l'étranger.

La moralité politique, dis-je, a besoin d'une consécration solennelle, car elle vient de recevoir une profonde atteinte. (A gauche : Très-bien 1 très-bien I ) Je ne discuterai pas ici des biographies; mais, croyez-moi, quand vous aurez à servir la liberté constitutionnelle de votre pays (M. Guizot avait dit qu'il avait été à Gand pour y appuyer auprès de Louis XVIII le parti libéral et constitutionnel), ne prenez pas le chemin que vous avez pris. (Approbation à gauche.) ^'allez pas le servir sous les drapeaux de l'étranger; ne

886 MÉMOIRES D'ODILON BAKROT.

VOUS oxpo&cz pas à revenir à travers un champ de bataille arrose du sang de vos conciloyens î (Bravos à gauche.)

Apres cet orageux débat, le blâme fut voté à une tft's-taible majorité, et le gouvernement de Louis- Pbiiippt* n*en fut nullement fortifié ; il vit même dans cettr cireonstancc s*éloigner de lui des hommes qui. jusquc-iù, avaient été ses principaux appuis. H. de Salvandy, son ambassadeur d*abord en Espagne, puis à Turin, qui avait mémo été ministre et devait le redevenir, ne crut pas pouvoir voter avec la majorité, et, sur les repro<!hes assez amers que lui en avait adressés le roi, il sétait démis de ses fonctions. Cette démission avait causé une certaine émotion et venait compliquer une situation déjà bien menacée.

A peine sorti de cettt^ épreuve, le ministère eut il en traverser une autre bien plus redoutable : nous voulons parler de raffairc de Taïti.

On se rendrait diffiril(>ment compte de Timportanee qu'avait prise cette affaire et du retentissement qu*elle eut dans U* public, si on Tisolait de ses précédents et des circonstances au milieu desquelles elle était née. En effet, que deux grandes nationssVmeuvent et soient prêtes ù en venir aux mains: que le monde entier soit menacé d'une profonde perturbation (car toute lutte entre l'Angleterre et la France ne peut qu ébranler le niond<* entier\ et cela parce qu*un obscur ministre prntrstant. anrii*n apothicaire, mécontent de voir sa mi^^i(lIl contrariée par n<»trc protectorat sur quelques niisérablcN îles de l'océan Pacifique, aurait essayé de soulever contre mais les indigt^^nes. et se serait fait provisoirtMiient séquestrer dans un blokhaus par le coinniandant d<' nos forces dans une de ces lies: un tel fait, pris en lui-niéme. ne nuilivait certes pas la conflagration universelle dont il a manqué cependant d'être suivi. Un serait tenté de se demander si

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